{"id":591,"date":"2014-05-27T07:20:58","date_gmt":"2014-05-27T07:20:58","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=591"},"modified":"2014-05-27T07:20:58","modified_gmt":"2014-05-27T07:20:58","slug":"la-complexite-comme-maniere-de-remplir-et-dhabiter-lespace-et-le-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=591","title":{"rendered":"&#8221;espace et le\n\t\t\t\ttemps"},"content":{"rendered":"<p style=\"color: #990000;\"><span style=\"color: #000000;\">par R\u00e9da Benkirane<\/span><\/p>\n<div style=\"color: #000000;\" align=\"justify\"><\/div>\n<div style=\"color: #000000;\" align=\"center\">Communication pr\u00e9sent\u00e9e lors de la s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re finale<br \/>\n<strong>2<sup>\u00e8me<\/sup> colloque international francophone sur la Complexit\u00e9<\/strong>,<br \/>\n<strong>La pens\u00e9e complexe : d\u00e9fis et opportunit\u00e9s pour l\u2019\u00e9ducation,<br \/>\nla recherche et les organisations<br \/>\n<\/strong>sous le patronage d\u2019Herv\u00e9 BARREAU, Reda BENKIRANE, Pierre CALAME,<br \/>\nJean-Paul DELAHAYE, Jean-Louis LE MOIGNE,<br \/>\nEdgar MORIN, Miora MUGUR-SCHACHTER et Andr\u00e9 de PERETTI.<br \/>\nUniversit\u00e9 Lille 1, 31 mars-1<sup>er<\/sup> avril 2010<br \/>\n<a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" href=\"http:\/\/www.trigone.univ-lille1.fr\/complexite2010\">www.trigone.univ-lille1.fr\/complexite2010<\/a><\/div>\n<div style=\"color: #000000;\" align=\"justify\"><\/div>\n<div style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>R\u00e9sum\u00e9: L\u2019\u00e9volution r\u00e9cente de l\u2019humanit\u00e9 est confront\u00e9e \u00e0 un probl\u00e8me de croissance et d\u2019excroissances. Les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, aussi sophistiqu\u00e9es soient-elles, sont contraintes par des limites physiques mais aussi psychiques qui pr\u00e9cisent l\u2019agencement des modes de vie possibles selon des formes viables et des bordures congruentes. La seule diplomatie qui vaille la peine, celle d\u2019une politique de civilisation, s\u2019exprime d\u00e9sormais selon une expression g\u00e9om\u00e9trique et une exploration combinatoire de l\u2019existence humaine : comment paver le plan, sans le saturer ou le consumer ? Comment remplir et habiter l\u2019espace et le temps de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter le pire des mondes possibles ? Comment poursuivre une prospective au sein d\u2019un futur, flou et large, qui n\u2019aurait pas forc\u00e9ment besoin de l\u2019homme ? Selon nous, la Complexit\u00e9 entendue comme une \u00e9pist\u00e9mologie du pli est la mieux \u00e0 m\u00eame de nous faire comprendre ce probl\u00e8me de d\u00e9ploiement disharmonieux dans l\u2019espace et le temps. Dans son souci du pli, du d\u00e9tail, de la mani\u00e8re d\u2019exprimer le tout, la Complexit\u00e9 ne proc\u00e8de pas par coupure, ni par rupture, mais permet de penser la multi-pli-cit\u00e9 et sa pl\u00e9nitude en termes de pliage et de remplissage, de tissage et de m\u00e9tissage. \u0152uvrer \u00e0 la mise en acte de la complexit\u00e9 entendue en ce sens-l\u00e0, non intrusif, revient \u00e0 introduire une th\u00e9rapeutique douce pour une humanit\u00e9 de plus en plus marqu\u00e9e par la fragilit\u00e9 et la finitude.<\/p>\n<\/div>\n<hr style=\"color: #000000;\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il me para\u00eet ressortir des travaux et des retours d\u2019exp\u00e9rience discut\u00e9s dans le colloque \u00ab Complexit\u00e9 2010 \u00bb une double pr\u00e9occupation : nous sommes d\u2019une part empreints du souci pratique d\u2019\u00e9valuer des mani\u00e8res intelligentes, efficientes, viables de remplir et d\u2019habiter l\u2019espace et le temps, et nous sommes d\u2019autre part anim\u00e9s d\u2019un souci de soin et de pr\u00e9vention de tout ce qui vit et qui porte le vivant \u2013 car malgr\u00e9 ou \u00e0 cause de la sophistication de nos soci\u00e9t\u00e9s, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 toutes sortes de maux, visibles et invisibles, nouveaux et anciens qui font que nous devons apprendre, plus que jamais, \u00e0 prendre soin de nous-m\u00eames, des autres, de la culture et de la nature.