{"id":337,"date":"2014-05-25T13:03:44","date_gmt":"2014-05-25T13:03:44","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=337"},"modified":"2026-05-07T17:04:24","modified_gmt":"2026-05-07T16:04:24","slug":"vers-une-culture-du-plus-grand-nombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=337","title":{"rendered":"Vers une culture du plus grand nombre"},"content":{"rendered":"<h3 align=\"center\" id=\"mcetoc_1jnsigm1d0\"><a href=\"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=292\"><strong><span>Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca)<\/span><\/strong><\/a><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><em><span style=\"font-size: small;\">&#8220;M\u00eame les bidonvilles dans les grandes cit\u00e9s ont leur propre dynamisme culturel en d\u00e9pit de la pauvret\u00e9 et de conditions de vie difficiles. L&#8217;habiter est plus qu&#8217;un simple besoin \u00e9l\u00e9mentaire, c&#8217;est un acte culturel et une vision de l&#8217;avenir&#8221;. <\/span><\/em><\/div>\n<div style=\"color: #000000; text-align: right;\" align=\"justify\"><em><span style=\"font-size: small;\">Mahdi Elmandjra<\/span><\/em><\/div>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>1. Pistes d&#8217;approche<\/strong><br \/>\nNotre approche de karyan Ben M&#8217;sik est une approche culturelle de l&#8217;urbanisation. Notre but n&#8217;est pas d&#8217;\u00e9tudier l&#8217;espace urbain dans son rapprochement avec l&#8217;urbaniste, car c&#8217;est d\u00e9sormais risquer au Maghreb une dissociation avec l&#8217;environnement social que l&#8217;on pr\u00e9tend observer. C&#8217;est le monde du jeune karyaniste, porteur et acteur de changement,\u00a0qui nous int\u00e9resse, et non pas celui de l&#8217;architecte. Si ce dernier est \u00e9voqu\u00e9, c&#8217;est que souvent l&#8217;habitant l&#8217;interpelle dans sa d\u00e9nonciation de l&#8217;urbanisme. En sondant un milieu social caract\u00e9ris\u00e9 par une haute densit\u00e9 et une grande pr\u00e9carit\u00e9 des conditions de vie, il s&#8217;agit de savoir comment est v\u00e9cu le changement. En refusant de nous fixer devant la mire d&#8217;un pass\u00e9 r\u00e9volu, voire mythique (le pass\u00e9 ant\u00e9rieur, \u00e9tape initiale de la migration), nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 consid\u00e9rer les r\u00e9f\u00e9rences au milieu d&#8217;origine comme autant d&#8217;\u00e9l\u00e9ments de prospective susceptibles de d\u00e9crire les transformations et le sens du passage \u00e0 l&#8217;urbanit\u00e9.<\/div>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\">En prenant \u00e9galement en compte l&#8217;op\u00e9ration de recasement en cours, il est alors possible de mesurer l&#8217;\u00e9volution du milieu social observ\u00e9. Il est vrai que le recasement est une entreprise avant tout v\u00e9cue. Mais c&#8217;est aussi un chantier de l&#8217;\u00c9tat. Il y a donc interf\u00e9rence, et pas de convergence, entre d&#8217;une part les aspirations, les modalit\u00e9s et les besoins des usagers, et d&#8217;autre part les objectifs, les moyens et les d\u00e9cisions des producteurs de l&#8217;espace. Qu&#8217;en r\u00e9sulte-t-il ? Une simple prise de mesure \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle microscopique permet de d\u00e9montrer que l&#8217;exp\u00e9rience en cours a \u00e9t\u00e9 perturb\u00e9e. Par quoi ? Par le r\u00e9f\u00e9rentiel des architectes, des concepteurs et autres d\u00e9veloppeurs de l&#8217;espace urbain <a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"1\" href=\"\/reda\/#1%20%22\" name=\"1\">1<\/a>. Sur le terrain, l&#8217;urbanit\u00e9 en grandeur nature d\u00e9borde th\u00e9orie et projection en chambre. Nous avons alors un besoin strict et absolu de la sociologie d\u00e8s lors qu&#8217;il faut produire des logements et \u00e9lever des villes nouvelles.<\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\">Dans ce dernier chapitre, nous tenterons d&#8217;ouvrir notre champ d&#8217;observation \u00e0 un d\u00e9bat plus large sur la soci\u00e9t\u00e9 urbaine. La sp\u00e9cificit\u00e9 bidonvilloise de Ben M&#8217;sik est entr\u00e9e en principe dans sa phase terminale. Avec la fin effective du recasement, il n&#8217;y aura plus de bidonvilles. Que deviennent alors les anciens bidonvillois ? Seule une ouverture sur la\u00a0soci\u00e9t\u00e9 urbaine dans son ensemble peut fournir des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse. Cet aspect des choses figure d&#8217;ailleurs parmi les pr\u00e9occupations g\u00e9n\u00e9rales des urbanistes casablancais. Ne s&#8217;agit-il pas de cr\u00e9er au sein de la pr\u00e9fecture Ben M&#8217;sik-Sidi Othman un nouveau centre d\u00e9localis\u00e9 et une &#8220;ville nouvelle&#8221; appel\u00e9e cit\u00e9 Moulay Rachid ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout au long de notre recherche, quelques 77 personnes impliqu\u00e9es se sont exprim\u00e9es \u00e0 propos de l&#8217;espace v\u00e9cu. Apr\u00e8s avoir trait\u00e9 les aspects principaux du milieu bidonvillois (description du quartier, conditions d&#8217;habitat et relations sociales), les personnes interview\u00e9es ont abord\u00e9 des th\u00e8mes annexes. Certains de ces th\u00e8mes n&#8217;ont pu \u00eatre rapport\u00e9s stricto sensu, mais ils constituent n\u00e9anmoins des soubassements psychologiques de premi\u00e8re importance dans l&#8217;\u00e9laboration de la nouvelle culture urbaine.<br \/>\nIls rel\u00e8vent quant \u00e0 eux de l&#8217;espace per\u00e7u. Il s&#8217;impose \u00e0 nous de les \u00e9voquer, m\u00eame si l&#8217;architecte et l&#8217;urbaniste <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"2\" href=\"\/reda\/#2%20Il\" name=\"2\">2<\/a><\/strong> n&#8217;en voient pas toujours l&#8217;utilit\u00e9 dans la compr\u00e9hension de l&#8217;espace. Ces th\u00e8mes produisent du sens \u00e0 ceux qui se les repr\u00e9sentent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce chapitre, nous tenterons, \u00e0 travers l&#8217;\u00e9vocation de certains th\u00e8mes socioculturels contemporains (ce que r\u00e9v\u00e8le une musique populaire, ce que diffuse la t\u00e9l\u00e9vision nationale, l&#8217;apparition (<em>dahira<\/em>) d&#8217;un islam de jeunes), de voir en quoi convergent des \u00e9l\u00e9ments divers de la culture du plus grand nombre. A l&#8217;instar d&#8217;Arrif qui, pour mieux comprendre les habitants de la cit\u00e9 Moulay Rachid, opte pour un &#8220;d\u00e9tour&#8221; par le bidonville (quand nous y verrions plut\u00f4t un &#8220;retour&#8221; \u00e0 la base sociologique), l&#8217;identit\u00e9 de la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de karyanistes fait elle aussi le d\u00e9tour par certains traits caract\u00e9ristiques de la &#8220;culture urbaine&#8221;. La culture urbaine est une notion dynamique et relative, aussi l&#8217;approcher dans une r\u00e9duction syst\u00e9matique \u00e0 la dimension \u00e9conomique reste hasardeux. Arrif s&#8217;explique \u00e0 ce sujet au d\u00e9but de sa th\u00e8se, tout en s&#8217;appuyant sur les critiques de l&#8217;architecte Alain Hayot <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"3\" href=\"\/reda\/#3%20%22\" name=\"3\">3<\/a><\/strong>. Arrif, pour sa part, refuse la similarit\u00e9 d&#8217;approche dans cet exemple pr\u00e9cis. &#8220;Il est alors abusif et arbitraire de vouloir appliquer les analyses faites des villes fran\u00e7aises, tel que Dunkerque, au cas de Casablanca&#8221;.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>2. Discontinuit\u00e9 socio-culturelle de l&#8217;urbanisation<br \/>\n<\/strong>Les travaux de Mohamed Naciri ont remarquablement explicit\u00e9 les mouvements d&#8217;urbanisation. L&#8217;exode rural de l&#8217;\u00e9poque coloniale, traduit au niveau des villes par l&#8217;accroissement des zones sous-int\u00e9gr\u00e9es, a constitu\u00e9 la premi\u00e8re vague d&#8217;urbanisation. Celle-ci traduisait essentiellement la mutation du monde rural, coupl\u00e9e \u00e0 la modernisation des villes marocaines. Face \u00e0 la croissance urbaine \u00e0 la mesure de l&#8217;extension de la ville en nouvelles m\u00e9dinas et en accroissement d\u00e9mographique, ce mouvement d&#8217;urbanisation dont la caract\u00e9ristique est la discontinuit\u00e9 socio-spatiale va, d\u00e8s l&#8217;ind\u00e9pendance, se redessiner au travers d&#8217;une seconde vague ; qualifi\u00e9e d&#8217;urbanisation &#8220;spontan\u00e9e&#8221; ou &#8220;clandestine&#8221;, cette vague ne recouvre qu&#8217;en partie la forme de croissance bidonvilloise. En effet, ce sont cette fois-ci des quartiers en dur qui r\u00e9pondent \u00e0 cette d\u00e9finition <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"4\" href=\"\/reda\/#4%20Cf\" name=\"4\">4<\/a><\/strong> ; l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un nouveau type d&#8217;habitat, qui s&#8217;impose tant par sa r\u00e9alit\u00e9 physique que par son importance quantitative <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"5\" href=\"\/reda\/#5%20Un\" name=\"5\">5<\/a><\/strong>, s&#8217;ins\u00e8re dans un vaste mouvement de red\u00e9finition de l&#8217;espace urbain. L&#8217;urbanisation &#8220;clandestine&#8221; correspond d&#8217;ailleurs \u00e0 un mouvement de population intra-urbain : c&#8217;est un d\u00e9placement d&#8217;habitants venus d&#8217;autres quartiers urbains pour qui loger tend \u00e0 devenir une strat\u00e9gie de plus en plus achev\u00e9e, totalement imbriqu\u00e9e dans l&#8217;espace et le temps de la ville. Selon Naciri, les Marocains en r\u00e9investissant leurs villes, transformaient d&#8217;une certaine mani\u00e8re un ordre de disparit\u00e9 socio-spatiale en ordre de disparit\u00e9 socio-\u00e9conomique <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"6\" href=\"\/reda\/#6%20Sous\" name=\"6\">6<\/a><\/strong>. La s\u00e9gr\u00e9gation spatiale qui s\u00e9parait, selon le type d&#8217;habitat, Europ\u00e9ens et Marocains tendait \u00e0 devenir une s\u00e9gr\u00e9gation \u00e9conomique, diff\u00e9renciant, selon le standing de vie, des quartiers d&#8217;habitat. Trois d\u00e9cennies apr\u00e8s l&#8217;Ind\u00e9pendance, il semblerait que cet ordre s&#8217;\u00e9nonce d\u00e9sormais en disparit\u00e9 socioculturelle. Ainsi par exemple, habiter en 1992 un quartier tel que celui de Californie (pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 d&#8217;ailleurs de karyan Ben M&#8217;sik) n&#8217;indiquerait pas seulement une faible densit\u00e9 et un niveau de vie \u00e9lev\u00e9 des habitants, mais aussi l&#8217;appartenance \u00e0 un mod\u00e8le socioculturel &#8220;marqu\u00e9&#8221; (comme semble sugg\u00e9rer le nom du quartier <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"7\" href=\"\/reda\/#7%20les\" name=\"7\">7<\/a><\/strong>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;urbanisation, dans la totalit\u00e9 de ses implications, a touch\u00e9 villes et campagnes. La croissance urbaine peut alors signifier effondrement des structures rurales, d&#8217;autant que la ville fut dans un premier temps investi par des anciens ruraux. Et m\u00eame ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit comme une ruralisation de la ville reste un processus d&#8217;urbanisation. Ainsi les ruraux install\u00e9s dans la medina ont contribu\u00e9 \u00e0 sauvegarder certains de ses aspects. Certes, il existe un mod\u00e8le endog\u00e8ne de citadinit\u00e9, mais qui ne transforme pas le statut des habitants de la ville en citadins. Pis, plus la ville est habit\u00e9e, moins il y a de citadins, au sens classique du terme. C&#8217;est le constat que Naciri dresse, et l&#8217;interrogation \u00e0 laquelle il se doit d&#8217;aboutir souligne non pas l&#8217;ambivalence mais la complexit\u00e9 de la vie urbaine. Nous sommes en pr\u00e9sence d&#8217;un flou conceptuel pour d\u00e9signer cette citadinit\u00e9 qui n&#8217;en est plus une \u00e0 strictement parler. La citadinit\u00e9 traditionnelle quand elle fait l&#8217;objet aujourd&#8217;hui d&#8217;une relecture, comporte in\u00e9vitablement une dimension id\u00e9ologique par ses connotations exclusives par rapport aux migrants ruraux et aux populations pauvres de la ville. Mais ce mod\u00e8le appara\u00eet de nos jours comme un &#8220;paradis perdu&#8221;, \u00e0 l&#8217;instar d&#8217;une certaine repr\u00e9sentation du monde rural. Autant la coupure avec le milieu d&#8217;origine (le bled) a entra\u00een\u00e9 des d\u00e9structurations sociales, autant la vie urbaine a cr\u00e9\u00e9 une nouvelle structuration sociale et induit de nouvelles attitudes qui d\u00e9passent le cadre ancien de la citadinit\u00e9. \u00c9labor\u00e9e par des pratiques urbaines sp\u00e9cifiques, la culture du plus grand nombre s&#8217;esquisserait entre ruralit\u00e9 originaire et citadinit\u00e9 d\u00e9class\u00e9e. La ville casablancaise, au carrefour de cultures mondiales et locales, est repr\u00e9sentative de toutes ces mutations. Les ann\u00e9es 80 auront \u00e9t\u00e9 ce moment o\u00f9 il n&#8217;existe concr\u00e8tement pas de mesure exp\u00e9rimentale pour d\u00e9crire les mutations de la soci\u00e9t\u00e9 urbaine. Si tous (urbanistes, sociologues, politologues et m\u00eame pr\u00e9dicateurs) sont convaincus qu&#8217;il est en train d&#8217;y avoir changement de paradigme, personne en revanche n&#8217;est en mesure de diagnostiquer vers quoi tend pr\u00e9cis\u00e9ment l&#8217;urbanit\u00e9 <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"8\" href=\"\/reda\/#8%20Nous\" name=\"8\">8<\/a><\/strong>.