{"id":625,"date":"2014-05-27T08:01:07","date_gmt":"2014-05-27T08:01:07","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=625"},"modified":"2026-05-07T19:08:56","modified_gmt":"2026-05-07T18:08:56","slug":"une-sociologie-vaste-et-profonde-postface","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=625","title":{"rendered":"Une sociologie vaste et profonde"},"content":{"rendered":"<p>par R\u00e9da Benkirane<\/p>\n<p>Postface \u00e0\u00a0Jacques Berque,<em style=\"color: #000000;\">\u00a0Quel Islam?\u00a0<\/em><span style=\"color: #000000;\">Sindbad \u2013 Actes Sud, Paris, 2003.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=421\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" align=\"left\" alt=\"Jacques Berque, Quel islam ? Postface de R\u00e9da Benkirane, Paris, Sindbad-Actes Sud, 2003.\" border=\"0\" height=\"227\" hspace=\"6\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/quel%20islam.jpg\" title=\"Jacques Berque, Quel islam ? Postface de R\u00e9da Benkirane, Paris, Sindbad-Actes Sud, 2003.\" width=\"150\" \/><\/a>\u00ab L&#8217;ampleur de l&#8217;embrassement, la multiplicit\u00e9 des angles de vue pouvaient seules \u00e0 mes yeux fonder l&#8217;\u00e9tude d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9. Or comment sur tant d&#8217;objets garder un ton uni, d\u00e9verser la m\u00eame comp\u00e9tence ? \u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-align: right;\">Jacques Berque, <em>M\u00e9moire des deux rives.<\/em> <sup><sup><a href=\"\/reda\/#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<div align=\"justify\">Dans un article paru dans la revue suisse <em>Le Temps strat\u00e9gique<\/em> une semaine avant sa mort survenue le 27 juin 1995, Jacques Berque explorait, en un texte magistral<em>, <\/em>une question immense : <em>Quel islam ?<\/em><\/div>\n<p align=\"justify\">Il nous a paru important \u00e0 double titre de rappeler ce dernier \u00e9crit de Berque ; tout d&#8217;abord, par son ampleur et sa profondeur, ce texte tisse des ramifications qui portent loin le regard, signalant les dimensions enchev\u00eatr\u00e9es (culturelle, politique, sociale, etc.) de la question pos\u00e9e. Par ailleurs, \u00e0 lui seul, ce texte pourrait r\u00e9sumer l&#8217;ensemble d&#8217;une \u0153uvre culminante avec un essai de traduction du Coran<sup> <a href=\"\/reda\/#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a><\/sup>. D&#8217;une certaine mani\u00e8re, on peut percevoir ce court texte-synth\u00e8se, accessible \u00e0 un large public, comme une sorte de testament intellectuel o\u00f9 Jacques Berque a exprim\u00e9 ses derni\u00e8res pens\u00e9es, dans le contexte d&#8217;une d\u00e9cennie belliqueuse et destructive pour tout le bassin m\u00e9diterran\u00e9en .<\/p>\n<p align=\"justify\">A celui qui ignore le monde de l&#8217;Islam ou qui persiste encore \u00e0 le penser mal (c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 le percevoir\/repr\u00e9senter, au Nord comme au Sud, de fa\u00e7on unidimensionnelle) ce texte de Berque est aussi en soi une voie d&#8217;approche. L&#8217;auteur de <em>L&#8217;Orient second <\/em>a une mani\u00e8re toute particuli\u00e8re d&#8217;\u00e9lever le niveau de connaissance de son lecteur. Son style, toujours, mobilise les facult\u00e9s d&#8217;intelligence et de sensibilit\u00e9 ; il y r\u00e9ussit \u00e0 tel point que le lecteur finit lui-m\u00eame par identifier (et se d\u00e9marquer) des g\u00e9n\u00e9ralisations \u2014 et des sp\u00e9cialisations \u2014 abusives auxquelles nous ont habitu\u00e9s les m\u00e9dias ainsi que \u2014 il faut ici le d\u00e9plorer \u2014 certains chercheurs de l&#8217;islam politique.