{"id":622,"date":"2014-05-27T07:53:28","date_gmt":"2014-05-27T07:53:28","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=622"},"modified":"2026-05-07T19:07:36","modified_gmt":"2026-05-07T18:07:36","slug":"quel-islam-par-jacques-berque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=622","title":{"rendered":"Quel islam ? par Jacques Berque"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\" style=\"color: #000000;\"><strong>Ce texte est paru initialement dans<\/strong><br \/>\n<em>Le Temps strat\u00e9gique<\/em><strong>\u00a0No 64, Gen\u00e8ve, juin 1995.<\/strong><\/p>\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 aux \u00e9ditions Sindbad-Actes Sud, Paris, 2003, avant-propos et\u00a0postface de R\u00e9da Benkirane<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><em><em><a href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=421\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" align=\"left\" alt=\"Jacques Berque, Quel islam? Postface de R\u00e9da Benkirane, Paris, Sindbad-Actes Sud, 2003.\" border=\"0\" height=\"227\" hspace=\"6\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/quel%20islam.jpg\" title=\"Jacques Berque, Quel islam? Postface de R\u00e9da Benkirane, Paris, Sindbad-Actes Sud, 2003.\" width=\"150\" \/><\/a>Jacques Berque<\/em>\u00a0<\/em>a, dans sa jeunesse, \u00e9tudi\u00e9 l&#8217;arabe en vivant en tribu dans la r\u00e9gion du Hodna alg\u00e9rien et le droit musulman avec des cheikhs de l&#8217;Universit\u00e9 de Qarawiyin \u00e0 F\u00e8s. Plus tard il a occup\u00e9, un quart de si\u00e8cle durant, la chaire d&#8217;histoire sociale de l&#8217;Islam contemporain au Coll\u00e8ge de France, et servi comme expert de l&#8217;Unesco. Il est l&#8217;auteur d&#8217;une trentaine d&#8217;ouvrages d&#8217;histoire sociale et d&#8217;islamologie, parmi lesquels\u00a0:<em>Les Arabes d&#8217;hier \u00e0 demain\u00a0<\/em>(Paris, Seuil, 1960),\u00a0<em>L&#8217;Int\u00e9rieur du Maghreb<\/em>\u00a0(Paris, Gallimard, 1978) et\u00a0<em>L&#8217;Islam au temps du monde<\/em>\u00a0(Paris, Sindbad, 1984). Retir\u00e9 depuis 1981 dans son village familial des Landes, Jacques Berque a publi\u00e9 encore une nouvelle\u00a0<em>Traduction du Coran\u00a0<\/em>(Paris, Sindbad, 1991), un volume de souvenirs,\u00a0<em>M\u00e9moires des deux rives\u00a0<\/em>(Paris, Seuil, 1989) et un essai plus g\u00e9n\u00e9ral,\u00a0<em>Il reste un avenir<\/em>\u00a0(Paris, Arl\u00e9a, 1993).<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><strong>Le terme d&#8217;Islam couvre \u00e0 la fois le d\u00e9ploiement g\u00e9opolitique et les contenus sociaux et spirituels de la plus jeune des trois grandes religions monoth\u00e9istes. Formul\u00e9e en Arabie dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du VIIe si\u00e8cle, elle s&#8217;est r\u00e9pandue tant par voie de conversion et d&#8217;attraction culturelle que de conqu\u00eate, au point de constituer aujourd&#8217;hui l&#8217;un des syst\u00e8mes les plus actifs dans le monde, tout en y restant largement m\u00e9connue d&#8217;autrui.<\/strong><\/div>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><strong>I. LA SITUATION.<\/strong>\u00a0A la mi-d\u00e9cembre 1994 se r\u00e9unissait \u00e0 Casablanca en congr\u00e8s l&#8217;Organisation de la Conf\u00e9rence islamique. Y participaient une cinquantaine de nations ou de mouvements se r\u00e9clamant de l&#8217;Islam. L&#8217;impressionnante diversit\u00e9 r\u00e9pondant \u00e0 cette enseigne confrontait les soci\u00e9t\u00e9s, les images et les phases les plus diff\u00e9rentes du d\u00e9veloppement. L&#8217;\u00e9vocation de la savane africaine y voisinait avec celle des steppes de l&#8217;Asie centrale, celle des p\u00eacheries malaises avec celle des caravanes sahariennes. La vieille monarchie marocaine y coudoyait l&#8217;insurrection des Moros philippins. Un Tatar de Kazan s&#8217;enqu\u00e9rait de manuscrits aupr\u00e8s d&#8217;un lettr\u00e9 damasc\u00e8ne. A qui e\u00fbt report\u00e9 cet arc-en-ciel humain sur la mappemonde se f\u00fbt d\u00e9couverte toute une \u00e9charpe terrestre de part et d&#8217;autre du quadrilat\u00e8re arabe, si\u00e8ge de la r\u00e9v\u00e9lation coranique voici quatorze si\u00e8cles. Arabe, en effet, s&#8217;\u00e9tait voulu le Coran\u00a0: lui-m\u00eame l&#8217;affirme. De l\u00e0 une sorte de droit d&#8217;a\u00eenesse pour l&#8217;Arabe. Il est, selon la formule de Louis Massignon, axial \u00e0 l&#8217;Islam autant que l&#8217;Islam l&#8217;est \u00e0 lui.<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">Et pourtant, dans la r\u00e9union m\u00eal\u00e9e de Casablanca se croisaient bien des idiomes, dont certains partagent avec l&#8217;arabe le privil\u00e8ge d&#8217;un classicisme reconnu de tous\u00a0: ainsi le persan et le turc, pour ne citer que ces langues charg\u00e9es de chefs-d&#8217;oeuvre. Mais seul un p\u00e9dantisme rabougri aurait pu s&#8217;en tenir \u00e0 ce panth\u00e9on acad\u00e9mique. Dans l&#8217;enceinte de la conf\u00e9rence s&#8217;activaient aussi des repr\u00e9sentants de riches cultures populaires, de profondes traditions non-\u00e9crites. Et l&#8217;Afrique musulmane, \u00e9galement convi\u00e9e \u00e0 ces agapes, y portait avec le t\u00e9moignage de ses mis\u00e8res celui de ses tr\u00e9sors saccag\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est d&#8217;Afrique nilotique en tout cas, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment du Soudan, que le fondamentalisme, ou int\u00e9grisme, ou islamisme, apportait avec les th\u00e8ses du\u00a0Dr. Hasan al-Turabi\u00a0l&#8217;argumentation la plus provocante. D\u00e9frayant depuis plusieurs ann\u00e9es la chronique, et sourdement pr\u00e9sent \u00e0 la conf\u00e9rence, il en avait \u00e9t\u00e9 proscrit, d\u00e8s l&#8217;allocution d&#8217;ouverture, par le roi du Maroc, pr\u00e9sident de session. L&#8217;Islam, disait Hassan II, le rejetait, au nom de ses traditions de tol\u00e9rance et de juste milieu. Quel beau d\u00e9bat en perspective\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le d\u00e9bat n&#8217;eut pas lieu. La Conf\u00e9rence s&#8217;en tint, \u00e0 l&#8217;exemple de semblables r\u00e9unions internationales, \u00e0 r\u00e9soudre des conflits entre d\u00e9l\u00e9gations et \u00e0 discuter de cas ponctuels, sans traiter des probl\u00e8mes de fond, auxquels cet article aura l&#8217;audace de s&#8217;attaquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;imp\u00e9rialisme, o\u00f9 nous verrons, sans la moindre sentimentalit\u00e9, l&#8217;expansion de la r\u00e9volution industrielle en rapports in\u00e9gaux sur la plan\u00e8te, y aura perverti durablement l&#8217;\u00e9change entre peuples et entre cultures. L&#8217;Islam, qui le subit de plein fouet, aura longtemps r\u00e9gn\u00e9 sur des secteurs d\u00e9laiss\u00e9s par le progr\u00e8s technologique, et de ce fait livr\u00e9s \u00e0 l&#8217;intervention de l&#8217;\u00e9tranger. Il n&#8217;avait pas non plus suivi, depuis deux ou trois si\u00e8cles, les chemins de la rationalit\u00e9 occidentale, historiquement li\u00e9e \u00e0 cet essor. Tout comme la Gr\u00e8ce antique le Maghreb, le Proche Orient, l&#8217;Iran, l&#8217;Inde musulmane avaient d\u00e9velopp\u00e9 de grandes civilisations d\u00e9nu\u00e9es de performances m\u00e9caniques. Le retard mat\u00e9riel alimenta chez ces peuples un complexe d&#8217;inf\u00e9riorit\u00e9 &#8211; admiration et r\u00e9volte m\u00eal\u00e9es &#8211; qui ne devait se r\u00e9soudre que longtemps apr\u00e8s coup. On ne peut m\u00eame pas dire qu&#8217;il ait enti\u00e8rement disparu, non plus d&#8217;ailleurs que les rapports objectifs qu&#8217;il traduisait.<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">Les cultures tricontinentales (pour user d&#8217;un n\u00e9ologisme commode) auront subi une d\u00e9pr\u00e9ciation corr\u00e9lative \u00e0 celle de l&#8217;ensemble du corps social. \u00c9cart\u00e9es de l&#8217;efficacit\u00e9, celle des machines et celle des concepts, elles s&#8217;\u00e9cartel\u00e8rent entre les reliefs de leur classicisme et la charge folklorique que leur conc\u00e9daient les agitateurs de l&#8217;histoire. La projection du mod\u00e8le europ\u00e9en rel\u00e9guait ainsi des cultures jadis prosp\u00e8res ou inventives dans une d\u00e9pendance que leurs soubresauts d\u00e9fensifs, pour \u00e9nergiques qu&#8217;ils fussent parfois, ne devaient pas soustraire plus tard \u00e0 la dure loi du rattrapage et comme \u00e0 un vertige de l&#8217;imitation. Cela jusqu&#8217;au moment o\u00f9 la reprise politique de ces peuples impliqua un renversement du processus. Avec une force croissante depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, de nouvelles nations, beaucoup se r\u00e9clamant de leur caract\u00e8re islamique, s&#8217;attel\u00e8rent alors \u00e0 une t\u00e2che immense d&#8217;\u00e9ducation et de reconstruction, dont on ne peut dire qu&#8217;elle soit encore achev\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;Islam en tant que credo et que legs spirituel n&#8217;aurait, pas plus que les autres monoth\u00e9ismes, d\u00fb \u00eatre affect\u00e9 au n\u00e9gatif par ces vicissitudes. Ses affinit\u00e9s naturalistes lui \u00e9pargnaient m\u00eame le dualisme de base qui, dans le christianisme, oppose la\u00a0gr\u00e2ce\u00a0\u00e0 la nature. N&#8217;avait-il pas, durant ses si\u00e8cles d&#8217;or, adopt\u00e9 et enrichi la tradition hell\u00e9nique de la<em>\u00a0physis\u00a0<\/em>[nature]\u00a0? En th\u00e9orie rien ne le g\u00eanait dans la poursuite du progr\u00e8s mat\u00e9riel. Sa faiblesse, en revanche, tenait \u00e0 l&#8217;envahissante s\u00e9cularit\u00e9 des temps modernes. Celle-ci d\u00e9fiait en lui l&#8217;indivision ou plut\u00f4t la convergence que sa Loi \u00e9tablit entre le spirituel et le temporel.<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">Cette difficult\u00e9, nous la retrouvons aussi bien dans sa doctrine que dans ses comportements. Aujourd&#8217;hui m\u00eame, l&#8217;adaptation croissante du cadre de vie et des id\u00e9es peut bien agir sur l&#8217;Islam. Les rapports de travail avec l&#8217;Autre, ou seulement son voisinage, lui posent des probl\u00e8mes in\u00e9dits, qu&#8217;il lui faut r\u00e9soudre. Enfin l&#8217;expatriation de ses travailleurs par centaines de mille et d&#8217;une partie de sa jeunesse instruite fait jouer chez lui \u00e0 diff\u00e9rents niveaux et sur diff\u00e9rents modes des ph\u00e9nom\u00e8nes d&#8217;acculturation. Cependant, force est de constater que ce qui en r\u00e9sulte entre syst\u00e8mes, dans la p\u00e9riode pr\u00e9sente, est moins l&#8217;inter-compr\u00e9hension des cultures et des peuples que l&#8217;acrimonie r\u00e9ciproque, et moins l&#8217;harmonie que l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>II<\/strong><strong>. INT\u00c9RIORIT\u00c9S.\u00a0<\/strong>Voil\u00e0 donc un syst\u00e8me ardemment unitaire. Il s&#8217;autorise de la cr\u00e9ation de l&#8217;homme par Dieu et de ce que j&#8217;appellerai hardiment les adh\u00e9rences cosmiques de l&#8217;humain. Le naturalisme s&#8217;y m\u00eale \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de la transcendance d&#8217;une fa\u00e7on difficile \u00e0 comprendre pour nous, habitu\u00e9s que nous sommes \u00e0 confronter diam\u00e9tralement ces notions. Simone Weil n&#8217; a-t-elle pas soulign\u00e9 le contraste entre le Dieu biblique, qui serait un Dieu &#8220;naturel&#8221;, et celui des Chr\u00e9tiens, le seul \u00e0 s&#8217;exalter en Sur-Nature\u00a0? Cela peut aider \u00e0 comprendre, par contraste, l&#8217;id\u00e9e de Dieu propre \u00e0 l&#8217;Islam. Il est pourtant ressenti par les siens comme le m\u00eame Dieu qu&#8217;adorent les deux autres monoth\u00e9ismes. &#8220;Notre Dieu ne fait qu&#8217;un avec le v\u00f4tre&#8221; (Coran XXIX, 46).