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>3. De l&#8217;ex-ruralit\u00e9&#8230;<br \/>\n<\/strong>On peut distinguer plusieurs \u00e2ges d&#8217;anciennet\u00e9 dans l&#8217;univers karyaniste. Les familles de pionniers (ceux des ann\u00e9es 1910, 1920) restent introuvables<a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"9\" href=\"\/reda\/#9%20A\" name=\"9\"> <strong>9<\/strong><\/a>&#8230; comme si cette &#8220;promotion mythique&#8221; n&#8217;avait pas laiss\u00e9 de traces, ni jou\u00e9 de r\u00f4le dans la constitution de Karyan Ben M&#8217;sik. Les plus anciens sont ceux qui se sont install\u00e9s \u00e0 la fin des ann\u00e9es 30 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 40. Puis, il y a la vague montante des ann\u00e9es 50 et enfin celle de l&#8217;apr\u00e8s-ind\u00e9pendance. La population bidonvilloise est principalement constitu\u00e9e par ces trois grandes vagues de migrations. A ceux arriv\u00e9s dans le Casablanca du d\u00e9barquement am\u00e9ricain, quel statut donner ? Pour ceux venus \u00e0 l&#8217;heure nationaliste, ayant directement<br \/>\nv\u00e9cu l&#8217;histoire de la r\u00e9sistance arm\u00e9e, doivent-ils \u00eatre r\u00e9voqu\u00e9s de la m\u00e9moire casablancaise du fait d&#8217;un exode initial ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont les anciens karyanistes qui pr\u00e9sentent un profil de prol\u00e9taires, et les derniers arriv\u00e9s qui s&#8217;assimilent le plus aux ruraux. Un clich\u00e9 sociologique bidonvillois veut que la ligne de d\u00e9marcation soit l&#8217;\u00e9poque de la R\u00e9sistance. Ceux qui peuvent aligner quelques souvenirs sur la p\u00e9riode nationaliste se pr\u00e9sentent \u00e0 juste titre comme des anciens de la ville. Cette cat\u00e9gorie de gens conna\u00eet d&#8217;ailleurs bien Casablanca. Les vieux auront vu grandir la ville jusqu&#8217;\u00e0 \u00eatre d\u00e9figur\u00e9e. S&#8217;ils ne la reconnaissent plus, et qu&#8217;ils ne sont plus capables d&#8217;y circuler comme jadis, ils sont en revanche les seuls \u00e0 m\u00e9moriser ses mues ant\u00e9rieures. Aussi lorsqu&#8217;ils entreprennent la datation de la ville, ce sont des \u00e9v\u00e9nements historiques et politiques qui ponctuent leur propre calendrier ; l&#8217;ann\u00e9e de la famine (1939), le d\u00e9barquement am\u00e9ricain (1942), l&#8217;exil de Mohamed V (1953), l&#8217;ind\u00e9pendance (1956), les \u00e9v\u00e9nements du Rif (1958), la mort de Mohamed V (1961), les \u00e9meutes estudiantines (1965)&#8230; Paradoxalement, les anciens bidonvillois nous apparaissent \u00eatre ceux qui ont marqu\u00e9 le plus violemment la rupture avec le pays natal. Quand la ville les a happ\u00e9s voici pr\u00e8s de cinquante ans, la migration marquait un divorce profond et d\u00e9finitif avec l&#8217;arri\u00e8re-pays, et non pas un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 tendance conjoncturelle comme c&#8217;est le cas p\u00e9riodiquement depuis les trente derni\u00e8res ann\u00e9es. L&#8217;ancienne g\u00e9n\u00e9ration s&#8217;\u00e9teint tout en assistant elle-m\u00eame \u00e0 la disparition de karyan Ben M&#8217;sik. Elle part sans livrer ses archives, alors qu&#8217;elle a v\u00e9cu toute les mutations de l&#8217;espace pr\u00e9caire : ses quatre d\u00e9placements depuis l&#8217;emplacement d&#8217;origine aux abords du quartier habous, sa concentration du fait des regroupements successifs d&#8217;autres zones bidonvilloises, l&#8217;administration coloniale et la p\u00e9riode nationaliste, la seconde vague d&#8217;urbanisation, l&#8217;\u00e9dification de l&#8217;autoroute et plus tard les \u00e9meutes urbaines, enfin le recasement en deux \u00e9tapes. L&#8217;ex-ruralit\u00e9, c&#8217;est d&#8217;abord une m\u00e9moire. Celle de la ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La relation avec le milieu d&#8217;origine se fait d&#8217;abord au niveau individuel ; r\u00e9seau familial ou clanique parfois maintenu malgr\u00e9 une diss\u00e9mination spatiale, solidarit\u00e9 de principe propre \u00e0 la fili\u00e8re de migration. Sinon, pour ceux qui ont opt\u00e9 d\u00e9finitivement pour la ville, les relations se r\u00e9sument \u00e0 d&#8217;\u00e9pisodiques retours \u00e0 l&#8217;occasion de mariages ou d&#8217;obs\u00e8ques,<br \/>\nou m\u00eame \u00e0 quelque perception d&#8217;un usufruit du sol. Pour les seconde voire troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations habitant la ville, le retour au bled peut toutefois \u00eatre synonyme de vacances. Enfin, la coupure avec le bled peut \u00eatre d\u00e9finitive, m\u00eame si le p\u00e8re de famille a tenu \u00e0 rester propri\u00e9taire d&#8217;un lopin de terre, pour entretenir la m\u00e9moire ou l&#8217;honneur. Quant aux f\u00eates \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik, selon les dires des habitants, elles ne sont plus ce qu&#8217;elles \u00e9taient dans le pass\u00e9. La collection d&#8217;habitudes qui les accompagne se d\u00e9monte au fil du temps. A budget et horizon limit\u00e9s, il faut parer au plus press\u00e9, au plus significatif. Il n&#8217;y a pas de place \u00e0 ce qui a lieu au bled, et qui justifie parfois jusqu&#8217;aux d\u00e9placement et s\u00e9jour prolong\u00e9 d&#8217;habitants bidonvillois. Pour un mariage \u00e0 Karyan Ben M&#8217;sik, l&#8217;on convoquera un orchestre local pour animer la soir\u00e9e, ayant pris soin auparavant de louer une tente ou cabane pr\u00e9fabriqu\u00e9e afin d&#8217;accueillir les nombreux invit\u00e9s. Il faudra faire attention alors, tout la soir\u00e9e durant, \u00e0 ce que la f\u00eate ne soit pas perturb\u00e9e par l&#8217;arriv\u00e9e inopportune de quelques jeunes d\u00e9linquants ou des ivrognes notoires. Sinon, pour les plus d\u00e9munis du bidonville, le protocole se r\u00e9duit \u00e0 la h\u00e2te au mariage des pauvres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la f\u00eate du sacrifice, tous les efforts sont consentis. Le sacrifice du mouton a \u00e9t\u00e9 plusieurs fois annul\u00e9 par le Prince des Croyants en raison de la grave s\u00e9cheresse qu&#8217;a connu le pays&#8230; Des bidonvillois ont affirm\u00e9 qu&#8217;ils avaient tout de m\u00eame tenu \u00e0 le faire.<br \/>\nEn p\u00e9riode normale, une majorit\u00e9 de cas accepte le sacrifice financier qui permettra le sacrifice religieux. M\u00eame si l&#8217;un se r\u00e9sout \u00e0 ne rien entreprendre du tout, tel autre ira jusqu&#8217;\u00e0 vendre son v\u00e9lomoteur pour pouvoir acheter le mouton de f\u00eate. Et qu&#8217;est-ce qu&#8217;une f\u00eate, si ce n&#8217;est d&#8217;abord manger plats de viande et friandises ? Mais la vie en ville impose la d\u00e9su\u00e9tude de certaines coutumes campagnardes. A Karyan Ben M&#8217;sik et Hay Moulay Rachid on trouve encore des familles qui accompagnent le rite sacrificiel du <em>&#8216;a\u00efd el kebir<\/em> de protocoles h\u00e9t\u00e9rodoxes : faire boire \u00e0 la b\u00eate une mixture de henna, de ch&#8217;ir et d&#8217;eau de fleur, enserrer trois de ses pattes dans un bracelet d&#8217;or, l&#8217;\u00e9gorger sur une bague nacr\u00e9e (<em>dbih &#8216;al noqra<\/em>) ou un pav\u00e9 de sucre (<em>&#8216;al sukar<\/em>), s\u00e9cher le sang de la b\u00eate sacrifi\u00e9e en gage d&#8217;encens bienfaiteur, r\u00e9cup\u00e9rer la v\u00e9sicule biliaire (<em>merara<\/em>) pour une pharmacop\u00e9e familiale, enfin, dans certains cas, recourir \u00e0 la <em>hamoucha<\/em>, c&#8217;est-\u00e0-dire faire s\u00e9cher des morceaux de viande et les accrocher plusieurs mois avant de les consommer&#8230;<br \/>\nMais ces habitudes, peu d\u00e9fendues par les jeunes, tendent \u00e0 se perdre, et si elles perdurent malgr\u00e9 tout, c&#8217;est avec g\u00eane qu&#8217;elles s&#8217;assument&#8230;<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>3.1. L&#8217;urbanit\u00e9 selon un art musical significatif<br \/>\n<\/strong>En d\u00e9crivant l&#8217;urbanisation spectaculaire de ces quarante derni\u00e8res ann\u00e9es, beaucoup d&#8217;observateurs voyaient dans l&#8217;installation des migrants en ville un processus de ruralisation de l&#8217;espace urbain. Cette m\u00e9taphore n&#8217;est plus aujourd&#8217;hui aussi pertinente du fait de l&#8217;existence d&#8217;une seconde, voire d&#8217;une troisi\u00e8me, g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9finitivement install\u00e9e en milieu urbain. Entre la nouvelle culture qui s&#8217;\u00e9labore \u00e0 Casablanca et les diverses cultures du monde rural, il y a certes des liens multiples et complexes, mais on peut \u00e9galement percevoir de fortes diff\u00e9rences. A Casablanca, nous ne sommes plus dans un espace ruralis\u00e9, mais plus exactement dans un espace urbain \u00e0 m\u00e9moire virtuellement rurale. Pour avoir une id\u00e9e concr\u00e8te de ce substrat rural qui fait le soubassement de la nouvelle culture urbaine, on peut interpr\u00e9ter par exemple, \u00e0 partir des r\u00e9ponses recueillies chez nos enqu\u00eat\u00e9s, l&#8217;\u00e9volution de certains courants musicaux. A cet \u00e9gard, il est frappant de constater combien est nette la correspondance entre les go\u00fbts musicaux des personnes interrog\u00e9es et leurs environnements culturels. Ici pr\u00e9cis\u00e9ment, la musique de r\u00e9f\u00e9rence n&#8217;indique pas une sp\u00e9cificit\u00e9 culturelle du jeune bidonvillois mais sa pr\u00e9f\u00e9rence pour certains traits de la culture urbaine, parce que, pensons-nous, il y trouve des \u00e9l\u00e9ments de reconnaissance mutuelle <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"10\" href=\"\/reda\/#10%20Le\" name=\"10\">10<\/a><\/strong>. Ces traits de culture urbaine rassemblent \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence beaucoup plus qu&#8217;ils n&#8217;excluent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est fort utile de s&#8217;int\u00e9resser aux go\u00fbts musical et t\u00e9l\u00e9visuel. Pour nous, l&#8217;urbanit\u00e9 s&#8217;approche du contexte social et d\u00e9livre ses nuances selon un art musical significatif <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"11\" href=\"\/reda\/#11%20Cette\" name=\"11\">11<\/a><\/strong>. Il est question d&#8217;un nouvel h\u00e9ritage culturel caract\u00e9ris\u00e9 par l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une veine musicale inexistante avant les ann\u00e9es 70. Il faut donc commenter la pr\u00e9f\u00e9rence de la jeunesse bidonvilloise pour une vogue populaire qui d\u00e9bute avec le groupe Nass El Ghiwane et aboutit \u00e0 celui de Noujoum Bourgoun&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est dans la ville que l&#8217;avenir du jeune bidonvillois est \u00e0 construire. C&#8217;est dans ses aires que, malgr\u00e9 l&#8217;usure du temps, survit un code ant\u00e9rieur, un sens esth\u00e9tique, une forme artistique. Pour la collectivit\u00e9 trop longtemps en voie d&#8217;urbanisation, l&#8217;art a \u00e9t\u00e9 moyen <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"12\" href=\"\/reda\/#12%20%22Un\" name=\"12\">12<\/a><\/strong> d&#8217;expression, r\u00e9-interpr\u00e9tation de valeurs d\u00e9p\u00e9ries, de phrases oubli\u00e9es, de conduites<br \/>\nmystiques et de coutumes pa\u00efennes. Au travers notamment de la musique et de la po\u00e9sie, on a laiss\u00e9 exploser la col\u00e8re et le ressentiment, sond\u00e9 une sagesse r\u00e9volue, comme pour tracer quelque tron\u00e7on d&#8217;une id\u00e9ologie de la pauvret\u00e9&#8230;ou conceptualiser un langage moraliste des conduites quotidiennes. Ce faisant, par la musique, le th\u00e9\u00e2tre et la litt\u00e9rature, on se branche \u00e0 l&#8217;universel, par la tentation (et le succ\u00e8s) d&#8217;une bifurcation vers la culture arabe contemporaine qui, pr\u00e9sente de Casa \u00e0 Bagdad, reste si sensible \u00e0 son mode b\u00e9douin. Sur un principe d&#8217;exclusion \u00e9conomique, on a b\u00e2ti \u00e0 partir de restes tribaux un patrimoine moderne national. Aux soci\u00e9t\u00e9s rurales s\u00e9dentaris\u00e9es de mani\u00e8re instable a correspondu cet art urbain hautement nomadisant. C&#8217;est dans les ann\u00e9es 70 que cet art affiche le plus de cr\u00e9ativit\u00e9. Toute une vague embl\u00e9matique d&#8217;artistes sera alors r\u00e9v\u00e9l\u00e9e au pays par le biais notamment du th\u00e9\u00e2tre populaire et de la musique. Reprenant l&#8217;exercice traditionnel des troubadours, des Casablancais de Hay Mohammadi <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"13\" href=\"\/reda\/#13%20Le\" name=\"13\">13<\/a><\/strong> redonnent vigueur au subtil m\u00e9lange d&#8217;oralit\u00e9 et de gestuelle, par cr\u00e9ation originale consistante (r\u00e9invention d&#8217;un v\u00e9cu imm\u00e9morial), se distinguant du folklore par son irr\u00e9ductibilit\u00e9 \u00e0 la lecture touristique. Le succ\u00e8s est imm\u00e9diat, massif et il dure encore. Le r\u00e9pertoire est d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 anthologique (largement r\u00e9pertori\u00e9 par l&#8217;ethnomusicologie), m\u00eame si dans les ann\u00e9es 80, l&#8217;inspiration s&#8217;essouffle, relay\u00e9e par une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;artistes. Ces derniers affichent d\u00e9sormais leur diff\u00e9rence. Baign\u00e9s dans un milieu urbain \u00e9clectique, des jeunes concurrencent les artistes de terroir. En reprenant alors m\u00e9lop\u00e9es b\u00e9douines, rythmes noirs ou berb\u00e8res, par une sorte de travestissement de la personnalit\u00e9 artistique (les <em>hommes-sheikhates<\/em>) tout comme par l&#8217;\u00e9lectrification de leurs instruments (une pop&#8217; musique casablancaise), de jeunes chanteurs soulignent l&#8217;ambivalence de leur statut malgr\u00e9 un ancrage nettement affirm\u00e9 ; des sources d&#8217;inspiration actuelles \u00e0 provenances r\u00e9gionales, combin\u00e9es avec une th\u00e9matique existentielle simpliste, imputent au contrechamp de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation la sommit\u00e9 assum\u00e9e des demandes et d\u00e9sirs individuels. Aux phras\u00e9s musicaux campagnards, mineurs et d\u00e9valoris\u00e9s (du point de vue de la classe dominante), a correspondu cette vogue urbaine de m\u00e9lodies \u00e0 rh\u00e9torique monotone et d\u00e9brid\u00e9e. La cassette est son support de promotion, elle permet l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 un public large en qu\u00eate d&#8217;identit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contrairement \u00e0 la nouvelle vague des ann\u00e9es 70 qui porta le chant un peu \u00e0 la fa\u00e7on d&#8217;un port d&#8217;armes <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"14\" href=\"\/reda\/#14%20%22Si\" name=\"14\">14<\/a><\/strong>, le contenu de ces formes musicales r\u00e9centes est aux antipodes de la revendication socio-politique auparavant d\u00e9finie ; m\u00eame si cette revendication reste latente (par prudence et l\u00e9gitimation), la rengaine plaintive s&#8217;\u00e9nonce lors des mariages et autres festivit\u00e9s. Elle raconte le blues, le r\u00eave et le sexe <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"15\" href=\"\/reda\/#15%20La\" name=\"15\">15<\/a><\/strong> et les frustrations multiformes de l&#8217;individu. Elle ne dit pas tant l&#8217;identit\u00e9 du nouvel urbanis\u00e9, ou plut\u00f4t si ; elle dit l&#8217;identit\u00e9 trouble, elle la sugg\u00e8re en n\u00e9gatif. Ce faisant, les musiques urbaines, \u00e0 distinguer des traditions folkloriques, concurrencent en dehors du terrain acad\u00e9mique les courants classique (<em>Al Andalus<\/em>) et populaire (<em>cha\u00e2bi<\/em>) qui seuls, jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, b\u00e9n\u00e9ficiaient du statut d&#8217;art musical. Mieux encore, elles p\u00e9n\u00e8trent avec succ\u00e8s, par le biais du magn\u00e9tophone, jusque dans les foyers ruraux, confortant ses fils dans la croyance que leur us et coutumes sont valoris\u00e9s et redevables au mythe, mais en fonction de la m\u00e9diation de l&#8217;espace urbain. D&#8217;o\u00f9 un renforcement dans la certitude que la ville fameuse est l&#8217;interm\u00e9diaire indispensable qui nourrit et valorise les d\u00e9parts potentiels du bled.