{"id":850,"date":"2014-05-28T07:28:50","date_gmt":"2014-05-28T07:28:50","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=850"},"modified":"2014-05-28T07:28:50","modified_gmt":"2014-05-28T07:28:50","slug":"achille-mbembe-met-a-nu-lhorreur-de-la-domination","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=850","title":{"rendered":"Achille Mbembe met \u00e0 nu l\u2019horreur de la domination"},"content":{"rendered":"<p style=\"color: #000000;\">par R\u00e9da Benkirane<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Le Temps\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/logo\/temps.gif\" alt=\" \" width=\"125\" height=\"27\" hspace=\"5\" \/><br \/>\nLectures, Le Temps,\u00a026 novembre 2013<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-851 size-medium\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/raison_negre-184x300.jpg\" alt=\"raison_negre\" width=\"184\" height=\"300\" \/>Achille Mbembe,<em> Critique de la raison n\u00e8gre. <\/em>La D\u00e9couverte, 2013, 224 pages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019\u00e9vidence, Achille Mbembe est une conscience de l\u2019humanisme plan\u00e9taire. Son discours, son \u00e9criture, ses intuitions et sa sensibilit\u00e9 captent on ne peut mieux ce monde en train d\u2019advenir, o\u00f9 l\u2019Europe (re)devient subalterne et o\u00f9 les soci\u00e9t\u00e9s de la P\u00e9riph\u00e9rie (re)deviennent <em>mainstream<\/em>.\u00a0 Impossible alors de ne pas relire l\u2019histoire de peuples anciennement domin\u00e9s, de ne pas \u00e9clairer sa face sombre, comme par exemple la part des \u00ab\u00a0cargos humains\u00a0\u00bb dans le commerce triangulaire de l\u2019Atlantique, la fonction machinique de l\u2019homme noir, du N\u00e8gre, dans l\u2019\u00e9conomie des plantations et l\u2019av\u00e8nement du capitalisme premier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019historien camerounais entend faire r\u00e9fl\u00e9chir sur ce qu\u2019aura \u00e9t\u00e9 le N\u00e8gre, en tant qu\u2019\u00ab\u00a0assignation raciale\u00a0\u00bb autant que comme \u00ab\u00a0appel \u00e0 la race\u00a0\u00bb de ses victimes. Le mot est aujourd\u2019hui impronon\u00e7able pour tout ce qu\u2019il charrie comme s\u00e9gr\u00e9gation, violence, surexploitation. Il faut le d\u00e9finir\u00a0: n\u00e8gre est l\u2019humain fonci\u00e8rement inhumain, singuli\u00e8rement animal, corps essentiellement musculaire. Est n\u00e8gre cet \u00eatre secondaire dont la peau est de couleur noire et dont on aura exploit\u00e9 syst\u00e9matiquement la force motrice au moins jusqu\u2019\u00e0 l\u2019av\u00e8nement de celle des chevaux-vapeur. La raison n\u00e8gre d\u00e9signe cet \u00eatre vivant porteur d\u2019une rationalit\u00e9 limit\u00e9e et d\u2019une animalit\u00e9 \u00e9tendue que l\u2019Europ\u00e9en s\u2019en va domestiquer. Achille Mbemb\u00e9 d\u00e9crit l\u2019univers (mental) de la domination propre \u00e0 la raison n\u00e8gre et m\u00eame les citations qu\u2019il rel\u00e8ve de la part d\u2019humanistes aussi empathiques que Voltaire, Hugo, Tocqueville les rendent, pour nous autres contemporains, explicitement <em>immondes<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour tous ceux qui ignorent ou sous-estiment l\u2019importance de la traite des noirs et de l\u2019esclavage, les g\u00e9nocides et les exterminations du Nouveau Monde et de l\u2019Australie, les cons\u00e9quences du colonialisme, ce livre est <em>incontournable<\/em>. Il s\u2019adresse pertinemment \u00e0 un public europ\u00e9en, fran\u00e7ais en particulier, l\u00e0 o\u00f9 se perp\u00e9tue plus ou moins inconsciemment un d\u00e9ni d\u2019histoire coloniale. Mais il n\u2019est pas s\u00fbr que l\u2019ouvrage, par exemple au regard de l\u2019Africain d\u2019aujourd\u2019hui, ne laisse \u00e9chapper quelques \u00ab\u00a0sanglots de l\u2019homme noir\u00a0\u00bb, une certaine \u00e9conomie de la souffrance qui risquent de nourrir le sentiment victimaire et la colonisabilit\u00e9 des esprits. Il \u00e9mane de cette \u00e9criture trop d\u2019intelligence et de finesse pour ne pas regretter qu\u2019elle puisse se laisser tenter par l\u2019enclos identitaire qu\u2019elle cherche \u00e0 d\u00e9noncer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car il y a aussi dans cette <em>Critique <\/em>quelques (trop) brefs (et fulgurants) passages sur cette partie de l\u2019humanit\u00e9 soumise au \u00ab\u00a0racisme sans race\u00a0\u00bb, \u00e0 une \u00ab\u00a0forme de repr\u00e9sentation primale\u00a0\u00bb, au \u00ab\u00a0dispositif de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb du capitalisme financier et cognitif. Et s\u2019il faut d\u00e9plorer que l\u2019auteur ait somme toute manqu\u00e9 cette cible (penser le concept du N\u00e8gre dans le cadre non pas de la post-colonie mais de la postmodernit\u00e9), on se prend \u00e0 r\u00eaver \u00e0 un ouvrage capital de l\u2019auteur sur \u00a0cette question.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">R\u00e9da Benkirane<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R\u00e9da Benkirane Lectures, Le Temps,\u00a026 novembre 2013 Achille Mbembe, Critique de la raison n\u00e8gre. La D\u00e9couverte, 2013, 224 pages. A l\u2019\u00e9vidence, Achille Mbembe est une conscience de l\u2019humanisme plan\u00e9taire. Son discours, son \u00e9criture, ses intuitions et sa sensibilit\u00e9 captent on ne peut mieux ce monde en train d\u2019advenir, o\u00f9&#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=850\">Lire plus \/ Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-850","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/850","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=850"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/850\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=850"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=850"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=850"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}