<\/p>\n<p align=\"justify\">Car il y a eu une tendance f\u00e2cheuse, cette derni\u00e8re d\u00e9cennie, \u00e0 repr\u00e9senter le monde arabo-musulman uniquement sous le prisme politique. Ce danger d&#8217;un \u00ab tout politique \u00bb est \u00e9galement un p\u00e9ril endog\u00e8ne qui a fait le malheur de l&#8217;arabisme et aujourd&#8217;hui de l&#8217;islamisme.<\/p>\n<p align=\"justify\">A force de <em>r\u00e9duire l&#8217;Islam \u00e0 l&#8217;islam politique<\/em>, les analystes, autant que les praticiens de la mouvance dite islamiste, ont pav\u00e9 la voie \u00e0 l&#8217;incompr\u00e9hension r\u00e9ciproque. Beaucoup d&#8217;observateurs estiment qu&#8217;une frange de politologues, \u00e0 force de focaliser uniquement sur une frange de l&#8217;islam politique, a fini par la nourrir pour aboutir \u00e0 cette confusion tenace entre Islam et islamisme. Ceci a \u00e9t\u00e9 relay\u00e9 par les m\u00e9dias et l&#8217;\u00e9dition \u00e0 grands tirages et aux titres simplificateurs. Des deux c\u00f4t\u00e9s de la M\u00e9diterran\u00e9e, on s&#8217;est activ\u00e9 \u00e0 entretenir cette confusion, en optant pour les mises en \u00e9quation sommaires. Il n&#8217;y a pas eu de progr\u00e8s dans la connaissance si ce n&#8217;est une production significative de l&#8217;air du temps, un mat\u00e9riel relevant plus de la sc\u00e8ne du renseignement ou d&#8217;un journalisme de bonne facture que de la recherche scientifique \u00e0 proprement parler. Les exemples de cette focalisation dangereuse sont tr\u00e8s nombreux et il n&#8217;y a pas place ici pour les d\u00e9tailler<sup><a href=\"\/reda\/#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&#8217;hypoth\u00e8se centrale de Berque postulait que les Arabes se dirigeaient au XXe si\u00e8cle \u00ab du sacral \u00e0 l&#8217;historique \u00bb, hypoth\u00e8se qu&#8217;il faudrait r\u00e9examiner sous l&#8217;\u00e9clairage de son \u0153uvre ultime et majeure, la traduction du Coran. Or de la d\u00e9marche islamiste, Berque nous dit qu&#8217;elle ne lui aura servi \u00e0 rien dans ce travail, car il n&#8217;y a pas trouv\u00e9 de production pertinente sur les \u00e9tudes coraniques. La d\u00e9sacralisation est donc une donn\u00e9e historique incontestable et l&#8217;islamisme (ou islam politique) n&#8217;en est que la manifestation la plus r\u00e9cente.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab La connaissance orientale que je m&#8217;effor\u00e7ais de ranimer, je ne lui voulais rien de commun, pour le meilleur et pour le pire, avec l&#8217;expos\u00e9 de Sciences Po ou l&#8217;enqu\u00eate journalistique. Je la voulais fondamentale \u00bb pr\u00e9cise encore Berque dans ses <em>M\u00e9moires des<\/em> <em>deux rives<\/em> <sup><a href=\"\/reda\/#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a><\/sup>. C&#8217;est justement \u00e0 une connaissance \u00e0 la fois dynamique et fondamentale \u2014 r\u00e9trospective, introspective et prospective \u2014 qu&#8217;appelle de fa\u00e7on urgente le monde du XXIe si\u00e8cle. En ce sens, le dernier texte de Berque en appelle \u00e0 une cr\u00e9ativit\u00e9 qui fait d\u00e9faut autant au nord qu&#8217;au sud de la M\u00e9diterran\u00e9e : au lieu donc de politiser le civilisationnel, mieux vaudrait civiliser le politique, tel est en substance le message que nous a adress\u00e9 Jacques Berque juste avant de nous quitter, mani\u00e8re selon lui de refonder le syst\u00e8me mondial sur des bases s\u00fbres \u00e0 partir d&#8217;intangibles principes universels. Il semble \u00e0 cet \u00e9gard que nous n&#8217;ayons tir\u00e9 aucune le\u00e7on de la guerre du Golfe \u2014 premi\u00e8re version d\u00e9monstrative de la guerre de l&#8217;information \u2014 dont nous r\u00e9coltons depuis une d\u00e9cennie les fruits empoisonn\u00e9s et dont d&#8217;une certaine mani\u00e8re nous observons actuellement le prolongement sur de nouveaux fronts.