{"id":335,"date":"2014-05-25T12:40:31","date_gmt":"2014-05-25T12:40:31","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=335"},"modified":"2026-05-07T17:03:59","modified_gmt":"2026-05-07T16:03:59","slug":"relations-sociales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=335","title":{"rendered":"Relations sociales"},"content":{"rendered":"<h3 align=\"center\" id=\"mcetoc_1jnsikved0\"><a href=\"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=292\"><strong><span>Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca)<\/span><\/strong><\/a><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><strong>1. Les relations de voisinage<\/strong><br \/>\nEn milieu bidonvillois, les relations sociales concernent en grande partie des relations de voisinage. C&#8217;est en tous cas ce qui ressort des r\u00e9ponses d&#8217;une majorit\u00e9 d&#8217;interview\u00e9s, des jeunes pour l&#8217;essentiel. La soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise \u00e9tait, jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;intervention du Projet Ben M&#8217;sik, une communaut\u00e9 en soi. A partir de ce groupe social \u00e0 forte coh\u00e9sion, il a pu s&#8217;organiser d&#8217;autres communaut\u00e9s (ethniques, confr\u00e9riques, socio-professionnelles, socio-culturelles). Mis \u00e0 part les r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 familiale et de clan, les autres formes de regroupement, si elles ne sont pas totalement absentes du contexte karyaniste, occupent des r\u00f4les tr\u00e8s secondaires. Dans ce cas, il faudrait plut\u00f4t s&#8217;int\u00e9resser au d\u00e9placement des individus, recourir par exemple aux cartes mentales de la ville pour rep\u00e9rer les multiples r\u00e9seaux de sociabilit\u00e9 (induits notamment par le travail, les loisirs, la famille, le marquage et la fr\u00e9quence des d\u00e9placements).<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\">Dans ce contexte pr\u00e9cis de notre objet d&#8217;\u00e9tude, la notion de voisinage devient une donn\u00e9e structurelle, une caract\u00e9ristique essentielle du milieu social bidonvillois. Pour parvenir \u00e0 un recasement r\u00e9ussi, il faut bien comprendre et traduire ce fait sociologique <strong><a href=\"\/reda\/#1%20M%EAme\" name=\"1\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"1\">1<\/a><\/strong>. Plut\u00f4t donc que de nous concentrer exclusivement sur des exp\u00e9riences associatives \u00e0 impact et dur\u00e9e de vie forc\u00e9ment limit\u00e9s (cf. les deux tentatives d\u00e9crites p. 21-24), il vaudrait mieux se poser la question de savoir pourquoi justement le fait associatif n&#8217;a pas encore pris forme \u00e0 Ben M&#8217;sik. Retenons provisoirement que les relations de voisinage s&#8217;av\u00e8rent plus importantes que les autres r\u00e9seaux de sociabilit\u00e9, dans le sens o\u00f9 elles se donnent \u00e0 voir, quotidiennement, et qu&#8217;elles participent \u00e0 la symbolique du bidonville. Ainsi on \u00e9vitera soigneusement de discourir en utilisant le mot &#8220;je&#8221;, et lorsque cela s&#8217;av\u00e9rera in\u00e9vitable, on s&#8217;en excusera, comme pour l&#8217;amoindrir, par la formule apropri\u00e9e&#8230;<em>que Dieu nous pr\u00e9serve du mot &#8220;moi&#8221;<\/em>&#8230; Ou alors pour \u00e9voquer la proximit\u00e9 des habitants : <em>ce qui touche \u00e0 l&#8217;un d&#8217;entre nous, nous implique tous.<\/em> Ces propos constamment entendus chez les jeunes karyanistes suffisent \u00e0 montrer ce que repr\u00e9sente jusqu&#8217;ici le voisinage, et par extension leur communaut\u00e9. Le bidonvillois forc\u00e9 de cohabiter avec ses voisins, cherche donc \u00e0 en faire des complices dans sa vie quotidienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La densit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e et la grande promiscuit\u00e9 issue des conditions d&#8217;habitat font des bidonvillois une communaut\u00e9 de voisins. Lorsqu&#8217;on vit en bidonville, ignorer ses voisins c&#8217;est ignorer la soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise toute enti\u00e8re. Autant dire que cela reste absolument inconcevable. Car ici ce qui structure les relations sociales, ce n&#8217;est pas, en premi\u00e8re instance, l&#8217;influence de cultures d&#8217;origine ou de solidarit\u00e9 familiale, mais d&#8217;abord et surtout l&#8217;Espace. L&#8217;espace structure les relations sociales. La pr\u00e9carit\u00e9 de l&#8217;espace cr\u00e9e la solidarit\u00e9 bidonvilloise. Viennent ensuite se greffer d&#8217;autres r\u00e9seaux de solidarit\u00e9, dont l&#8217;actuelle diss\u00e9mination familiale n&#8217;est pas l&#8217;un des moindres <strong><a href=\"\/reda\/#2%20%22\" name=\"2\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"2\">2<\/a><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1.1. Au bidonville<\/strong><br \/>\nSouvent on reste en pr\u00e9sence de sentiments m\u00eal\u00e9s qui montrent efficience et d\u00e9ficience des relations de voisinage. Les aspects incantatoires (en situation bidonvilloise) et nostalgiques (en situation de recasement) ont un r\u00f4le certain dans la repr\u00e9sentation des relations de voisinage. Le passage par la cit\u00e9 de recasement permet un certain tri de ces relations, car l\u00e0, la notion de voisinage s&#8217;est compl\u00e8tement modifi\u00e9e. Pour ce qui est des aspects positifs des relations sociales, il est \u00e0 remarquer que c&#8217;est surtout les bidonvillois recas\u00e9s \u00e0 Moulay Rachid qui tentent de les d\u00e9finir. Il y a place \u00e0 la nostalgie, ce qui \u00e9t\u00e9 \u00e9galement relev\u00e9 par Arrif. Seuls les bidonvillois du bloc 3 abordent ce sujet, et s&#8217;ils le font, c&#8217;est pour dresser une comparaison avec leur situation instable au &#8220;bidonville des probl\u00e8mes&#8221;. Les habitants recas\u00e9s et ceux refoul\u00e9s au bloc 3 ont le recul n\u00e9cessaire pour s&#8217;apercevoir de ce qui pouvait \u00eatre efficient au sein de leur propre soci\u00e9t\u00e9, quand d\u00e9sormais elle est en mutation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(41) <em>\u00e9tudiant universitaire habitant au groupe 6 de Moulay Rachid ; &#8220;c&#8217;\u00e9tait une collectivit\u00e9 soud\u00e9e, quand tu sortais de chez toi, tu trouvais aussit\u00f4t avec qui rester&#8221;. Ainsi il jouait aux cartes avec les vieux, sortait en ville ou allait au cin\u00e9ma avec les jeunes. Chaque moment de la vie \u00e9tait l&#8217;occasion d&#8217;\u00eatre ensemble, que ce soit &#8220;les allumettes pour allumer le feu, la cuisine, le lavage du linge, tout se partageait&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis qu&#8217;il se trouve au groupe 6, il a perdu tout contact avec les habitants de karyan Ben M&#8217;sik.