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>3.2. Audio-visuel et repr\u00e9sentation du monde<br \/>\n<\/strong>La nouvelle culture urbaine s&#8217;inscrit autant \u00e0 partir d&#8217;une r\u00e9f\u00e9rence spatiale que dans une repr\u00e9sentation m\u00e9diatique de la culture. Radio-cassette et poste de t\u00e9l\u00e9vision pr\u00e9c\u00e8dent l&#8217;eau courante, l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 et le tout \u00e0 l&#8217;\u00e9gout g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s. Op\u00e9rant sous forme de t\u00e9l\u00e9grammes culturels, ils sont les premiers signes ext\u00e9rieurs de la modernisation. Ce sont des biens divisibles dont l&#8217;alimentation, la mise en service, la gestion restent autonomes, contrairement aux biens publics qui engagent la responsabilit\u00e9 de l&#8217;\u00c9tat ou l&#8217;initiative d&#8217;une organisation sociale donn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La t\u00e9l\u00e9vision comme objet de consommation p\u00e9n\u00e8tre couramment la puritaine intimit\u00e9 du foyer bidonvillois. Branch\u00e9 \u00e0 la vieille batterie de voiture (r\u00e9guli\u00e8rement charg\u00e9e dans un commerce sp\u00e9cialis\u00e9), la famille non-alphab\u00e9tis\u00e9e acc\u00e8de ainsi \u00e0 l&#8217;empire de l&#8217;image. Modelant des go\u00fbts et des couleurs (soap operas \u00e9gyptiens, br\u00e9siliens, am\u00e9ricains), distillant une glose quotidienne du pouvoir (le <em>khitab<\/em>, discours royal et autres actualit\u00e9s parlementaires), fa\u00e7onnant la mat\u00e9rialit\u00e9 du r\u00eave consommateur (la pub ), consolidant une soci\u00e9t\u00e9 des loisirs (sports et spectacles), la t\u00e9l\u00e9vision comme entreprise nationale reste hautement surveill\u00e9e tout autant qu&#8217;elle (sur)veille en permanence. Normalisante, r\u00e9gulante, l&#8217;image a n\u00e9anmoins pour vertu une rapidit\u00e9 informationnelle et \u00e9ducationnelle \u00e0 laquelle l&#8217;\u00e9criture ne peut pr\u00e9tendre. La t\u00e9l\u00e9vision est une autre \u00e9cole d&#8217;apprentissage pour la majorit\u00e9 d&#8217;enfants qui finissent par abandonner leur scolarisation. Pour le plus grand nombre, la perception du monde est dans l&#8217;imm\u00e9diatet\u00e9 de ces images que le poste domestique diffuse. Les actualit\u00e9s t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es sont, par exemple, l&#8217;occasion de ressourcer des solidarit\u00e9s &#8220;concentriques&#8221; ; famine au Sahel, r\u00e9voltes en Afrique du Sud, Intifada palestinienne, guerre civile au Liban, guerre Iran-Irak et r\u00e9sistance afghane sont re\u00e7us<br \/>\nimm\u00e9diatement par le spectateur bidonvillois, sans que cela proc\u00e8de d&#8217;une quelconque forme d&#8217;analyse. L&#8217;unanimit\u00e9 des r\u00e9ponses obtenues <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"16\" href=\"\/reda\/#16%20Cette\" name=\"16\">16<\/a><\/strong> \u00e9tablit ainsi les divers paliers du r\u00e9flexe identitaire. La repr\u00e9sentation du monde pour l&#8217;habitant bidonvillois rel\u00e8verait pour une bonne part de cette repr\u00e9sentation m\u00e9diatique. C&#8217;est par le biais du petit poste T.V. que l&#8217;on per\u00e7oit le monde pluriel et compliqu\u00e9, c&#8217;est par des cat\u00e9gories visuelles que l&#8217;on \u00e9tablit des fronti\u00e8res imagin\u00e9es. Ainsi l&#8217;habitant bidonvillois se repr\u00e9senterait le monde au travers d&#8217;une g\u00e9ographie migratoire coupl\u00e9e \u00e0 une perception t\u00e9l\u00e9visuelle.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>3.3. Des images surimpos\u00e9es de Casablanca<br \/>\n<\/strong>A karyan Ben M&#8217;sik, le point de vue sur la ville est forc\u00e9ment strat\u00e9gique. Le site (consid\u00e9r\u00e9 d&#8217;ailleurs comme mafieux, chaotique, etc.,&#8230;) appr\u00e9hende le reste de la ville dans la l\u00e9g\u00e8re condescendance que lui procure sa topographie. D\u00e8s lors, la ville casablancaise appara\u00eet, par temps clair, dans ses \u00e9paisseurs diff\u00e9renci\u00e9es&#8230; aux blocs de zinc succ\u00e8dent les quartiers populaires (ahya&#8217; cha&#8217;biya) juste avant le centre-ville, le tout finalement plant\u00e9 du minaret g\u00e9ant sur fond atlantique <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"17\" href=\"\/reda\/#17%20Le\" name=\"17\">17<\/a><\/strong>. Comme si cette vue plongeante permettait un regard panoramique sur le monde ext\u00e9rieur <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"18\" href=\"\/reda\/#18%20Regroup%E9s\" name=\"18\">18<\/a><\/strong>, ici quelques images t\u00e9l\u00e9visuelles seront parlantes&#8230; In\u00e9vitablement devenu un spectateur du monde, l&#8217;homme illettr\u00e9 est parfois r\u00e9ticent \u00e0 traiter de sujets m\u00e9diatiques (culturels et interculturels). Mais par contre, il se focalise instantan\u00e9ment sur certains clich\u00e9s t\u00e9l\u00e9visuels&#8230; Beyrouth, l&#8217;Intifada, l&#8217;Iran, l&#8217;Afghanistan, l&#8217;Afrique du Sud , le Sahel sont tout de suite \u00e9voqu\u00e9s. La t\u00e9l\u00e9vision familiarise toujours plus avec l&#8217;espace urbain et la soci\u00e9t\u00e9 de consommation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si le pouvoir l&#8217;utilise \u00e0 des fins id\u00e9ologiques, la t\u00e9l\u00e9vision peut agir diff\u00e9remment sur son spectateur. L&#8217;effet produit par la t\u00e9l\u00e9vision nationale conduirait parfois \u00e0 une sorte de surimpression d&#8217;image &#8220;subliminale&#8221;. La piste propos\u00e9e est la suivante : en diffusant des images du monde, la t\u00e9l\u00e9vision nourrit une vision diff\u00e9r\u00e9e du pouvoir, de la soci\u00e9t\u00e9 et de l&#8217;individu <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"19\" href=\"\/reda\/#19%20Le\" name=\"19\">19<\/a><\/strong>.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>4. Bilan d&#8217;\u00e9tape<br \/>\n<\/strong>L&#8217;approche du milieu concern\u00e9, les dires des habitants eux-m\u00eames, la confrontation fructueuse avec les travaux r\u00e9cents d&#8217;Abdelmajid Arrif et de Fran\u00e7oise Navez-Bouchanine ont renforc\u00e9 notre hypoth\u00e8se de base, \u00e0 savoir que l&#8217;op\u00e9ration de recasement r\u00e9pondait tr\u00e8s mal aux aspirations socioculturelles des habitants. Cette hypoth\u00e8se reste au stade des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s si l&#8217;on s&#8217;en tient \u00e0 une observation d&#8217;ensemble de l&#8217;urbanisation de Ben M&#8217;sik-Sidi Othman. Mais elle prend tout son relief une fois que l&#8217;on s&#8217;impr\u00e8gne du milieu bidonvillois. Enfin, cette hypoth\u00e8se participe \u00e0 une vision prospective de l&#8217;espace urbain de Ben M&#8217;sik. Car d\u00e8s lors que l&#8217;ensemble du bidonville de Ben M&#8217;sik aura d\u00e9finitivement disparu, les immeubles de la derni\u00e8re tranche de l&#8217;op\u00e9ration Moulay Rachid remplaceront l&#8217;ancien ghetto. La marginalisation de la soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise dans le processus de participation \u00e0 l&#8217;op\u00e9ration de recasement montrera un jour ou l&#8217;autre son revers dans le flot du non-dit. Nous sommes en pr\u00e9sence d&#8217;une ignorance caract\u00e9ris\u00e9e des &#8220;d\u00e9veloppeurs&#8221; devant tout ce qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&#8217;entit\u00e9 socio-culturelle &#8220;karyan Ben M&#8217;sik&#8221;. Cette perception-repr\u00e9sentation expliquerait en tous cas cette part d&#8217;\u00e9chec marquant la conception du projet Moulay Rachid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autant \u00e0 l&#8217;annonce du projet de recasement en 1982-83, de s\u00e9rieux espoirs \u00e9taient permis dans la promotion d&#8217;un habitat d\u00e9cent, autant la seconde partie des ann\u00e9es 80 nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la lourdeur et l&#8217;absence d&#8217;imagination des administrateurs devant ce formidable enjeu que du relogement de 80 000 habitants. Quelle que soit l&#8217;\u00e9volution de la ville nouvelle de Moulay Rachid, il est certain qu&#8217;une bonne connaissance de l&#8217;histoire sociale des habitants est n\u00e9cessaire si l&#8217;on veut donner \u00e0 cette cit\u00e9 une vie \u00e9conomique, sociale et culturelle harmonieuse et efficiente. La question de l&#8217;emploi aura un r\u00f4le central. Sur le papier, le projet de recasement comprend une zone nouvelle d&#8217;activit\u00e9s industrielles \u00e0 fort taux d&#8217;emploi&#8230;Mais rien n&#8217;indique que cela se r\u00e9alise tout au moins prochainement&#8230;Il est tr\u00e8s difficile malgr\u00e9 tout d&#8217;imaginer la situation d&#8217;une jeunesse massive et d\u00e9soeuvr\u00e9e <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"20\" href=\"\/reda\/#20%20%22La\" name=\"20\">20<\/a><\/strong>.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>4.1. De l&#8217;incidence du processus de recasement sur l&#8217;appropriation de l&#8217;espace<br \/>\n<\/strong>Nous avons vu comment l&#8217;acc\u00e8s au logement s&#8217;av\u00e8re parfois un r\u00e9v\u00e9lateur des fractures familiales, en ce sens que toutes sortes de tensions peuvent \u00e9clater lors d&#8217;\u00e9v\u00e9nements de l&#8217;ampleur du recensement et de l&#8217;inscription au recasement. L&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 singularise les membres de la famille de telle fa\u00e7on que l&#8217;on finit par obtenir une photographie du groupe \u00e0 un moment donn\u00e9 : tr\u00e8s exactement l&#8217;interphase d\u00e9fini entre l&#8217;avant et l&#8217;apr\u00e8s-recasement. Si le passage pr\u00e9caire dont traite Arrif a \u00e9t\u00e9 parfois bien v\u00e9cu, cela indique probablement que la cohabitation familiale reste somme toute harmonieuse. Nous avons relev\u00e9 beaucoup de cas de cet ordre, comme nous avons pu \u00e9galement rencontrer des associations difficiles entre les membres d&#8217;une m\u00eame famille.<br \/>\nPour la minorit\u00e9 de cas qui conna\u00eet des clivages quasi d\u00e9finitifs, le remariage en constitue la cause privil\u00e9gi\u00e9e. Il faut pr\u00e9ciser que les cas de remariages (divorces et mariages r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de la m\u00e8re, polygamie du p\u00e8re) \u00e9taient plus que fr\u00e9quents dans le pass\u00e9 \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik, et qu&#8217;actuellement ils sont loin de constituer des cas isol\u00e9s. Le remariage fait de plus en plus probl\u00e8me, surtout du point de vue de jeunes vivant ces situations familiales bloqu\u00e9es, sans dialogue et sans perspective d&#8217;avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait tout se passe comme si l&#8217;op\u00e9ration de recasement agissait comme une appropriation sur plan, interm\u00e9diaire entre l&#8217;avant et l&#8217;apr\u00e8s-recasement et d\u00e9finitive dans ses configurations familiales. Il faut tout de m\u00eame rappeler que de part et d&#8217;autre de l&#8217;op\u00e9ration Moulay Rachid, l&#8217;avant et l&#8217;apr\u00e8s-recasement coexistent mais \u00e9voluent selon des rythmes diff\u00e9rents. C&#8217;est ainsi que respectivement \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik et Moulay Rachid, il nous \u00e9tait possible de voir les diff\u00e9rentes organisations que la famille d\u00e9veloppait en amont comme en aval du processus de recasement. L&#8217;avantage comparatif<br \/>\nde la famille non recas\u00e9e consiste dans ce qu&#8217;elle a d\u00e9j\u00e0 une exp\u00e9rience \u00e0 distance de la cit\u00e9 Moulay Rachid. Elle conna\u00eet les probl\u00e8mes des associ\u00e9s et l&#8217;absence significative du voisinage, elle pressent d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 sa propre mutation. Pour ceux qui restent en situation bidonvilloise, il y a anticipation de leur propre devenir, il suffit pour cela de percevoir les derniers \u00e9chos de la cit\u00e9. Mais le handicap de d\u00e9part du non recas\u00e9 r\u00e9side dans le choix malheureux des logements en immeuble pour la derni\u00e8re tranche du recasement Moulay Rachid. De ce fait l&#8217;appropriation de l&#8217;espace aura ses propres limites, car la promiscuit\u00e9 est ressentie de fa\u00e7on plus forte, pour un karyaniste, dans un espace de type vertical.