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un dieu d&#8217;une puissance infinie et qui \u00e9craserait notre libert\u00e9, s&#8217;il n&#8217;octroyait \u00e0 celle-ci la pl\u00e9nitude de ses responsabilit\u00e9s. Bien entendu, les penseurs de l&#8217;Islam auront agit\u00e9, comme ceux du Christianisme, le difficile\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">d\u00e9bat de la pr\u00e9destination<\/span>. Or ils le tranchent, non pas dans le sens du fatalisme, qu&#8217;on leur pr\u00eate, mais dans celui de la libert\u00e9. Que dire d&#8217;aphorismes tels que celui-ci\u00a0: &#8220;Lorsque tu n&#8217;\u00e9prouves pas de honte, agis \u00e0 ta guise&#8221; (had\u00eeth). [Les had\u00eeths sont de courts r\u00e9cits rapportant le d\u00e9tail du comportement et des propos de Mahomet, l&#8217;envoy\u00e9 d&#8217;Allah\u00a0; la somme des had\u00eeths forme la\u00a0<em>Sunna,\u00a0<\/em>la Tradition.] C&#8217;est l\u00e0, dit un commentateur, &#8220;le pivot autour duquel tourne l&#8217;Islam tout entier&#8221;. L&#8217;Islam est une religion du\u00a0<em>yusr<\/em>, &#8220;libre cours&#8221;.\u00a0<em>Immediacy<\/em><em>\u00a0and wholyness,<\/em>\u00a0disait le grand\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Iqbal<\/span>\u00a0pour caract\u00e9riser le syst\u00e8me. Deux termes que le fran\u00e7ais pourrait rendre par &#8220;imm\u00e9diatet\u00e9&#8221; et &#8220;globalit\u00e9&#8221;, si l&#8217;on osait risquer ces n\u00e9ologismes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors quoi, cette religion du je\u00fbne annuel, de la r\u00e9clusion f\u00e9minine, de la Guerre sainte, du voile, aspects s\u00e9v\u00e8res ou arrogants qu&#8217;elle prend pour nous interpeller, cette duret\u00e9 offensive qu&#8217;elle affecte dans les propos des islamistes, ne proc\u00e9deraient que d&#8217;un juste instinct que nous portons en nous\u00a0? L&#8217;Islam, ce serait l&#8217;\u00e9lan d&#8217;un\u00a0Vicaire Savoyard\u00a0gratifi\u00e9 des joies de la vie\u00a0? Le\u00a0<em>birr<\/em>\u00a0ou &#8220;vertu&#8221;, dit Nawawi, juriste et traditionnaire damasc\u00e8ne (1233-1277), se ram\u00e8ne \u00e0 la &#8220;bont\u00e9 de nature&#8221;,\u00a0<em>husn<\/em><em>\u00a0al-khalq\u00a0<\/em>\u00a0: &#8220;facilit\u00e9 de comportement, am\u00e9nit\u00e9 du visage, gentillesse du langage&#8221;. Avouons nos perplexit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nos\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">scolastiques<\/span>\u00a0semblent avoir compris cet Islam mieux que nous, eux qui, dans des dialogues sign\u00e9s de noms aussi illustres qu&#8217;<span style=\"color: windowtext;\">Ab\u00e9lard<\/span>\u00a0et\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Ramon Llull<\/span>, faisaient de l&#8217;interlocuteur musulman le champion de la philosophie antique. Tels d&#8217;ailleurs se qualifiaient un\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Kindi<\/span>, un\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Farabi<\/span>, un\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Avicenne<\/span>, un\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Averro\u00e8s<\/span>\u00a0enfin, lequel n&#8217;en exer\u00e7ait pas moins les responsabilit\u00e9s d&#8217;un magistrat d&#8217;Islam.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le naturalisme, en effet, ou si l&#8217;on veut l&#8217;objectivit\u00e9 du credo islamique se fonde sur une conception de l&#8217;univers o\u00f9 prend \u00e9galement sa source une rationalit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 l&#8217;humain. Cette\u00a0<em>fitra<\/em>, &#8220;prime nature&#8221;, o\u00f9 s&#8217;entrelacent ainsi la &#8220;d\u00e9votion fonci\u00e8re&#8221;,\u00a0<em>ikhl\u00e2\u00e7<\/em>, la raison initiale et la finalit\u00e9 cosmique, l&#8217;Islam y voit la matrice &#8220;selon laquelle Dieu instaura les humains, sans qu&#8217;il y ait de substitution possible \u00e0 la cr\u00e9ation de Dieu&#8221;. (Coran,XXX, 30).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&#8217;est-ce que le Coran\u00a0? Il y a une g\u00e9n\u00e9ration encore ou deux, l&#8217;\u00e9tude du Coran constituait le bagage essentiel de l&#8217;\u00e9ducation. R\u00e9f\u00e9rons-nous l\u00e0-dessus \u00e0 l&#8217;analyse poignante qu&#8217;en donne Taha Husein, grand \u00e9crivain \u00e9gyptien, dans le\u00a0<em>Livre des Jours<\/em>\u00a0(1929). Bien que les choses aient chang\u00e9 sur ce point, et que la d\u00e9t\u00e9rioration de la m\u00e9moire fasse comme ailleurs son oeuvre dans les soci\u00e9t\u00e9s musulmanes, il s&#8217;y produit plut\u00f4t att\u00e9nuation que changement radical. Nul ne peut parler d&#8217;Islam encore aujourd&#8217;hui sans \u00e9couter au pr\u00e9alable la parole fondatrice, pr\u00e9sente et agissante en tous lieux de l&#8217;Islam, du Maroc \u00e0 l&#8217;Indon\u00e9sie. On ne doit sans doute plus d\u00e9finir le Coran comme cette sorte d&#8217;objectivation de la conscience qu&#8217;il avait longtemps constitu\u00e9 pour des millions de fid\u00e8les. Mais il leur offre toujours un p\u00f4le de r\u00e9f\u00e9rence. Il prodigue toujours son conseil \u00e0 qui le lui demande et garde son r\u00f4le de guide dans l&#8217;inconscient individuel et collectif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ouvrons-le. C&#8217;est un ensemble touffu de plus de six mille versets, articul\u00e9s en 114 sourates de longueurs tr\u00e8s in\u00e9gales. L&#8217;une s&#8217;\u00e9tale sur 286 versets, l&#8217;autre n&#8217;en comprend que 3. Quel principe peut commander une telle irr\u00e9gularit\u00e9\u00a0? L&#8217;ex\u00e9g\u00e8se balbutie l\u00e0-dessus depuis quatorze si\u00e8cles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai que l&#8217;impression de d\u00e9sordre s&#8217;\u00e9vanouit devant la splendeur de la forme. Ce flot de langage (plus de 323 000 lettres group\u00e9es en 6 616 mots) vibre d&#8217;un rythme assonanc\u00e9 plus subtil et plus prenant que ceux de la vieille po\u00e9sie. L&#8217;effet de son multiplie le sens avec tout ensemble une pr\u00e9cision s\u00e9mantique et des connotations \u00e9tag\u00e9es dont s&#8217;\u00e9merveille depuis quatorze si\u00e8cles la rh\u00e9torique arabe. Cela &#8220;passe&#8221; parfois m\u00eame en traduction. \u00c9coutons plut\u00f4t l&#8217;\u00e9tonnante bucolique qui interrompt la Sourate XVI, &#8220;Les abeilles&#8221;\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">65. (&#8230;) Ainsi Dieu fait-Il descendre du ciel sur la terre une eau pour l&#8217;en faire revivre apr\u00e8s qu&#8217;elle sera morte<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En quoi r\u00e9side un signe pour qui \u00e9couterait\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">66. Assur\u00e9ment r\u00e9side une le\u00e7on pour vous dans les b\u00eates de troupeaux. Nous vous donnons de ce qui dans leur ventre fait transition entre le sang et le chyme\u00a0: un lait pur, si doux \u00e0 passer quand on en boit<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">67. des fruits des vignes et des palmiers vous pr\u00e9levez ce qui enivre et l&#8217;attribution profitable<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En quoi r\u00e9side un signe pour qui raisonnerait\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">68. Ainsi ton Seigneur r\u00e9v\u00e8le-t-Il aux abeilles\u00a0: Accommodez-vous des demeures \u00e0 partir des montagnes, des arbres et des rochers<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">69. et encore butinez de tous les fruits. D\u00e8s lors suivez les chemins de votre Seigneur, bien humbles. De leur corsage sourd une boisson de couleur vari\u00e9e, qui rec\u00e8le gu\u00e9rison pour les hommes<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><strong>Parenth\u00e8se I.<\/strong>\u00a0&#8220;Vois-tu&#8221;, interrompit le cheikh, &#8220;les nations passent, et les syst\u00e8mes. L&#8217;Islam demeure. Je ne parlerai pas de vos grandeurs \u00e9ph\u00e9m\u00e8res par pure courtoisie. Regarde seulement de notre c\u00f4t\u00e9\u00a0: que reste-t-il de Saladin, de M\u00e9hemet Al\u00ee, de\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Nasser<\/span>\u00a0?&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des multitudes ferventes, \u00e0 l&#8217;heure de la pri\u00e8re, affluaient aux porches de la Mosqu\u00e9e de S\u00e2yy\u00eed-n\u00e2&#8217;l-Husayn, au Caire, puis en refluaient rythmiquement. L&#8217;appel des nourritures planait \u00e0 l&#8217;enseigne des r\u00f4tisseurs, sp\u00e9cialistes de la viande de chevreau. &#8220;Mangez des choses bonnes que Nous vous assignons&#8221; (Coran II, 57), proclamaient leurs enseignes. Tout miroitait de conscience tranquille. Religion et bombance se h\u00e9rissaient de d\u00e9sir m\u00e2le quand de-ci, de-l\u00e0, dans la foule surchauff\u00e9e, une belle femme \u00e0 demi-voil\u00e9e promenait un piment furtif. Cependant un colporteur proposait aux clients du caf\u00e9 Fish\u00e2w\u00ee des livres d&#8217;ex\u00e9g\u00e8se empil\u00e9s sous son bras.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cheikh r\u00e9gnait d\u00e9bonnairement sur ce concordat de la Loi et de la Nature. Je lui rappelai un propos du leader marocain\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">&#8216;All\u00e2l al-F\u00e2si<\/span>\u00a0(1906-1974). Revenant d&#8217;un voyage en URSS, il me racontait l&#8217;issue d&#8217;un banquet auquel on l&#8217;avait invit\u00e9 en Transcaucasie. L&#8217;accompagnateur russe avait roul\u00e9 sous la table, et le mufti Uzbek, jusque l\u00e0 muet, lui avait alors confi\u00e9, dans un arabe rocailleux, ses rancunes et ses espoirs. Et &#8216;All\u00e2l de conclure\u00a0: &#8220;Le communisme sera tomb\u00e9, qu&#8217;il y aura toujours l&#8217;Islam.&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&#8217;eus pas alors l&#8217;audace de lui demander\u00a0: &#8220;Quel Islam\u00a0?&#8221; Mais la m\u00eame question me hantait, cheminant en compagnie du cheikh \u00e9gyptien, dans cette rue d&#8217;Al-Azhar dont les devantures de libraires \u00e9talaient, plus que de raison me sembla-t-il, les ouvrages de Sayy\u00eed Qutb, un th\u00e9ologien, et de Mutawall\u00ee Sha&#8217;raw\u00ee, un pr\u00e9dicateur connu pour son rigorisme et sa v\u00e9h\u00e9mence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon interlocuteur s&#8217;abstenant \u00e0 ce constat de tout commentaire, la courtoisie m&#8217;imposait de changer de sujet. Nous pr\u00eemes le parti de d\u00e9plorer les m\u00e9faits de l&#8217;urbanisme qui plaque d\u00e9sormais sur la cit\u00e9 fatimide, telle l&#8217;immense araign\u00e9e des temps modernes, un r\u00e9seau de freeways.