<\/p>\n<p>(58) <em>commer\u00e7ant ambulant habitant au groupe 4 de Moulay Rachid ; En \u00e9voquant sa vie au bloc 9., il dit de sa rue qu&#8217;elle \u00e9tait &#8220;une seule famille&#8221;. D&#8217;autant qu&#8217;elle \u00e9tait habit\u00e9e en majorit\u00e9 par des berb\u00e8res. La solidarit\u00e9 \u00e9tait forte au point que tous les samedi se constituaient des troupes folkloriques. Ces anciens du bloc 9 continuent d&#8217;ailleurs de se r\u00e9unir \u00e0 Moulay Rachid lors de mariages ou de d\u00e9c\u00e8s.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, il nous faut pr\u00e9ciser que c&#8217;est le seul interview\u00e9 qui mentionne un regroupement ethnique des habitants de karyan Ben M&#8217;sik. Or dans son histoire de vie, ce vieux berb\u00e8re dit avoir achet\u00e9 sa baraque au bloc 9 en 1963, gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;indication et au pr\u00eat d&#8217;amis berb\u00e8res install\u00e9s eux aussi au bidonville. Ayant quitt\u00e9 sa r\u00e9gion natale d\u00e8s 1949, cette personne dit avoir travaill\u00e9 pendant 14 ans dans le cadre d&#8217;un r\u00e9seau familial \u00e9tendu. Aussi son installation au bidonville est d\u00e8s le d\u00e9part le fait d&#8217;une solidarit\u00e9 ethnique. Mais de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, il faut retenir que le regroupement ethnique en milieu bidonvillois a compl\u00e8tement disparu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour certains, le recasement \u00e0 Moulay Rachid a \u00e9t\u00e9 l&#8217;occasion de faire le bilan de ce qu&#8217;ils ont gagn\u00e9 et de ce qu&#8217;ils ont perdu en passant de la baraque \u00e0 la maison. Parler de la vie au bidonville reste, plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s le recasement, quelque chose d&#8217;ambivalent. Il y a alors un ph\u00e9nom\u00e8ne de reconstitution et d&#8217;embellissement du pass\u00e9 qui se met \u00e0 jour dans les discours des interview\u00e9s. Le pass\u00e9 rend alors les choses (bonnes ou mauvaises) beaucoup plus intenses et leur procure une valeur \u00e9motive. Ce sont g\u00e9n\u00e9ralement les jeunes qui expriment le plus ces sentiments partag\u00e9s. La nostalgie est toujours pr\u00e9sente dans leurs discours :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(43), <em>habitant du groupe 5, se rappelle que la vie dans le karyan rendait les habitants g\u00e9n\u00e9reux, dans le sens o\u00f9 ils partageaient tout ce qu&#8217;ils avaient. Vis-\u00e0-vis des habitants rest\u00e9s au bidonville, il dit que &#8220;d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 on regrette qu&#8217;ils ne soient pas encore recas\u00e9s, d&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9 on les envie&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la m\u00e8re de famille, qui a le plus fortement ressenti les relations conflictuelles de voisinage, elle les \u00e9vacuera pour retenir une solidarit\u00e9 op\u00e9rationnelle dans les moments difficiles :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(42), <em>m\u00e8re de huit enfants et habitant au groupe 4 ; &#8220;On \u00e9tait uni dans le malheur et la maladie&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame pour ceux qui ne sont pas des bidonvillois \u00e0 proprement parler, ils trouvent mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion dans la soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(31), <em>jeune &#8220;fr\u00e8re&#8221; de Lahrawiyin, juge positives la simplicit\u00e9 et la solidarit\u00e9 de la vie dans le bidonville.<\/em><\/p>\n<p>Toujours \u00e0 propos des caract\u00e8res g\u00e9n\u00e9raux de la soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise, on trouve un jugement tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re \u00e0 son encontre :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(35), <em>jeune &#8220;fr\u00e8re&#8221; de Lahrawiyin n\u00e9 en 1974 : &#8220;il n&#8217;y a pas de confiance, ni de s\u00e9curit\u00e9. Il n&#8217;y pas d&#8217;\u00e9ducation et les bidonvillois ne font qu&#8217;enfanter. Les jeunes quittent t\u00f4t l&#8217;\u00e9cole pour tra\u00eener avec les vendeurs de drogue&#8230;je ne pense pas qu&#8217;il y ait quelque chose de positif dans le karyan&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>De m\u00eame, le jugement d&#8217;un vieux lettr\u00e9 religieux reste d\u00e9nu\u00e9 de toute nuance :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(39) ; <em>&#8220;rien n&#8217;\u00e9tait bien l\u00e0-bas&#8221;, mais il d\u00e9clare plus loin \u00eatre toujours en relation avec les bidonvillois. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La situation de recul que procure l&#8217;habitation de Moulay Rachid permet de se rendre compte apr\u00e8s-coup de la nature futile de certains probl\u00e8mes sociaux :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(37) <em>\u00e9tudiant universitaire habitant au groupe 5, retient de la vie bidonvilloise en premier lieu la salet\u00e9 du milieu (probl\u00e8mes des W-C. et des ordures).<br \/>\nEt m\u00eame si les relations de voisinage avec certains habitants \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement bonnes, il pouvait survenir de grands probl\u00e8mes \u00e0 propos de questions futiles.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il a tout de m\u00eame gard\u00e9 le contact avec ses amis qui sont encore \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik. Ils sortent ensemble au caf\u00e9, ou \u00e0 la mer. La m\u00e8re de (37) <em>a un fr\u00e8re qui habite le bidonville. Elle ne l&#8217;a pas vu depuis trois ans. Depuis le recasement, elle n&#8217;a gard\u00e9 contact qu&#8217;avec les membres de sa famille install\u00e9s \u00e0 Moulay Rachid.