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le travaux d&#8217;Arrif et de Fran\u00e7oise Navez-Bouchanine affinent l&#8217;analyse et la compl\u00e8tent en montrant comment l&#8217;appropriation (quotidienne) de l&#8217;espace (int\u00e9rieur) met en sc\u00e8ne les tendances dominantes de la structure familiale. En effet, tous deux concluent que l&#8217;appropriation de l&#8217;espace illustre des nouveaux rapports de pouvoir au sein du groupe familial. Ceux-ci r\u00e9f\u00e8rent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la position du chef de famille, mais pas seulement ; le soutien de famille, le cas de fils a\u00een\u00e9, le statut marital d&#8217;un enfant sont des situations qui entrent en compte dans ces rapports de domination ayant pour objet l&#8217;espace int\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7oise Navez-Bouchanine en concentrant sa r\u00e9flexion sur l&#8217;appropriation de l&#8217;espace, ne touche pas moins \u00e0 toutes les couches sociales urbaines, car &#8220;du bidonville \u00e0 la villa&#8221; op\u00e8re le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne. En le d\u00e9cortiquant syst\u00e9matiquement et en prenant en compte &#8220;la diversit\u00e9 des situations, on peut mieux comprendre, (&#8230;), l&#8217;importance variable, certes, mais convergente de l&#8217;\u00e9mergence de l&#8217;individu qui aurait pu s&#8217;exprimer, en d&#8217;autre temps par le d\u00e9part de ce dernier, mais qui ne s&#8217;en manifeste pas moins, malgr\u00e9 le maintien d&#8217;une cohabitation dont les d\u00e9terminants semblent exclusivement \u00e9conomiques. Cette \u00e9mergence de l&#8217;individu b\u00e9n\u00e9ficie, au premier chef, au producteur de revenus, donc<br \/>\nau support \u00e9conomique ou au contribuant. Mais on aurait tort de le relier strictement \u00e0 l&#8217;apport \u00e9conomique ; en premier lieu, parce qu&#8217;il b\u00e9n\u00e9ficie plus facilement aux gar\u00e7ons qu&#8217;aux filles (&#8230;) en second lieu, parce que cette capacit\u00e9 d&#8217;appropriation se rencontre m\u00eame chez des non-contribuants (&#8230;)&#8221; <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"21\" href=\"\/reda\/#21%20%22\" name=\"21\">21<\/a><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi pour ce qui est de Moulay Rachid, Arrif nous dit que la &#8220;transformation la plus notable, dans le mode d&#8217;habiter des habitants, est la tendance r\u00e9elle, ou \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de souhait \u00e0 l&#8217;autonomisation de l&#8217;espace de sommeil des parents. La figure du couple en retrait, dans un espace privatif et intime, est en \u00e9mergence&#8221; <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"22\" href=\"\/reda\/#22%20Abdelmajid\" name=\"22\">22<\/a><\/strong>. Cette tendance s&#8217;explique, comme le souligne Fran\u00e7oise Navez-Bouchanine, par &#8220;la difficult\u00e9 d&#8217;isoler la vie sexuelle&#8221; du couple par rapport au reste du groupe familial dans l&#8217;espace de la baraque. Mais nous rejoignons Arrif pour ne pas r\u00e9duire la question complexe de la vie intime<br \/>\nuniquement \u00e0 la contrainte de densit\u00e9, \u00e9tant donn\u00e9 qu&#8217;elle r\u00e9f\u00e8re tout autant aux rapports de pouvoir qu&#8217;aux structures de la famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En cons\u00e9quence, l&#8217;appropriation de l&#8217;espace int\u00e9rieur touche en premier lieu la revendication d&#8217;une pi\u00e8ce s\u00e9par\u00e9e pour le couple parental. En seconde \u00e9tape, le principal soutien de famille, m\u00eame s&#8217;il est c\u00e9libataire, est lui aussi en droit de revendiquer une pi\u00e8ce o\u00f9 s&#8217;isoler. A cet \u00e9gard, Arrif note que &#8220;le gar\u00e7on est le premier, apr\u00e8s les parents \u00e0 pouvoir jouir d&#8217;un espace o\u00f9 il peut se retirer du groupe familial&#8221; <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"23\" href=\"\/reda\/#23%20Abdelmajid\" name=\"23\">23<\/a><\/strong>. Fran\u00e7oise Navez-Bouchanine conclut que les enfants perdent la plupart du temps dans ce processus d&#8217;appropriation de l&#8217;espace : &#8220;les enfants sont les grands exclus de l&#8217;espace priv\u00e9 (&#8230;) les enfant sont donc syst\u00e9matiquement renvoy\u00e9s vers l&#8217;espace ext\u00e9rieur&#8221;. Pour le cas des adolescents, la situation est diff\u00e9rente mais le probl\u00e8me est d\u00e9plac\u00e9 de l&#8217;appropriation de l&#8217;espace vers des questions d&#8217;ordre purement relationnel. Sur ce point, nous pouvons t\u00e9moigner que pour un grand nombre d&#8217;entretiens men\u00e9s avec des jeunes de karyan Ben M&#8217;sik, il ne leur pas \u00e9t\u00e9 possible de nous admettre dans leur foyer. Les entretiens ont alors eu lieu dans le jardin public au bas du bloc 3. Dans cette cat\u00e9gorie d&#8217;interview\u00e9s, une majorit\u00e9 de cas n&#8217;a pas tenu \u00e0 ce que l&#8217;entretien se poursuive avec les parents. Pour valider cette situation qui nous embarrassait, il \u00e9tait invoqu\u00e9 la mauvaise relation existante avec le p\u00e8re, ou alors le manque de compr\u00e9hension auquel nous aurions \u00e0 faire face <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"24\" href=\"\/reda\/#24%20Ind%E9pendamment\" name=\"24\">24<\/a><\/strong>.<br \/>\nLa situation fut toutefois diff\u00e9rente \u00e0 karyan El Massira parce que nous avions chang\u00e9 d&#8217;approche <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"25\" href=\"\/reda\/#25%20le\" name=\"25\">25<\/a><\/strong>, m\u00eame si une minorit\u00e9 de cas refusa de nous admettre dans la famille. A la cit\u00e9 Moulay Rachid, la plupart des entretiens men\u00e9s avec des jeunes furent compl\u00e9t\u00e9s le plus naturellement avec les parents au sein du foyer&#8230; L\u00e0, \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence, les jeunes peuvent plus facilement recevoir un visiteur. Et l&#8217;habitant se montre de toute fa\u00e7on plus motiv\u00e9 \u00e0 parler de son habitat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;espace, en structurant les relations sociales, peut influencer jusqu&#8217;au v\u00eatement. Ainsi par exemple des v\u00eatements f\u00e9minins \u00e0 l&#8217;origine conformes au canon islamique : leur succ\u00e8s est d&#8217;autant plus prononc\u00e9 qu&#8217;il est tout \u00e0 fait adapt\u00e9 aux conditions de vie et d&#8217;habitat du plus grand nombre ; n\u00e9cessit\u00e9 de la s\u00e9paration des sexes au sein de l&#8217;espace domestique (surtout lorsque celui-ci conna\u00eet un fort taux d&#8217;occupation), besoin du port d&#8217;un habit discret et protecteur pour circuler au sein de l&#8217;espace urbain. De plus, sur le plan \u00e9conomique, il reste moins co\u00fbteux que l&#8217;habillement de type occidental. Dans les zones urbaines \u00e0 forte densit\u00e9, le port d&#8217;un habit soit-disant conforme (au credo fondamentaliste) procure aux femmes une sorte d&#8217;immunit\u00e9 sociale au sein de l&#8217;espace public. Pour ce qui est de la culture de groupe, la mixit\u00e9 dans l&#8217;espace rel\u00e8ve cette fois d&#8217;un d\u00e9bat complexe. Comme l&#8217;affirme F. Navez-Bouchanine, &#8220;la maison, comme un tout, est symboliquement per\u00e7ue comme un \u00e9l\u00e9ment plus f\u00e9minin que masculin (au point qu&#8217;un pr\u00e9sence importante de l&#8217;homme peut y \u00eatre jug\u00e9e d\u00e9valorisante, voire &#8220;d\u00e9virilisante&#8221;&#8230;) et l&#8217;espace ext\u00e9rieur, public, est per\u00e7u comme plus &#8220;masculin&#8221;&#8221; <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"26\" href=\"\/reda\/#26%20Habiter\" name=\"26\">26<\/a><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4.2. De l&#8217;individu \u00e0 la communaut\u00e9 : les nouvelles configurations familiales<br \/>\n<\/strong>La diss\u00e9mination familiale dont il est ici question, inexorable du fait des perc\u00e9es de l&#8217;individu, n&#8217;occulte pas syst\u00e9matiquement la force de parent\u00e9. La famille \u00e9largie s&#8217;est dispers\u00e9e, elle sugg\u00e8re l&#8217;\u00e9tude g\u00e9ographique. Les ph\u00e9nom\u00e8nes de migration constituent d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 une donn\u00e9e d\u00e9mographique majeure de notre \u00e9poque. La d\u00e9localisation du groupe familial et du clan en sont quelques aspects particuliers. La diss\u00e9mination familiale, comprise dans sa port\u00e9e strat\u00e9gique, ne se donne pas \u00e0 voir a priori car elle ne s&#8217;effectue pas dans le quotidien, espace pr\u00e9f\u00e9rentiel du voisinage. Alors que l&#8217;individu \u00e9merge de plus en plus et que son image s&#8217;affiche et s&#8217;imprime partout un peu plus, la diss\u00e9mination familiale se situe en arri\u00e8re-plan de l&#8217;urbanisation. Mais elle sera sollicit\u00e9e, d\u00e8s que l&#8217;opportunit\u00e9 ou l&#8217;imp\u00e9ratif s&#8217;en fera sentir, c&#8217;est-\u00e0-dire d\u00e8s lors qu&#8217;un individu cherche recours dans ses r\u00e9seaux de sociabilit\u00e9. Nous assistons l\u00e0 au red\u00e9ploiement d&#8217;une solidarit\u00e9 de type parentale ou clanique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les travaux de Fran\u00e7oise Navez-Bouchanine abordent cette question du devenir de la famille \u00e9largie. D&#8217;embl\u00e9e, l&#8217;auteur signale une piste int\u00e9ressante en se demandant \u00e0 juste titre &#8220;si la crise ne contribue pas \u00e0 redonner une certaine vitalit\u00e9 \u00e0 la famille \u00e9tendue&#8221;. Encore que son interrogation ne doit pas faire appara\u00eetre de fausses perspectives : de m\u00eame qu&#8217;il n&#8217;y a pas disparition pure et simple de la famille \u00e9largie, il n&#8217;y a pas non plus permanence telle quelle. On peut parler de dispersion, red\u00e9ploiement, diss\u00e9mination d&#8217;une configuration large, r\u00e9v\u00e9lant a posteriori un proc\u00e9d\u00e9 strat\u00e9gique. L\u00e0 aussi, les remarques de Fran\u00e7oise Navez-Bouchanine convergent vers ces &#8220;tendances&#8221;, outre le fait qu&#8217;elle y voit aussi les interf\u00e9rences d&#8217;une crise multiforme (\u00e9conomique, sociale et culturelle) <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"27\" href=\"\/reda\/#27%20%22\" name=\"27\">27<\/a><\/strong>. En ce qui nous concerne, l&#8217;observation ressort d&#8217;une m\u00e9thode d&#8217;entretien qui a privil\u00e9gi\u00e9 l&#8217;itin\u00e9raire de vie individuel et l&#8217;histoire familiale. S&#8217;exercer \u00e0 la g\u00e9n\u00e9alogie, dater l&#8217;ancienne migration, envisager (ne serait-ce qu&#8217;\u00e0 titre fictif) la grande migration, d\u00e9calquer le cadre minimaliste de la baraque, \u00e9noncer l&#8217;identit\u00e9 bidonvilloise, d\u00e9noncer la condition bidonvilloise, \u00e9valuer le site casablancais, tout cela donne acc\u00e8s \u00e0 des espaces subjectifs de l&#8217;habitant, autant d&#8217;espaces culturels vierges de toute recherche, mais qui font sens pour celui qui les donne \u00e0 voir. De ce fait, une certaine cartographie mentale accompagne la mont\u00e9e des individus, elle fait partie de l&#8217;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 sociale de chacun. Celle-ci fera d&#8217;autant plus sens pour celui qui la repr\u00e9sente que ses conditions<br \/>\nd&#8217;habitat et son environnement seront pr\u00e9caires&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;itin\u00e9raire de vie ne s&#8217;attache donc pas uniquement \u00e0 resituer une r\u00e9trospective, l&#8217;enjeu est de r\u00e9v\u00e9ler aussi la dynamique et la prospective que les champs biographiques embrassent. Comme si l&#8217;itin\u00e9raire de vie ne nous disait pas tant les anciennes origines sociales et culturelles, mais sugg\u00e9rait les possibles devenirs. Aujourd&#8217;hui, pour \u00e9tudier la famille bidonvilloise, il faut rechercher certains segments dans les villes de l&#8217;h\u00e9misph\u00e8re Nord. Entre la petite et grande migration, il n&#8217;y a de toute fa\u00e7on pas de paradoxe, les \u00e9l\u00e9ments de comparaison existent, et leur continuit\u00e9 est inscrite dans l&#8217;espace et dans le temps. Nous ne sommes donc pas enti\u00e8rement dans un domaine subjectif, \u00e0 savoir celui d&#8217;une cartographie mentale de l&#8217;habitant m\u00ealant une g\u00e9ographie migratoire et des proches et lointaines g\u00e9n\u00e9alogies. Il faut savoir parfois accorder une place importante au &#8220;subjectif&#8221;.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>4.3. L&#8217;individu et\/ou la communaut\u00e9<\/strong><br \/>\nConcernant la question des changements culturels dans l&#8217;espace urbain, notre propre observation nous a conduit \u00e0 nous int\u00e9resser \u00e0 un certain nombre de jeunes bidonvillois pr\u00e9sentant le m\u00eame attachement \u00e0 la dimension religieuse. Nous nous sommes int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 ces cas, pensant \u00eatre en pr\u00e9sence du ph\u00e9nom\u00e8ne religieux par excellence. Or, au fur et \u00e0 mesure de notre investigation, nous nous sommes rendus compte que l&#8217;aspect religieux \u00e9tait une sorte de couverture \u00e0 une logique coh\u00e9rente, virtuellement produite par l&#8217;espace urbain. A travers les itin\u00e9raires de quelques &#8220;fr\u00e8res&#8221;, nous avons pu regrouper un certain nombres de traits explicitant on ne plus clairement un aspect du changement culturel. S&#8217;il<br \/>\nfaut chercher un d\u00e9nominateur commun \u00e0 la dizaine de jeunes se pr\u00e9sentant comme islamistes (&#8220;entr\u00e9s en islam&#8221;), ce n&#8217;est pas tant les indicateurs d&#8217;origine sociale ou culturelle, ni la sensibilit\u00e9 politique qui fourniront une r\u00e9ponse ad\u00e9quate. Bien au contraire, le ph\u00e9nom\u00e8ne religieux en question a la particularit\u00e9 de produire un discours o\u00f9 les origines sociales et culturelles restent peu significatives. En fait le d\u00e9nominateur commun de cette jeunesse, c&#8217;est la volont\u00e9 explicite d&#8217;\u00e9chapper \u00e0 des conditions d&#8217;environnement qu&#8217;elle juge pr\u00e9datrices. Ces jeunes ont affirm\u00e9 vouloir ne pas succomber \u00e0 la tentation de la drogue, de la d\u00e9linquance et des autres maux sociaux qui accompagnent (sans exclusive) les espaces d&#8217;habitat pr\u00e9caire <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"28\" href=\"\/reda\/#28%20D%27une\" name=\"28\">28<\/a><\/strong>. Tous ces jeunes disent avoir cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9lever leur niveau de conscience (oua&#8217;iya), \u00e0 acqu\u00e9rir un minimum de connaissance <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"29\" href=\"\/reda\/#29%20la\" name=\"29\">29<\/a><\/strong> pour pouvoir survivre et \u00e9voluer dans leur milieu. Tous s&#8217;appliquent \u00e0 traduire le mieux possible leur ethos dans l&#8217;espace du quotidien. Enfin, aucune des biographies ne mentionne un cheminement sp\u00e9cifiquement politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&#8217;il y a effectivement une certaine maturation politique, elle d\u00e9bouche sur la volont\u00e9 forte et transparente de s&#8217;impliquer dans la vie de la cit\u00e9 pour la r\u00e9guler, \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir la modifier radicalement. Casablanca offre alors l&#8217;occasion \u00e0 des jeunes bidonvillois, parfois illettr\u00e9s, de revendiquer une nouvelle organisation de l&#8217;espace urbain qui tienne compte de leurs aspirations culturelles et cultuelles. Si ce renversement de perspective <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"30\" href=\"\/reda\/#30%20%22Les\" name=\"30\">30<\/a><\/strong> a \u00e9t\u00e9 bien compris au point d&#8217;\u00eatre anticip\u00e9 par les urbanistes en op\u00e9rant la d\u00e9centralisation administrative et les Grands Travaux de Casablanca, il n&#8217;a fait en revanche l&#8217;objet d&#8217;aucune production urbanistique qui puisse t\u00e9moigner d&#8217;une vision profonde qui aille \u00e0 la rencontre des aspirations du plus grand nombre. C&#8217;est en p\u00e9riph\u00e9rie casablancaise que se trouve actuellement le centre du d\u00e9bat sur l&#8217;urbanit\u00e9 du XXI \u00e8me si\u00e8cle. Et comme il nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de le constater, le discours porteur, qu&#8217;on peut d\u00e9signer sous le terme g\u00e9n\u00e9rique d&#8217;islamiste, se l\u00e9gitime du fait m\u00eame de sa localisation en p\u00e9riph\u00e9rie. A travers les propos de quelques jeunes r\u00e9sidents de Ben M&#8217;sik, la perception qu&#8217;ils donnent par exemple de la centralit\u00e9 urbaine a sa coh\u00e9rence d\u00e8s lors qu&#8217;elle