<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">La question du remplissage de l\u2019espace et du temps, et le souci de pr\u00e9vention et de soin de l\u2019humanit\u00e9 se heurtent d\u2019une part \u00e0 des <em>limites physiques<\/em> (la biosph\u00e8re est affect\u00e9e, localement ou globalement, par le mode de remplissage hominien, \u00e0 l\u2019origine d\u2019une extinction majeure des esp\u00e8ces) et aussi \u00e0 des <em>limites psychologiques<\/em>(car nous sommes psychiquement expos\u00e9s par les NTIC \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes de parasitage et de pollution des espaces mentaux qui font qu\u2019\u00e0 certains \u00e9gards nous sommes d\u00e9j\u00e0 des post-humains).<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">Quand on dit remplir l\u2019espace et le temps, on n\u2019a encore rien dit : ici ce qui importe c\u2019est l\u2019art du d\u00e9tail, les r\u00e8gles que l\u2019on applique, le motif, le sillage que l\u2019on trace, la signature de ce remplissage. <em>Tout<\/em> est dans la <em>mani\u00e8re<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire que la <em>mani\u00e8re<\/em> est une expression du <em>tout<\/em>.<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">En g\u00e9om\u00e9trie, la question du remplissage ou du recouvrement d\u2019une surface par la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019une ou plusieurs formes, sans qu\u2019il y ait de chevauchement ou de vide, est une question ardue qui, dans la plupart des cas, reste, sauf erreur, ind\u00e9cidable : ce travail de remplissage des surfaces est math\u00e9matiquement profond. Le physicien Roger Penrose a propos\u00e9 une solution technique de pavage du plan qui mobilise deux formes de losange qui a fait date. Or une \u00e9tude r\u00e9cemment parue dans la revue <em>Science<\/em> a montr\u00e9 que les motifs g\u00e9om\u00e9triques qui d\u00e9coraient murs et plafonds de palais, de mausol\u00e9es et de mosqu\u00e9es d\u2019Asie centrale du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle appliquaient la technique de pavage de Penrose <a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"_ftnref1\" href=\"\/reda\/#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Il est av\u00e9r\u00e9 que des artisans carreleurs d\u2019Herat et d\u2019Ispahan remplissaient le plan, sans vide ni recoupement, non pas juste en travaillant \u00e0 la vol\u00e9e \u00e0 coups de crayon et de compas comme on le pensait jusque-l\u00e0, mais en combinant cinq motifs g\u00e9om\u00e9triques de base qui permettent de produire une complexit\u00e9, des complexit\u00e9s d\u2019ensemble.<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">Sur le plan g\u00e9ophysique, il me semble que ce qui se passe actuellement n\u2019est pas sans rappeler les difficult\u00e9s g\u00e9om\u00e9triques de pavage de plan. Beaucoup voient notre mode de remplissage et d\u2019habiter comme une forme syst\u00e9matique de consumation de l\u2019espace et du temps ; nous nous retrouvons \u00e0 court d\u2019espace, de temps, d\u2019\u00e9nergie. C\u2019est un probl\u00e8me int\u00e9ressant parce que ce n\u2019est plus une question de calcul, de logique, de maniement math\u00e9matique de tuiles polygonales, mais un probl\u00e8me existentiel des multitudes humaines confront\u00e9es \u00e0 un probl\u00e8me d\u2019agencement de leurs multiplicit\u00e9s face au