<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">Que dit le Coran\u00a0? La foi, rest\u00e9e jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent la vertu cardinale de l&#8217;Islam, situe l&#8217;homme dans le cosmique en position de responsable. Elle lui est inn\u00e9e (<em>fitra<\/em>), sous forme de &#8220;d\u00e9votion fonci\u00e8re&#8221;. Tel est sans doute l&#8217;axe \u00e0 la fois social et m\u00e9taphysique de la R\u00e9v\u00e9lation. Il s&#8217;assortit, en amont, d&#8217;une \u00e9tiologie qui fait appel, pour leur vertu d\u00e9monstrative, aux catastrophes des peuples qui ont manqu\u00e9 aux morales premi\u00e8res, et, en aval, d&#8217;une eschatologie contrast\u00e9e\u00a0: d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 le ch\u00e2timent des r\u00e9prouv\u00e9s, de l&#8217;autre le bonheur sensuel des \u00e9lus, lequel d&#8217;ailleurs pourrait bien n&#8217;\u00eatre qu&#8217;all\u00e9gorique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces lignes structurelles se recroisent avec des lignes conjoncturelles o\u00f9 joue la temporalit\u00e9\u00a0: allusions \u00e0 la chronique de l&#8217;\u00e9poque\u00a0: vicissitudes de la communication du message, notations discr\u00e8tes et espac\u00e9es sur les \u00e9preuves du messager lui-m\u00eame, en tant qu&#8217;agent pleinement humain. Ces coordonn\u00e9es sont partout \u00e0 l&#8217;uvre dans le Coran. Gageons qu&#8217;il n&#8217;est pas de passage o\u00f9 elles ne se combinent de quelque fa\u00e7on. Ce n&#8217;est d&#8217;ailleurs l\u00e0 qu&#8217;un constat tautologique, la R\u00e9v\u00e9lation impliquant une liaison entre deux cat\u00e9gories infiniment d\u00e9nivel\u00e9es, celle du divin ou absolu et celle du temps ou relatif. Nos scolastiques parlaient \u00e0 ce propos de communication des idiomes&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;Islam s&#8217;\u00e9cartait du\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Mosa\u00efsme<\/span>\u00a0par sa grande parcimonie en mati\u00e8re de rites et d&#8217;interdits. Sur le\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">christianisme<\/span>\u00a0il tranchait par son refus du p\u00e9ch\u00e9 originel, son option pour la Nature, ses attitudes sans complexe \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la sexualit\u00e9. &#8220;D\u00e9sirez autant que Dieu vous l&#8217;assigne&#8221; (Coran, II, 187). Pas plus de deux cent cinquante normes dans le Coran, disent certains, d&#8217;autres disent cinq cents\u00a0! Revenons \u00e0 Nawaw\u00ee, commentateur autoris\u00e9 du had\u00eeth\u00a0: &#8220;Lorsque tu n&#8217;\u00e9prouves pas de sentiment de honte agis \u00e0 ta guise&#8221;. C&#8217;est un imp\u00e9ratif permissif, pour autant qu&#8217;on puisse se permettre un tel bin\u00f4me. Toute action qui ne tombe pas sous le coup d&#8217;un interdit l\u00e9gal est loisible. La morale, devenue ainsi tributaire du libre arbitre et de la subjectivit\u00e9, ressortit davantage \u00e0 une esth\u00e9tique de la vie qu&#8217;\u00e0 l&#8217;application d&#8217;un d\u00e9calogue.<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">Il est vrai que depuis longtemps, et bien qu&#8217;insoutenable en th\u00e9orie, le suivisme des jurisprudences aura compromis ce que les oscillations entre grands ex\u00e9g\u00e8tes pouvaient m\u00e9nager de libert\u00e9. Malgr\u00e9 toutes les plaidoiries contre le &#8220;conformisme&#8221; ou &#8220;culte du pr\u00e9c\u00e9dent&#8221; (<em>taql\u00eed<\/em>), rares furent en effet, depuis le milieu du Xe si\u00e8cle, les recours v\u00e9ritables des jurisconsultes \u00e0 l'&#8221;initiative doctrinale&#8221; (<em>ijtih\u00e2d<\/em>), et encore moins \u00e0 l'&#8221;innovation&#8221; (<em>tajd\u00eed<\/em>), plus souvent d&#8217;ailleurs qualifi\u00e9e d'&#8221;impi\u00e9t\u00e9&#8221; (<em>bid&#8217;a<\/em>), que de &#8220;r\u00e9forme&#8221; (<em>islah<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Parenth\u00e8se II.\u00a0<\/strong>Le psychanalyste hocha la t\u00eate\u00a0: &#8220;En somme&#8221;, dit-il, &#8220;c&#8217;est une\u00a0inverbation\u00a0sur quoi se fonde l&#8217;Islam, plut\u00f4t que sur une incarnation, comme disent les Chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais non\u00a0!, protesta le cheikh. La langue du Coran proc\u00e8de bien de Dieu, elle ne l&#8217;est \u00e0 aucun titre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N&#8217;emp\u00eache que vous rev\u00eatez cette parole d&#8217;une autorit\u00e9 surnaturelle, bien qu&#8217;il s&#8217;agisse, selon vos dires, du langage m\u00eame de la tribu du Proph\u00e8te, Quraysh.&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&#8217;admirais, \u00e0 part moi, l&#8217;\u00e9rudition du sp\u00e9cialiste. N\u00e9 au Maroc, il avait une bonne pratique de l&#8217;arabe. Je crus n\u00e9anmoins \u00e0 propos de pr\u00e9ciser qu&#8217;il s&#8217;agissait bien en l&#8217;esp\u00e8ce d&#8217;un parler humain, mais sublim\u00e9 au sens fort, par ce r\u00f4le \u00e9minent et comme r\u00e9institu\u00e9 dans son syst\u00e8me. De parole toute terrestre, encore que charg\u00e9e de valeurs profanes, il est devenu une autre langue, la langue coranique, v\u00e9hicule de la R\u00e9v\u00e9lation. J&#8217;opposais intentionnellement ces deux mots, selon la distinction qu&#8217;en fait\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">de<\/span><span style=\"color: windowtext;\">\u00a0Saussure<\/span>. Le psychanalyste me coupa\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8220;Et du m\u00eame coup, l&#8217;Islam escamote la b\u00e9ance qui, dans d&#8217;autres syst\u00e8mes, s\u00e9pare initialement la chose brute des signes du langage propre \u00e0 l&#8217;exprimer. C&#8217;est ainsi qu&#8217;\u00e9tant venu le troisi\u00e8me (apr\u00e8s Mo\u00efse et le Christ), il se targue de proximit\u00e9 par rapport \u00e0 l&#8217;originel. La langue maternante lui \u00e9pargne le meurtre du p\u00e8re. C&#8217;est-\u00e0-dire la fracture initiale de toute signification.&#8221; [Daniel Sibony dans\u00a0<em>Les trois monoth\u00e9ismes<\/em>].<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">Le d\u00e9bat s&#8217;\u00e9garait. La querelle du &#8220;fichu islamique&#8221;, au moment m\u00eame o\u00f9 nous parlions, occupait la France. Il y allait, aux yeux de beaucoup, de la la\u00efcit\u00e9 de notre pays, condition affich\u00e9e de sa tol\u00e9rance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard d&#8217;un pluralisme religieux et culturel. \u00c9largissons le d\u00e9bat. Ne pourrait-on pas dire que le statut de la femme et ses signes ext\u00e9rieurs constituent un crit\u00e8re majeur d&#8217;\u00e9volution pour une soci\u00e9t\u00e9\u00a0? Et c&#8217;est l\u00e0-dessus, justement, qu&#8217;achoppe, aux yeux de beaucoup, l&#8217;adaptation de l&#8217;Islam \u00e0 la marche g\u00e9n\u00e9rale du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>III<\/strong><strong>. DISCORDANCES.<\/strong>\u00a0L&#8217;Islam p\u00e2tit en effet dans l&#8217;opinion mondiale d&#8217;un discr\u00e9dit qu&#8217;il ne partage ni avec le Japon, plus redout\u00e9 que r\u00e9prouv\u00e9, ni avec la Chine, formidable client \u00e0 m\u00e9nager, ni avec l&#8217;Inde, g\u00e9ant que son penchant m\u00e9taphysique fait tenir pour inoffensif. Le Musulman, lui, demeure l&#8217;\u00e9ternel Sarrasin, rendu plus dangereux encore par une modernit\u00e9 \u00e0 quoi il n&#8217;acc\u00e8derait que pour le pire. Ne cumule-t-il pas, tel l&#8217;Iraq de Saddam, le sous-d\u00e9velopement avec l&#8217;aptitude \u00e0 se doter de la bombe atomique\u00a0? Soyons francs. Plus encore que par des strat\u00e9gies particuli\u00e8res, il impressionne par cette sorte d&#8217;exception qu&#8217;il s&#8217;arroge et o\u00f9 lui-m\u00eame cherche un refuge, qui lui &#8220;rende tout le reste par surcro\u00eet&#8221;. Glorifier Dieu, voire pratiquer les cinq pri\u00e8res, dans un monde de plus en plus profane\u00a0; lier le politique au religieux alors que tout milite pour la s\u00e9cularit\u00e9\u00a0; \u00e9riger enfin la m\u00e9moire du message initial au cur du pr\u00e9sent dans l&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale des situations et des id\u00e9es, de telles attitudes r\u00e9sistent \u00e0 l&#8217;intimidation comme aux bonnes mani\u00e8res. C&#8217;est donc \u00e0 ce grand r\u00e9fractaire que l&#8217;opinion internationale attribuera l&#8217;irr\u00e9ductibilit\u00e9 des Palestiniens, malgr\u00e9 le r\u00f4le majeur jou\u00e9 par des Chr\u00e9tiens dans cette r\u00e9sistance, les menaces de terrorisme \u00e0 partir de la Syrie, du Soudan ou de la Libye, les assassinats d&#8217;intellectuels en Alg\u00e9rie, etc.<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">Essayons de faire calmement le point sur trois accusations principales\u00a0: une agressivit\u00e9 pouss\u00e9e parfois jusqu&#8217;au terrorisme\u00a0; une propension \u00e0 mobiliser le religieux en politique\u00a0; une certaine r\u00e9pugnance \u00e0 se soumettre aux droits de l&#8217;homme, dont ceux de la femme sont aujourd&#8217;hui le crit\u00e8re le plus s\u00fbr.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Agressif\u00a0? Lentement, difficilement, la d\u00e9mocratie s&#8217;est fray\u00e9e un chemin en Occident, et de l\u00e0 un peu partout. Si telle est bien l&#8217;\u00e9volution r\u00e9elle ou pr\u00e9sumable, reconnaissons qu&#8217;elle n&#8217;\u00e9limine pas encore les effets r\u00e9gressifs que la constance de l&#8217;agression subie, le sentiment de l&#8217;injustice produisent sur le comportement de beaucoup de Musulmans, sans que la dynamique d&#8217;ensemble, voulons-nous croire, en soit compromise pour autant. Mais la marche en avant h\u00e9site encore et s&#8217;\u00e9parpille. Certains mouvements ou partis brandissent le refus, agitent le recours \u00e0 la violence comme seul propre \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes et \u00e0 r\u00e9ussir l\u00e0 o\u00f9 \u00e9choue la plaidoirie. Ajoutons l&#8217;attrait ou la n\u00e9cessit\u00e9 de l&#8217;action clandestine, l&#8217;\u00e9vidence que seul un certain type de lutte peut \u00e9quilibrer les moyens disproportionn\u00e9s de l&#8217;adversaire, et l&#8217;on verra surgir le terrorisme, arme trop tentante pour qui ne dispose ni d&#8217;h\u00e9licopt\u00e8res ni de blind\u00e9s&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faire allusion \u00e0 ces noires p\u00e9rip\u00e9ties, c&#8217;est mettre en cause leurs agents tant collectifs qu&#8217;individuels et les motivations dont ils se r\u00e9clament, plut\u00f4t qu&#8217;une m\u00e9taphysique. Ils invoquent pourtant l&#8217;Islam \u00e0 l&#8217;appui de leurs actes. On accordera que le Coran ne pr\u00eache pas plus de tels ravages que l&#8217;Evangile n&#8217;anticipait les massacres des barons francs au temps des Croisades. Soulignons donc, au risque de p\u00e9cher par didactisme, que la racine du mot<em>\u00a0j.h.d.