s&#8217;accompagne d&#8217;une production de certaines normes pour le plus grand nombre. R\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 des indicateurs urbanistiques, la haute densit\u00e9 entra\u00eene une promiscuit\u00e9 sociale, synonyme de frustrations multiformes et de pulsions n\u00e9gatives chez l&#8217;individu. La consommation de masse, ou tout au moins son image v\u00e9hicul\u00e9e par les mass media, a un r\u00f4le certain dans l&#8217;ali\u00e9nation qu&#8217;elle produit ou la dissidence qu&#8217;elle entra\u00eene. La d\u00e9localisation est un r\u00e9flexe dissident (ce qui fut un temps class\u00e9 dans la &#8220;marginalit\u00e9&#8221; <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"31\" href=\"\/reda\/#31%20%22La\" name=\"31\">31<\/a><\/strong>) qui remet en cause la centralit\u00e9 d\u00e9finie par l&#8217;urbanisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est \u00e9galement int\u00e9ressant de noter que la coh\u00e9rence du mouvement islamiste correspond par certains c\u00f4t\u00e9s \u00e0 ce mouvement associatif qu&#8217;appellent de leurs voeux sociologues et urbanistes. Navez-Bouchanine note que la seule &#8220;forme d&#8217;association&#8221; qui soit active sur l&#8217;espace public est \u00e0 connotation religieuse, m\u00eame si cela rel\u00e8ve de probl\u00e8mes tels que maladie, d\u00e9c\u00e8s, accident, etc.,&#8230; Bien-s\u00fbr, on peut relativiser cette observation en expliquant que la religion reste Le point de rassemblement et de consensus, ce qui n&#8217;est plus le cas pour d&#8217;autres aspects pratiques de la vie (consid\u00e9rer par exemple le probl\u00e8me de l&#8217;assainissement). Mais dans l&#8217;approche et la recherche du mouvement associatif, et dans son interaction sur la vie en milieu urbain, un regroupement sociologique, en-dehors des circuits institutionnels, susceptible de produire une action efficace sur l&#8217;espace urbain pourrait \u00eatre celui des organisations dites islamistes. M\u00eame si cela n&#8217;est pas profess\u00e9 tel quel par les associations concern\u00e9es, leur domaine de comp\u00e9tence ne peut pas recouvrir moins. M\u00eame si des questions de relations internationales \u00e9toffent toujours un peu plus l&#8217;argumentation du discours, m\u00eame si le contrechamp politico-religieux t\u00e9lescope \u00e0 maints endroits les revendications de justice sociale, ce qui est en jeu, c&#8217;est l&#8217;organisation de l&#8217;individu et de la communaut\u00e9 au sein de l&#8217;espace urbain. Nous nous refusons pour<br \/>\nnotre part \u00e0 voir chez quelques jeunes &#8220;fr\u00e8res&#8221; de Ben M&#8217;sik une apparition du ph\u00e9nom\u00e8ne politico-religieux stricto sensu. Pour nous, l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un &#8220;n\u00e9o-islam&#8221; s&#8217;ins\u00e8re dans une dynamique culturelle plus profonde. Le profil de la jeunesse islamiste rencontr\u00e9e \u00e0 Ben M&#8217;sik t\u00e9moigne d&#8217;un go\u00fbt prononc\u00e9 pour l&#8217;action, o\u00f9 l&#8217;esprit d&#8217;entreprise s&#8217;organise autour de l&#8217;individu : c&#8217;est que &#8220;l&#8217;entr\u00e9e en islam&#8221; est d&#8217;abord un choix individuel avant de correspondre en seconde \u00e9tape \u00e0 une identification collective, communaut\u00e9 de &#8220;fr\u00e8res&#8221; et de &#8220;soeurs&#8221;. Le rapport \u00e0 l&#8217;espace se modifie lui aussi, car l&#8217;individu (m\u00eame s&#8217;il est class\u00e9 comme fondamentaliste religieux) transcende les discours sur la pauvret\u00e9 en s&#8217;appliquant \u00e0 recr\u00e9er de l&#8217;harmonie dans un espace urbain pr\u00e9caire. Il reste que si nous n&#8217;avons pas vu fonctionner sur le terrain un mouvement associatif d&#8217;orientation islamiste, nous avons rep\u00e9r\u00e9 en tous cas quelques pr\u00e9mices informels \u00e0 travers le profil de quelques jeunes habitants. Et hormis les deux courtes exp\u00e9riences de regroupement d&#8217;habitants pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9es, il n&#8217;existe pas \u00e0 l&#8217;heure actuelle d&#8217;autre alternative, aussi minime soit-elle, qui puisse tenir le r\u00f4le d&#8217;une association d&#8217;habitants.<br \/>\nLorsque furent men\u00e9s \u00e0 titre individuel 77 entretiens semi-directifs, une dizaine de cas relevait de ce que nous pourrions appeler un islam v\u00e9cu. Quelques autres accusaient certaines formes de pathologie sociale. Un premier courant d&#8217;itin\u00e9raires individuels pr\u00e9sentait une qu\u00eate vers la normalit\u00e9 sociale. Et le second courant ent\u00e9rinait d\u00e9finitivement le statut de pauvret\u00e9 absolue.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>5. Le probl\u00e8me de la conception urbanistique<br \/>\n<\/strong>Un bilan provisoire s&#8217;av\u00e8re indispensable pour l&#8217;op\u00e9ration de recasement Moulay Rachid. Notre propre bilan retient la n\u00e9gligence affich\u00e9e devant l&#8217;identit\u00e9 des habitants bidonvillois. Le grand changement provoqu\u00e9 par le projet Ben M&#8217;sik a formul\u00e9 un nouvel \u00e9tat des hommes et de l&#8217;habitat. Mais en permettant l&#8217;acc\u00e8s au logement \u00e0 un co\u00fbt financier relativement moindre, l&#8217;\u00c9tat n&#8217;a en rien innov\u00e9. Les bidonvillois sont les habitants de la ville qui poss\u00e8dent la plus forte proportion de propri\u00e9taires de logement (80 %) <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"32\" href=\"\/reda\/#32%20Fran%E7oise\" name=\"32\">32<\/a><\/strong>. C&#8217;est beaucoup pour un milieu social suppos\u00e9 fortement pr\u00e9caire. L&#8217;op\u00e9ration Moulay Rachid n&#8217;est donc en aucune fa\u00e7on un cadeau de l&#8217;\u00c9tat, puisque les habitants assurent les trois quarts du financement du projet. Le montage financier a \u00e9t\u00e9 dans un premier temps adapt\u00e9 grosso modo aux possibilit\u00e9s et aux strat\u00e9gies financi\u00e8res des habitants. A premi\u00e8re vue, c&#8217;est-\u00e0-dire du c\u00f4t\u00e9 bidonvillois, la formule de l&#8217;association et<br \/>\nl&#8217;ouverture du cr\u00e9dit C.I.H. a sembl\u00e9 au d\u00e9part tout \u00e0 fait possible et m\u00eame recommand\u00e9 pour l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Mais l&#8217;exp\u00e9rience des premiers habitants de Moulay Rachid est vite parvenue aux habitants du bidonville. Les probl\u00e8mes entre associ\u00e9s ont commenc\u00e9 \u00e0 se r\u00e9pandre dans toute la pr\u00e9fecture, de m\u00eame pour le probl\u00e8me croissant des traites impay\u00e9es et de la r\u00e9gression du niveau de vie induite par le recasement. Malgr\u00e9 ces faits g\u00eanants dont il faudra suivre l&#8217;\u00e9volution ult\u00e9rieure , on peut tout de m\u00eame consid\u00e9rer que dans l&#8217;ensemble, la premi\u00e8re partie du recasement a montr\u00e9 une certaine adaptation aux conditions \u00e9conomiques des habitants. Arrif se montre quant \u00e0 lui beaucoup plus s\u00e9v\u00e8re vis-\u00e0-vis des concepteurs. Son argumentation et sa vue anthropologique des choses sont fort convaincantes, surtout lorsqu&#8217;on sait que son \u00e9tude se concentre essentiellement sur les r\u00e9sidents de la cit\u00e9 Moulay Rachid. La formule d&#8217;association constitue selon lui &#8220;un des vecteurs de la diff\u00e9rentiation&#8221; du statut socio-\u00e9conomique des habitants. Notre point de vue s&#8217;oriente plut\u00f4t \u00e0 partir de la situation des non-recas\u00e9s. C&#8217;est-\u00e0-dire ceux qui n&#8217;entrevoient m\u00eame pas la perspective d&#8217;un logement ind\u00e9pendant, puisqu&#8217;il leur a \u00e9t\u00e9 signifi\u00e9 que leur destination finale sera une cit\u00e9-immeuble situ\u00e9e en p\u00e9riph\u00e9rie extr\u00eame. De ce point de vue l\u00e0 assur\u00e9ment, et les conditions financi\u00e8res et la conception architecturale de la premi\u00e8re tranche de Moulay Rachid apparaissent comme plus &#8220;appropri\u00e9es&#8221;.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>5.1. La cit\u00e9-immeuble, l&#8217;erreur grossi\u00e8re du projet Moulay Rachid<br \/>\n<\/strong>La seconde partie de l&#8217;op\u00e9ration de recasement consiste en des immeubles de quatre \u00e9tages sur la commune de Sidi Moumen. Jouxtant le groupe 6 de la cit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 construite, la suite de l&#8217;op\u00e9ration de Moulay Rachid annonce une zone immeuble \u00e0 l&#8217;extr\u00eame p\u00e9riph\u00e9rie de la p\u00e9riph\u00e9rie casablancaise. Si ce choix rel\u00e8ve de la modernisation et de l&#8217;int\u00e9gration<br \/>\ndes usagers de l&#8217;espace, l&#8217;effet pourrait se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9 du souhait des d\u00e9veloppeurs. Ceux-ci, ayant privil\u00e9gi\u00e9 l&#8217;approche de la ville compacte pour un certain nombre de raisons techniques (notamment pour des question de co\u00fbt des r\u00e9seaux li\u00e9 \u00e0 une forte densit\u00e9), assurent aux karyanistes le passage de l&#8217;habitat horizontal \u00e0 celui de type vertical Nous aimerions nous tromper, mais connaissant un tant soit peu le milieu social concern\u00e9, il est probable que cette &#8220;promotion&#8221; de l&#8217;habitat, tout en reconduisant la promiscuit\u00e9 sociale, va la transformer radicalement pour la voir heurter cette fois les valeurs et normes les plus \u00e9l\u00e9mentaires du plus grand nombre. Nous avons suffisamment \u00e9voqu\u00e9 l&#8217;incoh\u00e9rence que les habitants rel\u00e8vent lorsqu&#8217;ils envisagent la vie dans des appartements dont la conception leur reste totalement \u00e9trang\u00e8re. Il est hasardeux de fournir des logements si \u00e9loign\u00e9s du style de vie des habitants, lorsque par ailleurs on conna\u00eet leur attachement \u00e0 un habitat autonome de type m\u00e9dinal <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"33\" href=\"\/reda\/#33%20Sur\" name=\"33\">33<\/a><\/strong>. Pour peu que les concepteurs aient r\u00e9fl\u00e9chi sur la taille moyenne des m\u00e9nages et les cas nombreux de familles associ\u00e9es, ils auraient saisi l&#8217;incoh\u00e9rence d&#8217;un tel choix. Il reste quant \u00e0 nous impossible d&#8217;imaginer une vie sociale harmonieuse dans un tel cadre. Comment va-t-on s&#8217;y prendre pour g\u00e9rer ce probl\u00e8me ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les concepteurs du projet Moulay Rachid ont soudainement chang\u00e9 d&#8217;orientation quant \u00e0 la poursuite de la production de logement. L&#8217;\u00c9tat a choisi d&#8217;\u00e9lever des immeubles \u00e0 la place de maisons individuelles. Pour les responsables de la d\u00e9l\u00e9gation de l&#8217;habitat, le choix s&#8217;explique pour des imp\u00e9ratifs financiers relatifs au rench\u00e9rissement du march\u00e9 foncier, mais pas seulement ; on invoquerait de plus en plus des questions de co\u00fbt d&#8217;\u00e9quipement et de gestion pour des cit\u00e9s \u00e9tendues. En changeant d&#8217;option architecturale en plein cours d&#8217;op\u00e9ration, il n&#8217;est pas difficile de comprendre que la cr\u00e9ation d&#8217;immeubles destin\u00e9s aux bidonvillois de Ben M&#8217;sik constitue un anachronisme dont il faudra t\u00f4t ou tard payer le prix social. Probablement avant la fin du si\u00e8cle, les choix \u00e9quivoques du projet r\u00e9v\u00e9leront leur tension n\u00e9gative. Cons\u00e9quence majeure de ce changement de derni\u00e8re minute, les contraintes financi\u00e8res du march\u00e9 foncier rendent du coup totalement non-appropri\u00e9es certaines modalit\u00e9s d&#8217;acc\u00e8s au logement consid\u00e9r\u00e9es justement comme appropri\u00e9es! Ainsi la formule d&#8217;association, que les autorit\u00e9s publiques ont pour la premi\u00e8re fois accepter d'&#8221;int\u00e9grer&#8221; <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"34\" href=\"\/reda\/#34%20le\" name=\"34\">34<\/a><\/strong>, devient totalement d\u00e9ficiente dans le cas des logements en immeuble. Or une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e en 1985 et concernant<br \/>\n1510 habitants de Moulay Rachid r\u00e9v\u00e8le que 28 % des personnes ont contract\u00e9 une association <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"35\" href=\"\/reda\/#35%20I.\" name=\"35\">35<\/a><\/strong>. Comment faire alors co\u00efncider le plan contractuel de deux familles avec un plan d&#8217;immeuble ? Comment loger d\u00e9cemment deux familles associ\u00e9es dans un m\u00eame appartement ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5.2. Reformuler l&#8217;habitat du plus grand nombre<\/strong><br \/>\nSi au cours de notre enqu\u00eate \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik, nous n&#8217;avons pas men\u00e9 une \u00e9tude sur le cadre b\u00e2ti proprement dit, \u00e0 d\u00e9faut d&#8217;\u00eatre r\u00e9ellement comp\u00e9tent en la mati\u00e8re, nous ne cachons pas en revanche nos doutes, \u00e0 la suite des principaux concern\u00e9s, sur la deuxi\u00e8me partie du recasement. Notre propre exp\u00e9rience de la cit\u00e9 Moulay Rachid retient en tous cas<br \/>\nune grande monotonie du cadre b\u00e2ti, et les diff\u00e9rentiations entreprises par les habitants rel\u00e8vent essentiellement d&#8217;un rench\u00e9rissement ostentatoire. Sur l&#8217;analyse du plan-type de la premi\u00e8re tranche du recasement (c&#8217;est-\u00e0-dire des logements individuels), Arrif consacre un long d\u00e9veloppement sur la question. Au travers d&#8217;une argumentation solide et d\u00e9taill\u00e9e, il constate la d\u00e9rive d&#8217;un urbanisme &#8220;progressiste&#8221; (initi\u00e9 par Ecochard) vers un urbanisme &#8220;autoritaire et r\u00e9pressif&#8221;. Sa lecture anthropologique d\u00e9monte implacablement le mod\u00e8le standard (tir\u00e9 \u00e0 plus de dix mille exemplaires) destin\u00e9 \u00e0 un &#8220;habitant-type&#8221;. Il insiste en outre sur le fait que l&#8217;espace v\u00e9cu est syst\u00e9matiquement \u00e9vacu\u00e9 par la &#8220;m\u00e9moire institutionnelle&#8221;, qu&#8217;enfin celle-ci se caract\u00e9rise par une dramatisation de la r\u00e9alit\u00e9 des habitants et une r\u00e9duction de leur espace <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"36\" href=\"\/reda\/#36%20%22La\" name=\"36\">36<\/a><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le rappelle F. Navez-Bouchanine, la prise en compte de la dimension culturelle en mati\u00e8re d&#8217;urbanisme a \u00e9t\u00e9 paradoxalement le fait du protectorat fran\u00e7ais plus que celui de l&#8217;\u00c9tat marocain. \u00c9cochard reste d\u00e9finitivement l&#8217;urbaniste visionnaire du Casablanca des ann\u00e9es 2000. Encore que si des choix conjoncturels se sont av\u00e9r\u00e9s