<\/em><\/p>\n<p>Quant aux bidonvillois non recas\u00e9s et non d\u00e9plac\u00e9s vers le bloc 3, ceux-ci pr\u00e9f\u00e8rent entrer directement dans le vif du sujet en abordant les probl\u00e8mes issus du dense voisinage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jeune mari\u00e9 d\u00e9noncera par exemple la mesquinerie de ses voisins. Mais le comportement qu&#8217;il rapporte reste tr\u00e8s m\u00e9diterran\u00e9en, et pas tellement sp\u00e9cifique du mode de vie bidonvillois :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(8) <em>apr\u00e8s avoir s&#8217;\u00eatre mari\u00e9 habite maintenant dans la baraque de sa belle-m\u00e8re. Ils sont trois personnes \u00e0 y loger. Sa belle-m\u00e8re vit de mendicit\u00e9.<\/em> (8) <em>avoue avoir eu des probl\u00e8mes avec les voisins au d\u00e9but de son mariage, parce que toute la rue r\u00e9p\u00e9tait qu'&#8221;il s&#8217;\u00e9tait mari\u00e9 juste pour la baraque&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jeune couturier d\u00e9noncera quant \u00e0 lui le caract\u00e8re agressif de la jeunesse bidonvilloise :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(10) <em>n&#8217;aime pas le milieu bidonvillois. Aussi \u00e9vite-t-il de passer le temps avec les jeunes du karyan : &#8220;Une g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;envieux qui ont le couteau dans la poche&#8221;&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut comprendre que lorsque des jeunes bidonvillois disent ne pas aimer ou ne pas fr\u00e9quenter leurs voisins, c&#8217;est une mani\u00e8re de se distinguer vis-\u00e0-vis du milieu social dans lequel ils \u00e9voluent. Par l\u00e0 m\u00eame, ces jeunes cherchent \u00e0 d\u00e9montrer (par leurs activit\u00e9s, leur r\u00e9seau de connaissance, leurs d\u00e9placements) qu&#8217;ils ne sont pas des ali\u00e9n\u00e9s du mode de vie bidonvillois&#8230; m\u00eame si parfois ils peuvent tomber dans une autre forme d&#8217;ali\u00e9nation. En tenant de tels propos, ces jeunes ne renient pas leur milieu social, mais cherchent plut\u00f4t \u00e0 mettre en valeur leurs propres personnalit\u00e9s, et ce afin de s&#8217;\u00e9chapper momentan\u00e9ment du carcan sociologique de leur environnement. Aussi, il ne faudra pas s&#8217;\u00e9tonner de les voir tout de suite apr\u00e8s leurs entretiens, rejoindre d&#8217;autres jeunes du quartier pour une occupation du temps identique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de la cause des conflits entre bidonvillois, un premier niveau des r\u00e9ponses permet de retenir une explication assez simple :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(12) <em>r\u00e9sume la cause des probl\u00e8mes de voisinage aux enfants. &#8220;Celui qui a des enfants conna\u00eet des ennuis avec ses voisins&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>(46) <em>pense que ce sont les enfants qui sont souvent \u00e0 l&#8217;origine des disputes entres les femmes.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les enfants sont \u00e0 la source des disputes entre voisins. C&#8217;est la r\u00e9ponse que mentionnent le plus souvent les interview\u00e9s lorsqu&#8217;il leur est demand\u00e9 d&#8217;identifier la cause des probl\u00e8mes de voisinage. Mais il faut entendre dans cette r\u00e9ponse le fait que les enfants ne sont que des r\u00e9v\u00e9lateurs de conflits latents entre adultes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(63) ; <em>&#8220;les enfants se disputent, et \u00e7a arrive aux adultes.<br \/>\n(&#8230;) Tu es fatigu\u00e9e, tu veux dormir et tu n&#8217;y arrive pas \u00e0 cause du bruit que font les enfants, d&#8217;o\u00f9 les disputes qui finissent souvent au commissariat&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&#8217;ils sont souvent pr\u00e9textes aux probl\u00e8mes de voisinage, les enfants ne sont pas les seuls \u00e0 cr\u00e9er des probl\u00e8mes. Ces derniers touchent \u00e9galement les femmes qui, dans le cadre de leurs activit\u00e9s m\u00e9nag\u00e8res, connaissent plus que les hommes les difficult\u00e9s journali\u00e8res de la collectivit\u00e9 bidonvilloise :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(21) <em>\u00e9voque une autre source de conflits ; &#8220;les disputes des femmes commencent par exemple lorsqu&#8217;elles font la queue pour chercher de l&#8217;eau dans les W-C.&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Sous ses bons aspects, la promiscuit\u00e9 cr\u00e9e une solidarit\u00e9 de groupe op\u00e9rationnelle : celle-ci n&#8217;existe pas en soi, elle a \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9e par contrainte. Dans ses mauvais aspects, elle touche \u00e0 des probl\u00e8mes pratiques de la vie quotidienne, telles l&#8217;utilisation des W-C. et la collecte de l&#8217;eau. Mais elle emp\u00eache par ailleurs l&#8217;habitant d&#8217;\u00eatre ind\u00e9pendant vis-\u00e0-vis de son voisinage, et ces aspects de la promiscuit\u00e9 influent aussi bien sur les conditions d&#8217;habitat que sur les relations sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La promiscuit\u00e9 sur les relations sociales arrive \u00e9galement \u00e0 &#8220;parasiter&#8221; la communication entre les personnes. Dans l&#8217;espace \u00e0 haute densit\u00e9 qu&#8217;est le bidonville, l&#8217;information circule tr\u00e8s rapidement. Elle aussi se partage, se transforme et peut devenir une nuisance pour l&#8217;intimit\u00e9 de l&#8217;espace domestique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(63) ; <em>&#8220;(&#8230;) les voisins \u00e9coutent ce qui se dit chez toi, et le r\u00e9p\u00e8tent dans tout le quartier. Tu ach\u00e8tes quelque chose et tu ne veux pas que cela se sache, tout le monde en fin de compte saura que tu as achet\u00e9 la chose en question&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il reste tr\u00e8s difficile dans ces cas-l\u00e0 de pouvoir pr\u00e9server l&#8217;ind\u00e9pendance de la famille, autant sur ses actes et paroles que sur son emploi du temps :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(38),<em> \u00e9tudiant universitaire du groupe 4 de Moulay Rachid, dit de lui-m\u00eame ; &#8220;je ne suis pas un vrai bidonvillois&#8221; dans le sens o\u00f9 sa famille habitait dans un logement en dur avant de s&#8217;installer dans le bidonville. Il affirme que ses parents n&#8217;ont jamais appr\u00e9ci\u00e9 le milieu bidonvillois. Et le p\u00e8re n&#8217;est rest\u00e9 au karyan que dans l&#8217;attente du projet de recasement.<br \/>\nUne des mauvaises habitudes qui d\u00e9rangeait sa famille pieuse et aust\u00e8re \u00e9tait le fait que les gens entrent chez le voisin sans frapper et sans attendre qu&#8217;on leur ouvre la porte <\/em>(de m\u00eame (52)).