<\/em>\u00a0ne vise que l'&#8221;effort&#8221;, la &#8220;peine&#8221;. Le\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">jih\u00e2d<\/span>\u00a0majeur, le plus m\u00e9ritoire, est, selon les th\u00e9ologiens, celui que le croyant porte sur lui-m\u00eame, contre ses propres passions. Quant au jih\u00e2d mineur, il a, selon le Coran, un contenu avant tout d\u00e9fensif. Il perd toute l\u00e9gitimit\u00e9 pourvu que puisse s&#8217;exercer la foi. C&#8217;est manifestement le cas dans l&#8217;Europe d&#8217;aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">La religion dans la politique. Quand, en mars 1924, les Turcs ont aboli le\u00a0califat, la communaut\u00e9 musulmane dans le monde (la umma) perdit un cadre institutionnel qui, pour n&#8217;\u00eatre depuis longtemps et en bien de contr\u00e9es que nominal, n&#8217;en gardait pas moins une valeur symbolique. L&#8217;Etat islamique n&#8217;avait plus de clef de vo\u00fbte, de l\u00e9gitimit\u00e9 ni m\u00eame de l\u00e9galit\u00e9. Sartre e\u00fbt dit \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, qu&#8217;il \u00e9tait priv\u00e9 de Sur-Moi collectif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les analystes du temps colonial n&#8217;\u00e9valu\u00e8rent pas l&#8217;\u00e9v\u00e9nement \u00e0 sa juste importance. C&#8217;est lui pourtant qui par action ou r\u00e9action d\u00e9clencha la revendication int\u00e9griste indienne du Mouvement de la Khil\u00e2fa et, plus pr\u00e8s de nous, le r\u00e9formisme canonique de\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Rashid<\/span><span style=\"color: windowtext;\">\u00a0Rida<\/span>\u00a0en Egypte. Avec le premier, Gandhi cultiva des liens paradoxaux \u00e0 nos yeux. Le second anticipait des mouvements de m\u00eame inspiration en Tunisie et en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;indivision premi\u00e8re et essentielle entre les diverses cat\u00e9gories de l&#8217;humain constitue, pour cette \u00e9cole, une donn\u00e9e de base. D\u00een wa duny\u00e2, &#8220;le bas-monde et l&#8217;Au-Del\u00e0&#8221;\u00a0: une formule ma\u00eetresse qui annexe l&#8217;institution civile au th\u00e9ologal, sans prendre garde que la copule qui unit les deux termes les distingue. Car il s&#8217;agit bien d&#8217;indivision, voire de convergence, nous l&#8217;avons d\u00e9j\u00e0 dit, mais non de confusion. C&#8217;est pourtant de cette interpr\u00e9tation extensive que proc\u00e8de le mouvement par nous qualifi\u00e9 d'&#8221;islamisme&#8221;, de &#8220;fondamentalisme&#8221;, ou d'&#8221;int\u00e9grisme&#8221;. Il appartenait au penseur pakistanais Mawd\u00fbd\u00ee (1903-1980), fondateur du parti islamiste<em>\u00a0Jam\u00e2at at i-Isl\u00e2mi<\/em>, d&#8217;en syst\u00e9matiser une id\u00e9ologie, ax\u00e9e moins sur le spirituel que sur le politique. Ses th\u00e8ses trouv\u00e8rent un relais actif dans l&#8217;uvre de Sayy\u00eed Qutb, commentateur intuitif et activiste tomb\u00e9 en martyr de la cause. Son ouvrage\u00a0<em>Balises sur la route<\/em>\u00a0aura organis\u00e9 le passage de l&#8217;opposition doctrinale \u00e0 une violence, qu&#8217;un de ses disciples \u00e9gyptiens, Abdul-Salam Farag devait porter aujourd&#8217;hui jusqu&#8217;\u00e0 promettre l&#8217;ex\u00e9cution aux partisans de la la\u00efcit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">L&#8217;Iran avait pris entre temps l&#8217;intitiative d&#8217;une r\u00e9volution. Le savant\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">ayatollah Khomeiny<\/span>, exil\u00e9 d&#8217;un pays dont le Shah avait fait un bastion de l&#8217;Occident, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l&#8217;Am\u00e9rique, prenait le pouvoir (1979) en s&#8217;appuyant sur la propagande multiforme des mollah-s [religieux, clercs] shiites, sorte de mouvement brownien incontr\u00f4lable par le pouvoir. La R\u00e9publique islamique inaugura son exercice par une p\u00e9nible attentat\u00a0: le blocus d&#8217;une Ambassade \u00e9trang\u00e8re, au m\u00e9pris de l&#8217;usage international.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que la religion offr\u00eet d\u00e9sormais, en Iran d&#8217;abord, puis au Soudan et ailleurs, son secours non plus seulement comme r\u00e9sistance primaire \u00e0 l&#8217;oppression, ainsi qu&#8217;elle avait fait \u00e0 l&#8217;\u00e9poque du Mahdi soudanais, fondateur, au XIXe, d&#8217;un \u00e9ph\u00e9m\u00e8re Etat islamique, calqu\u00e9 sur celui de M\u00e9dine, ou du Caucasien Shamil, chef insurg\u00e9 mis en sc\u00e8ne par Tolsto\u00ef dans son\u00a0<em>Hadji Mourad<\/em>\u00a0(1903-1904), par exemple\u00a0; et pas non plus sous les traits de\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">l&#8217;\u00e9vasion mystique<\/span>, comme faisaient et font encore\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">les soufis<\/span>\u00a0; ni m\u00eame sous celle d&#8217;un parti marginal comme les Fr\u00e8res Musulmans de Hassan al-Banna et de ses successeurs en Egypte\u00a0; mais de cette fa\u00e7on \u00e0 la fois subversive et doctrinaire, effervescente et organis\u00e9e qui fait reculer les politiques occidentales, il y avait l\u00e0 quelque chose de nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On s&#8217;appuie toujours, \u00e0 vrai dire, sur l&#8217;indispensable base des croyants traditionnels, masse \u00e0 peine \u00e9br\u00e9ch\u00e9e dans ses attitudes profondes par l&#8217;\u00e9volution du dernier si\u00e8cle. Sans doute s&#8217;\u00e9tait-elle laiss\u00e9e remuer, dans la g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;Apr\u00e8s-Guerre, par la vague nass\u00e9rienne, et toucher par quelques propagandes sociales. L&#8217;affaissement des r\u00e9gimes, les revers essuy\u00e9s, l&#8217;amertume que provoque l&#8217;affaire palestinienne, ont men\u00e9 les Musulmans \u00e0 chercher un autre recours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le recours fut l&#8217;Islam. L&#8217;Islam non pas cette fois en tant que contestataire de la modernit\u00e9, tel que l&#8217;avaient compris nagu\u00e8re les mouvements mill\u00e9naristes et les ordres mystiques, mais comme alternative \u00e0 la d\u00e9mocratie, en voie sp\u00e9cifique du progr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cause de la femme. Deux grands pays musulmans, le Pakistan et le Bengladesh, pour ne rien dire de la Turquie, ont des femmes \u00e0 leur t\u00eate. On ne peut dire pour autant que la condition f\u00e9minine se soit g\u00e9n\u00e9ralement am\u00e9lior\u00e9e en Islam par rapport au pass\u00e9&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Parenth\u00e8se III.\u00a0<\/strong>L&#8217;ancien militant destourien qui nous \u00e9coutait sursauta. Il nous rappela que, d\u00e8s la lib\u00e9ration de la Tunisie, Bourguiba avait lib\u00e9r\u00e9 la femme. D\u00e9daignant les chipotages par quoi d&#8217;autres l\u00e9gislateurs, l&#8217;\u00e9gyptien par exemple, avaient apport\u00e9 quelques retouches \u00e0 un sort peu enviable, il s&#8217;\u00e9tait attaqu\u00e9, lui, d&#8217;embl\u00e9e, au vrai probl\u00e8me\u00a0: la polygamie et la r\u00e9pudiation unilat\u00e9rale. Cela se passait \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50, dans l&#8217;all\u00e9gresse de l&#8217;ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8220;Sans doute&#8221;, murmura le Tunisien, &#8220;faudrait-il maintenant aller plus loin, tant il est vrai que les discriminations qui p\u00e8sent encore sur nos femmes paralysent l&#8217;\u00e9volution profonde de nos pays. Je ne compte pas le voile, dont la base coranique est pr\u00e9caire, ni l&#8217;enfermement. L&#8217;un et l&#8217;autre, jamais en usage chez les B\u00e9douins et partout en recul depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle, font cependant aujourd&#8217;hui, l&#8217;int\u00e9grisme aidant, un retour offensif.&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, les vraies discriminations sont ailleurs\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, car le Livre, qui stipule une demi-part pour la femme dans les h\u00e9ritages et la compte pour une moiti\u00e9 dans les t\u00e9moignages, glisse aussi, dans 1a m\u00eame sourate, la &#8220;cause&#8221; (au sens juridique du terme) de cette r\u00e9duction et sugg\u00e8re par l\u00e0-m\u00eame la fa\u00e7on d&#8217;\u00e9liminer ces in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A savoir\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8220;Les hommes assument les femmes \u00e0 raison de ce dont Dieu les avantage sur elles et de ce dont ils font d\u00e9pense sur leurs propres biens&#8221; (Coran IV, 34). R\u00eavons du\u00a0<em>mujtahid<\/em>\u00a0[&#8220;docteur capable d&#8217;initiative en mati\u00e8re doctrinale&#8221;] assez hardi pour consid\u00e9rer que les femmes, \u00e0 raison de l&#8217;autonomie socio-\u00e9conomique dont les dote de plus en plus la modernit\u00e9, ne sont plus &#8220;assum\u00e9es&#8221; par les hommes, qui perdent sur elles l'&#8221;avantage&#8221; en question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cheikh se r\u00e9cria. Je n&#8217;osai pas, moi, prendre parti. Le Tunisien se tut et nous conv\u00eenmes plut\u00f4t de visiter ensemble la Gam\u00e2liya, vieil et pittoresque quartier du Caire, th\u00e9\u00e2tre poussi\u00e9reux de plusieurs romans et nouvelles de Nag\u00eeb Mahfouz.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que dit le Coran\u00a0? La sourate IV, &#8220;Les femmes&#8221;, d\u00e8s le premier verset, pose l&#8217;\u00eatre f\u00e9minin dans sa dignit\u00e9 de cr\u00e9ature \u00e9gale \u00e0 l&#8217;homme. Mais cette \u00e9gale, &#8220;essence int\u00e8gre, existence bris\u00e9e&#8221;, subit aussit\u00f4t la condition de l&#8217;orphelin. (Coran, IV, 2, 3).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La polygamie est tol\u00e9r\u00e9e, malgr\u00e9 une option expresse pour la monogamie. Ce qui n&#8217;\u00e9tait que concession faite aux murs de l&#8217;\u00e9poque fut cependant, par une soci\u00e9t\u00e9 encore archa\u00efque, interpr\u00e9t\u00e9 comme un droit. L&#8217;ex\u00e9g\u00e8se alla plus loin. N\u00e9gligeant du Coran lui-m\u00eame les suggestions, balayant ses invitations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es au pardon de l&#8217;\u00e9pouse fautive, elle insista sur les aspects coercitifs. S&#8217;appuyant sur deux ou trois had\u00eeth-s, elle invoqua m\u00eame, pour lapider la femme adult\u00e8re, un verset pr\u00e9tendument oubli\u00e9 dans la recension\u00a0! On ne peut plus saintement guider le bras de Dieu&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi qu&#8217;il en soit de cet \u00e9pineux probl\u00e8me d&#8217;ex\u00e9g\u00e8se (o\u00f9 d&#8217;ailleurs une secte, les Khar\u00eejites, se refuse \u00e0 suivre la majorit\u00e9 des Croyants), une chose est s\u00fbre\u00a0: l&#8217;Islam a frapp\u00e9 et frappe encore l&#8217;observateur du dehors par sa masculinit\u00e9. Que cela soit d\u00fb \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s porteuses plut\u00f4t qu&#8217;\u00e0 la R\u00e9v\u00e9lation, c&#8217;est \u00e9vident, cet aspect concourt avec d&#8217;autres, \u00e9num\u00e9r\u00e9s au pr\u00e9sent chapitre, pour soulever aux Musulmans une difficult\u00e9 d&#8217;adaptation de plus. Le statut des femmes en effet, dans le monde moderne, est devenu \u00e0 juste titre l&#8217;un des crit\u00e8res de l&#8217;avancement des soci\u00e9t\u00e9s. Des traits discriminatoires tels que l&#8217;inf\u00e9riorit\u00e9 des droits de l&#8217;\u00e9pouse en mati\u00e8re testamentaire et testimoniale\u00a0; la dissym\u00e9trie des pouvoirs entre sexes quant a la r\u00e9pudiation\u00a0; la retomb\u00e9e du voile enfin, qui, apr\u00e8s trois ou quatre g\u00e9n\u00e9rations de recul, se manifeste \u00e0 nouveau dans certains milieux comme exigence identitaire, ont bien de quoi pr\u00e9occuper.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>IV<\/strong><strong>. TIRER L&#8217;AVENIR DU SOUVENIR\u00a0?