efficients (notamment la trame 8&#215;8), c&#8217;est parce qu&#8217;ils r\u00e9pondaient \u00e0 des imp\u00e9ratifs urgents sur le plan social : proposer un habitat de base \u00e0 une population vivant et travaillant dans la ville mais exclue par principe du droit au logement. A la fin des ann\u00e9es 40, le couplage d&#8217;un exode rural croissant avec des migrations interurbaines \u00e9tait tel qu&#8217;il fallait tout de suite r\u00e9pondre \u00e0 des demandes d&#8217;ordre socio-\u00e9conomique. Dans cette perspective, le d\u00e9veloppement d&#8217;un habitat &#8220;social&#8221; permettait justement de canaliser l&#8217;assaut du nombre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La conception de l&#8217;habitat du plus grand nombre doit \u00eatre comprise dans une saisie &#8211; forc\u00e9ment partielle &#8211; de l&#8217;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, la diversit\u00e9 et finalement la complexit\u00e9 de l&#8217;espace habit\u00e9. La formulation d&#8217;un habitat &#8220;social&#8221; doit donc \u00eatre recompos\u00e9e pour pouvoir justement s&#8217;ouvrir aux dimensions sociologiques en force actuellement. D\u00e9sormais, ce sont non seulement des besoins socio-\u00e9conomiques qui devraient guider l&#8217;urbaniste, mais aussi une compr\u00e9hension des aspects socioculturels. Les usagers de l&#8217;espace casablancais d&#8217;hier et d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;ont pas les m\u00eames caract\u00e9ristiques, ni la m\u00eame urgence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout au long de notre \u00e9tude, nos observations convergent pour pr\u00e9ciser notre hypoth\u00e8se de base : l&#8217;op\u00e9ration de recasement ne r\u00e9pond pas aux aspirations profondes des bidonvillois. En dressant ce constat, il ne s&#8217;agit pas de diminuer la port\u00e9e du recasement des bidonvillois. Ce n&#8217;est pas le principe du recasement en tant que tel qui est ici remis en cause (la restructuration in situ initialement envisag\u00e9e n&#8217;\u00e9tait pas forc\u00e9ment la bonne solution), mais ses modalit\u00e9s. Et si les bidonvillois attendent, pour certains depuis des d\u00e9cennies, un habitat d\u00e9cent, ils ne sont pas pr\u00eat en retour \u00e0 verser un prix social si \u00e9lev\u00e9. L&#8217;organisation sociale du bidonvillois est le seul atout qu&#8217;il ait \u00e9labor\u00e9 pour survivre au ghetto. En s&#8217;installant dans un habitat en dur, tout un syst\u00e8me de communication dispara\u00eet. Or qu&#8217;est-ce \u00e0 dire que cette cit\u00e9 o\u00f9, par exemple, la mont\u00e9e de l&#8217;anonymat a d\u00e9natur\u00e9 les anciennes formes de socialisation ? Que faut-il penser des propos de certains habitants de la cit\u00e9 constatant que leur quartier conna\u00eet des probl\u00e8mes de drogue et de d\u00e9linquance encore plus prononc\u00e9s que dans le bidonville ? Les relev\u00e9s de Arrif tout au long du &#8220;passage pr\u00e9caire&#8221; de Moulay Rachid annoncent la fin d&#8217;une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&#8217;espace bidonvillois.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>5.3. Le parti pris de l&#8217;urbanisme<br \/>\n<\/strong>A la cit\u00e9 Moulay Rachid, le moins que l&#8217;on puisse dire, c&#8217;est que l&#8217;architecture n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#8217;honneur. Alors que la cit\u00e9 voisine El Massira, \u00e0 elle seule, constitue un exemple de r\u00e9ussite architecturale. Son cadre esth\u00e9tique <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"37\" href=\"\/reda\/#37%20A\" name=\"37\">37<\/a><\/strong> et ses int\u00e9rieurs tranchent nettement avec la tendance minimale de Moulay Rachid. L&#8217;agencement int\u00e9rieur de la maison d&#8217;El Massira s&#8217;adapte tout \u00e0 fait \u00e0 la taille et \u00e0 la diversit\u00e9 des situations familiales. De l&#8217;aveu des responsables de la d\u00e9l\u00e9gation r\u00e9gionale de l&#8217;habitat, la cause principale du meilleur traitement architectural tient \u00e0 la part d&#8217;auto-construction de la cit\u00e9 El Massira. Ce qui prouve a posteriori que si l&#8217;habitant est pris en compte dans une op\u00e9ration de recasement, le projet en question devient f\u00e9cond. Malheureusement ce n&#8217;est pas le cas pour Moulay Rachid, et l&#8217;explication est fonci\u00e8rement \u00e9tablie. Le projet d&#8217;El Massira est consid\u00e9r\u00e9 comme un luxe que l&#8217;\u00c9tat ne peut plus assumer plus longtemps. Dans La R\u00e9volution urbaine, Henri Lef\u00e8bvre r\u00e9sumait dans une phrase lumineuse la logique froide des d\u00e9cideurs. &#8220;L&#8217;usager ? Qui est-ce ? Tout se passe comme si l&#8217;on (les comp\u00e9tents, les &#8220;agents&#8221;, les autorit\u00e9s) \u00e9cartait tellement l&#8217;usage au profit de l&#8217;\u00e9change que cet usage se confond avec l&#8217;usure&#8221; <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"38\" href=\"\/reda\/#38%20La\" name=\"38\">38<\/a><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&#8217;il faut parler d&#8217;usagers de l&#8217;espace, c&#8217;est dans le cas d&#8217;un recasement de bidonvillois que la question doit \u00eatre d\u00e9battue. Or, au risque de nous r\u00e9p\u00e9ter, rien n&#8217;a \u00e9t\u00e9 fait pour tenir compte du socioculturel, la prise en compte de la sp\u00e9cificit\u00e9 bidonvilloise n&#8217;a effectivement concern\u00e9 que l&#8217;aspect \u00e9conomique (encore que partiellement). Arrif constate pour sa part qu&#8217;il y a eu v\u00e9ritablement &#8220;non-reconnaissance de la baraque comme \u00e9tablissement humain&#8221; <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"39\" href=\"\/reda\/#39%20%22Il\" name=\"39\">39<\/a><\/strong>. L&#8217;unanimit\u00e9 de fa\u00e7ade dans l&#8217;\u00e9loge de la culture est purement pr\u00e9ventive, elle ne peut camoufler la rupture prolong\u00e9e de l&#8217;environnement \u00e9conomique, social et culturel du plus grand nombre.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>6. Un changement culturel \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle du Maghreb des villes<br \/>\n<\/strong>Dans l&#8217;aire arabo-islamique, la question urbaine devient un enjeu culturel et civilisationnel de premi\u00e8re importance. L&#8217;urbanisation a produit la base id\u00e9ologique de l&#8217;\u00e8re post-coloniale. L&#8217;urbain a fortement d\u00e9termin\u00e9 ce fondamentalisme de type religieux, v\u00e9cu sur le terrain comme une v\u00e9ritable th\u00e9orie de la pratique <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"40\" href=\"\/reda\/#40%20...\" name=\"40\">40<\/a><\/strong>. Au Maghreb, le mouvement islamiste s&#8217;offre en quelque sorte le champ urbain comme esquisse principale de projet de soci\u00e9t\u00e9. Mais le d\u00e9faut majeur de cette esquisse incombe \u00e0 sa dimension proprement id\u00e9ologique : si le projet en question pr\u00e9tend r\u00e9pondre aux aspirations du plus grand nombre, il ignore en revanche sa diversit\u00e9 complexe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il serait surprenant d&#8217;imaginer que le Maroc du XXI\u00e8me si\u00e8cle (dont on sait l&#8217;omnipr\u00e9sence du facteur religieux dans le signe politique), puisse conna\u00eetre aujourd&#8217;hui un environnement urbain dissoci\u00e9 de son environnement culturel et religieux. Sinon que voudrait dire \u00e0 Casablanca le gigantesque effort entrepris pour \u00e9difier La mosqu\u00e9e de la ville ? D&#8217;un point de vue socio-politique, nous pourrions avancer qu&#8217;une &#8220;r\u00e9islamisation par le haut&#8221; chercherait de la sorte \u00e0 contenir l&#8217;hypoth\u00e8se d&#8217;une &#8220;r\u00e9islamisation par le bas&#8221;. D&#8217;un point de vue proprement urbanistique (et ceci inclut au pr\u00e9alable une connaissance de l&#8217;histoire des villes islamiques <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"41\" href=\"\/reda\/#41%20Songer\" name=\"41\">41<\/a><\/strong>) le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne sacral (\u00e0 cours descendant) aboutit \u00e0 une pose fondatrice (<em>a posteriori<\/em>).<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>7. Red\u00e9finir la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&#8217;espace urbain maghr\u00e9bin<br \/>\n<\/strong>Comme le fait si bien remarquer Marc Gosset, &#8220;les \u00c9tats nouvellement ind\u00e9pendants font appel aux professionnels cosmopolites les plus en vue, sinon les plus talentueux. Il n&#8217;est pas un seul cabinet d&#8217;architectes important de la M\u00e9tropole qui n&#8217;ait eu quelques affaires en Afrique du Nord et ailleurs &#8220;Outre-Mer&#8221; &#8221; <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"42\" href=\"\/reda\/#42%20Marc\" name=\"42\">42<\/a><\/strong>. Pour lui, l&#8217;urbanisme au Maghreb souffre v\u00e9ritablement d&#8217;une crise des valeurs socioculturelles <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"43\" href=\"\/reda\/#43%20%22La\" name=\"43\">43<\/a><\/strong> ; aussi penche-t-il pour le choix alternatif d&#8217;un &#8220;mod\u00e8le endog\u00e8ne&#8221;. Quel peut-il \u00eatre ? Le mod\u00e8le endog\u00e8ne peut sans conteste s&#8217;inspirer du secteur immobilier qui assure, d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fin du si\u00e8cle, entre 25 et 30 % des logements produits. Mais, selon l&#8217;architecte, la carence est d&#8217;ordre th\u00e9orique, car il &#8220;s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;un paradigme \u00e0 r\u00e9aliser, plus difficile sur le plan conceptuel que r\u00e9el&#8221;. Dans la palette complexe de l&#8217;habitat du plus grand nombre, il faut donc accorder une r\u00e9flexion particuli\u00e8re aux &#8220;pratiques des habitants&#8221; qui reproduisent -consciemment ou non &#8211; le &#8220;mod\u00e8le m\u00e9dinal&#8221;. Gosset sugg\u00e8re l\u00e0 une mod\u00e9lisation qui a l&#8217;avantage d&#8217;\u00eatre en phase avec les r\u00e9alit\u00e9s virtuelles de l&#8217;espace urbain. Il est \u00e0 cet \u00e9gard r\u00e9v\u00e9lateur qu&#8217;il n\u00e9glige les effets pond\u00e9rateurs des grandes op\u00e9rations d&#8217;habitat &#8220;social&#8221; : il les consid\u00e8re en fait comme &#8220;les v\u00e9ritables taudis de demain&#8221;. Nous souscrivons totalement \u00e0 ces th\u00e8ses pertinentes, mais il faut pr\u00e9ciser notre propre interpr\u00e9tation. Pour nous, la culture du plus grand nombre ressort de deux principes g\u00e9n\u00e9raux de l&#8217;urbanisation : celui de densit\u00e9 et celui de diversit\u00e9. Les deux hypoth\u00e8ses de F. Navez-Bouchanine sur l&#8217;habiter et les mod\u00e8les socioculturels sont d&#8217;ailleurs proches de notre propre vision des choses. Elles affirment en premier lieu l&#8217;existence &#8220;d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 urbaine convergente, soci\u00e9t\u00e9 qui conna\u00eetrait un processus d&#8217;homog\u00e9n\u00e9isation socio-culturelle&#8221;. En second lieu, elle observe &#8220;le caract\u00e8re \u00e0 la fois dynamique et syncr\u00e9tique des mod\u00e8les d&#8217;habiter et des mod\u00e8les socioculturels qui les portent&#8221; <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"44\" href=\"\/reda\/#44%20Il\" name=\"44\">44<\/a><\/strong>. Autrement dit, la soci\u00e9t\u00e9 urbaine serait travaill\u00e9e dans son principe par un proc\u00e9d\u00e9 de condensation, en m\u00eame temps qu&#8217;au niveau des pratiques et des potentialit\u00e9s, elle produirait des \u00e9l\u00e9ments diff\u00e9rentiels et innovateurs. La simultan\u00e9it\u00e9 de deux conditions \u00e0 premi\u00e8re vue<br \/>\ncontradictoires dans l&#8217;urbanit\u00e9 du XXI \u00e8me si\u00e8cle correspond chez F. Navez-Bouchanine \u00e0 ce qu&#8217;elle nomme &#8220;recomposition permanente&#8221; entre deux niveaux d&#8217;observation tels que, pour nous, individu et soci\u00e9t\u00e9. Dans le cadre d&#8217;une urbanisation caract\u00e9ris\u00e9e par de la haute densit\u00e9 et la diversit\u00e9 complexe, ces modalit\u00e9s &#8220;non-r\u00e9glementaires&#8221;,<br \/>\n&#8220;informelles&#8221;, &#8220;non-structur\u00e9es&#8221; dominent. Elles proc\u00e8dent d&#8217;un langage dit informel, et participent \u00e0 un processus endog\u00e8ne de r\u00e9gulation de la crise urbaine. Elles ont \u00e9t\u00e9 largement r\u00e9pertori\u00e9es dans les ann\u00e9es 80 par les sciences sociales et m\u00eame par des institutions \u00e9tatiques : elles ne souffrent pas tant d&#8217;un manque de connaissance, mais plut\u00f4t d&#8217;une difficult\u00e9 \u00e0 \u00eatre formul\u00e9es, \u00e9tant donn\u00e9 qu&#8217;elles sont justement en &#8220;recomposition permanente&#8221;. Si elles sont par excellence ouvertes et toujours en voie d&#8217;\u00eatre parachev\u00e9es, elles ne peuvent pas \u00eatre structur\u00e9es dans l&#8217;ordre de causalit\u00e9 de l&#8217;urbanisme officiel. \u00c9tant donn\u00e9 leur tendance dissipative, elles sont objectivement identifi\u00e9es au travers d&#8217;une appellation contr\u00f4l\u00e9e. Il est alors symptomatique de constater que ces modalit\u00e9s se voient rang\u00e9es dans le domaine de d\u00e9finition du &#8220;clandestin&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour relever les d\u00e9fis du changement culturel dans l&#8217;espace urbain, il faut donc se r\u00e9approprier le chantier culturel qu&#8217;est entre autre la ville. A propos de l&#8217;architecte, la sociologue ne dit-elle pas de lui que l'&#8221;attitude la plus forte et la plus argument\u00e9e est celle qui d\u00e9nie toute comp\u00e9tence \u00e0 l&#8217;usager&#8221; ? <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"45\" href=\"\/reda\/#45%20Habiter\" name=\"45\">45<\/a><\/strong>. Ce que disent simplement quelques habitants bidonvillois, c&#8217;est qu&#8217;ils attendent de l&#8217;urbanisme une action beaucoup plus profonde que l&#8217;\u00e9l\u00e9vation de la &#8220;fa\u00e7ade&#8221; urbaine. Les jeunes bidonvillois, porteurs de changement, sont conscients que le regard de l&#8217;urbaniste doit porter au-del\u00e0 des &#8220;murs&#8221;, pour r\u00e9pondre un tant soit peu aux besoins et aspirations du plus grand nombre. En rempla\u00e7ant le zinc par le dur, les promoteurs &#8220;de l&#8217;urbanisme, l&#8217;habitat, et de l&#8217;environnement&#8221; n&#8217;ont pas forc\u00e9ment r\u00e9duit les incoh\u00e9rences de l&#8217;espace urbain. En optant pour une int\u00e9gration \u00e0 moindre frais du point de vue foncier, les d\u00e9veloppeurs ont confort\u00e9 une image de la p\u00e9riph\u00e9rie elle-m\u00eame annonciatrice de l&#8217;autre Centralit\u00e9. Il est \u00e0 cet \u00e9gard significatif que la construction de la grande mosqu\u00e9e de Casablanca vienne parachever une d\u00e9cennie d&#8217;op\u00e9rations spectaculaires. D&#8217;autant que pour une fois l&#8217;urbanisme des d\u00e9veloppeurs co\u00efncide avec la vision profane du plus grand nombre ; la pose symbolique d&#8217;une islamit\u00e9 de l&#8217;espace urbain indique un point de convergence dans la finalit\u00e9 culturelle et des lignes politiques divergentes. S&#8217;il y a l\u00e0 consensus des usagers et des producteurs de la ville \u00e0 propos d&#8217;une symbolique religieuse de l&#8217;espace, il indique en tout \u00e9tat de cause une carence de ce signe fondateur \u00e0 Casablanca. Le grand chantier de l&#8217;entreprise Bouygues rappelle lourdement l&#8217;une des failles de l&#8217;urbanisme ; l&#8217;espace n&#8217;est pas un vide dans lequel on b\u00e2tit dans l&#8217;indiff\u00e9rence. L&#8217;architecte <strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"46\" href=\"\/reda\/#46%20%22Lorsque\" name=\"46\">46<\/a><\/strong> doit d\u00e9velopper un projet neuf mais non moins authentique pour l&#8217;avenir.