r\u00e9tr\u00e9cissement de l\u2019espace et du temps, \u00e0 la finitude de la biosph\u00e8re. Pouvons-nous alors habiter l\u2019espace et le temps autrement que par la forme qui s\u2019est impos\u00e9e et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e depuis plusieurs si\u00e8cles ? Pouvons-nous trouver ou inventer l\u2019agencement d\u2019autres formes qui nous feraient utiliser moins et mieux l\u2019espace, le temps et l\u2019\u00e9nergie ? La question devient passionnante dans le sens o\u00f9 elle nous engage dans un \u00e9clairage prospectif pour que l\u2019homme reste dans la partie au sein d\u2019un futur beaucoup plus flou, plus large et plus inattendu qui n\u2019aurait pas forc\u00e9ment besoin de nous. Je crois que nous pouvons affirmer que la question est d\u00e9cidable, et mieux que nous pouvons th\u00e9oriquement affirmer que oui, il est possible d\u2019agencer plusieurs formes de remplissage \u2013 \u00e0 identifier et d\u00e9terminer \u2013 viables pour l\u2019humanit\u00e9. Mais il nous reste \u00e0 trouver l\u2019algorithme, la solution pratique et finie \u00e0 un probl\u00e8me de finitude. La d\u00e9marche heuristique pour approcher ce probl\u00e8me, c\u2019est la qu\u00eate d\u2019un agencement possible, d\u2019une diplomatie des modes d\u2019habiter et de remplissage de la terre, ce qu\u2019Edgar Morin et Sami Na\u00efr avaient d\u00e9fini comme une \u00ab politique de civilisation \u00bb. Ici le mot civilisation, c\u2019est essentiellement un arrangement tout particulier des soci\u00e9t\u00e9s pour \u00e9voluer et durer dans l\u2019espace, pour paver le plan.<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">Ce qu\u2019on peut d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 avancer avec certitude c\u2019est que la prochaine civilisation post-occidentale sera mondiale ou ne sera pas. Elle devra avoir pour signature une mani\u00e8re radicalement nouvelle de remplir l\u2019espace et le temps et devra exprimer diff\u00e9rents modes d\u2019habiter qui devront \u00eatre des formes congruentes, c\u2019est-\u00e0-dire adapt\u00e9es aux nouvelles contraintes des limites physiques et psychiques \u00e0 respecter sous peine d\u2019auto-disparition.<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">Ibn Khaldoun, l\u2019auteur maghr\u00e9bin du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle d\u2019une <em>Introduction \u00e0 l\u2019histoire universelle, <\/em>v\u00e9ritable chef d\u2019\u0153uvre de philosophie de l\u2019histoire, a invent\u00e9 un concept pour sp\u00e9cifier la civilisation : c\u2019est le mot \u2018<em>umran<\/em> qui en arabe vient d\u2019une racine <em>\u2018a-ma-ra<\/em> signifiant justement soit \u00ab remplir \u00bb soit \u00ab durer \u00bb. Le concept invent\u00e9 par Ibn Khaldoun d\u00e9signe un rapport \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019espace et au temps. Contemporain de Tamerlan qu\u2019il rencontrera \u00e0 Damas au moment de sa mise \u00e0 sac par ses guerriers nomades mongols, le sociologue et historien d\u00e9finit un primat de l\u2019histoire qui consiste en une dialectique des civilisations, des \u2018<em>umran<\/em> donc, qui oppose le mode d\u2019habiter et de remplissage b\u00e9douin, le <em>\u2018umran badawi<\/em>, mode nomade de l\u2019arri\u00e8re-pays, du d\u00e9sert (le nomade ne migre pas, il cherche contin\u00fbment, habite constamment un certain type d\u2019espace) au mode d\u2019habiter urbain, au<em>\u2018umran hadari<\/em>, lieu d\u2019\u00e9mergence, d\u2019excellence puis de d\u00e9ch\u00e9ance de la civilisation qui, selon la th\u00e9orie khaldounienne, est par d\u00e9finition mortelle. Pour ce pr\u00e9curseur de la sociologie, ce sont les nomades, les ensauvag\u00e9s porteurs de tous les maux qui ont l\u2019\u00e9nergie et la force de coh\u00e9sion pour fabriquer