{"id":631,"date":"2014-05-27T08:13:26","date_gmt":"2014-05-27T08:13:26","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=631"},"modified":"2014-05-27T08:13:26","modified_gmt":"2014-05-27T08:13:26","slug":"culture-cultures-introduction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=631","title":{"rendered":"Culture &#038; cultures. Introduction"},"content":{"rendered":"<p>\n\tpar R&eacute;da Benkirane et Erica Deuber Ziegler<\/span>\n<\/p>\n<div align=\"justify\">\n<p style=\"margin-right: -1.1pt; text-align: justify;\">\n\t\t<em>Culture &amp; cultures. Le<a href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=627\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" align=\"left\" alt=\" \" height=\"248\" hspace=\"3\" src=\"https:\/\/archipress.org\/images\/books\/tabou.jpg\" title=\"Culture &amp; cultures, sous la direction de R\u00e9da Benkirane et Erica Deuber Ziegler, Tabou, Gen\u00e8ve, InFolio, 2007\" width=\"183\" \/><\/a>s chantiers de l&#39;ethno<\/em> (Gollion: Infolio &eacute;ditions \/ Gen&egrave;ve: Mus&eacute;e d&#39;ethnographie, coll. tabou 3, 2006.)\n\t<\/p>\n<p style=\"margin-right: -1.1pt; text-align: justify;\">\n\t\tCe livre collectif t&eacute;moigne de l&#39;&eacute;clatement actuel des sens que peut recouvrir la notion de culture et de ce que peut signifier pour un mus&eacute;e d&#39;ethnographie le fait de traiter de cultures lointaines et proches &agrave; travers des objets et des th&egrave;mes d&rsquo;ailleurs et d&#39;ici, du pass&eacute; et du pr&eacute;sent. &Agrave; quelle <em>culture<\/em> contribue un mus&eacute;e d&rsquo;ethnographie en parlant de ces diff&eacute;rentes <em>cultures<\/em>? Cette qu&ecirc;te et cette interrogation interviennent dans une p&eacute;riode de crise o&ugrave; il y a n&eacute;cessit&eacute; de red&eacute;finir, d&#39;une part, la fonction mus&eacute;ographique et, d&#39;autre part, le travail anthropologique selon des pistes et des champs d&#39;exploration nouveaux. <em>Culture &amp; cultures<\/em> r&eacute;unit ainsi quinze auteurs qui t&eacute;moignent de leurs exp&eacute;riences mus&eacute;ographiques, apportent des &eacute;clairages vari&eacute;s et compl&eacute;mentaires et, enfin, exposent leurs interpr&eacute;tations qui ne manquent pas, parfois, d&rsquo;&ecirc;tre divergentes ou concurrentes entre elles.<\/span>\n\t<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"margin-right: -1.1pt; text-align: justify;\">\n\tLe sujet du livre trouve sa toute premi&egrave;re origine dans un colloque intitul&eacute; &laquo;Culture &amp; cultures&raquo; organis&eacute; en 2001 par&nbsp; le Mus&eacute;e d&rsquo;ethnographie de Gen&egrave;ve<a href=\"\/reda\/#_ftn1\" name=\"_ftnref1\" title=\"_ftnref1\"><span class=\"MsoFootnoteReference\"><!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"MsoFootnoteReference\">[1]<\/span><\/span><!--[endif]--><\/span><\/a>. Il s&rsquo;agissait alors de r&eacute;fl&eacute;chir au contenu d&rsquo;un projet de nouveau mus&eacute;e<a href=\"\/reda\/#_ftn2\" name=\"_ftnref2\" title=\"_ftnref2\"><span class=\"Caractredenotedebasdepage\"><!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"Caractredenotedebasdepage\">[2]<\/span><\/span><!--[endif]--><\/span><\/a>, &agrave; la mani&egrave;re d&rsquo;habiter son espace, d&rsquo;organiser ses activit&eacute;s et d&rsquo;honorer ses missions de service public: quels objectifs g&eacute;n&eacute;raux voulait-on, quelles mise en place et pr&eacute;sentation des objets et des cultures, quel choix des th&egrave;mes &agrave; aborder et, plus fondamentalement, quel sens voulait-on donner &agrave; l&rsquo;action du mus&eacute;e, au travail ethnographique, aux relations entre humains et, en particulier, aux relations entre <em>soi <\/em>et les <em>autres<\/em> que ce travail engendre? <\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-right: -0.05pt; text-align: justify;\">\n\tIl avait paru utile aux organisateurs du colloque de s&rsquo;arr&ecirc;ter un moment sur les questions li&eacute;es &agrave; l&rsquo;usage indistinct d&rsquo;un mot devenu omnipr&eacute;sent: &laquo;culture&raquo;.