<\/p>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<div style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><\/div>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"1 &quot;\" href=\"\/reda\/#1\" name=\"1 &quot;\">1<\/a> &#8220;Nombres d&#8217;architectes et d&#8217;urbanistes poursuivent avant tout les r\u00e9f\u00e9rences formelles, ce qui n&#8217;est d&#8217;aucun int\u00e9r\u00eat pour les sciences sociales sinon de nous \u00e9clairer sur les concepteurs eux-m\u00eames et leur vision du patrimoine. (&#8230;) les productions architecturales et urbanistiques sont \u00e9labor\u00e9es \u00e0 partir d&#8217;une vision formelle et r\u00e9ductrice, quand elle n&#8217;est pas tout simplement fausse, du mod\u00e8le d&#8217;habiter&#8221; . Fran\u00e7oise Navez-Bouchanine,<em>Habiter, mod\u00e8les socioculturels et appropriation de l&#8217;espace, op. cit\u00e9,<\/em> p. 8.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"2 Il\" href=\"\/reda\/#2\" name=\"2 Il\">2<\/a> Il n&#8217;est pas question ici de mettre en doute les comp\u00e9tences des architectes ouverts \u00e0 la sociologie et \u00e0 l&#8217;anthropologie, simplement le r\u00f4le politique de commis de l&#8217;Etat ne permet pas jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent<br \/>\nl&#8217;\u00e9panouissement de ces capacit\u00e9s novatrices et cr\u00e9atrices dans l&#8217;espace public. Et ce sont l\u00e0 des ingr\u00e9dients indispensables pour la r\u00e9alisation d&#8217;un projet de soci\u00e9t\u00e9, projet dans lequel l&#8217;urbanisme occupe une place centrale&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"3 &quot;\" href=\"\/reda\/#3\" name=\"3 &quot;\">3<\/a><\/strong> &#8220;la sociologie urbaine des ann\u00e9es 70 \u00e0 la suite de M. Castells (cf. <em>La question urbaine<\/em>) d\u00e9finit la ville comme un simple support d&#8217;effectuation des rapports sociaux, une reproduction localis\u00e9e de processus politico-\u00e9conomiques globaux. Ce faisant elle nie toute r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la ville dans ses dimensions concr\u00e8tes&#8221;. A. Hayot cit\u00e9 par Arrif,<em> Le passage pr\u00e9caire, op. cit\u00e9<\/em>, p. 21.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"4 Cf\" href=\"\/reda\/#4\" name=\"4 Cf\">4<\/a><\/strong> Cf. la d\u00e9finition qu&#8217;en donnent M. Naciri et M. Ameur, &#8220;L&#8217;urbanisation clandestine au Maroc, un champ d&#8217;action pour les classes moyennes&#8221; in <em>Revue Tiers Monde, op. cit\u00e9.<br \/>\n<\/em><br \/>\n<strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"5 Un\" href=\"\/reda\/#5\" name=\"5 Un\">5<\/a><\/strong> Un rapport de recherche publi\u00e9 en 1986 r\u00e9v\u00e8le qu&#8217;un quart des logements fournis au Maroc rel\u00e8verait de l&#8217;urbanisation non r\u00e9glementaire. CNCPRST, Habitat clandestin, rapport provisoire, universit\u00e9 de Rabat, Maroc, f\u00e9vrier 1986.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"6 Sous\" href=\"\/reda\/#6\" name=\"6 Sous\">6<\/a><\/strong> Sous le paragraphe &#8220;de la discontinuit\u00e9 socio-spatiale \u00e0 la discontinuit\u00e9 socio-\u00e9conomique&#8221;, Naciri pr\u00e9cise que l'&#8221;appropriation de la ville coloniale a donc d\u00e9plac\u00e9 les clivages socio-spatiaux de nature coloniale pour les installer dans la hi\u00e9rarchie des niveaux de vie et les diff\u00e9renciations sociales des quartiers&#8221;. Naciri M., &#8220;L&#8217;am\u00e9nagement des villes et ses enjeux&#8221; <em>in Maghreb-Machrek,<\/em> n. 118, oct., nov., d\u00e9c. 1987, p. 52.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"7 les\" href=\"\/reda\/#7\" name=\"7 les\">7<\/a><\/strong> Les quartiers Californie et Anfa sont \u00e0 Casablanca ce que Bel Air et Beverly Hills sont \u00e0 Los Angeles. Pour les habitants de ces quartiers luxueux, Naciri conclut que leur marocanit\u00e9 n&#8217;est que &#8220;pur d\u00e9cor&#8221;. Mais les recherches plus r\u00e9centes de Navez-Bouchanine sur certains quartiers r\u00e9sidentiels tendrait \u00e0 relativiser ce constat, en prouvant notamment l&#8217;existence d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne convergent d&#8217;appropriation culturelle qui touche tous les types d&#8217;habitat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"8 Nous\" href=\"\/reda\/#8\" name=\"8 Nous\">8<\/a><\/strong> Nous faisons n\u00f4tre les interrogations de Marcel Roncayolo : &#8220;Comment les simples faits d&#8217;agglom\u00e9ration, de densit\u00e9 ou d&#8217;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sociale peuvent-ils d\u00e9terminer des comportements ou des conduites ? Quelle est la relation entre le collectif et l&#8217;individuel ? Entre les caract\u00e8res d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9, dans ses aspects territoriaux, et les attitudes psychiques des individus ?&#8221; Ville et culture urbaine, <em>La ville et ses territoires, <\/em>Gallimard, Folio essais, 1990, Paris, p. 83-84.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"9 A\" href=\"\/reda\/#9\" name=\"9 A\">9<\/a><\/strong> A moins de les rechercher plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;ancienne m\u00e9dina, car il est fort probable que pour les premiers habitants de karyan Ben M&#8217;sik, la vieille ville \u00e9tait plus proche que l&#8217;emplacement actuel du bidonville qui, faut-il le rappeler, a subi maints d\u00e9placements et regroupements au cours de son histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"10 Le\" href=\"\/reda\/#10\" name=\"10 Le\">10<\/a><\/strong> Le jeune bidonvillois se reconna\u00eet dans la th\u00e9matique de certains groupes musicaux, de m\u00eame que cette m\u00eame th\u00e9matique, qui \u00e9voque des probl\u00e8mes de pauvret\u00e9 urbaine et de d\u00e9racinement culturel, trouve sa propre l\u00e9gitimation dans les espaces d&#8217;habitat pr\u00e9caire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"11 Cette\" href=\"\/reda\/#11\" name=\"11 Cette\">11<\/a><\/strong> Cette \u00e9tude se base sur le sondage men\u00e9 \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"12 &quot;Un\" href=\"\/reda\/#12\" name=\"12 &quot;Un\">12<\/a><\/strong> &#8220;Un paysan ne parle jamais d&#8217;art, il produit l&#8217;art&#8221;, H. Fathy, <em>Construire pour le peuple,<\/em> Sindbad, Paris, 1978, p. 14.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"13 Le\" href=\"\/reda\/#13\" name=\"13 Le\">13<\/a><\/strong> Le groupe Nass El Ghiwane (un temps d\u00e9nomm\u00e9 New Dervich ) est l&#8217;\u00e9quivalent marocain des Beatles. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 form\u00e9 dans les ann\u00e9es 60 au th\u00e9\u00e2tre populaire de Ta\u00efeb Saddiki (notamment dans les pi\u00e8ces d'&#8221;El herraz&#8221; (Tartuffe), &#8220;Sidi Abderahman El Mejdub&#8221; et &#8221; Maqamat Badi&#8217; Ezzaman El Hamadani&#8221;), les membres du groupe viennent \u00e0 la musique avec cette cr\u00e9ativit\u00e9 d\u00e9tonante qui fut la leur, et dont on ne retrouve plus actuellement l&#8217;\u00e9quivalence. Avec eux, se monte le triptyque musical des ann\u00e9es 70 ; Jil Jilala et Lemchaheb acc\u00e8dent \u00e9galement \u00e0 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, mais les trois groupes diff\u00e8rent par leurs styles musicaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"14 &quot;Si\" href=\"\/reda\/#14\" name=\"14 &quot;Si\">14<\/a><\/strong> &#8220;Si l&#8217;art de Nass El Ghiwane a d\u00e9rang\u00e9 les versions officielles sur la culture, c&#8217;est qu&#8217;en bousculant les formes et les contenus en place, le groupe joue sa propre version de l&#8217;histoire, de la soci\u00e9t\u00e9 et des rapports sociaux si tant est que le chant est une fa\u00e7on de dire ceux-ci et de chercher \u00e0 refaire le monde.&#8221; M. Dernouny, B. Zoulef, &#8220;Naissance d&#8217;un chant contestataire : le groupe marocain Nass El Ghiwane&#8221;, in <em>peuples m\u00e9diterran\u00e9ens<\/em>, n. 12, juillet-septembre 1980, p. 4.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"15 La\" href=\"\/reda\/#15\" name=\"15 La\">15<\/a><\/strong> La th\u00e9matique du ra\u00ef alg\u00e9rien entre parfaitement dans la cat\u00e9gorie de ces musiques urbaines qui ont succ\u00e9d\u00e9 au mouvement de Nass El Ghiwane, Jil Jilala. C&#8217;est la voix du berger qui est l&#8217;anc\u00eatre du ra\u00ef. Parti des hauts plateaux au d\u00e9but du si\u00e8cle, l&#8217;accent du ra\u00ef a \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9 dans la ville d&#8217;Oran dans les ann\u00e9es 70, avant de percer sur le plan national puis international dans les ann\u00e9es 80.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"16 Cette\" href=\"\/reda\/#16\" name=\"16 Cette\">16<\/a><\/strong> Cette \u00e9tude se base sur le sondage men\u00e9 \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik. Les images de l&#8217;actualit\u00e9 internationale sur lesquelles focalisent tous les enqu\u00eat\u00e9s sont celles mentionn\u00e9es ci-dessus. Pour le reste (cin\u00e9ma, musique, loisirs, etc.,&#8230;), il y diversit\u00e9 des r\u00e9ponses selon l&#8217;\u00e2ge, le sexe, le niveau de vie et l&#8217;origine culturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"17 Le\" href=\"\/reda\/#17\" name=\"17 Le\">17<\/a> Le site choisi pour l&#8217;\u00e9dification de la plus grande mosqu\u00e9e du pays (sinon du monde, avec ce minaret haut de 200 m\u00e8tres, qui d\u00e9passe en comparaison le sommet de la pyramide pharaonique) est l&#8217;extr\u00e9mit\u00e9 d&#8217;une baie (entam\u00e9e avec le phare d&#8217;El Hank) connue pour son air naus\u00e9abond et son eau brun\u00e2tre (&#8220;Mriziga&#8221;, contraction de &#8220;mer des \u00e9gouts&#8221;); au milieu de la baie d\u00e9bouche l&#8217;\u00e9gout du grand Casablanca&#8230; Des travaux sont pr\u00e9vus pour le d\u00e9vier au large de la c\u00f4te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"18 Regroup\u00e9s\" href=\"\/reda\/#18\" name=\"18 Regroup\u00e9s\">18<\/a><\/strong> Regroup\u00e9s \u00e0 m\u00eame le sol et partageant quelques sardines grill\u00e9es, nous sommes tout un groupe \u00e0 converser. Un des jeunes engage alors une discussion sur le cas, analogue selon lui, des bidonvillois de Mexico&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"19 Le\" href=\"\/reda\/#19\" name=\"19 Le\">19<\/a><\/strong> Le cas de la guerre du Golfe illustre parfaitement la r\u00e9action populaire \u00e0 contre-courant des discours et images diffus\u00e9s par la t\u00e9l\u00e9vision nationale. Il faut rappeler en outre que c&#8217;est \u00e0 Rabat en f\u00e9vrier 1991 qu&#8217;eut lieu la plus importante manifestation de solidarit\u00e9 avec lrak (pr\u00e8s de 500 000 personnes) de tout le monde arabe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"20 &quot;La\" href=\"\/reda\/#20\" name=\"20 &quot;La\">20<\/a> &#8220;La majorit\u00e9 de la population urbaine du monde a moins de 25 ans d&#8217;\u00e2ge. Dans le Tiers-Monde, cette tranche d&#8217;\u00e2ge repr\u00e9sente 60 % de la population urbaine, les moins de 20 ans en constituant 50 %. La jeunesse, de par son dynamisme et sa contribution potentielle, est sans doute une condition du changement social, si sont r\u00e9unis les moyens ad\u00e9quats. Cela peut repr\u00e9senter un co\u00fbt financier, \u00e0 cause de la diminution des forces actives de travail par rapport \u00e0 la population totale des villes, et le co\u00fbt relativement \u00e9lev\u00e9 des infrastructures sociales qui doivent \u00eatre produites. (&#8230;) Le co\u00fbt social et financier de la jeunesse des villes peut \u00eatre plus que rembours\u00e9 si des biens d&#8217;\u00e9quipement proprement \u00e9ducatifs, scientifiques et culturels sont r\u00e9alis\u00e9s. Un &#8220;mieux vivre pour tous&#8221; exige n\u00e9cessairement la participation active d&#8217;une jeunesse \u00e0 qui l&#8217;on donne la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper et d&#8217;utiliser ses comp\u00e9tences&#8221;. M. Elmandjra, &#8220;Mieux vivre pour tous dans les m\u00e9tropoles&#8221;, communication \u00e0 M\u00e9tropolis 87, Mexico, 19-21 mai 1987, in <em>Signes du pr\u00e9sent, Espaces urbains, Espaces v\u00e9cus<\/em>, n. 3, 1988, Rabat, p. 107, 108.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"21 &quot;\" href=\"\/reda\/#21\" name=\"21 &quot;\">21<\/a><\/strong> &#8220;Crise et avatars de la famille&#8221;, in <em>Signes du pr\u00e9sent, Paradoxes de la crise, <\/em>n. 5, 1989, Rabat, p. 82.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"22 Abdelmajid\" href=\"\/reda\/#22\" name=\"22 Abdelmajid\">22<\/a><\/strong> Abdelmajid Arrif, <em>Le passage pr\u00e9caire&#8230; , op. cit\u00e9<\/em>, p. 207.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"23 Abdelmajid\" href=\"\/reda\/#23\" name=\"23 Abdelmajid\">23<\/a><\/strong> Abdelmajid Arrif, <em>Le passage pr\u00e9caire&#8230; , op. cit\u00e9<\/em>, p. 208.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"24 Ind\u00e9pendamment\" href=\"\/reda\/#24\" name=\"24 Ind\u00e9pendamment\">24<\/a><\/strong> Ind\u00e9pendamment des questions de m\u00e9sentente familiale, il est parfois difficile \u00e0 l&#8217;habitant, jeune ou vieux, \u00e0 consentir de parler facilement au milieu de son environnement et de se d\u00e9barrasser du &#8220;complexe de la baraque&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"25 le\" href=\"\/reda\/#25\" name=\"25 le\">25<\/a><\/strong> Le changement dans la technique d&#8217;interview avait notamment consist\u00e9 \u00e0 interviewer en premier lieu le chef de famille, ou alors mener des interviews dans des lieux s\u00e9par\u00e9s, la maison pour les parents et le lieu de travail pour les jeunes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"26 Habiter\" href=\"\/reda\/#26\" name=\"26 Habiter\">26<\/a><\/strong> <em>Habiter, mod\u00e8les socio-culturels&#8230;, op. cit\u00e9<\/em>, p. 55.