<\/strong>\u00a0La Mustan\u00e7ir\u00eeya de Bagdad, o\u00f9 nous d\u00e9ambulions, offrait son cadre somptueux \u00e0 notre dialogue. Je l&#8217;avais connue, moi, lors de ma premi\u00e8re visite en ce pays (1956), v\u00e9ritable champ de ruines. Ce n&#8217;\u00e9tait plus aujourd&#8217;hui que surfaces lisses, magnifiques profils, d\u00e9licieuses ciselures. Mon admiration laissa percer la critique. &#8220;Nos architectes&#8221;, dis-je \u00e0 mes compagnons, &#8220;quand ils restaurent un temple grec, prennent soin de signaler leurs ajouts par des diff\u00e9rences perceptibles\u00a0: ainsi par l&#8217;absence de cannelures sur les tron\u00e7ons de f\u00fbts rapport\u00e9s. Tandis que cette\u00a0<em>Madrasa\u00a0<\/em>[\u00e9cole, hostellerie d&#8217;\u00e9tudiants] du XIIIe, la voici ramen\u00e9e de plain-pied \u00e0 notre \u00e9poque&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;architecte iraquien m&#8217;expliqua que &#8220;restaurer&#8221;, pour eux, c&#8217;\u00e9tait r\u00e9tablir une continuit\u00e9 existentielle et non pas exhumer un objet d&#8217;\u00e9tude. Et moi je me disais in petto que\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Heidegger<\/span>\u00a0aurait pu viser l&#8217;Islam dans sa c\u00e9l\u00e8bre formule\u00a0: &#8220;Pr\u00e9sence, c&#8217;est \u00e0-venir, par d\u00e9cret de l&#8217;Imm\u00e9morial&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vitalit\u00e9, temporalit\u00e9. L&#8217;Islam se veut affirmation de l&#8217;Immuable. Des centaines de milliers d&#8217;hommes t\u00e9moignent simultan\u00e9ment, et si l&#8217;on veut, paradoxalement, de sa permanence et de sa temporalit\u00e9. Le probl\u00e8me pour lui n&#8217;est pas de demeurer, ni de croire en soi, ni m\u00eame de participer \u00e0 un monde du mouvant et du relatif, c&#8217;est de faire la jonction entre ceci et cela. C&#8217;est de se construire une probl\u00e9matique \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de la variation des \u00e9poques et de la vari\u00e9t\u00e9 des milieux. Le fait-il\u00a0? Ou m\u00eame en con\u00e7oit-il la n\u00e9cessit\u00e9\u00a0? Rien de moins s\u00fbr. C&#8217;est en ce sens que devrait porter l&#8217;effort de ses r\u00e9formateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&#8217;entends bien que tout aggiornamento, compte tenu du trait de caract\u00e8re qu&#8217;on signalait plus haut, doit s&#8217;autoriser pour lui du pass\u00e9. De l\u00e0 cette notion d'&#8221;authenticit\u00e9&#8221; (a\u00e7ala), que m\u00eame le th\u00e9oricien d&#8217;un parti la\u00efc comme le\u00a0<em>Baath<\/em>, Michel Aflaq (1910-1989), inscrivit \u00e0 son programme.\u00a0<em>A\u00e7\u00e2la<\/em><em>\u00a0wa Mu&#8217;\u00e2\u00e7ara<\/em>\u00a0, &#8220;modernit\u00e9 dans l&#8217;authenticit\u00e9&#8221;, telle avait \u00e9t\u00e9 la formule-choc du discours prononc\u00e9 par Nasser pour les c\u00e9l\u00e9brations du mill\u00e9naire du Caire (1969). Le penseur marocain\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">M. Abed al-Jabri\u00a0<\/span>entend lui aussi pratiquer une jonction de ce genre entre le renouveau et le &#8220;patrimoine&#8221; (<em>tur\u00e2th<\/em>). On retrouverait ainsi la ligne d&#8217;Averro\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est l\u00e0 une position philosophique tr\u00e8s f\u00e9conde. Mais les solutions de masse ne s&#8217;entrevoient que du c\u00f4t\u00e9 de la &#8220;raison pratique&#8221;, celle-l\u00e0 m\u00eame qu&#8217;Averro\u00e8s rel\u00e9guait eu deuxi\u00e8me degr\u00e9 de sa hi\u00e9rarchie et qu&#8217;il appliquait en tant que grand juge. Pourquoi\u00a0? Parce que de tout temps, l&#8217;Islam a vis\u00e9 la guidance des murs et que dans cette t\u00e2che, assign\u00e9e aux\u00a0<em>fuqaha<\/em>\u00a0[&#8220;savants&#8221; et particuli\u00e8rement &#8220;juristes&#8221;], il n&#8217;a nullement perdu la confiance des foules. Pertinente, \u00e0 cet \u00e9gard, nous para\u00eet la recherche d&#8217;un penseur \u00e9gyptien,\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Hasan Hanafi<\/span>, attentive \u00e0 d\u00e9gager, par une critique novatrice de la jurisprudence affleurante au niveau familier des conduites, un renouvellement qui de proche en proche irait jusqu&#8217;aux principes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;inacceptable. On pourrait citer d&#8217;autres efforts. Ils n&#8217;ont pas pr\u00e9valu, jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent sur un conservatisme que les moyens modernes d&#8217;unanimit\u00e9 (presse, t\u00e9l\u00e9vision) rendraient plus opaque que jadis. Plus oppressif \u00e0 coup s\u00fbr que la situation qui, dans les premiers si\u00e8cles de l&#8217;Islam, opposait entre eux les champions des rites et des sectes, celles-ci d\u00e9passant en nombre les soixante-dix. Le foisonnement d&#8217;alors, s&#8217;il ne revendiquait nullement, bien s\u00fbr, les droits de la libre pens\u00e9e, n&#8217;en t\u00e9moignait pas moins d&#8217;un bouillonnement des esprits, d&#8217;un d\u00e9vouement \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, d&#8217;un pluralisme de fait, que l&#8217;on chercherait vainement aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est avec tristesse, en revanche, que l&#8217;on observe le renouveau des censures et des inquisitions, la substitution de l&#8217;anath\u00e8me \u00e0 l&#8217;argument, et de l&#8217;assassinat pur et simple \u00e0 la discussion d&#8217;id\u00e9es. Ainsi tomba<a href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=69#farag\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\"><span style=\"color: windowtext;\">Farag<\/span><span style=\"color: windowtext;\">\u00a0Foda<\/span><\/a>, ainsi\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Nagib<\/span><span style=\"color: windowtext;\">\u00a0Mahfouz<\/span>, prix Nobel, subit-il l&#8217;objection du poignard, ainsi meurent tous les jours des intellectuels alg\u00e9riens. Et l&#8217;on peut dire qu&#8217;avec Ehsan Tabari (1916-1989), penseur et po\u00e8te iranien de culture internationale, mort emprisonn\u00e9, l&#8217;Iran des mollah-s avait inaugur\u00e9 sinistrement ce vertige suicidaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9crire une pareille situation, c&#8217;est en faire \u00e9clater le caract\u00e8re inacceptable, sous l&#8217;angle m\u00eame de la continuit\u00e9 islamique. Il serait peu cr\u00e9dible, pour une proc\u00e9dure qui revendique un ressourcement dans l&#8217;origine, de se soustraire \u00e0 la connaissance de ses sources. Que cette connaissance se veuille inform\u00e9e des m\u00e9thodologies modernes, on ne voit pas comment elle pourrait escamoter un tel pr\u00e9ambule, et s&#8217;\u00e9pargner les libres recherches des intelligentsias.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre trait alarmant, le tour x\u00e9nophobe que prend, en fait, chez certains, la d\u00e9fense de la foi. Rien de plus \u00e9tranger \u00e0 l&#8217;Islam\u00a0! Parmi les Compagnons du Proph\u00e8te se reconnaissaient un Africain, un Persan et un Grec, cependant que l&#8217;\u00e9pisode abyssin ouvrait des horizons encore plus vastes. C&#8217;est pourtant en terme d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 politique que furent pos\u00e9s, d\u00e8s les d\u00e9buts de la conqu\u00eate, les rapports de l&#8217;Etat musulman avec les\u00a0<em>Gens du Livre.<\/em>\u00a0Certaines de ces dissym\u00e9tries se pratiquent encore, comme en sens invers\u00e9 dirait-on\u00a0: par centaines de mille, des Maghr\u00e9bins, des Turcs, des Africains musulmans s&#8217;\u00e9tablissent maintenant, \u00e0 titre temporaire ou d\u00e9finitif, dans la cit\u00e9 occidentale. Que faire\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Parenth\u00e8se IV.\u00a0<\/strong>Ce cheikh d&#8217;origine indienne vit \u00e0 Paris depuis la s\u00e9paration de l&#8217;Inde et du Pakistan, dont il tient encore Gandhi pour responsable. Sa silhouette fr\u00eale hante\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">biblioth\u00e8ques<\/span>\u00a0et Facult\u00e9s. Grande est son \u00e9rudition, asc\u00e9tique son r\u00e9gime. Il subsiste, dit-on, d&#8217;une poign\u00e9e de dattes et d&#8217;une bouteille de lait par jour. Quand je lui fais part des r\u00e9flexions ci-dessus, il s&#8217;exclame\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8220;La solution la plus juste et la plus ais\u00e9e ne serait-elle pas, pour vos gouvernements, de nous traiter comme jadis nos califes faisaient les Gens du Livre\u00a0: en les \u00e9rigeant en communaut\u00e9s autog\u00e9r\u00e9es selon leur droit interne, au prix d&#8217;une all\u00e9geance exacte au souverain\u00a0? Cela vous \u00e9pargnerait bien des complications et des confusions, \u00e0 nous bien des probl\u00e8mes&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&#8217;\u00e9prouve un certain mal \u00e0 lui soutenir que notre R\u00e9publique se veut unitaire et la\u00efque, et que c&#8217;est l\u00e0 la condition m\u00eame de sa lib\u00e9ralit\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des diff\u00e9rences. Il m&#8217;objecte qu&#8217;en fait, aujourd&#8217;hui, beaucoup de ces diff\u00e9rences se crispent en habitats s\u00e9par\u00e9s. Et qu&#8217;aux Etats-Unis, en Angleterre m\u00eame, les choses vont bien plus loin, jusqu&#8217;\u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8220;Ce n&#8217;est l\u00e0&#8221;, lui dis-je, &#8220;qu&#8217;un corollaire du probl\u00e8me. Ce qui en constitue le fond, ce n&#8217;est pas la diff\u00e9rence de quartier, ni de figure, mais le d\u00e9faut de r\u00e9f\u00e9rence commune. Alors, vivre en scaphandre, ou souscrire, pour l&#8217;essentiel, aux m\u00eames valeurs\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quel est l&#8217;essentiel\u00a0?&#8221; me demande-t-il en souriant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dilemme pos\u00e9 reste toujours celui du choix d\u00e9chirant \u00e0 faire pour les minorit\u00e9s nombreuses que l&#8217;Islam projette en Europe et dans les deux Am\u00e9riques\u00a0: ou d&#8217;accepter une &#8220;vie en scaphandre&#8221;, ou d&#8217;inventer des \u00e9volutions compatibles au milieu d&#8217;accueil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout comme une th\u00e9ologie de la mise \u00e0 jour du patrimoine, ne manquerait-il pas \u00e0 l&#8217;Islam une th\u00e9ologie de l&#8217;Autre et de l&#8217;Ailleurs\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;espace et l&#8217;histoire dans le droit. Si l&#8217;on date de la fin du IXe si\u00e8cle de notre \u00e8re la maturit\u00e9 des grandes \u00e9coles juridiques, constitutives de ce qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui la shar\u00ee&#8217;a, la &#8220;Loi&#8221;, ou Sunna, le &#8220;Syst\u00e8me&#8221;, on ne peut \u00e9luder ces constats\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&#8217;\u00e9tait \u00e9coul\u00e9 auparavant plus de deux si\u00e8cles de d\u00e9veloppement pour l&#8217;Islam\u00a0: exercice jurisprudentiel, recherche doctrinale, exp\u00e9rience politique s&#8217;\u00e9talant finalement de la\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Transoxiane<\/span>\u00a0\u00e0 l&#8217;Andalousie. De telles p\u00e9rip\u00e9ties n&#8217;auraient-elles pas influ\u00e9 sur le d\u00e9veloppement de fait du k\u00e9rygme initial [du grec\u00a0<em>k\u00earugma<\/em>, proclamation par h\u00e9raut\u00a0: annonce de la bonne nouvelle]\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment l&#8217;histoire ult\u00e9rieure, jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, pourrait-elle \u00eatre perdue de vue dans l&#8217;interpr\u00e9tation et l&#8217;application\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;aventure de l&#8217;homme islamique prend un tour in\u00e9dit avec les nouvelles vicissitudes de l&#8217;histoire des Arabes, Turcs, Persans et autres. L&#8217;Islam se recroise \u00e0 pr\u00e9sent avec d&#8217;autres religions et cultures sur des territoires qui ne peuvent plus ressortir simplement pour lui d&#8217;un\u00a0<em>Dar<\/em><em>\u00a0al-Harb<\/em>\u00a0ou &#8220;Espace de guerre&#8221;, mais de syst\u00e8mes riverains ou d&#8217;un concert international o\u00f9 il doit s&#8217;int\u00e9grer sous peine de graves m\u00e9comptes. Cela, joint au renouvellement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des situations, du cadre de vie, des probl\u00e8mes, ne peut pas ne pas retentir, jusqu&#8217;\u00e0 un certain niveau, sur ses positions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des solutions nouvelles, dans la projection des principes\u00a0: tel serait l&#8217;ijtih\u00e2d de notre temps. On doit au penseur iranien\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">Shariati<\/span>, trop t\u00f4t disparu, cette remarque d&#8217;\u00e9vidence que la shar\u00ee&#8217;a dont se r\u00e9clament aujourd&#8217;hui tant d&#8217;activistes les engage non pas au fixisme, mais au contraire \u00e0 la dynamique qu&#8217;implique l&#8217;\u00e9tymologie du mot. Il \u00e9voque en effet la voie, l&#8217;acc\u00e8s, le cheminement<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Parenth\u00e8se V (ou Corollaire).