<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-right: -1.1pt; text-align: justify;\">\n\tLe Mus&eacute;e d&rsquo;ethnographie de Gen&egrave;ve avait repris &agrave; son compte bon nombre des questions pos&eacute;es par les ethnologues: Fallait-il &laquo;br&ucirc;ler les mus&eacute;es d&rsquo;ethnographie&raquo;, comme se le demandait Jean Jamin en 1998? Fallait-il les d&eacute;manteler, comme on &eacute;tait alors en train de l&rsquo;entreprendre &agrave; Paris avec le Mus&eacute;e de l&rsquo;Homme et le Mus&eacute;e des Arts Africains et Oc&eacute;aniens? Les remplacer par des mus&eacute;es d&rsquo;art ou int&eacute;grer leurs collections dans ceux-ci, comme on venait de le faire au Louvre ou qu&rsquo;on s&rsquo;appr&ecirc;tait &agrave; le faire au Mus&eacute;e des &laquo;arts premiers&raquo;, futur mus&eacute;e du quai Branly? Devait-on, comme on le pratiquait avec brio au Mus&eacute;e d&rsquo;ethnographie de Neuch&acirc;tel, en d&eacute;construire inlassablement l&rsquo;objet, dans une qu&ecirc;te historiographique et &eacute;pist&eacute;mologique des conditions de leur constitution et du propos ethnologique? &Eacute;tait-il opportun de rebaptiser l&rsquo;institution, comme le font aujourd&#39;hui la plupart des mus&eacute;es, dits des &laquo;civilisations&raquo;, des &laquo;cultures du monde&raquo;, de &laquo;soci&eacute;t&eacute;&raquo;<a href=\"\/reda\/#_ftn3\" name=\"_ftnref3\" title=\"_ftnref3\"><span class=\"Caractredenotedebasdepage\">{C}<!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"Caractredenotedebasdepage\">[3]<\/span><\/span>{C}<!--[endif]--><\/span><\/a>, en neutralisant ainsi le qualificatif d&#39;&laquo;ethnographie&raquo;, apparemment d&eacute;pr&eacute;ci&eacute; du fait de sa connotation coloniale? Fallait-il, plus ambitieusement, devenir un centre d&#39;interpr&eacute;tation du patrimoine mondial, en abattant au passage les barri&egrave;res existant entre l&#39;ethnographie d&#39;ici et d&#39;ailleurs? Ces probl&egrave;mes &eacute;taient ceux que les mus&eacute;es d&rsquo;ethnographie avaient h&eacute;rit&eacute;s de leur propre histoire et qu&rsquo;ils projetaient vers l&rsquo;ext&eacute;rieur. <\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-right: -1.1pt; text-align: justify;\">\n\tDepuis une quinzaine d&rsquo;ann&eacute;es, la position occup&eacute;e par les mus&eacute;es d&rsquo;ethnographie dans le champ culturel &eacute;tait effectivement en crise. Les difficult&eacute;s rencontr&eacute;es &eacute;taient li&eacute;es &agrave; une s&eacute;rie de transformations&nbsp;profondes survenues dans l&rsquo;histoire contemporaine: lib&eacute;ration politique des peuples, &eacute;mancipation sociale, progression de la d&eacute;mocratie et des droits de l&rsquo;homme, globalisation &eacute;conomique, &eacute;largissement de la notion de patrimoine et de l&rsquo;acc&egrave;s populaire &agrave; la culture. <\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-right: -1.1pt; text-align: justify;\">\n\tSi la mission des mus&eacute;es d&rsquo;ethnographie &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de leurs collections paraissait toujours relativement claire &ndash; conserver, &eacute;tudier, comparer, mettre en valeur, produire et diffuser des connaissances &ndash; si de nouveaux types d&rsquo;objets, notamment des objets de nos soci&eacute;t&eacute;s &laquo;d&eacute;velopp&eacute;es&raquo; ou technologiquement avanc&eacute;es, &eacute;taient re&ccedil;us dans la classe des objets ethnographiques, quels rapports les activit&eacute;s du mus&eacute;e devaient-elles entretenir avec la culture v&eacute;cue des gens? Les mus&eacute;es devaient-ils simplement continuer &agrave; produire du savoir anthropologique et &agrave; &eacute;duquer? Devaient-ils initier le public aux arts? Lui faire partager l&rsquo;acc&egrave;s au patrimoine le plus large possible de l&rsquo;humanit&eacute;? Former des citoyens du monde? Ou cibler les publics et leur offrir, pour leurs loisirs, des produits diff&eacute;renci&eacute;s en fonction de leurs int&eacute;r&ecirc;ts et des modes du march&eacute;?