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1.2. L&#8217;arbitrage des conflits <\/strong><br \/>\nMalgr\u00e9 tout, les interview\u00e9s ne cherchent pas \u00e0 noircir le tableau en ce qui concerne leurs relations sociales. En d\u00e9pit de la fr\u00e9quence quotidienne des probl\u00e8mes de voisinage, ceux-ci prennent rarement une tournure dramatique, sauf en ce qui concerne le cas de plusieurs familles par baraque. Mais de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les conflits sont vite d\u00e9pass\u00e9s :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(42) ; <em>&#8220;les gens ne s&#8217;entendaient pas, les disputes \u00e9taient fr\u00e9quentes, \u00e0 cause surtout des enfants. Mais malgr\u00e9 les disputes, on oubliait vite&#8221;.<\/em> (m\u00eame r\u00e9flexion, (66)).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque se d\u00e9clare un conflit qui risque de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer, un syst\u00e8me d&#8217;arbitrage est mis en place selon les dires des habitants. Arrif rapporte que le &#8220;groupe de voisinage exerce sa propre autorit\u00e9 morale et force int\u00e9grative pour r\u00e9concilier les personnes en conflit&#8221; <strong><a href=\"\/reda\/#3%20Abdelmajid\" name=\"3\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"3\">3<\/a><\/strong>. C&#8217;est g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 un homme connu pour sa respectabilit\u00e9 et sa neutralit\u00e9 qu&#8217;est d\u00e9volu le r\u00f4le d&#8217;arbitre. Il aura alors \u00e0 s&#8217;interposer entre deux parties adverses jusqu&#8217;\u00e0 taire le conflit en question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(21) <em>se rappelle que son p\u00e8re (d\u00e9c\u00e9d\u00e9) jouissait d&#8217;une tr\u00e8s bonne r\u00e9putation au karyan, et cela en raison de son r\u00f4le d&#8217;arbitre lors de conflits.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut voir dans cette forme de r\u00e9gulation des conflits sociaux la survivance de configurations sociologiques traditionnelles. Personnellement, nous n&#8217;avons pas retrouv\u00e9 ce type de r\u00e9gulation des conflits au cours de notre observation sur le terrain, si ce n&#8217;est par ce qu&#8217;ont bien voulu nous dire quelques personnes r\u00e9f\u00e9rant g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 une situation pass\u00e9e, r\u00e9volue et peut-\u00eatre embellie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi ce syst\u00e8me d&#8217;arbitrage fait particuli\u00e8rement d\u00e9faut pour les familles d\u00e9racin\u00e9es du bloc 3 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(24) <em>dit que lorsqu&#8217;il y a des bagarres au bloc 3, plus personne ne vient se poser en arbitre de la situation. &#8220;Chacun se montre et se monte contre son prochain&#8221;. Mais pour lui, c&#8217;est compr\u00e9hensible qu&#8217;il y ait des disputes lorsqu&#8217;il est fr\u00e9quent de trouver au bloc 3 trois familles loger dans une seule baraque.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le d&#8217;arbitrage des conflits semble \u00eatre de moins en moins op\u00e9rationnel. On peut craindre dans l&#8217;avenir, avec la mont\u00e9e de l&#8217;anonymat, la perte de cette caract\u00e9ristique particuli\u00e8rement efficiente du milieu social bidonvillois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de l&#8217;\u00e9tude sociologique du bloc 3, elle reste tr\u00e8s utile ne serait-ce que pour comprendre ce qu&#8217;un bidonville n&#8217;est pas. D\u00e9structurer une population bidonvilloise, la d\u00e9placer en deux temps pour la regrouper dans un bloc \u00e9vacu\u00e9 par les habitants d&#8217;origine ne peut en aucun cas recr\u00e9er le microcosme du karyan. Surtout lorsqu&#8217;on a pris connaissance des conditions de formation du dit bloc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 135 familles sans aucun lien entre elles sinon celle de la baraque pluri-familiale, collectionnant des probl\u00e8mes administratifs, et somm\u00e9es de s&#8217;installer provisoirement dans des baraques abandonn\u00e9es. Qu&#8217;on ne s&#8217;y trompe pas : la difficile cohabitation qui s&#8217;ensuit ne permettra pas facilement la participation \u00e0 un r\u00e9seau de voisinage bidonvillois. Et m\u00eame si le bloc 3 abrite des bidonvillois de longue date, il ne constitue rien d&#8217;autre qu&#8217;un camp de regroupement, au mieux, ses habitants le consid\u00e8rent comme le &#8220;bidonville des probl\u00e8mes&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, cette sage-femme de 70 ans qui affirme avoir assist\u00e9 7080 naissances, a pass\u00e9 40 ann\u00e9es au bloc 1. Le passage au bloc 3 est v\u00e9cu comme une rupture avec l&#8217;ancien milieu bidonvillois :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(49) ; <em>&#8220;mes voisins sont maintenant install\u00e9s \u00e0 Moulay Rachid, et ils me regrettent. Et je pense \u00e0 eux alors que moi je suis oblig\u00e9e de rester ici (&#8230;) et je ne peux pas quitter ma baraque tr\u00e8s longtemps parce que je risque de la perdre&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8220;La nuit au bloc 3, il ne r\u00f4de que les so\u00fblards&#8230;De ma vie, je n&#8217;ai jamais vu un bidonville comme le bloc 3&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1.3. A la cit\u00e9 Moulay Rachid<\/strong><br \/>\nPour mieux se rendre compte des relations sociales au bidonville, il faut \u00e9galement se pencher sur celles existant \u00e0 la cit\u00e9 Moulay Rachid. Certains habitants de la cit\u00e9 ont pu s&#8217;exprimer sur leur vie sociale au bidonville. A travers leurs propos, il est facile de comprendre qu&#8217;ils n&#8217;ont pu transposer certains aspects efficients de leur soci\u00e9t\u00e9. A Moulay Rachid, le changement a touch\u00e9 les maisons aussi bien que les hommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 aussi, les relations sociales des habitants se centrent autour des relations de voisinage. Or, les interview\u00e9s sont unanimes pour d\u00e9clarer que les relations de voisinage ont totalement chang\u00e9 par rapport \u00e0 celles qui pr\u00e9valaient dans le bidonville. A Moulay Rachid, elles sont maintenant r\u00e9duites au strict minimum :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(37) <em>constate que les relations de voisinage ont beaucoup chang\u00e9. &#8220;Ici personne ne conna\u00eet ses voisins, parce que les gens n&#8217;ont pas grandi ensemble&#8221;. Avec ses voisins, la famille de cet \u00e9tudiant maintient des relations distantes mais respectueuses.