<\/strong>\u00a0Le Mujtahid crut pouvoir conclure\u00a0: &#8220;Une direction f\u00e9conde de recherche constituerait dans une relecture du patrimoine classique, non plus dans un esprit d&#8217;autosatisfaction commun \u00e0 tous les acad\u00e9mismes, mais plut\u00f4t, \u00e0 l&#8217;inverse, pour en d\u00e9celer les failles, les impasses&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et moi, je me posais, en l&#8217;\u00e9coutant, des questions perverses\u00a0: &#8220;Pourquoi des pens\u00e9es aussi f\u00e9condes que celles d&#8217;<span style=\"color: windowtext;\">Averro\u00e8s<\/span>, d&#8217;<span style=\"color: windowtext;\">Ibn Khaldoun<\/span>, ou plus r\u00e9cemment de Shah Waly Allah Dehlawi (1703-1762) ou d&#8217;Iqbal, n&#8217;ont-elles pas trouv\u00e9 de continuateurs\u00a0? Pourquoi en somme n&#8217;ont-elles pas abouti\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous oubliez le principal, insista le Mujtahid. Pourquoi traditionnaires et commentateurs ont-ils laiss\u00e9 sans lendemain les invites \u00e0 la rationalit\u00e9 que prodigue le Coran\u00a0? Pourquoi les philosophes, et celui que vous citez en t\u00eate, Averro\u00e8s, ont-ils comment\u00e9 les Grecs plut\u00f4t que le Coran\u00a0? C&#8217;est un fait, aucun de ces Fal\u00e2sifa [philosophes arabes hell\u00e9nisants] ne l&#8217;a os\u00e9. Jugez de quel prix serait pour nous un\u00a0<em>Tafs\u00eer<\/em>\u00a0[ex\u00e9g\u00e8se coranique] compos\u00e9 par l&#8217;un d&#8217;entre eux\u00a0!&#8221;<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><strong>IV<\/strong><strong>. VUE D&#8217;ENSEMBLE.<\/strong>\u00a0Mais sommes-nous s\u00fbrs que l&#8217;histoire occidentale soit tellement indemne de ravages, de d\u00e9perditions et d&#8217;impasses\u00a0? Gardons-nous, quand nous examinons d&#8217;autres civilisations, de l&#8217;eurocentrisme qui d\u00e9sole encore tant de travaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9finitive, comment faut-il voir l&#8217;Islam\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup de ses fid\u00e8les s&#8217;\u00e9taient ralli\u00e9s aux lumi\u00e8res venues de l&#8217;Ouest, les tenant \u00e0 tort ou \u00e0 raison pour affinitaires \u00e0 leur propre legs. D&#8217;ailleurs le cadre de vie ne cessait de se transformer. Les peuples musulmans sont entra\u00een\u00e9s avec les autres vers l&#8217;uniformit\u00e9 mondiale. Mais une part profonde de leurs attitudes semble n&#8217;avoir dans la transformation que peu vari\u00e9. Fid\u00e9lit\u00e9 ou inertie, r\u00e9sistance au mim\u00e9tisme ou acculturation invers\u00e9e, elle aura brav\u00e9 aussi bien la sollicitation interne que les pressions de l&#8217;ext\u00e9rieur. D&#8217;une telle d\u00e9fensive, la vigueur de la revendication identitaire est \u00e0 la fois l&#8217;arme et le signe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce contexte g\u00e9n\u00e9ral, l&#8217;Islam, en tant que religion, doit affronter ses propres probl\u00e8mes. Il n&#8217;a pas profit\u00e9 pour les traiter, voire pour les formuler, de la d\u00e9colonisation qui a suivi la fin des Empires. Leur traitement e\u00fbt exig\u00e9 trop de risques pour les dirigeants politiques et des ex\u00e9g\u00e8ses trop inconfortables de la part des\u00a0<em>ul\u00e9mas<\/em>[savants de l&#8217;Islam]. Les uns et les autres ont recul\u00e9 devant cette t\u00e2che, comme avait fait avant eux, pour des raisons diff\u00e9rentes, le r\u00e9gime pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec le temps et l&#8217;accumulation des d\u00e9ceptions politiques, l&#8217;Islam appara\u00eet \u00e0 la plupart des siens comme un recours contre la conspiration de l&#8217;\u00e9tranger, l&#8217;\u00e9chec des r\u00e9gimes et la m\u00e9chancet\u00e9 des hommes. Ce r\u00f4le-l\u00e0 en est venu, aux yeux de beaucoup, \u00e0 l&#8217;emporter sur le r\u00f4le spirituel, bien que subsiste entre l&#8217;un et l&#8217;autre la synonymie la plus redoutable. On en est venu \u00e0 proscrire toute atteinte, m\u00eame l\u00e9g\u00e8re, toute action, toute expression, toute critique susceptible de l\u00e9ser le symbole souverain. De l\u00e0 \u00e0 condamner la d\u00e9mocratie il n&#8217;y a qu&#8217;un pas. Certains groupes le franchissent. Ils font rejaillir sur la communaut\u00e9 musulmane dans son ensemble les imputations d&#8217;intol\u00e9rance et d&#8217;obscurantisme qu&#8217;ils sontseuls\u00e0 encourir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aucun Musulman \u00e9clair\u00e9, aucun ami de l&#8217;Islam ne se r\u00e9jouira de pareils amalgames, injustes envers une Loi, une culture et une histoire des plus respectables. Il sera pourtant permis d&#8217;observer qu&#8217;en cette fin du XXe si\u00e8cle, cette grande religion ne semble pas avoir trouv\u00e9 d&#8217;ajustements propres \u00e0 servir la confiance des masses, ni le dynamisme dont elle peut l\u00e9gitimement se pr\u00e9valoir. L&#8217;\u00e9laboration d&#8217;un Islam de progr\u00e8s est sans doute seule capable de lui offrir un plus grand commun diviseur entre sa v\u00e9rit\u00e9 propre et la marche du monde autour d&#8217;elle.<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">Jacques Berque<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><\/div>\n<hr style=\"color: #000000;\" \/>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong style=\"color: #000000;\">\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><strong>De quelques noms cit\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">(dans l&#8217;ordre o\u00f9 ils apparaissent dans le\u00a0<span style=\"color: windowtext;\">texte principal<\/span>)<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><a name=\"Hasan\" title=\"Hasan\"><\/a><strong>Hasan al-Tur\u00e2bi<\/strong>\u00a0(1922-)<br \/>\nJuriste soudanais form\u00e9 en France, Hasan al-Tur\u00e2bi dirigea le Front national islamique au pouvoir au Soudan depuis le coup d&#8217;Etat de 1989. Souhaiterant se voir reconna\u00eetre le r\u00f4le de mentor international des forces islamistes, il anima la Commission populaire arabo-islamique (CPAI). Tomb\u00e9 en disgr\u00e2ce \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, il a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9, puis plac\u00e9 en r\u00e9sidence surveill\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"Iqbal\" title=\"Iqbal\"><\/a><strong>Mohamed Iqbal\u00a0<\/strong>(1876-1938)<br \/>\nPo\u00e8te et philosophe indien, aujourd&#8217;hui pakistanais, de qui la pens\u00e9e dynamique chercha une synth\u00e8se entre le legs coranique et l&#8217;apport de l&#8217;Occident. Ses po\u00e8mes en urdu, persan et anglais, ainsi que ses oeuvres philosophiques, sont \u00e0 l&#8217;origine de l&#8217;id\u00e9e du Pakistan (<em>Secrets du non-moi\u00a0; Le Glaive de Mo\u00efse\u00a0; Message de l&#8217;Orient\u00a0; Livre de l&#8217;\u00e9ternit\u00e9<\/em>). Dans un ouvrage magistral,\u00a0<em>The<\/em><em>\u00a0reconstruction of religious thought of Islam<\/em>\u00a0(1934), il fonde en synth\u00e8se originale avec ses propres id\u00e9es les inspirations du r\u00e9novateur indien Ahmad Sirr Hindi (1562-1620), de Nietzsche et de Bergson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"Farabi\" title=\"Farabi\"><\/a><strong>F\u00e2r\u00e2bi<\/strong><strong>\u00a0<\/strong>(870-950)<br \/>\nPhilosophe originaire du Turkestan occidental, Ab\u00fb Nasr Muhammad al F\u00e2r\u00e2bi, v\u00e9cut \u00e0 Bagdad et Alep. Grand sp\u00e9cialiste et commentateur d&#8217;Aristote, admirateur de Platon avec qui il tenta d&#8217;accorder sa philosophie, il est l&#8217;auteur de\u00a0:\u00a0<em>L&#8217;accord entre les vues des deux sages, Platon et Aristote\u00a0; Livre des principes de la Cit\u00e9 vertueuse\u00a0; Livre de la constitution politique<\/em>. Sa cosmologie met en rapport l&#8217;intellect des sages et des proph\u00e8tes avec l&#8217;ordre \u00e9tag\u00e9 de l&#8217;univers, lui-m\u00eame \u00e9man\u00e9 d&#8217;une source divine. La doctrine d&#8217;Al F\u00e2r\u00e2bi influencera Avicenne et Averro\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"Avicenne\" title=\"Avicenne\"><\/a><strong>Avicenne<\/strong>\u00a0(980-1037)<br \/>\nM\u00e9decin et philosophe d&#8217;origine iranienne, Ab\u00fb Ali Husayn ibn Abdallah Ibn Sin\u00e2 est connu en Occident sous le nom d&#8217;Avicenne. Auteur d&#8217;un Canon de la m\u00e9decine qui fournit longtemps la base des \u00e9tudes m\u00e9dicales en Europe, il \u00e9crivit en arabe et en persan des oeuvres philosophiques et mystiques, parmi lesquelles\u00a0<em>Kit\u00e2b<\/em><em>\u00a0al-Shif\u00e2<\/em>(le Livre de la Gu\u00e9rison), sur la logique, la physique et la m\u00e9taphysique, et\u00a0<em>Kit\u00e2b<\/em><em>\u00a0al-Naj\u00e2t<\/em>\u00a0(le Livre du Salut). Sa &#8220;Philosophie orientale&#8221; ou illuministe, appelle le moi \u00e0 l&#8217;intuition de Dieu, &#8220;l&#8217;Intellect Agent&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"vicaire\" title=\"vicaire\"><\/a>Le Vicaire savoyard<\/strong><a name=\"vicaire\" title=\"vicaire\"><\/a><br \/>\nCe texte de Jean-Jacques Rousseau, qui s&#8217;intitule in extenso<em>\u00a0La profession de foi du vicaire savoyard<\/em>, fait partie de L&#8217;Emile (1762). Un dialogue entre un pr\u00eatre et le futur pr\u00e9cepteur d&#8217;Emile permet \u00e0 Rousseau d&#8217;exposer le principe d&#8217;une religion naturelle dont le &#8220;culte essentiel est celui du cur&#8221;. Le Vicaire s&#8217;appuie sur l&#8217;\u00e9vidence d&#8217;un ordre sensible de l&#8217;univers et le sentiment int\u00e9rieur pour d\u00e9duire l&#8217;existence d&#8217;un dieu cr\u00e9ateur \u00e9ternel, intelligent, bon et juste. Ce texte fervent eut une influence consid\u00e9rable sur son \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"kindi\" title=\"kindi\"><\/a>Kind\u00ee<\/strong><a name=\"kindi\" title=\"kindi\"><\/a>\u00a0(796-873)<br \/>\nLe philosophe Ab\u00fb Y\u00fbsuf ibn Ishaq al Kind\u00ee, r\u00e9put\u00e9 comme le plus ancien philosophe arabe, connaissait les philosophes grecs par leur traduction. Il ne voyait pas d&#8217;opposition entre la philosophie et la r\u00e9v\u00e9lation proph\u00e9tique. Il est l&#8217;auteur de plusieurs trait\u00e9s qui furent traduits en latin au Moyen Age (<em>De quinque essentiis\u00a0; De intellectu\u00a0; Sur la philosophie premi\u00e8re<\/em>) et de sept ouvrages sur l&#8217;art musical.