<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tEn ce d&eacute;but de XXI<sup>e<\/sup> si&egrave;cle marqu&eacute; par la mondialisation, les nouvelles migrations, la coexistence oblig&eacute;e des cultures et la reconnaissance de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; entre elles, comment les mus&eacute;es d&rsquo;ethnographie allaient-ils <em>parler des cultures et produire de la culture &agrave; leur sujet?<\/em><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>Le projet d&rsquo;une approche raisonn&eacute;e de la pluralit&eacute; culturelle<\/span><\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"margin-right: -1.1pt; text-align: justify; vertical-align: baseline;\">\n\tTout au long de la d&eacute;cennie 1990, le Mus&eacute;e d&rsquo;ethnographie de Gen&egrave;ve avait pris &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de ces questions des positions affirm&eacute;es, plut&ocirc;t optimistes, centr&eacute;es sur une vision humaniste de la pluralit&eacute; des cultures<a href=\"\/reda\/#_ftn4\" name=\"_ftnref4\" title=\"_ftnref4\"><span class=\"Caractredenotedebasdepage\"><!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"Caractredenotedebasdepage\">[4]<\/span><\/span><!--[endif]--><\/span><\/a>. Son directeur de l&rsquo;&eacute;poque, Louis Necker, avan&ccedil;ait l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une sorte d&rsquo;&laquo;&eacute;comus&eacute;e&raquo; de la diversit&eacute; culturelle, id&eacute;e d&rsquo;autant plus audacieuse que son auteur entendait prendre ses distances &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des orientations du projet de mus&eacute;e du quai Branly alors en chantier&hellip;<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-right: -0.95pt; text-align: justify;\">\n\tL&rsquo;optimisme et la combativit&eacute; joyeuse du Mus&eacute;e d&rsquo;ethnographie de Gen&egrave;ve se lit en particulier dans le projet &laquo;Diversit&eacute; 95&raquo;, une manifestation lanc&eacute;e &agrave; la suite du sommet de la terre de Rio de Janeiro, en 1992, et qui s&rsquo;&eacute;chelonna tout au long de l&rsquo;ann&eacute;e 1995 pour la mise en &oelig;uvre de l&rsquo;Agenda 21 et d&rsquo;une politique de d&eacute;veloppement durable<a href=\"\/reda\/#_ftn5\" name=\"_ftnref5\" title=\"_ftnref5\"><span class=\"MsoFootnoteReference\"><!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"MsoFootnoteReference\">[5]<\/span><\/span><!--[endif]--><\/span><\/a>. L&rsquo;op&eacute;ration avait &eacute;t&eacute; imagin&eacute;e par la Coordination Homme, nature, environnement<a href=\"\/reda\/#_ftn6\" name=\"_ftnref6\" title=\"_ftnref6\"><span class=\"MsoFootnoteReference\"><!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"MsoFootnoteReference\">[6]<\/span><\/span><!--[endif]--><\/span><\/a> et aussit&ocirc;t &eacute;tendue de la diversit&eacute; biologique &agrave; la diversit&eacute; culturelle. Louis Necker, alors directeur du Mus&eacute;e d&rsquo;ethnographie, d&eacute;crivait dans <em>La Mosa&iuml;que genevoise<\/em> (1995) l&rsquo;apport d&eacute;mographique, &eacute;conomique et culturel de Genevois venus d&#39;ailleurs comme une source d&rsquo;enrichissement mat&eacute;riel et spirituel, comme un tr&eacute;sor de tol&eacute;rance &agrave; garder &agrave; tout prix. Deux forums, &laquo;Diversit&eacute; I&raquo; et &laquo;Diversit&eacute; II&raquo; (Aubert <em>et al.<\/em> 1996), firent en outre conna&icirc;tre et &eacute;voluer les questions les plus urgentes: sur la diversit&eacute; consid&eacute;r&eacute;e comme une richesse; sur la n&eacute;cessit&eacute;, pour &eacute;viter d&rsquo;en &ecirc;tre priv&eacute; &agrave; travers l&rsquo;homog&eacute;n&eacute;isation du capitalisme mondial, de cr&eacute;er sans cesse de nouveaux mythes, des rencontres, des entrecroisements, de l&rsquo;art, du renouveau, etc.; sur la r&eacute;forme n&eacute;cessaire des paradigmes de la connaissance et du langage pour penser un monde multiple; sur l&rsquo;utilit&eacute; d&rsquo;un nouveau mus&eacute;e d&rsquo;ethnographie &agrave; Gen&egrave;ve pour y favoriser l&rsquo;exp&eacute;rience de cohabitation heureuse d&#39;hommes et de femmes issus des grandes civilisations de la plan&egrave;te. La manifestation