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais parall\u00e8lement, ce jeune constate l&#8217;\u00e9mergence de nouvelles habitudes sociales. Pr\u00e9cisons tout de m\u00eame que, parmi les 19 personnes de Moulay Rachid avec qui nous nous sommes entretenus, il reste le seul \u00e0 les mentionner.<\/p>\n<p><em>&#8220;Les gens commencent \u00e0 s&#8217;organiser, et \u00e0 am\u00e9liorer leurs relations&#8221;. A l&#8217;occasion de mariages par exemple, les habitants s&#8217;entendent pour le pr\u00eat d&#8217;un local o\u00f9 puissent avoir lieu les festivit\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p>Les relations de voisinage ont chang\u00e9 au point que la notion de voisinage n&#8217;a plus du tout la m\u00eame signification. En l&#8217;espace de quelques ann\u00e9es, la mont\u00e9e de l&#8217;anonymat est devenue une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle les habitants semblent aujourd&#8217;hui r\u00e9sign\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(41) ; <em>Cet habitant du groupe 6 d\u00e9clare ne conna\u00eetre pratiquement personne dans son voisinage. &#8220;Le milieu social \u00e0 Moulay Rachid a chang\u00e9. Il n&#8217;y a personne avec qui rester&#8221;. Et le comportement des gens a chang\u00e9 au point qu'&#8221;il n&#8217;y a m\u00eame plus de bonjour&#8221;. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;anonymat du voisinage a entra\u00een\u00e9 entre autres une certaine m\u00e9fiance entre les habitants :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(38) ; <em>&#8220;les voisins sont \u00e9parpill\u00e9s, on ne conna\u00eet pas leurs habitudes et il y a beaucoup de comm\u00e9rage. Je pr\u00e9f\u00e8re rester prudent&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>La vie sociale de la cit\u00e9 Moulay Rachid \u00e9tant r\u00e9duite \u00e0 sa plus simple expression, certains habitants regrettent alors leur milieu d&#8217;origine :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(45) <em>voit, dans les nouvelles relations sociales de Moulay Rachid, l&#8217;aspect n\u00e9gatif du changement d&#8217;habitat. Aussi lorsqu&#8217;il \u00e9prouve de la nostalgie, il retourne au jardin public pr\u00e8s du bloc 3.<\/em><\/p>\n<p>D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, certains interview\u00e9s affirment que les bidonvillois n&#8217;ont pas chang\u00e9 leurs habitudes depuis leur installation, ce qui semble paradoxal lorsque les m\u00eames personnes affirment que les relations de voisinage se sont quant \u00e0 elles radicalement modifi\u00e9es :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(52) ; <em>&#8220;l&#8217;espace nous a chang\u00e9s, au point que m\u00eame dans notre coeur, il y a plus d&#8217;espace&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(39)<em> consid\u00e8re que les habitants de Moulay Rachid n&#8217;ont pas chang\u00e9, et qu&#8217;ils ont gard\u00e9 leur caract\u00e8re indisciplin\u00e9. A Moulay Rachid, &#8220;on retrouve les m\u00eames comportements que dans le bidonville&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(38) ; <em>les habitants de Moulay Rachid continuent \u00e0 vider l&#8217;eau dans la rue au lieu d&#8217;utiliser l&#8217;\u00e9gout domestique. De m\u00eame, il y a des gens qui continuent d&#8217;aller faire leurs besoins au-dehors alors qu&#8217;ils ont des W-C. dans leurs maisons. &#8220;Quel est alors l&#8217;int\u00e9r\u00eat de la construction ?&#8221; se demande cet \u00e9tudiant de la facult\u00e9 de lettres de Ben M&#8217;sik.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, &#8220;le milieu bidonvillois et ses mauvaises habitudes ont \u00e9t\u00e9 transpos\u00e9s \u00e0 Moulay Rachid. Ici, on pratique toujours la sorcellerie (s&#8217;hour) et dans certaines rues l&#8217;odeur des encens (b&#8217;khour) est insoutenable. Soi-disant pour \u00e9loigner les mauvais esprits, les gens br\u00fblent des cornes et des pieds de veau et plein d&#8217;autres choses&#8221;.<\/p>\n<p>(42) ; <em>&#8220;les gens sont rest\u00e9s les m\u00eames, mais chacun s&#8217;est rang\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Il semblerait que la situation \u00e9conomique des habitants d\u00e9termine fortement les comportements :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(43)<em> estime que, du fait de la chert\u00e9 de la vie, les gens de Moulay Rachid sont moins solidaires entre eux.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la p\u00e9riode difficile qu&#8217;ils traversent, les habitants de la cit\u00e9 vivent une sorte de phase nombriliste, ce qui explique le &#8220;chacun pour soi&#8221; dans leur propos. Ce sont l\u00e0 des paroles conjoncturelles. La solidarit\u00e9 du milieu bidonvillois traduisait une compensation qualitative \u00e0 la situation de promiscuit\u00e9 que vivaient les habitants. Le changement d&#8217;espace ainsi que la hausse du co\u00fbt de la vie qu&#8217;il a entra\u00een\u00e9, font que d\u00e9sormais le principe de solidarit\u00e9 est rel\u00e9gu\u00e9 au second plan par les habitants de Moulay Rachid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1.4. Le changement des mentalit\u00e9s<\/strong><br \/>\nLes changements intervenus avec l&#8217;installation \u00e0 Moulay Rachid ont quand m\u00eame touch\u00e9 les mentalit\u00e9s. S&#8217;ils \u00e9voquent avec nostalgie le milieu social bidonvillois, les interview\u00e9s notent toutefois une \u00e9volution au sein de la nouvelle cit\u00e9. L&#8217;individu de Moulay Rachid prend conscience de ses nouvelles responsabilit\u00e9s :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(37) ; <em>&#8220;la baraque s&#8217;est transform\u00e9 en dur&#8221; et le changement a touch\u00e9 diff\u00e9remment les gens. Certains n&#8217;ont pas chang\u00e9 depuis leur recasement, et d&#8217;autres n&#8217;ont pas chang\u00e9 du tout depuis leur d\u00e9part du bled. Quant \u00e0 ce qui le concerne, il pense avoir chang\u00e9 de mentalit\u00e9. Il sait maintenant qu&#8217;il vit dans une r\u00e9gion urbaine, alors que lorsqu&#8217;il \u00e9tait dans le bidonville, il avait l&#8217;impression de vivre dans un douar. L&#8217;eau courante et l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 sont, pour lui, \u00e0 la base du changement.