<\/p>\n<p align=\"justify\">H\u00e9las, la conception g\u00e9opolitique des religions et des cultures (sans parler de leur marchandisation), qui a concouru \u00e0 la fortune r\u00e9cente d&#8217;une th\u00e9orie en sciences politiques<sup><a href=\"\/reda\/#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a><\/sup>, a fait de celles-ci des sources de conflit alors qu&#8217;elles sont d&#8217;abord des matrices, sources d&#8217;in\u00e9puisables richesses pour une soci\u00e9t\u00e9 du savoir \u2014 amen\u00e9e demain \u00e0 se propager \u2014 bas\u00e9e sur un mode de production radicalement nouveau, celui de l&#8217;abondance et de l&#8217;\u00e9change du bien immat\u00e9riel.<\/p>\n<p align=\"justify\">Du point de vue des sciences sociales, la sociologie de Berque fut, \u00e0 n&#8217;en pas douter, en avance sur son temps. Il semble en effet que l&#8217;\u00e8re du savoir hypersp\u00e9cialis\u00e9 qui a r\u00e9gn\u00e9 \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 depuis une trentaine d&#8217;ann\u00e9es touche \u00e0 sa fin. La multidisciplinarit\u00e9, la transdisciplinarit\u00e9 et, mieux encore, le remembrement de disciplines scientifiques jusque-l\u00e0 s\u00e9par\u00e9es au sein des facult\u00e9s universitaires sont devenus un imp\u00e9ratif incontournable pour le d\u00e9veloppement des sciences de la mati\u00e8re, du calcul et du vivant. Il n&#8217;y a pas d&#8217;autre voie pour aborder la <em>complexit\u00e9 du monde<\/em>, irr\u00e9ductible \u00e0 la vision d\u00e9terministe et m\u00e9caniste, vestige de sciences \u00ab dures \u00bb d&#8217;un autre \u00e2ge. L&#8217;astrophysicien qui s&#8217;attache \u00e0 l&#8217;\u00e9tude de la formation de l&#8217;univers, des galaxies et des \u00e9toiles, travaille aujourd&#8217;hui main dans la main avec le physicien des particules qui observe le comportement \u00e9trange des particules subatomiques. L&#8217;infiniment grand et l&#8217;infiniment petit convergent in\u00e9vitablement lorsqu&#8217;il faut consid\u00e9rer les origines de l&#8217;univers. A l&#8217;\u00e9chelle de l&#8217;humanit\u00e9, o\u00f9 les religions et les civilisations sont des r\u00e9sum\u00e9s d&#8217;univers, pareilles <em>dynamiques d&#8217;\u00e9mergence <\/em>sont \u00e0 l&#8217;\u0153uvre ; le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus significatif auquel on assiste actuellement est l&#8217;interf\u00e9rence \u2014 souvent constructive \u2014 entre le local et le global. Or de l&#8217;aveu m\u00eame des physiciens, des math\u00e9maticiens, des biologistes, il n&#8217;y a pas plus irr\u00e9ductible\/impr\u00e9visible que le comportement d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9, il n&#8217;y a pas d&#8217;objet plus complexe au sein de l&#8217;univers que le cerveau de l&#8217;homme&#8230; Il semble donc que les sciences sociales dites \u00ab douces \u00bb soient condamn\u00e9es \u00e0 se d\u00e9lester de l&#8217;ancien paradigme, r\u00e9ductionniste, \u00e0 l&#8217;origine de la sp\u00e9cialisation et de la technicit\u00e9 croissantes du savoir. Que l&#8217;on soit bien compris : ce n&#8217;est pas la fin de la sp\u00e9cialit\u00e9 dont il s&#8217;agit, mais celle-ci requiert dor\u00e9navant des aptitudes \u00e0 pouvoir relier des savoirs d&#8217;autres disciplines, d&#8217;analyser en \u00ab zoomant \u00bb du macro- au microscopique, de \u00ab contextualiser \u00bb pour d\u00e9crire avec rigueur autant le tout que la partie.<\/p>\n<p align=\"justify\">On le voit bien, l&#8217;argument de la multidisciplinarit\u00e9, manifeste tant d\u00e9fendu par Berque, inscrit dans chacun de ses livres et de ses terrains sociologiques, fut donc pr\u00e9monitoire.