fut un grand succ&egrave;s, un moment de bonheur, mais elle suscita aussi des critiques: on id&eacute;alisait la Gen&egrave;ve pluriculturelle, alors que les situations v&eacute;cues &agrave; Gen&egrave;ve par les sans-papiers et les requ&eacute;rants d&rsquo;asile &eacute;taient des plus difficiles, que le racisme (notamment anti-Noirs) &eacute;tait patent ou que l&rsquo;absence de droits politiques pour les &eacute;trangers constituait un d&eacute;ni de la d&eacute;mocratie. &Agrave; l&rsquo;oppos&eacute;, des critiques de droite traduisaient la crainte que la manifestation, en marquant un appui aux &eacute;trangers, en invitant &agrave; leur bonne int&eacute;gration, ne favoris&acirc;t leurs revendications &agrave; l&rsquo;exercice de droits politiques ou n&rsquo;accr&ucirc;t &agrave; leurs yeux l&rsquo;attractivit&eacute; de Gen&egrave;ve. <\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-right: -1.1pt; text-align: justify; vertical-align: baseline;\">\n\tLa vision humaniste, qui s&rsquo;&eacute;tait exprim&eacute;e dans le projet &laquo;Diversit&eacute; 95&raquo;, cherchait &agrave; s&rsquo;incarner dans une ethnologie contemporaine tout en se nourrissant des avanc&eacute;es majeures des sciences et en particulier de celles du vivant. En pr&eacute;servant les valeurs immat&eacute;rielles des choses et des cultures, en se pr&eacute;occupant de l&rsquo;histoire vivante<a href=\"\/reda\/#_ftn7\" name=\"_ftnref7\" title=\"_ftnref7\"><span class=\"Caractredenotedebasdepage\"><!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"Caractredenotedebasdepage\">[7]<\/span><\/span><!--[endif]--><\/span><\/a> sans toutefois focaliser uniquement sur les cultures lointaines, l&rsquo;ethnologue genevois Louis Necker voulait par l&agrave; m&ecirc;me d&eacute;classifier les soci&eacute;t&eacute;s dites &laquo;traditionnelles&raquo;. Ce faisant, il voulait approcher l&rsquo;autre non plus seulement dans les termes &ndash; souvent convenus &ndash; de la culture savante, mais en lui donnant la parole et en favorisant, au sein m&ecirc;me du mus&eacute;e, l&rsquo;expression des cultures et des exp&eacute;riences v&eacute;cues. Pour enrichir cette vision de l&rsquo;homme et des cultures, il fallait pousser encore plus et mieux l&rsquo;&eacute;tude des productions culturelles, nourrir la comparaison entre les cultures du monde, contribuer &agrave; leur compr&eacute;hension, &eacute;clairer leurs interactions,&nbsp; montrer les coexistences et les communications interculturelles possibles, profiler les distinctions mais aussi les r&eacute;ciprocit&eacute;s qu&rsquo;elles impliquent &ndash; notamment pour se garder des replis d&#39;ordre nationaliste ou ethnique. Mais pour pouvoir v&eacute;ritablement comparer des cultures entre elles, encore fallait-il pouvoir disposer d&rsquo;une connaissance des profondeurs. Le mus&eacute;e se devait donc de poursuivre des travaux ethnographiques de chercheurs confirm&eacute;s appel&eacute;s &agrave; s&#39;engager dans des terrains nombreux et vari&eacute;s.<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-right: -1.1pt; text-align: justify;\">\n\t<strong>&nbsp;<\/span><\/strong><strong style=\"line-height: 20.7999992370605px; text-align: justify;\"><a id=\"flash\" name=\"flash\"><\/a><\/span><\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"margin-right: 1cm; text-align: justify;\">\n\t<strong>Du flash au clash civilisationnel<\/span><\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; vertical-align: baseline;\">\n\tD&egrave;s 2001, cette politique mus&eacute;ographique se vit contrari&eacute;e par un certain nombre d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements qui affect&egrave;rent l&rsquo;&eacute;volution du Mus&eacute;e d&rsquo;ethnographie de Gen&egrave;ve<a href=\"\/reda\/#_ftn8\" name=\"_ftnref8\" title=\"_ftnref8\"><span class=\"Caractredenotedebasdepage\"><!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"Caractredenotedebasdepage\">[8]<\/span><\/span><!