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une association d&#8217;habitants r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9e, &#8220;les \u00e9lus discutent des probl\u00e8mes du quartier, mais ils n&#8217;insistent pas suffisamment devant les autorit\u00e9s publiques&#8221;. Les habitants ont ainsi \u00e9voqu\u00e9 le probl\u00e8me de l&#8217;\u00e9clairage public qui reste continuellement d\u00e9fectueux. Ils ont demand\u00e9 la construction d&#8217;une mosqu\u00e9e. Et ils ont r\u00e9ussi \u00e0 faire changer un arr\u00eat d&#8217;autobus en raison du danger qu&#8217;il repr\u00e9sentait pour les enfants. De nouveaux rapports sociaux se mettent petit \u00e0 petit en place, et (37) <em>note un progr\u00e8s dans les relations avec le makhzen. Les autorit\u00e9s publiques ne les consid\u00e8re plus comme elle consid\u00e8re encore les bidonvillois. &#8220;Avant lorsqu&#8217;on se trouvait devant un policier ou un repr\u00e9sentant du makhzen, on se sentait complex\u00e9. Maintenant on se sent un citoyen comme un autre&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours selon lui, il s&#8217;agit d&#8217;\u00e9viter les mauvaises traditions tout autant que les mauvaises \u00e9volutions. La drogue et le changement de moeurs repr\u00e9sentent de graves dangers. Il faut r\u00e9aliser le &#8220;droit aux loisirs pour les jeunes&#8221;. Gr\u00e2ce \u00e0 cela, les jeunes se d\u00e9tourneront des jalousies et de la rancoeur aussi bien au niveau de la famille qu&#8217;au niveau de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La construction puis l&#8217;extension de la maison familiale aura \u00e9t\u00e9 l&#8217;occasion de commencer \u00e0 s&#8217;organiser. Dans le t\u00e9moignage qui suit, une m\u00e8re de famille s&#8217;est vu donner un nouveau r\u00f4le au sein de son foyer. C&#8217;est \u00e0 elle que revient la supervision des travaux de construction :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(42) e<em>st une m\u00e8re de famille qui vit au groupe 6 de Moulay Rachid. Un de ses fils est install\u00e9 en Italie. Il est tourneur dans une usine. C&#8217;est gr\u00e2ce \u00e0 lui que la famille a pu mener \u00e0 bien la construction de la maison. Comme le mari de<\/em> (42) <em>est un poissonnier, il n&#8217;est pas souvent \u00e0 la maison. Du temps o\u00f9 la famille habitait le bidonville, la m\u00e8re devait s&#8217;occuper du m\u00e9nage et de ses huit enfants. Depuis que la m\u00e8re se trouve \u00e0 Moulay Rachid, ses filles sont devenues assez grandes pour l&#8217;aider au m\u00e9nage et \u00e0 la cuisine. Et la m\u00e8re a plus de temps maintenant pour superviser les travaux de finition de la maison. D&#8217;autant qu&#8217;au moment de s&#8217;inscrire pour le recasement, elle avait vendu tout son or ainsi que le b\u00e9tail qu&#8217;elle poss\u00e9dait au bled. Dans sa nouvelle maison, c&#8217;est elle qui s&#8217;occupe de prendre contact avec les ma\u00e7ons, plombiers, menuisiers, etc.,&#8230; Elle g\u00e8re \u00e9galement l&#8217;argent r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la construction, en grande partie envoy\u00e9 par son fils d&#8217;Italie. Son fils finance la construction, et c&#8217;est sa m\u00e8re qui d\u00e9cide de ce qu&#8217;il convient de faire. Elle a eu l&#8217;id\u00e9e de faire associer son fils avec une voisine pour b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;un logement suppl\u00e9mentaire. Ayant achev\u00e9 l&#8217;\u00e9tage, elle a tout pr\u00e9par\u00e9 pour qu&#8217;au retour du fils, il trouve la maison pr\u00eate. Un autre projet lui tient \u00e0 coeur : trouver de l&#8217;argent pour acheter un atelier \u00e0 son fils.<\/em><\/p>\n<p>L&#8217;individu de Moulay Rachid per\u00e7oit maintenant un certain bien-\u00eatre au niveau de sa maison. Et cet \u00e9tat de fait commence \u00e0 produire des effets positifs sur les membres de la famille :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(41) <em>se sent plus citadin. &#8220;je dors tout seul, j&#8217;\u00e9coute la radio tout seul, on s&#8217;est lib\u00e9r\u00e9 du complexe de la peur, notre sommeil est tranquille&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au niveau de la famille, il constate qu&#8217;il y a un respect mutuel entre parents et enfants. &#8220;Les enfants ont pris conscience de leurs responsabilit\u00e9s&#8221;.<\/p>\n<p>Mais d&#8217;ici \u00e0 ce que l&#8217;ancien bidonvillois devienne un citoyen de la ville \u00e0 part enti\u00e8re, il reste encore beaucoup \u00e0 faire. C&#8217;est l&#8217;avis d&#8217;un jeune employ\u00e9 de la commune urbaine de Sidi Othman, pour qui l&#8217;action des autorit\u00e9s publiques doit \u00eatre renforc\u00e9e en ce sens :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(43) ; <em>&#8220;il ne suffit pas de remplacer le zinc par le b\u00e9ton, il faut faire entrer le karyaniste dans une nouvelle soci\u00e9t\u00e9&#8221;, d&#8217;o\u00f9 selon lui, le r\u00f4le actif que devrait avoir la pr\u00e9fecture. En dernier lieu, il consid\u00e8re que l&#8217;enjeu principal est la lutte contre l&#8217;analphab\u00e9tisme.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2. La relation avec le bled<\/strong><br \/>\nLe contact des bidonvillois avec leurs milieux d&#8217;origine varie fortement d&#8217;un cas \u00e0 l&#8217;autre. Dans le tableau synoptique des entretiens, nous avons mentionn\u00e9 les interview\u00e9s affirmant avoir gard\u00e9 un lien avec le bled. Et nous avons d\u00e9fini comme indicateur de ce lien au minimum un retour au bled en l&#8217;espace de trois ans (1986-1989). De la sorte nous avons pu \u00e9tablir que 27 personnes sur les 77 interview\u00e9s s&#8217;\u00e9taient rendus une fois au moins au bled en l&#8217;espace de trois ans. La majorit\u00e9 de notre \u00e9chantillon ne retourne pratiquement plus dans le bled. Le lien avec le bled n&#8217;est pas vivace, ce qui d\u00e9montre qu&#8217;il faut de plus en plus relativiser cette relation du fait de son caract\u00e8re formel et \u00e9pisodique. On a trop souvent eu tendance \u00e0 montrer que le lien avec le milieu d&#8217;origine s&#8217;accordait mal avec l&#8217;int\u00e9gration au milieu urbain. Mais on peut tout de m\u00eame se poser la question de savoir en quoi des relations vivaces