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"27 &quot;\" href=\"\/reda\/#27\" name=\"27 &quot;\">27<\/a><\/strong> &#8220;(&#8230;) il ne faudrait \u00e9videmment pas confondre toute l&#8217;\u00e9volution familiale avec l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;entit\u00e9 &#8220;m\u00e9nage&#8221;. Autrement dit, pour compl\u00e9ter cette approche de la d\u00e9cohabitation ou des formes de cohabitation modul\u00e9es, et du d\u00e9veloppement de l&#8217;autonomie de la famille nucl\u00e9aire, il faudrait aussi s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 la persistance de la famille \u00e9tendue comme lieu de solidarit\u00e9 et de substitut aux carences de la soci\u00e9t\u00e9 civile, comme lieu d&#8217;influence socioculturelle, comme cl\u00e9 des r\u00e9seaux politiques et \u00e9conomiques&#8230;toutes formes qui peuvent, elles aussi, \u00eatre raviv\u00e9es, r\u00e9activ\u00e9es par la crise, et dont l&#8217;observation pourrait \u00e9galement apporter des \u00e9l\u00e9ments int\u00e9ressants sur l&#8217;\u00e9volution de la famille&#8221;. <em>Crise et avatars de la famille, op. cit\u00e9<\/em>, p. 82.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"28 D'une\" href=\"\/reda\/#28\" name=\"28 D'une\">28<\/a><\/strong> D&#8217;une certaine mani\u00e8re, nous rejoignons ce que Bruno Etienne rapporte ; &#8220;Tous les militants que nous avons interview\u00e9s racontent la m\u00eame aventure, sorte de chemin de Damas (&#8230;) : ces jeunes gens s&#8217;ennuyaient dans un espace sans espoir, buvaient de la mauvaise bi\u00e8re locale, se laissaient aller \u00e0 tous les vices, le regard tourn\u00e9 vers les valeurs \u00e9trang\u00e8res, lorsqu&#8217;ils re\u00e7oivent la Lumi\u00e8re, la r\u00e9v\u00e9lation, g\u00e9n\u00e9ralement par l&#8217;\u00e9coute d&#8217;une cassette, car, ironie de la modernit\u00e9, la cassette a \u00e9t\u00e9 aux islamistes ce que l&#8217;imprimerie fut aux calvinistes, le vecteur mat\u00e9riel de la diffusion id\u00e9ologique&#8221;, <em>L&#8217;islamisme radical,<\/em> Le livre de Poche, Paris, 1988, p. 134.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"29 la\" href=\"\/reda\/#29\" name=\"29 la\">29<\/a><\/strong> La sociologie maghr\u00e9bine tarde d&#8217;ailleurs \u00e0 noter l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un nouveau profil culturel chez une frange pauvre de la jeunesse. En effet il est de plus en plus fr\u00e9quent de rencontrer ce nouvel acteur familial, autodidacte pratiquant avec aisance la diglossie, poss\u00e9dant une connaissance intime des textes religieux, et qui, au bout du compte, d\u00e9cline un niveau de certificat primaire&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"30 &quot;Les\" href=\"\/reda\/#30\" name=\"30 &quot;Les\">30 <\/a><\/strong>&#8220;Les \u00e9v\u00e9nements que connurent Casablanca, Nador et Marrakech en 1984 ont focalis\u00e9 l&#8217;attention du pouvoir sur le ph\u00e9nom\u00e8ne islamiste. Elle s&#8217;est concr\u00e9tis\u00e9e d&#8217;une part dans une politique s\u00e9curitaire qui visait l&#8217;encadrement et le contr\u00f4le des organisations islamistes (&#8230;) d&#8217;autre part dans une politique plus feutr\u00e9e, agissant \u00e0 travers les sch\u00e9mas directeurs des centres urbains et le d\u00e9coupage administratif des grandes m\u00e9tropoles&#8221;. M. Tozy, <em>Le prince, le clerc et l&#8217;\u00c9tat : la restructuration du champ religieux au Maroc, Intellectuels et militants de l&#8217;Islam contemporain, op. cit\u00e9<\/em>, p. 72.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"31 &quot;La\" href=\"\/reda\/#31\" name=\"31 &quot;La\">31<\/a><\/strong> &#8220;La th\u00e8se de la marginalit\u00e9 des populations des quartiers sous-\u00e9quip\u00e9s ne r\u00e9siste pas \u00e0 l&#8217;analyse. Car, par rapport aussi bien aux paysans qu&#8217;aux citadins nantis, les habitants des quartiers p\u00e9riph\u00e9riques sont souvent plus r\u00e9ceptifs \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du changement. Leurs comportements consid\u00e9r\u00e9s comme proches de la d\u00e9viance dans certains cas, sont beaucoup plus souples. Et sans faire l&#8217;apologie des familles bidonvilloises par exemple, elles sont g\u00e9n\u00e9ralement rapides dans leurs tentatives d&#8217;int\u00e9gration et veillent toujours dans la mesure du possible \u00e0 assurer une scolarit\u00e9 r\u00e9guli\u00e8re aux enfants (&#8230;) A la limite, les probl\u00e8mes v\u00e9cus par les quartiers p\u00e9riph\u00e9riques signalent certaines insuffisances des institutions officielles, et les contradictions que vit la formation sociale en voie de transformation rapide&#8221;. M. Bentahar, <em>Villes et campagnes au Maroc, les probl\u00e8mes sociaux de l&#8217;urbanisation<\/em>, <em>op. cit\u00e9,<\/em> p. 122.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"32 Fran\u00e7oise\" href=\"\/reda\/#32\" name=\"32 Fran\u00e7oise\">32<\/a><\/strong> Fran\u00e7oise Navez-Bouchanine pr\u00e9cise en outre que &#8220;pour toute la ville, le chiffre d\u00e9passe difficilement 50 %&#8230; Dans d&#8217;autres bidonvilles, ce pourcentage peut \u00eatre encore plus \u00e9lev\u00e9 : \u00e0 Carri\u00e8res Centrales, (Casablanca) par exemple, il est de 90 %&#8221;. <em>Habiter, mod\u00e8les socioculturels et appropriation de l&#8217;espace, op. cit\u00e9<\/em>, p. 192.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"33 Sur\" href=\"\/reda\/#33\" name=\"33 Sur\">33<\/a><\/strong> Sur cette question charni\u00e8re, se reporter aux articles de Marc Gosset, &#8220;Les enjeux de la crise urbaine : les mod\u00e8les urbains au Maghreb&#8221;, in <em>Espaces et soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, n. 62-63, n. 2-3\/1990. et D. Pinson et M. Zakrani, &#8220;Maroc; l&#8217;espace centr\u00e9 et le passage de la maison m\u00e9dinale \u00e0 l&#8217;immeuble urbain&#8221;, in<em> Les cahiers de la recherche architecturale<\/em>, n. 20-21, 1987.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"34 le\" href=\"\/reda\/#34\" name=\"34 le\">34<\/a><\/strong> Le contrat d&#8217;association est en r\u00e9alit\u00e9 un contrat coutumier plus ou moins reconnu par les autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"35 I.\" href=\"\/reda\/#35\" name=\"35 I.\">35<\/a><\/strong> I. Boucetta, Z. Sabra, F. Ben Setta, F. et F. Boulzaouite, <em>machrou&#8217; al qadaa &#8216;ala hay Ben M&#8217;sik (tajziat Moulay Rachid I), 1985-1986,<\/em> cit\u00e9 par Abdelmajid Arrif, <em>Le passage pr\u00e9caire&#8230; op. cit\u00e9<\/em>, p. 123.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"36 &quot;La\" href=\"\/reda\/#36\" name=\"36 &quot;La\">36<\/a><\/strong> &#8220;La m\u00e9moire institutionnelle ne restitue que les donn\u00e9es de mesure et quantitatives seules op\u00e9rationnelles et significatives pour mieux \u00e9valuer et partant r\u00e9ussir l&#8217;intervention programm\u00e9e. (&#8230;) Tout \u00e9l\u00e9ment se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la vie sociale, aux valeurs, aux pratiques des habitants, est un \u00e9l\u00e9ment sans efficacit\u00e9 et perturbateur, qu&#8217;il faudrait rel\u00e9guer ou \u00e0 d\u00e9faut soumettre \u00e0 des a priori hygi\u00e9nistes ou bien relevant de la dualit\u00e9 sauvage\/civilis\u00e9, ville\/campagne, moderne\/traditionnel, etc.,&#8230;&#8221; Abdelmajid Arrif, <em>Le passage pr\u00e9caire&#8230; op. cit\u00e9<\/em>, p. 11.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"37 A\" href=\"\/reda\/#37\" name=\"37 A\">37<\/a><\/strong> A l&#8217;oppos\u00e9 d&#8217;une vision &#8220;institutionnelle&#8221; ferm\u00e9e (mais finalement convergente dans des conclusions radicales), il se trouve des adeptes d&#8217;une sociologie extr\u00eame d\u00e9non\u00e7ant la recherche du bel ouvrage \u00e0 destination du plus grand nombre. On invoque l&#8217;urgence, la pauvret\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, la non connaissance interculturelle pour d\u00e9nier toute d\u00e9marche esth\u00e9tique en mati\u00e8re d&#8217;architecture. Comme si les populations signal\u00e9es par le r\u00e9flexe id\u00e9ologique n&#8217;avaient pas d&#8217;esth\u00e9tique propre qu&#8217;ils voudraient voir cadrer dans leur espace de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"38 La\" href=\"\/reda\/#38\" name=\"38 La\">38<\/a><\/strong> <em>La R\u00e9volution urbaine<\/em>, Gallimard, Paris, 1970, p. 248.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"39 &quot;Il\" href=\"\/reda\/#39\" name=\"39 &quot;Il\">39<\/a><\/strong> &#8220;Il est significatif de noter l&#8217;absence totale, dans les rapports d&#8217;enqu\u00eate officiels des services d&#8217;urbanisme &#8211; que ce soit dans le cas du projet de restructuration ou celui de recasement-, de toute analyse, de toute r\u00e9f\u00e9rence ou description de la baraque et des pratiques d&#8217;habiter dont elle est l&#8217;objet&#8221;. Abdelmajid Arrif,<em> Le passage pr\u00e9caire&#8230; op. cit\u00e9<\/em>, p. 94.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"40 ...\" href=\"\/reda\/#40\" name=\"40 ...\">40<\/a><\/strong> &#8230; ou th\u00e9orie de la praxis selon Mohamed Tozy. C&#8217;est apr\u00e8s-coup que nous avons retrouv\u00e9 cette formulation \u00e9manant du meilleur connaisseur de l&#8217;islamisme au Maroc. Ce professeur de l&#8217;institut agronomique et v\u00e9t\u00e9rinaire de Rabat est notamment l&#8217;auteur du concept de contre-champ politico-religieux au Maroc. Il a collabor\u00e9 \u00e0 divers ouvrages sur le mouvement islamiste avec Bruno Etienne et Gilles Kepel, ce dernier \u00e0 qui il faut \u00e0 son tour reconna\u00eetre l&#8217;hypoth\u00e8se convaincante de la r\u00e9islamisation par le bas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"41 Songer\" href=\"\/reda\/#41%20Songer\" name=\"41 Songer\">41<\/a><\/strong> Songer par exemple que Bagdad avait un million d&#8217;habitants en 930 (soit 168 ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation par un calife ommeyade), chiffre atteint par la population de Casablanca en 1960 (soit 170 ans apr\u00e8s sa fondation par un sultan alaoui).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"42 Marc\" href=\"\/reda\/#42\" name=\"42 Marc\">42<\/a><\/strong> Marc Gosset, <em>Les enjeux de la crise urbaine : les mod\u00e8les urbains au Maghreb, op. cit\u00e9<\/em>, p. 118.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"43 &quot;La\" href=\"\/reda\/#43\" name=\"43 &quot;La\">43<\/a><\/strong> &#8220;La probl\u00e9matique des mod\u00e8les urbains, en tant qu&#8217;enjeu culturel ou enjeu du d\u00e9veloppement, est donc au centre de la crise urbaine. Celle-ci r\u00e9sulte alors, dans une certaine mesure, au Maghreb, de la reproduction &#8211; le plus souvent inconsciente &#8211; de mod\u00e8les occidentaux divers, o\u00f9 la part d&#8217;innovation ne r\u00e9side que dans l&#8217;adaptation fonctionnelle de ces mod\u00e8les \u00e0 la topographie et aux contextes politiques, socio-\u00e9conomiques locaux, ainsi que de l&#8217;incapacit\u00e9 \u00e0 mod\u00e9liser &#8211; d&#8217;\u00e9laborer en mod\u00e8les, pour les d\u00e9passer &#8211; les centres urbains anciens et contemporains d&#8217;origine maghr\u00e9bine, ou tout au moins relevant de la culture musulmane en g\u00e9n\u00e9ral&#8221;. Marc Gosset, <em>Les enjeux de la crise urbaine : les mod\u00e8les urbains au Maghreb, op. cit\u00e9<\/em>, p. 110, 111.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"44 Il\" href=\"\/reda\/#44\" name=\"44 Il\">44<\/a><\/strong> Il s&#8217;agit l\u00e0 des deux hypoth\u00e8ses principales de sa th\u00e8se de doctorat, <em>Habiter, mod\u00e8les socioculturels et appropriation de l&#8217;espace, op. cit\u00e9<\/em>, p. 378-379.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"45 Habiter\" href=\"\/reda\/#45\" name=\"45 Habiter\">45<\/a> <em>Habiter, mod\u00e8les socioculturels et appropriation de l&#8217;espace, op. cit\u00e9<\/em>, p. 362.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"46 &quot;Lorsque\" href=\"\/reda\/#46\" name=\"46 &quot;Lorsque\">46<\/a><\/strong> &#8220;Lorsque des autorit\u00e9s, pour une r\u00e9alisation dite de prestige, font appel \u00e0 une sommit\u00e9 du monde professionnel, c&#8217;est \u00e0 son imagination et \u00e0 sa cr\u00e9ativit\u00e9, \u00e0 sa culture et \u00e0 ses capacit\u00e9s \u00e0 dire les choses de son temps, plus qu&#8217;\u00e0 ses comp\u00e9tences techniques -suppos\u00e9es r\u00e9elles -, que l&#8217;on fait appel. L&#8217;urbaniste-architecte tente, dans son action sur la r\u00e9alit\u00e9 urbaine, consciemment ou inconsciemment, de rapprocher celle-ci du mod\u00e8le qu&#8217;il imagine ou dont il est culturellement porteur (m\u00eame dans son imaginaire &#8220;innovateur&#8221;)&#8221;. Marc Gosset, <em>Les enjeux de la crise urbaine: les mod\u00e8les urbains au Maghreb, op. cit\u00e9<\/em>, p. 111.<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Arial, Helvetica;\">Extraits de R\u00e9da Benkirane, <em>Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca),<\/em> Institut Universitaire d&#8217;\u00c9tudes du D\u00e9veloppement (IUED), Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, 1993, 200 pages. <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca) &nbsp; &#8220;M\u00eame les bidonvilles dans les grandes cit\u00e9s ont leur propre dynamisme culturel en d\u00e9pit de la pauvret\u00e9 et de conditions de vie difficiles. L&#8217;habiter est plus qu&#8217;un simple besoin \u00e9l\u00e9mentaire, c&#8217;est un acte culturel et une vision de&#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=337\">Lire plus \/ Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[551,555],"tags":[378],"class_list":["post-337","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-research","category-urbanite","tag-urbanite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/337","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=337"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/337\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2705,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/337\/revisions\/2705"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=337"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=337"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=337"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}