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"allal\" title=\"allal\"><\/a>&#8216;All\u00e2l al-F\u00e2s\u00ee<\/strong>\u00a0<a name=\"allal\" title=\"allal\"><\/a>(1906- 1974)<br \/>\nHomme politique marocain, &#8216;All\u00e2l al-F\u00e2s\u00ee fonda le parti Istiql\u00e2l et joua un r\u00f4le important pour l&#8217;ind\u00e9pendance du Maroc. Apr\u00e8s cet \u00e9v\u00e8nement, il se fit d&#8217;abord un supporter critique du Royaume avant d&#8217;entrer dans l&#8217;opposition. Po\u00e8te, essayiste, il s&#8217;inscrivait dans la ligne du r\u00e9formisme islamique tout en prenant en compte l&#8217;originalit\u00e9 culturelle de l&#8217;Occident musulman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"saussure\" title=\"saussure\"><\/a>Ferdinand de Saussure\u00a0<\/strong><a name=\"saussure\" title=\"saussure\"><\/a>(1857-1913)<br \/>\nLinguiste suisse, auteur d&#8217;une m\u00e9thodologie nouvelle qui r\u00e9volutionna la pens\u00e9e. La langue, syst\u00e8me abstrait, fait social, se distingue de la parole, r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, mouvante et individuelle. La signification repose sur un syst\u00e8me structur\u00e9 de diff\u00e9rences, et la distinction entre le signifiant et le signifi\u00e9 annonce la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale du signe que sera la s\u00e9miotique. La publication posthume de Ferdinand de Saussure, son\u00a0<em>Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, exer\u00e7a une influence majeure sur les contemporains (Benveniste, L\u00e9vi-Strauss, Merleau- Ponty, Lacan). Elle annon\u00e7ait le d\u00e9veloppement pr\u00e9sent de plusieurs branches de la linguistique et des sciences sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"rashid\" title=\"rashid\"><\/a>Rashid<\/strong><a name=\"rashid\" title=\"rashid\"><\/a><strong>\u00a0Ridha\u00a0<\/strong>(mort en 1935)<br \/>\nD&#8217;orignine syro-libanaise, il d\u00e9fendit le retour \u00e0 la puret\u00e9 originelle de la doctrine islamique. Il fait partie des r\u00e9formistes aux yeux desquels l&#8217;Islam est tol\u00e9rant et rationnel, n&#8217;est pas hostile au progr\u00e8s, accepte les innovations techniques de l&#8217;Occident quand il ne les devance pas. Sa revue &#8220;Al-Man\u00e2r&#8221; joua un grand r\u00f4le intellectuel dans l&#8217;Entre-deux Guerres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"heidegger\" title=\"heidegger\"><\/a>Martin Heidegger<\/strong><a name=\"heidegger\" title=\"heidegger\"><\/a>\u00a0(1889-1976)<br \/>\nPhilosophe allemand, recteur de l&#8217;universit\u00e9 de Fribourg en Brisgau entre 1928 et 1934. Vivement controvers\u00e9 pour ses compromissions avec le nazisme, Heidegger est l&#8217;auteur d&#8217;une oeuvre novatrice, o\u00f9 il s&#8217;interroge sur l&#8217;\u00eatre, sur la temporalit\u00e9 et sur le langage (<em>L&#8217;Etre et le Temps<\/em>, 1927\u00a0;\u00a0<em>Kant et le probl\u00e8me de la m\u00e9taphysique<\/em>, 1929\u00a0;\u00a0<em>Qu&#8217;est-ce que la m\u00e9taphysique<\/em>, 1929\u00a0; etc.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"jabri\" title=\"jabri\"><\/a>Mohammed Abed al-Jabri\u00a0<\/strong><a name=\"jabri\" title=\"jabri\"><\/a><br \/>\nPhilosophe marocain contemporain, qui cherche \u00e0 pratiquer la jonction entre renouveau et &#8220;patrimoine&#8221;. Abed al-Jabri est professeur \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Rabat et auteur de\u00a0<em>Naqd<\/em><em>\u00a0al-aql al-arab\u00ee\u00a0<\/em>[Critique de la raison arabe], 1992, et d&#8217;une<em>\u00a0Introduction \u00e0 la critique de la raison arabe<\/em>, 1994.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"hanafi\" title=\"hanafi\"><\/a>Hasan Hanafi\u00a0<\/strong><a name=\"hanafi\" title=\"hanafi\"><\/a><br \/>\nPenseur \u00e9gyptien contemporain, auteur de\u00a0<em>Al-Tur\u00e2th<\/em><em>\u00a0wu&#8217;l-Tajd\u00eed<\/em>\u00a0[Patrimoine et R\u00e9novation], il a d\u00e9velopp\u00e9 une r\u00e9flexion f\u00e9conde sur la notion de gauche islamique, puis sur celle de th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"shariati\" title=\"shariati\"><\/a>Al\u00ee<\/strong><a name=\"shariati\" title=\"shariati\"><\/a><strong>\u00a0Shariati<\/strong>\u00a0(1933-1977)<br \/>\nTh\u00e9ologien shiite, n\u00e9 \u00e0 Meshed, en Iran. Il re\u00e7ut une vive impression d&#8217;\u00e9tudes en France, dont il tenta de tirer une dynamisation de la doctrine islamique\u00a0:\u00a0<em>Al-&#8216;awda<\/em><em>\u00a0ila&#8217;l-dh\u00e2t\u00a0<\/em>[Retour \u00e0 l&#8217;identit\u00e9], traduit de l&#8217;arabe en 1981 et<em>Histoire et destin\u00e9e<\/em>\u00a0(Morceaux choisis en fran\u00e7ais), 1982.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"khaldoun\" title=\"khaldoun\"><\/a>Ibn Khaldoun<\/strong><a name=\"khaldoun\" title=\"khaldoun\"><\/a>\u00a0(1332-1406)<br \/>\nHistorien et penseur maghr\u00e9bin, auteur d&#8217;une monumentale\u00a0<em>Histoire des Berb\u00e8res<\/em>\u00a0dont les\u00a0<em>Prol\u00e9gom\u00e8nes<\/em>dessinent une premi\u00e8re sociologie de l&#8217;histoire. N&#8217;ayant pas laiss\u00e9 de disciples, il a connu la notori\u00e9t\u00e9 bien plus tard, sous l&#8217;influence, sans doute, de l&#8217;orientalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"shah\" title=\"shah\"><\/a>Shah Waly Allah Dehlawi<\/strong>\u00a0<a name=\"shah\" title=\"shah\"><\/a>(1703-1762)<br \/>\nTh\u00e9ologien indien, Dehlawi traduisit le Coran en persan. R\u00e9novateur canonique par excellence, il a laiss\u00e9 une uvre magistrale,\u00a0<em>Hujjat<\/em><em>\u00a0Allah al-b\u00e2ligha<\/em>\u00a0[L&#8217;efficiente plaidoirie de Dieu] et maints autres trait\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"farag\" title=\"farag\"><\/a>Farag<\/strong><a name=\"farag\" title=\"farag\"><\/a><strong>\u00a0Foda\u00a0<\/strong><br \/>\nJournaliste \u00e9gyptien, auteur d&#8217;articles et de brochures d&#8217;un ton tr\u00e8s libre, assassin\u00e9 en 1993.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"averroes\" title=\"averroes\"><\/a>Averro\u00e8s<\/strong><a name=\"averroes\" title=\"averroes\"><\/a>\u00a0(1126-1198)<br \/>\nAb\u00fb&#8217;l-Wal\u00eed Muhammad ibn Rushd, appel\u00e9 Averro\u00e8s par les Latins, fut un juriste et philosophe qui fit \u00e9cole en Occident par son Commentaire d&#8217;Aristote. Dans son\u00a0<em>Fa\u00e7l<\/em><em>\u00a0al-Maq\u00e2l\u00a0<\/em>[Trait\u00e9 d\u00e9cisif] il distingue des autres voies une voie proprement rationnelle d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, ce qui constituait \u00e0 l&#8217;\u00e9poque une audace percutante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"ayatollah\" title=\"ayatollah\"><\/a>Ayatollah Ruhullah Khomeiny<\/strong><a name=\"ayatollah\" title=\"ayatollah\"><\/a>\u00a0(1902-1989)<br \/>\nTh\u00e9ologien iranien, Khomeiny \u00e9tudia \u00e0 Qom o\u00f9, d\u00e8s 1960, il obtenait le titre d&#8217;ayatollah, grade supr\u00eame du &#8220;clerg\u00e9&#8221; chiite. Oppositionnel, emprisonn\u00e9, exil\u00e9 d&#8217;abord \u00e0 Najaf (Irak) puis r\u00e9fugi\u00e9 en France, il rentra en Iran apr\u00e8s le d\u00e9part du Shah. Il a publi\u00e9 notamment<em>\u00a0V\u00e9layat-i<\/em><em>\u00a0Faqih<\/em>\u00a0[R\u00e9gence pour le savant] o\u00f9 il revendique la pr\u00e9\u00e9minence des ul\u00e9mas (docteurs de l&#8217;Islam) dans la conduite du gouvernement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a name=\"nagib\" title=\"nagib\"><\/a>Nag\u00eeb<\/strong><a name=\"nagib\" title=\"nagib\"><\/a><strong>\u00a0Mahfouz<\/strong>\u00a0(1911-)<br \/>\nRomancier \u00e9gyptien dont l&#8217;oeuvre consid\u00e9rable, apr\u00e8s avoir commenc\u00e9 par des peintures r\u00e9alistes de la vie des vieux quartiers du Caire, a pris un tour de plus en plus novateur, interrogatif et parfois critique \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la soci\u00e9t\u00e9. Les d\u00e9v\u00f4ts reprochaient \u00e0 Nag\u00eeb Mahfouz d&#8217;avoir retrac\u00e9, sous une forme inconvenante, la succession des trois monoth\u00e9ismes dans son roman\u00a0<em>Awl\u00e2d<\/em><em>\u00a0H\u00e2rati-n\u00e2<\/em>, 1954 [Les gars de notre quartier], traduit en fran\u00e7ais sous le titre\u00a0<em>Les fils de la M\u00e9dina<\/em>, 1991. Aussi fut-il poignard\u00e9 par un extr\u00e8miste. La revue cairote Al-Q\u00e2hira consacra \u00e0 cette affaire un num\u00e9ro sp\u00e9cial sous le titre &#8220;La plume et le couteau&#8221;, novembre 1994. Nag\u00eeb Mahfouz a re\u00e7u le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1991.<\/p>\n<hr style=\"color: #000000;\" \/>\n<h2 style=\"color: #000000; text-align: justify;\" id=\"mcetoc_1jo1pstgj0\"><a name=\"nagib\" title=\"nagib\"><\/a>\u00a0Sur quelques notions \u00e9voqu\u00e9es dans le texte<\/h2>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><a name=\"grace\" title=\"grace\"><\/a><strong>Opposition de la gr\u00e2ce et de la nature dans le christianisme<\/strong><br \/>\nLa gr\u00e2ce, aide surnaturelle qui rend l&#8217;homme capable d&#8217;accomplir la volont\u00e9 de Dieu et de parvenir au salut, tranche sur le comportement naturel de l&#8217;homme. La th\u00e9ologie cherche \u00e0 montrer le rapport entre la gr\u00e2ce, comprise comme une substance spirituelle, une force divine infus\u00e9e \u00e0 la nature humaine par les sacrements, d&#8217;une part, et la nature de l&#8217;homme, sa libert\u00e9 et son pouvoir de d\u00e9cision, d&#8217;autre part. Apr\u00e8s des si\u00e8cles de divisions sur ce th\u00e8me difficile, l&#8217;oecum\u00e9nisme aurait permis de r\u00e9aliser l\u00e0-dessus un certain consensus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"predestination\" title=\"predestination\"><\/a><strong>D\u00e9bat de la pr\u00e9destination<\/strong><br \/>\nLa pr\u00e9destination est la doctrine th\u00e9ologique selon laquelle Dieu choisit lui-m\u00eame de sauver l&#8217;homme. C&#8217;est aussi l&#8217;intention qui aurait anim\u00e9 Dieu quand il a, de toute \u00e9ternit\u00e9, d\u00e9termin\u00e9 le destin de l&#8217;humanit\u00e9 et l&#8217;avenir du monde. Le Coran mentionne \u00e0 plusieurs reprises le &#8220;d\u00e9cret divin&#8221; par lequel toutes choses ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es et d\u00e9cid\u00e9es. Leibniz disait \u00e0 ce propos\u00a0: &#8220;Tout est d\u00e9termin\u00e9 sans doute, mais comme nous ne savons pas comment il l&#8217;est ni ce qui est pr\u00e9vu et r\u00e9solu, nous devons faire notre devoir, suivant la raison que Dieu nous a donn\u00e9e et suivant les r\u00e8gles qu&#8217;il nous a prescrites.&#8221; En Islam, l&#8217;apparente contradiction entre la libert\u00e9 de l&#8217;homme et la pr\u00e9destination de ses actions a fait l&#8217;objet d&#8217;abondantes controverses o\u00f9 s&#8217;affrontaient qadariyya (partisans du libre arbitre) et jabariyya (partisants du &#8220;c&#8217;est \u00e9crit&#8221; ou maktoub). L&#8217;orthodoxie sunnite recherchait entre ces deux tendances oppos\u00e9es un juste milieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"scolastique\" title=\"scolastique\"><\/a><strong>Scolastique<\/strong><br \/>\nLa scolastique, r\u00e9gime de pens\u00e9e et d&#8217;enseignement en honneur au Moyen Age \u00e0 partir du XIIIe si\u00e8cle, principalement en th\u00e9ologie, se caract\u00e9risait par la\u00a0<em>lectio<\/em>, commentaires destin\u00e9s \u00e0 faire comprendre des oeuvres de nature religieuse, philosophique ou scientifique, la\u00a0<em>quaestio<\/em>, questions pos\u00e9es par le ma\u00eetre afin de r\u00e9soudre des probl\u00e8mes de th\u00e9ologie ou de philosophie selon un sch\u00e9ma rigoureux, et la\u00a0<em>disputatio<\/em>, d\u00e9bat public entre ma\u00eetre et \u00e9l\u00e8ves. Cette m\u00e9thode permit le d\u00e9veloppement des arts du langage, en particulier de la grammaire et de la dialectique. Parmi les scolastiques c\u00e9l\u00e8bres on peut citer\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"pierre\" title=\"pierre\"><\/a><strong>Pierre Ab\u00e9lard\u00a0<\/strong>(1079-1142) qui enseigna la th\u00e9ologie scolastique et la logique. Chanoine de Notre-Dame de Paris, il fut aim\u00e9 d&#8217;H\u00e9lo\u00efse et l&#8217;\u00e9pousa en secret. En butte \u00e0 de vives oppositions doctrinales, auxquelles s&#8217;ajoutent les rancoeurs de l&#8217;oncle d&#8217;H\u00e9lo\u00efse, le chanoine Fulbert qui le fait \u00e9masculer, Ab\u00e9lard subit une nouvelle condamnation provoqu\u00e9e par Saint-Bernard. Il fonde le couvent de Paraclet et meurt \u00e0 Cluny.