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab L&#8217;Islam est une r\u00e9alit\u00e9 qui d\u00e9fie l&#8217;analyse \u00bb avait \u00e9crit le philosophe pakistanais Mohamed Iqbal. Pour contourner l&#8217;immense difficult\u00e9, Jacques Berque ne trouva pas mieux que de d\u00e9velopper une <em>sociologie vaste et profonde<\/em>. Mais attention : une th\u00e9orie d&#8217;embl\u00e9e vaste ne peut jamais s&#8217;approfondir, seule l&#8217;inverse est si l&#8217;on peut dire possible. Il faut descendre profond, au niveau des fondations, puis tenter la t\u00e2che titanesque d&#8217;\u00e9largir jusqu&#8217;\u00e0 ce que la lumi\u00e8re parvienne et qu&#8217;elle \u00e9claire le champ de recherche, ses milles et une v\u00e9rit\u00e9s, toutes provisoires comme la lumi\u00e8re d&#8217;ailleurs. Ce que Berque proposa toute sa vie, jusqu&#8217;\u00e0 ses ultimes explications que nous reproduisons dans ce qui suit, c&#8217;est une tentative de prise totale du r\u00e9el, pour rendre compte non pas d&#8217;une dimension unique (politique, religieuse, \u00e9conomique, sociale,&#8230;), ou d&#8217;une s\u00e9quence particuli\u00e8re (l&#8217;\u00e8re des ind\u00e9pendances) mais pour formuler une sorte de \u00ab th\u00e9orie du tout \u00bb. La m\u00e9thode de Berque est une singularit\u00e9 ; signal\u00e9e \u00e0 la fois dans un v\u00e9cu qui parcourt l&#8217;occident et l&#8217;orient du monde arabe, remontant des dialectes arabes \u00e0 la langue classique en passant par l&#8217;arabe m\u00e9dian et sans compter des essais de grammaire compar\u00e9e, elle a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 dans le texte les divers facettes et enjeux de l&#8217;arabit\u00e9 et de l&#8217;islamit\u00e9. Ajoutons \u00e0 cela qu&#8217;une raison po\u00e9tique anime l&#8217;\u0153uvre de Berque, celle-ci rend le monde qu&#8217;il d\u00e9crit proche, color\u00e9, incarn\u00e9. L&#8217;homme a travaill\u00e9 sa langue d&#8217;expression, le fran\u00e7ais, tout en instruisant sur la langue du <em>d\u00e2d <\/em>(l&#8217;arabe), support ind\u00e9passable du troisi\u00e8me monoth\u00e9isme. Le croisement est r\u00e9ussi, mieux encore, il y a de la beaut\u00e9 en cette \u00ab histoire sociale de l&#8217;Islam contemporain \u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Une autre question qu&#8217;il faudrait encore relever concerne les rapports de Jacques Berque avec l&#8217;orientalisme et sa longue exp\u00e9rience de fonctionnaire de l&#8217;administration coloniale. Le sociologue a rencontr\u00e9 l&#8217;orientalisme mais il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 porteur d&#8217;une arabit\u00e9 h\u00e9rit\u00e9e par la terre natale, l&#8217;Alg\u00e9rie qui colle \u00e0 la peau. \u00ab Autant qu&#8217;il \u00e9tait en moi, j&#8217;avais travaill\u00e9 dans le sens de l&#8217;histoire maghr\u00e9bine, et cela du sein m\u00eame de l&#8217;administration coloniale. \u00bb <sup><a href=\"\/reda\/#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a><\/sup> Et c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment cela qu&#8217;il faut retenir ; le sens de la trajectoire, impeccablement align\u00e9e sur la fl\u00e8che du temps physique, qui d\u00e9programme \u2014 il n&#8217;y a pas d&#8217;autre mot \u2014 le projet orientaliste. Si donc Berque fut en quelque sorte \u00ab le dernier orientaliste \u00bb, il ne le fut certainement pas sur un mode nostalgique <sup><a href=\"\/reda\/#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a><\/sup> mais plut\u00f4t comme l&#8217;annonciateur de l&#8217;aube des \u00ab premiers occidentalistes \u00bb, ces d\u00e9crypteurs des soci\u00e9t\u00e9s consum\u00e9ristes qui, dans un paysage \u00e9volutif des plus dynamiques, basculent dans le multiculturel et la multidisciplinarit\u00e9, dans la mondialisation et la <em>g\u00e9opolitique du m\u00e9lange<\/em>. Nous sommes \u00e0 cet instant pr\u00e9cis de l&#8217;histoire. Enfin, il n&#8217;y a plus brisure de sym\u00e9trie et c&#8217;est l\u00e0 une bonne nouvelle. C&#8217;\u00e9tait aussi inscrit dans l&#8217;\u0153uvre de Berque. Pour m\u00e9moire.