de la civilisation selon un proc\u00e9d\u00e9 de destruction cr\u00e9atrice. Selon la d\u00e9finition d\u2019Ibn Khaldoun, une civilisation se d\u00e9finit par une certaine mani\u00e8re de remplir l\u2019espace et le temps, une forme de complexit\u00e9 qui a sa dur\u00e9e propre. Il me para\u00eet que l\u2019\u00e9clairage historique d\u2019Ibn Khaldoun est des plus pertinents, \u00e0 la nuance pr\u00e8s que la dialectique des civilisations fait place \u00e0 un d\u00e9crochage brutal et total. Le mode de vie nomade, de ceux qui sont porteurs de toutes les tares, mis au ban en p\u00e9riph\u00e9rie, ne se d\u00e9ploie plus tant <em>contre<\/em> mais <em>dans<\/em> l\u2019urbanit\u00e9. Les cycles se superposent et amplifient l\u2019urbanisation d\u00e9bordante du monde, la g\u00e9n\u00e9ralisation des villes, l\u2019extension des m\u00e9ga- et m\u00e9ta-p\u00f4les. Notre probl\u00e8me aujourd\u2019hui est un probl\u00e8me de centration et de concentration, de croissance et d\u2019excroissance.<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">Depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, nous vivons sous le plein r\u00e9gime de r\u00e9alit\u00e9 de la complexit\u00e9 : une complexit\u00e9 qui est l\u2019instant d\u00e9licieux entre ordre et d\u00e9sordre, le r\u00e8gne prometteur mais fragile entre monarchie et anarchie, entre cristal et fum\u00e9e. Mais il y a complexit\u00e9 et complexit\u00e9s. On peut voir par exemple la complexit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre de Beethoven quand il \u00e9crit en 1818 la monumentale <em>Hammerklavier<\/em>, 29<sup>\u00e8me<\/sup> sonate pour piano. Et puis il y a la complexit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre qui consisterait en l\u2019enregistrement de frappes sur un clavier par un chimpanz\u00e9 pendant une quarantaine de minutes\u2026 A comparer la sonate de Beethoven, une des plus hautes \u0153uvres pianistiques, et l\u2019\u0153uvre du chimpanz\u00e9, nous comparons deux types de complexit\u00e9s, celle fibr\u00e9e, feuillet\u00e9e, organis\u00e9e qui est le produit d\u2019un temps, d\u2019un apprentissage longs, l\u2019expression d\u2019une \u00e2me qui parle \u00e0 toute l\u2019humanit\u00e9 \u2013 et dont Leibniz dirait \u00ab que ses plis vont \u00e0 l\u2019infini \u00bb \u2013 et celle du bruit, de la dissonance, ou du signal blanc, une complexit\u00e9 produite en temps court ou en temps r\u00e9el. Et l\u00e0 encore mon <em>leitmotiv<\/em> sur la mani\u00e8re de remplir l\u2019espace et le temps peut s\u2019appliquer comme un <em>crible<\/em> pour distinguer les formes de complexit\u00e9s et d\u2019interd\u00e9pendances constructives et destructives qui abondent dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Ainsi la sph\u00e8re politico-m\u00e9diatique \u2013 lieu de grande concentration de pouvoir \u2013 utilise massivement le bruit, la dissonance comme moyen d\u2019attirer les foules et de les agr\u00e9ger en audiences des plus passives ; l\u2019information excr\u00e9mentielle tient lieu de signal. Mobilisant nos pulsions et leur instrumentalisation m\u00e9canique, des processus de t\u00e9l\u00e9guidage comportementaux nous actionnent en collectifs inintelligents et dociles, en vagues moutonni\u00e8res qui acceptent tout de la situation \u2013 sociale, \u00e9conomique, politique \u2013 pourvu qu\u2019on les gave de jeux, de culte des mondains, de la promesse du quart d\u2019heure de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, ou encore de l\u2019intellectuel m\u00e9diatique qui joue sur les passions tristes des foules, en faisant des gammes sur les boucs-\u00e9missaires du moment.