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"ramon\" title=\"ramon\"><\/a><strong>Ramon Llull<\/strong>\u00a0(1235-1315), th\u00e9ologien, po\u00e8te et alchimiste catalan. Sa vie et son oeuvre furent domin\u00e9s par la volont\u00e9 de r\u00e9pandre le christianisme\u00a0: il s&#8217;opposa aux doctrines d&#8217;Averro\u00e8s, s&#8217;attacha \u00e0 enseigner l&#8217;arabe et l&#8217;h\u00e9breu dans les universit\u00e9s, et entreprit de nombreux voyages pour convertir les musulmans d&#8217;Afrique du Nord o\u00f9 il passe pour \u00eatre mort, probablement lapid\u00e9. Ramon Llull donna au catalan son prestige litt\u00e9raire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"jihad\" title=\"jihad\"><\/a><strong>Jih\u00e2d<\/strong><br \/>\nEtymologiquement, jih\u00e2d signifie effort tendu vers un but d\u00e9termin\u00e9, par exemple effort sur soi-m\u00eame en vue d&#8217;un perfectionnement. La racine du mot j.h.d. ne vise que &#8220;l&#8217;effort&#8221;, la &#8220;peine&#8221;. D&#8217;apr\u00e8s la doctrine classique g\u00e9n\u00e9rale et dans la tradition historique, le jih\u00e2d consiste en l&#8217;action arm\u00e9e en vue de la d\u00e9fense de l&#8217;Islam, et, \u00e9ventuellement, de son expression. En principe, le jih\u00e2d est la seule forme de guerre concevable en Islam. A cette racine se rattache aussi, au r\u00e9fl\u00e9chi, le terme canonique d&#8217;ijtih\u00e2d, &#8220;initiative&#8221; en mati\u00e8re doctrinale ou jurisprudentielle. Selon l&#8217;adage, &#8220;la porte de l&#8217;ijtih\u00e2d s&#8217;est ferm\u00e9e&#8221; depuis le IVe si\u00e8cle de l&#8217;H\u00e9gire, c&#8217;est \u00e0 dire \u00e0 peu pr\u00e8s depuis notre Xe si\u00e8cle, faisant place au traditionalisme et au conformisme (taql\u00eed).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"califat\" title=\"califat\"><\/a><strong>Califat<\/strong><br \/>\nTerme d\u00e9riv\u00e9 de celui de calife, souverain musulman et successeur de Muhammad. Par extension, le califat est le territoire soumis au calife, la dur\u00e9e de son r\u00e8gne ou de sa dynastie. L&#8217;institution califienne naquit au lendemain de la mort du Proph\u00e8te, quand le nouveau chef de la communaut\u00e9, Ab\u00fb Bakr, devint khal\u00eefat ras\u00fbl All\u00e2h, rempla\u00e7ant ou &#8220;successeur&#8221; du Proph\u00e8te. En mars 1924, les Turcs ont aboli le califat et la umma perdit son cadre institutionnel. La d\u00e9ch\u00e9ance du califat provoqua en Egypte la th\u00e8se audacieuse du cheikh Al\u00ee Abd al-R\u00e2z\u00eeq sur\u00a0<em>L&#8217;Islam et les sources du pouvoir<\/em>\u00a0(1926), tentative de la\u00efciser le droit constitutionnel qui souleva un \u00e9norme scandale et resta malheureusement sans lendemain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"soufis\" title=\"soufis\"><\/a><strong>Soufis<\/strong><br \/>\nMystiques de l&#8217;Islam. Mot d&#8217;origine arabe, le soufisme (terme d\u00e9riv\u00e9 de \u00e7oufi , mot qu&#8217;on met en rapport avec \u00e7ouf, &#8220;laine&#8221;, allusion au v\u00eatement grossier que rev\u00eataient les ermites) sert commun\u00e9ment \u00e0 d\u00e9signer la mystique islamique. Il recouvre une multitude de courants, souvent divergents dans leur pratique et leur doctrine. Le soufisme est reconnu en Islam comme une d\u00e9marche religieuse \u00e0 part enti\u00e8re, m\u00eame s&#8217;il suscite souvent des r\u00e9actions de rejet de la part de l&#8217;orthodoxie sunnite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"abyssin\" title=\"abyssin\"><\/a><strong>L&#8217;\u00e9pisode abyssin de la vie du Proph\u00e8te<\/strong><br \/>\nQuelques ann\u00e9es avant l&#8217;H\u00e9gire (\u00e9migration massive des premiers Musulmans vers M\u00e9dine), la pers\u00e9cution devint si redoutable que Mahomet envoya un groupe de ses partisans chercher refuge en Abyssinie. Le souverain chr\u00e9tien de ce pays leur fit bon accueil\u00a0; la tradition rapporte qu&#8217;il fut \u00e9mu aux larmes en entendant ces Arabes affirmer la plus profonde v\u00e9n\u00e9ration pour J\u00e9sus et la Sainte-Vierge.<\/p>\n<p><strong><a name=\"respect\" title=\"respect\"><\/a>La tradition historique de respect des autres religions<\/strong><a name=\"respect\" title=\"respect\"><\/a><br \/>\nLa notion de l&#8217;Islam r\u00e9pandu par l&#8217;\u00e9p\u00e9e (du moins pour les premiers temps de l&#8217;expansion arabe) est abandonn\u00e9e depuis que l&#8217;\u00e9tude critique des sources a montr\u00e9 que les Arabes vainqueurs ne laiss\u00e8rent jamais aux vaincus l&#8217;alternative de se convertir ou d&#8217;\u00eatre extermin\u00e9s. Ils contraignaient simplement les Gens du Livre (les Juifs et les Chr\u00e9tiens) au paiement d&#8217;une capitation et \u00e0 l&#8217;all\u00e9geance au souverain, moyennant quoi ils garderaient le droit de s&#8217;administrer. C&#8217;est le statut de dhim\u00ee\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ne controversez avec les Gens du Livre que de la plus belle sorte, sauf avec ceux qui auraient fait preuve d&#8217;iniquit\u00e9.<br \/>\nDites, par exemple\u00a0: &#8220;Nous croyons \u00e0 la descente sur nous op\u00e9r\u00e9e, \u00e0 la descente sur vous op\u00e9r\u00e9e. Notre Dieu ne fait qu&#8217;un avec le v\u00f4tre. A lui nous nous soumettons.&#8221;\u00a0<\/em><br \/>\nCoran, XXIX, 46 (Trad. J.Berque).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Arabes victorieux eurent t\u00f4t fait d&#8217;assimiler les Zoroastriens de Perse aux Gens du Livre. Seuls les pa\u00efens idol\u00e2tres, auxquels les Musulmans eurent rarement affaire au d\u00e9but, subirent des traitements plus durs. La pr\u00e9occupation majeure des conqu\u00e9rants ne semble nulle part avoir \u00e9t\u00e9 la conversion directe des vaincus, mais l&#8217;\u00e9tablissement de leur propre h\u00e9g\u00e9monie et l&#8217;organisation du paiement du tribut qui en \u00e9tait la cons\u00e9quence imm\u00e9diate. L&#8217;histoire raconte que le calife Omar ne voulut entrer \u00e0 J\u00e9rusalem qu&#8217;avec un petit nombre de ses compagnons. Il demanda au patriarche Sophronius de l&#8217;accompagner dans tous les lieux consacr\u00e9s \u00e0 la tradition religieuse et d\u00e9clara ensuite aux habitants qu&#8217;ils \u00e9taient en s\u00fbret\u00e9, que leurs biens et leur \u00e9glises seraient respect\u00e9s, et que les Musulmans ne pourraient faire leurs pri\u00e8res dans les \u00e9glises chr\u00e9tiennes. La conduite d&#8217;Amrou en Egypte ne fut pas moins bienveillante. Il proposa aux habitants une libert\u00e9 religieuse compl\u00e8te, une justice impartiale pour tous, l&#8217;inviolabilit\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s et le remplacement des imp\u00f4ts excessifs des empereurs grecs par un tribut annuel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"inverbation\" title=\"inverbation\"><\/a><strong>Inverbation<\/strong><br \/>\nLe Coran est consid\u00e9r\u00e9 par les Musulmans comme le livre saint par excellence. C&#8217;est la parole de Dieu devenue livre (inverbation). La th\u00e9ologie musulmane a d&#8217;abord d\u00e9battu d&#8217;un propos crucial\u00a0: le Coran est-il cr\u00e9\u00e9 ou incr\u00e9\u00e9\u00a0? La majorit\u00e9 des savants consid\u00e8re qu&#8217;un livre qui est la parole de Dieu ne peut pas avoir \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 puisque la parole de Dieu a toujours exist\u00e9. Le Coran serait donc incr\u00e9\u00e9 et \u00e9ternel\u00a0: telle est la position de la doctrine classique.<\/p>\n<hr style=\"color: #000000;\" \/>\n<h2 style=\"color: #000000; text-align: justify;\" id=\"mcetoc_1jo1pstgj1\"><a name=\"inverbation\" title=\"inverbation\"><\/a>Quelques termes<\/h2>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><a name=\"etiologie\" title=\"etiologie\"><\/a><strong>Etiologie<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><br \/>\nD&#8217;\u00e9tude des causes des maladies, l&#8217;\u00e9tiologie devient aussi synonyme de recherche des causes objectives d&#8217;un rite ou d&#8217;une coutume.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"eschatologie\" title=\"eschatologie\"><\/a><strong>Eschatologie\u00a0<\/strong><br \/>\nCe qui a trait aux th\u00e9ories et r\u00e9cits de la fin du monde et de l&#8217;homme, ainsi qu&#8217;\u00e0 la r\u00e9surrection et au jugement dernier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"mosaisme\" title=\"mosaisme\"><\/a><strong>Mosa\u00efsme<\/strong><br \/>\nEnsemble des doctrines et institutions religieuses que les Juifs re\u00e7urent de Mo\u00efse. Synonyme de Juda\u00efsme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"transoxiane\" title=\"transoxiane\"><\/a><strong>Transoxiane<\/strong><br \/>\nNom donn\u00e9 \u00e0 une r\u00e9gion d&#8217;Asie s&#8217;\u00e9tendant au sud-est de la mer d&#8217;Aral vers les contreforts de l&#8217;Hindou-Kouch, comprenant les villes de Samarcande et de Boukhara.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sources\u00a0: Jacques Berque\u00a0;\u00a0<em>D\u00e9couverte de l&#8217;Islam<\/em>, par Roger du Pasquier, Paris, Seuil, 1984\u00a0;\u00a0<em>Encyclop\u00e9die de l&#8217;Islam<\/em>\u00a0;\u00a0<em>L&#8217;Islam,<\/em>\u00a0par Anne-Marie Delcambre, Paris, La D\u00e9couverte, 1991\u00a0;\u00a0<em>Dictionnaire encyclop\u00e9dique de l&#8217;Islam<\/em>, par Cyril Glass\u00e9, Paris, Bordas, 1991.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"transoxiane\" style=\"color: #000000;\" title=\"transoxiane\"><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte est paru initialement dans Le Temps strat\u00e9gique\u00a0No 64, Gen\u00e8ve, juin 1995. Il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 aux \u00e9ditions Sindbad-Actes Sud, Paris, 2003, avant-propos et\u00a0postface de R\u00e9da Benkirane Jacques Berque\u00a0a, dans sa jeunesse, \u00e9tudi\u00e9 l&#8217;arabe en vivant en tribu dans la r\u00e9gion du Hodna alg\u00e9rien et le droit musulman avec&#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=622\">Lire plus \/ Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":4599,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[570,564],"tags":[],"class_list":["post-622","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-jacques-berque-quel-islam","category-livres-books"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/622","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=622"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/622\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4907,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/622\/revisions\/4907"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4599"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=622"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=622"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=622"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}