avec le bled rendraient difficile l&#8217;int\u00e9gration \u00e0 la vie urbaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut pr\u00e9ciser que, tout au long de l&#8217;entretien men\u00e9 avec l&#8217;habitant, le th\u00e8me de la relation avec le bled n&#8217;\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9 comme un th\u00e8me central de la biographie. L&#8217;habitant entrait en mati\u00e8re sur la question le plus souvent au d\u00e9but ou \u00e0 la fin de son entretien. Lorsque le milieu d&#8217;origine \u00e9tait \u00e9voqu\u00e9 en introduction de l&#8217;entretien, c&#8217;\u00e9tait souvent laisser entendre que le bled avait d\u00e9termin\u00e9 la venue en milieu urbain :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(31), <em>habitant de Lahrawiyin dit que son p\u00e8re n&#8217;a jamais voulu que la terre familiale du bled (r\u00e9gion de Safi) soit mise en vente, car &#8220;pour lui, la terre est sacr\u00e9e. C&#8217;est pour ne pas la vendre qu&#8217;il est venu travailler \u00e0 Casablanca&#8221;, avant d&#8217;\u00e9migrer quelques temps en Libye et en Arabie S\u00e9oudite. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(39) <em>a quitt\u00e9 son bled dans les ann\u00e9es 50 en raison de conflits familiaux. Depuis, il y est retourn\u00e9 six ou sept fois. Il poss\u00e8de une terre de 30 dattiers que ses neveux exploitent. Et depuis 1976, il n&#8217;a plus rien per\u00e7u de sa terre.<\/em><\/p>\n<p>Pour le cas d&#8217;un ouvrier, la proximit\u00e9 imm\u00e9diate du bled parental, Tit-Mellil, n&#8217;emp\u00eache pas le fait qu&#8217;il n&#8217;y est jamais all\u00e9. Mais aussit\u00f4t dit, il pr\u00e9cisera que sont les membres de la famille install\u00e9s \u00e0 Tit-Mellil qui viennent \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(20) <em>qui n&#8217;est jamais all\u00e9 au bled, d\u00e9clare n\u00e9anmoins qu&#8217;un de ses cousins loge en moyenne deux semaines par mois chez lui au bidonville, et qu&#8217;il monte r\u00e9guli\u00e8rement au bled passer le reste du mois l\u00e0-bas.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les conditions de vie en ville qui emp\u00eachent des retours fr\u00e9quents au bled, il y a le probl\u00e8me financier. Non pas que le voyage en lui-m\u00eame n\u00e9cessite un grand sacrifice financier, mais plut\u00f4t que le retour \u00e9pisodique s&#8217;accompagne d&#8217;une d\u00e9pense importante consacr\u00e9e aux pr\u00e9sents qu&#8217;il faut ramener \u00e0 la famille du bled. Et il est impossible de retourner au bled les mains vides. Autant alors ne pas y aller, ou espacer de plus en plus ses visites :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(53) <em>justifie le fait que la famille retourne moins souvent au bled par le manque de moyens, car il n&#8217;est pas envisageable d&#8217;y aller sans ramener des pr\u00e9sents \u00e0 la famille du bled.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(54) <em>dit que sa m\u00e8re est retourn\u00e9e passer trois jours dans son bled en 1989. C&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois depuis sept ans. Mais le fils fait remarquer qu&#8217;il est difficile d&#8217;y retourner plus souvent, car pour chaque retour il faut pr\u00e9voir des pr\u00e9sents pour la famille.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19), <em>berb\u00e8re d&#8217;origine n&#8217;est jamais retourn\u00e9 au bled de ses parents. Ceux-ci viennent d&#8217;ailleurs d&#8217;y retourner, parce qu&#8217;ils ont h\u00e9rit\u00e9 d&#8217;une terre dont personne ne s&#8217;occupe actuellement. Cela faisait trois ans que les parents n&#8217;y \u00e9taient pas all\u00e9s.<\/em> (19) <em>qui est chef de la famille (il dispose d&#8217;un revenu confortable gr\u00e2ce \u00e0 son commerce des pi\u00e8ces de voitures usag\u00e9es), a vers\u00e9 1500 Dhs \u00e0 ses parents pour couvrir l&#8217;ensemble des frais de leur voyage. Dans ces frais, il y a \u00e9videmment une part importante qui est r\u00e9serv\u00e9e aux pr\u00e9sents \u00e0 ramener \u00e0 la famille du bled.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question des pr\u00e9sents montre clairement que les relations avec le bled se sont distendues. Ce protocole de visite prouve justement que le lien est d&#8217;ordre formel. Car ce type de retour ne r\u00e9f\u00e8re plus tellement \u00e0 des \u00e9changes de biens et \u00e0 des activit\u00e9s saisonni\u00e8res entre espace rural et espace urbain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vu de la cit\u00e9 Moulay Rachid, ceux qui \u00e9taient auparavant habitu\u00e9s \u00e0 retourner au bled ont r\u00e9duit sinon stopp\u00e9 provisoirement leurs visites. Les nouvelles contraintes budg\u00e9taires qu&#8217;implique la vie \u00e0 Moulay Rachid font que les habitants ne peuvent plus se permettre ce genre de loisirs :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(41) <em>n&#8217;est plus retourn\u00e9 en vacances au bled depuis l&#8217;emm\u00e9nagement \u00e0 Moulay Rachid, et ce, malgr\u00e9 que ses parents y soient propri\u00e9taires d&#8217;une maison. Les frais pour la finition de la maison sont trop importants pour que la famille puisse se permettre d&#8217;envoyer les enfants passer les vacances d&#8217;\u00e9t\u00e9 au bled comme ils en avaient l&#8217;habitude. Toutefois, &#8220;les gens du bled nous per\u00e7oivent mieux depuis que nous habitons \u00e0 Moulay Rachid&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Le bled comme arri\u00e8re-plan de la venue en ville et la vie en ville comme conditionnement de la relation avec le bled se trouvent parfois imbriqu\u00e9s dans une m\u00eame histoire de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi cet ancien m\u00e9tayer \u00e0 l&#8217;origine, grand promoteur de baraques dans les ann\u00e9es 60, s&#8217;est retrouv\u00e9 au bloc 3 d\u00e8s le lancement effectif du recasement. Il d\u00e9clare tout d&#8217;abord ne plus avoir de liens dans son milieu d&#8217;origine depuis la mort de ses parents. Mais voudrait-il y retourner que son instable situation au bloc 3 l&#8217;en emp\u00eache. C&#8217;est qu&#8217;il ne lui est pas possible de s&#8217;\u00e9loigner trop longtemps de son lieu de r\u00e9sidence. Les possibilit\u00e9s de retour au bled sont de ce fait suspendues :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(11) <em>qui est n\u00e9 en 1925 dans les Doukkala ne poss\u00e8de pas