<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">En ce qui nous concerne, nous sommes en qu\u00eate d\u2019une certaine complexit\u00e9, celle qui a une profondeur info-techno-bio-anthropo-logique, produit de longs et lents calcul, v\u00e9cu, <em>cogito<\/em>. Cette esp\u00e8ce fragile de complexit\u00e9, on la retrouve en bordure de tous les possibles susceptibles d\u2019amener tous les \u00eatres, tous les individus, tous les simples dont parle Leibniz dans son court et \u00e9blouissant trait\u00e9 de la <em>Monadologie<\/em> \u00e0 exprimer localement et de mani\u00e8re diff\u00e9rentielle un tout harmonieux et intelligent. Chaque entit\u00e9 simple formule et d\u00e9taille, selon son g\u00e9nie propre, sa tradition et sa variation, le <em>m\u00eame et unique monde<\/em>. Nous l\u2019exprimons tous diff\u00e9remment, ce m\u00eame et unique monde \u00ab comme une m\u00eame ville regard\u00e9e de diff\u00e9rents c\u00f4t\u00e9s para\u00eet tout autre, et est comme multipli\u00e9e perspectivement \u00bb nous dit encore Leibniz. Ce m\u00eame et unique monde n\u00e9cessite une diplomatie inspir\u00e9e qui soit aussi l\u2019exploration combinatoire des agencements des formes qui ne saturent pas et ne d\u00e9truisent pas l\u2019espace et le temps qu\u2019elles occupent. Et je consid\u00e8re que le m\u00e9tier de diplomate qu\u2019a exerc\u00e9 Leibniz informe beaucoup sur son style philosophique, sa qu\u00eate d\u2019un langage math\u00e9matique universel ou son art de la combinatoire. Inversement la pens\u00e9e leibnizienne donne une \u00e9paisseur philosophique \u00e0 l\u2019acte diplomatique.<\/p>\n<blockquote style=\"color: #000000;\">\n<p align=\"justify\">\u00ab Or cette <em>liaison <\/em>ou cet accommodement de toutes les choses cr\u00e9\u00e9es \u00e0 chacune et de chacune \u00e0 toutes les autres, fait que chaque substance simple a des rapports qui expriment toutes les autres, et qu\u2019elle est par cons\u00e9quent un miroir vivant perp\u00e9tuel de l\u2019univers. \u00bb<\/p>\n<div align=\"justify\"><\/div>\n<p align=\"right\">Leibniz, <em>Monadologie<\/em>, \u00a7 56.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">Pour en revenir finalement \u00e0 l\u2019aspect th\u00e9rapeutique que j\u2019\u00e9voquais au d\u00e9but, je nous vois ici r\u00e9unis comme des<em>medecine-men<\/em>, comme des artisans d\u2019une science douce et humaine. Nous serions en quelque sorte des acupuncteurs qui cherchent \u00e0 r\u00e9parer et soigner le monde en travaillant localement sur les surfaces profondes sans rien couper, abraser ni abolir. Nous savons que le monde n\u2019est pas plat, qu\u2019il est non-euclidien et que la platitude est quelque chose de tr\u00e8s local. Nous savons qu\u2019en surface du r\u00e9el affleurent le plus souvent du concave, du convexe, du rugueux, du fractal qui nous font d\u00e9couvrir que la surface est une profondeur parmi d\u2019autres, qu\u2019elle est probablement l\u2019expression d\u2019un m\u00e9tabolisme de la forme qui vient de loin et qu\u2019il suffit d\u2019observer la pellicule la plus ext\u00e9rieure de mati\u00e8re \u2013 mais selon des r\u00e9solutions et des perspectives diff\u00e9rentes \u2013 pour <em>s\u2019enfoncer en r\u00e9alit\u00e9<\/em>, et voir appara\u00eetre des structures-gigognes, de la nouveaut\u00e9. Plut\u00f4t donc que de couper, raboter et d\u2019aplanir pour tenter de faire co\u00efncider les bords des formes, peut-\u00eatre faudrait-il travailler sur les plis, et les d\u00e9ploiements de la complexit\u00e9 qui proc\u00e8de souvent en enveloppement, et cro\u00eet par invagination, dans le <em>dedans du dedans<\/em>. J\u2019aimerais citer une fois encore Leibniz qui formule la plus belle des r\u00e9futations du r\u00e9ductionnisme :<\/p>\n<blockquote style=\"color: #000000;\">\n<p align=\"justify\">\u00ab Chaque portion de la mati\u00e8re peut \u00eatre con\u00e7ue, comme un jardin plein de plantes, et comme un \u00e9tang plein de poissons. Mais chaque rameau de la plante, chaque membre de l\u2019animal, chaque goutte de ses humeurs est encore un tel jardin, ou un tel \u00e9tang. \u00bb<\/p>\n<div align=\"justify\"><\/div>\n<p align=\"right\">Leibniz, <em>Monadologie<\/em>, \u00a7 67.