<\/p>\n<p align=\"justify\">C&#8217;est \u00e0 une sociologie vaste et profonde, \u00e0 la mesure de l&#8217;\u00e9tendue des deux rives de la M\u00e9diterran\u00e9e, de sa profondeur historique, de l&#8217;\u00e9paisseur culturelle de ses s\u00e9diments, que nous invite Jacques Berque, cet autre grand fr\u00e8re de la \u00ab pens\u00e9e m\u00e9ridionale \u00bb.<\/p>\n<div align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"text-align: right;\">R\u00e9da Benkirane<\/p>\n<div align=\"justify\"><\/div>\n<div align=\"justify\"><\/div>\n<p><a href=\"\/reda\/#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> Communication \u00e9crite pour le <em>Colloque international sur l&#8217;anthropologie du Maghreb : les apports de Gellner, Berque, Geertz et Bourdieu<\/em>, Institut d&#8217;\u00e9tudes politiques, universit\u00e9 de Lyon-II, 20 et 21 septembre 2001.<br \/>\nJacques Berque, <em>M\u00e9moires des deux rives<\/em>. Paris, Seuil, 1989, p. 263.<\/p>\n<div align=\"justify\"><a href=\"\/reda\/#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> De cette traduction et de l&#8217;essai de commentaire qui l&#8217;accompagne, Berque dira des paroles qui en disent long sur sa d\u00e9marche dans la connaissance de l&#8217;Autre : \u00ab elle semble excentr\u00e9e de ma personne par une dict\u00e9e sup\u00e9rieure. C&#8217;est ainsi que les musulmans la sentent. Or je fais miennes leurs attitudes quand j&#8217;\u00e9tudie leur Livre, tout en gardant la distance propre \u00e0 m&#8217;identifier. \u00ab Je me mets dans leur tunique \u00bb, <em>ataqamma\u00e7u<\/em>, dirait l&#8217;arabe, en restant moi-m\u00eame. Comment est-ce possible ? Sympathie ? <em>empathy <\/em> ? Max Weber a d\u00e9m\u00eal\u00e9 ces ambigu\u00eft\u00e9s. Moi, ce que je constate, c&#8217;est que cette fusion passag\u00e8re fortifie en moi tout ensemble l&#8217;identique et le diff\u00e9rent. \u00bb <em>M\u00e9moires des deux rives<\/em>. <em>Op. cit\u00e9<\/em>, p. 270.<\/div>\n<div align=\"justify\"><\/div>\n<p><a href=\"\/reda\/#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> Pensons \u00e0 tous ceux \u2014 sans les nommer et \u00e0 l&#8217;exception notable de leur a\u00een\u00e9 Bruno Etienne \u2014 qui, depuis un peu plus d&#8217;une dizaine d&#8217;ann\u00e9es, nous annoncent r\u00e9guli\u00e8rement le \u00ab r\u00e9veil \u00bb, le \u00ab d\u00e9clin \u00bb, le \u00ab retour \u00bb de l&#8217;islamisme , ou alors son fait social total, son caract\u00e8re fonci\u00e8rement authentique ou alternatif. Il serait int\u00e9ressant de faire un travail de classification de tous les \u00ab sp\u00e9cialistes de l&#8217;islam \u00bb de la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, d&#8217;en faire un terrain d&#8217;\u00e9tude pour un politologue, mani\u00e8re de refl\u00e9ter le reflet du miroir&#8230;<\/p>\n<p><a href=\"\/reda\/#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> <em>Op. cit\u00e9<\/em>, p. 180.