--[endif]--><\/span><\/a>. La r&eacute;flexion se poursuivit n&eacute;anmoins dans<span style=\"color: black;\"> la situation v&eacute;cue de mondialisation et de dissolution des liens sociaux traditionnels, o&ugrave; l&rsquo;on assistait comme jamais &agrave; la mani&egrave;re dont les cultures &ndash; des diff&eacute;rents groupes sociaux, des g&eacute;n&eacute;rations, des classes, des sexes, des immigr&eacute;s de diverses provenances &ndash; s&rsquo;affichent, interagissent, se m&eacute;tissent, r&eacute;sistent, se recroquevillent et co-&eacute;voluent vite par emprunts, contaminations, nouvelles synth&egrave;ses, r&eacute;actions et cr&eacute;ations. Dans le contexte d&#39;un brassage culturel acc&eacute;l&eacute;r&eacute;,&nbsp; comment populariser les acquis les plus r&eacute;cents de l&rsquo;ethnographie et de l&rsquo;anthropologie, faire comprendre &agrave; un large public les m&eacute;canismes humains (biologiques, psychologiques, etc.) et sociaux de la cr&eacute;ation culturelle?<\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tCes interrogations survenaient en m&ecirc;me temps que des &eacute;v&eacute;nements d&rsquo;une tout autre gravit&eacute; &ndash; les attaques du 11 septembre 2001 sur New York et Washington. Ceux-ci allaient radicalement changer le cours du monde pour l&rsquo;engager dans une &egrave;re de turbulence, marqu&eacute;e notamment par une guerre g&eacute;n&eacute;rique &laquo;contre le terrorisme&raquo; et &laquo;l&rsquo;axe du mal&raquo;. Derri&egrave;re cette rh&eacute;torique d&rsquo;une Am&eacute;rique profonde, mue par une religiosit&eacute; z&eacute;lote mais &eacute;branl&eacute;e par la d&eacute;couverte de sa propre vuln&eacute;rabilit&eacute;, l&#39;Europe allait &ecirc;tre prise en otage et somm&eacute;e de s&rsquo;engager de gr&eacute; ou de force dans l&rsquo;affrontement interculturel, entre croisade et <em>jihad<\/em>, o&ugrave; l&rsquo;islam allait servir de repoussoir m&eacute;taphysique et de bouc &eacute;missaire g&eacute;opolitique.<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-right: 1.5pt; text-align: justify;\">\n\tLa th&eacute;orie du clash des civilisations, cette bible g&eacute;ostrat&eacute;gique des conservateurs am&eacute;ricains d&eacute;velopp&eacute;e par l&#39;historien Bernard Lewis et le politologue Samuel Huntington<a href=\"\/reda\/#_ftn9\" name=\"_ftnref9\" title=\"_ftnref9\"><span class=\"MsoFootnoteReference\">{C}<!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"MsoFootnoteReference\">[9]<\/span><\/span>{C}<!--[endif]--><\/span><\/a>, a cherch&eacute; &agrave; trouver un rempla&ccedil;ant &agrave; l&#39;ancien antagonisme structurant entre capitalisme et communisme. Et dans une certaine mesure, cette tentative a abouti. Le monde se pense d&eacute;sormais non plus en termes d&#39;opposition entre lib&eacute;ralisme et &eacute;conomie planifi&eacute;e mais entre Occident et Orient, entre club jud&eacute;o-chr&eacute;tien et coalition objective islamo-confucianiste. Ce choc des civilisations devient existentiellement d&eacute;terminant &agrave; partir de trois postulats de base: le spectre de la d&eacute;mographie des pays du Sud, le spectre de l&#39;islam et celui de la mont&eacute;e de l&#39;Asie sous la formidable pouss&eacute;e chinoise. Or, ces trois postulats &ndash; qui expriment une sublimation<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R&eacute;da Benkirane et Erica Deuber Ziegler Culture &amp; cultures. Les chantiers de l&#39;ethno (Gollion: Infolio &eacute;ditions \/ Gen&egrave;ve: Mus&eacute;e d&#39;ethnographie, coll. tabou 3, 2006.) Ce livre collectif t&eacute;moigne de l&#39;&eacute;clatement actuel des sens que peut recouvrir la notion de culture et de ce que peut signifier pour un mus&eacute;e&#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=631\">Lire plus \/ Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-631","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/631","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=631"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/631\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=631"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=631"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=631"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}