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">L\u2019espoir est que sommes toujours plus nombreux \u00e0 avoir compris que le r\u00e9el ne se d\u00e9coupe pas aussi bien qu\u2019il se plie et se d\u00e9plie, qu\u2019il s\u2019\u00e9tire et se contracte selon les termes implicites de la multiplicit\u00e9. La complexit\u00e9 dans son \u00e9tymologie confirme cette r\u00e9alit\u00e9 du pli comme mani\u00e8re d\u2019exprimer le tout, comme mani\u00e8re cr\u00e9ative, po\u00e9tique, et qui sait peut-\u00eatre m\u00eame spirituelle d\u2019habiter l\u2019espace et le temps.<\/p>\n<div style=\"color: #000000;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"right\">R\u00e9da Benkirane<\/p>\n<div style=\"color: #000000;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #990000;\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">Ibn Khaldoun, (1997). <em>Discours sur l\u2019histoire universelle. Al-Muqaddima<\/em>. Traduit de l\u2019arabe, pr\u00e9sent\u00e9 et annot\u00e9 par Vincent Monteil. Paris : Sindbad-Actes Sud.<\/p>\n<p>Leibniz, G. (2008). <em>Discours de m\u00e9taphysique. Essais de Th\u00e9odic\u00e9e. Monadologie<\/em>. Paris : Flammarion.<\/p>\n<div style=\"color: #000000;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">Morin, E. et Na\u00efr, S. (1997). <em>Pour une politique de civilisation<\/em>. Paris : Arl\u00e9a.<\/p>\n<p>Beethoven, L. (1818), <em>Hammerklavier, opus 106, sonate no 29 pour piano<\/em>. Interpr\u00e9tation de Giovanni Bellucci (2008), <em>Beethoven Klaviersonaten und Symphonien 3<\/em>, Turin : Opus 106.<\/p>\n<div style=\"color: #000000;\" align=\"justify\"><\/div>\n<hr style=\"color: #000000;\" \/>\n<div style=\"color: #000000;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\"><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"_ftn1\" href=\"\/reda\/#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Peter J. Lu et Paul J. Steinhard, (2008). Decagonal and Quasi-Crystalline Tilings in Medieval Islamic Architecture. <em>Science<\/em>, volume 315, 23 f\u00e9vrier 2007, pp. 1106-1110.<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">\n<p style=\"color: #000000;\">\n<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"scribd_iframe_embed\" src=\"\/\/www.scribd.com\/embeds\/226720481\/content?start_page=1&#038;view_mode=scroll&#038;access_key=key-Swe6mYvDrNkv6GJvHhPG&#038;show_recommendations=false\" data-auto-height=\"false\" data-aspect-ratio=\"0.7068965517241379\" scrolling=\"no\" id=\"doc_7203\" width=\"100%\" height=\"1000\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R\u00e9da Benkirane Communication pr\u00e9sent\u00e9e lors de la s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re finale 2\u00e8me colloque international francophone sur la Complexit\u00e9, La pens\u00e9e complexe : d\u00e9fis et opportunit\u00e9s pour l\u2019\u00e9ducation, la recherche et les organisations sous le patronage d\u2019Herv\u00e9 BARREAU, Reda BENKIRANE, Pierre CALAME, Jean-Paul DELAHAYE, Jean-Louis LE MOIGNE, Edgar MORIN, Miora MUGUR-SCHACHTER&#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=591\">Lire plus \/ Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-591","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/591","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=591"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/591\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=591"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=591"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=591"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}