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"\/reda\/#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> Peu de politologues sans doute le savent, mais la th\u00e9orie de \u00ab la guerre des civilisations \u00bb n&#8217;est pas issue des sciences politiques et l&#8217;am\u00e9ricain Samuel Huntington n&#8217;en est pas l&#8217;auteur v\u00e9ritable. En ao\u00fbt 1991, l&#8217;\u00e9conomiste marocain Mahdi Elmandjra (ancien membre du Club de Rome et de Futuribles international) \u00e9crivait, dans son ouvrage en arabe intitul\u00e9 <em>Premi\u00e8re guerre civilisationnelle <\/em> : \u00ab la guerre du Golfe n&#8217;est que le premier \u00e9pisode d&#8217;un conflit Nord-Sud domin\u00e9 dor\u00e9navant par des consid\u00e9rations d&#8217;ordre essentiellement culturel \u00bb. Elmandjra stigmatisait \u00e9galement dans son ouvrage le risque de \u00ab guerres civilisationnelles \u00bb ainsi que \u00ab les trois grandes peurs de l&#8217;Occident \u00bb, \u00e0 savoir \u00ab la peur de la d\u00e9mographie \u00bb, \u00ab la peur de l&#8217;Islam \u00bb et \u00ab la peur de l&#8217;Asie \u00bb. On retrouve \u00e9trangement ces trois \u00ab menaces \u00bb dans l&#8217;article de Samuel Huntington, <em>The Clash of civilizations<\/em>, publi\u00e9 en \u00e9t\u00e9 1993 par la revue <em>Foreign Affairs<\/em>, soit deux ans apr\u00e8s la publication du livre d&#8217;Elmandjra ! Dans le livre qu&#8217;il fera para\u00eetre en 1996, Huntington citera allusivement Elmandjra. M\u00eame s&#8217;il n&#8217;est pas l&#8217;inventeur de cette th\u00e9orie et si l&#8217;on en juge par le nombre impressionnant de r\u00e9f\u00e9rences que l&#8217;on trouve en sciences politiques sur cette fameuse guerre des civilisations, il faut reconna\u00eetre au politologue am\u00e9ricain un art consomm\u00e9 du marketing.<\/p>\n<p>Cf. Mahdi Elmandjra, <em>La Crise du Golfe, pr\u00e9lude \u00e0 l&#8217;affrontement Nord-Sud<\/em>, <em>in <\/em>Futuribles, Paris, octobre 1990.<\/p>\n<p>Mahdi Elmandjra, <em>Premi\u00e8re guerre civilisationnelle<\/em>, Casablanca, Toubkal, 1992. Samuel P. Huntington, <em>The clash of civilizations and the remaking of world order<\/em>, New York, Simon &amp; Schuster, 1996.<\/p>\n<p><a href=\"\/reda\/#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> <em>Op. cit\u00e9<\/em>, p. 196.<\/p>\n<p><a href=\"\/reda\/#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> \u00ab L&#8217;orientalisme, je l&#8217;avais d&#8217;abord agress\u00e9, malgr\u00e9 beaucoup de respect pour tel ou tel de ses derniers grands h\u00e9rauts. Contre lui je m&#8217;\u00e9tais ostensiblement r\u00e9clam\u00e9 des sciences sociales \u00bb. <em>Op. cit\u00e9<\/em>, p. 244.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R\u00e9da Benkirane Postface \u00e0\u00a0Jacques Berque,\u00a0Quel Islam?\u00a0Sindbad \u2013 Actes Sud, Paris, 2003. \u00ab L&#8217;ampleur de l&#8217;embrassement, la multiplicit\u00e9 des angles de vue pouvaient seules \u00e0 mes yeux fonder l&#8217;\u00e9tude d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9. Or comment sur tant d&#8217;objets garder un ton uni, d\u00e9verser la m\u00eame comp\u00e9tence ? \u00bb Jacques Berque, M\u00e9moire des&#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=625\">Lire plus \/ Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":3314,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[570,564],"tags":[578],"class_list":["post-625","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-jacques-berque-quel-islam","category-livres-books","tag-actes-de-colloques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/625","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=625"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/625\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3355,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/625\/revisions\/3355"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3314"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=625"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=625"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=625"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}