de terre au bled. Ses parents l&#8217;avaient vendue pour pouvoir subvenir aux besoins de la famille. Et depuis que ses parents sont morts, ce vieux charretier n&#8217;a plus de lien objectif pour avoir \u00e0 retourner r\u00e9guli\u00e8rement au bled. D&#8217;autant que cela fait trois ans qu&#8217;il ne peut pas y retourner ; il craint en effet de s&#8217;absenter trop longtemps du bloc 3, et que les autorit\u00e9s ne d\u00e9cident quelque chose d&#8217;important concernant les &#8220;gens \u00e0 probl\u00e8mes&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il arrive aussi qu&#8217;en fin de parcours bidonvillois, l&#8217;habitant parvenu au seuil de la retraite \u00e9mette le souhait de retourner s&#8217;installer au bled. Mais cela reste un voeu pieux car il concerne le seul chef de famille et compromet les aspirations des autres membres de la famille. Pour le p\u00e8re, ce d\u00e9sir de revenir au pays rel\u00e8ve de la nostalgie. Le retour aux sources s&#8217;alimente d&#8217;un bilan somme toute n\u00e9gatif de la vie qu&#8217;a men\u00e9 l&#8217;ancien migrant \u00e0 Casablanca. Les causes qui ont motiv\u00e9 son installation en ville sont remplac\u00e9es par d&#8217;autres qui ne la justifient plus du tout a posteriori. Entrant dans le troisi\u00e8me \u00e2ge avec de maigres perspectives quant \u00e0 ses conditions de vie, le vieux bidonvillois va d\u00e9velopper une &#8220;psychologie de la partance&#8221;, comparable \u00e0 celle qu&#8217;entretiennent certains jeunes vis-\u00e0-vis des pays \u00e9trangers. En effet, \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir retourner effectivement au bled d&#8217;origine (et d&#8217;y \u00eatre accept\u00e9 et int\u00e9gr\u00e9), la relation avec le pays d&#8217;origine est imagin\u00e9e tout comme l&#8217;est la migration transnationale vis-\u00e0-vis de certains jeunes bidonvillois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19) ; <em>son p\u00e8re aspire \u00e0 retourner d\u00e9finitivement vivre au bled. Mais ses enfants l&#8217;emp\u00eachent de le faire. Le p\u00e8re parle la langue berb\u00e8re et les enfants pas du tout. Selon le fils, la volont\u00e9 du p\u00e8re \u00e0 retourner d\u00e9finitivement au bled s&#8217;explique par le fait qu'&#8221;en v\u00e9rit\u00e9, il est venu tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 Casa et il n&#8217;a pas fait grand-chose depuis&#8221;, d&#8217;o\u00f9 la nostalgie de son pays d&#8217;origine <\/em><strong><a href=\"\/reda\/#4%20Ce\" name=\"4\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"4\">4<\/a><\/strong><em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce t\u00e9moignage, le fils souligne le fait que les enfants ne partagent pas du tout le projet du p\u00e8re. Les enfants influent sur la d\u00e9cision du p\u00e8re jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;annuler, ou la retarder. Mais pour le p\u00e8re, ce projet de retour, m\u00eame fictif, signifie l&#8217;\u00e9chec de son insertion en milieu urbain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame pour celui qui a consomm\u00e9 la rupture avec le pays d&#8217;origine \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de la migration, le bled devient au fil du temps une sorte de &#8220;paradis perdu&#8221;. L\u00e0 encore, c&#8217;est la situation pr\u00e9sente qui construit cette vision imaginaire, car de toutes les fa\u00e7ons, on n&#8217;a plus connaissance de ce qu&#8217;est r\u00e9ellement devenu le village natal :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(30), <em>venu \u00e0 Casablanca \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de dix ans, affirme n&#8217;\u00eatre pas retourn\u00e9 \u00e0 son bled (r\u00e9gion d&#8217;El Jadida) depuis quarante ans.<br \/>\nMais malgr\u00e9 cette longue coupure, &#8220;mieux vaut le bled que la vie ici&#8230;Toute ma vie, j&#8217;ai souffert&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, il existe un grand nombre de cas o\u00f9 les habitants ont h\u00e9rit\u00e9 d&#8217;une terre, qu&#8217;ils exploitent soit directement soit par le biais du m\u00e9tayage. Dans le second cas, la famille bidonvilloise percevra les r\u00e9coltes en argent ou plus souvent en nature. On trouvera \u00e9galement des gens qui exploitent directement leur propri\u00e9t\u00e9. Dans ce cas de figure, la relation avec le bled est tr\u00e8s forte, mais elle risque de ne concerner que le seul propri\u00e9taire, laissant de c\u00f4t\u00e9 ses enfants qui ne se reconnaissent pas forc\u00e9ment dans le mode de vie rural :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le p\u00e8re de <\/em>(13) <em>est originaire des Ouled Sa\u00efd. Ancien porteur au march\u00e9, il a arr\u00eat\u00e9 de travailler depuis 1985. Depuis, il exploite 30 hectares dispers\u00e9s \u00e0 Ouled Sa\u00efd. Il est \u00e9galement propri\u00e9taire d&#8217;une petite maison de trois pi\u00e8ces . Ce qui lui fait faire de fr\u00e9quents d\u00e9placements \u00e0 son bled. Son fils raconte qu&#8217;on a propos\u00e9 un jour \u00e0 son p\u00e8re de vendre sa terre pour 600 000 Dhs, et qu&#8217;apr\u00e8s avoir longtemps h\u00e9sit\u00e9, il a finalement refus\u00e9.<\/em> (13)<em>explique le refus de son p\u00e8re par la fiert\u00e9 des gens de Ouled Sa\u00efd \u00e0 poss\u00e9der la terre.<br \/>\nLe fils, quant \u00e0 lui, ne peut pas retourner au bled, il s&#8217;y sent trop d\u00e9pays\u00e9. Les membres de la famille qui y vivent toujours n&#8217;acceptent pas de venir voir les siens au bidonville. D&#8217;autant que dans sa baraque, le jeune ne voit pas comment ses parents pourraient loger des invit\u00e9s. Ils n&#8217;ont m\u00eame pas de W-C. . Ce qui fait que le p\u00e8re mis \u00e0 part, la famille n&#8217;entretient pas de relation avec le pays d&#8217;origine.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin pour un tr\u00e8s grand nombre de cas de ceux qui ne poss\u00e8dent pas de terre \u00e0 la campagne, la relation au bled s&#8217;organise uniquement \u00e0 partir des trois \u00e9tapes fondamentales de la vie, \u00e0 savoir la naissance, le mariage et la mort. A cet trois moments symboliques, l&#8217;habitant se sentira moralement oblig\u00e9 de retourner chez les siens, pour signifier ses liens avec la famille \u00e9largie et le clan d&#8217;origine :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(33) ; <em>bien qu&#8217;elle soit venue tr\u00e8s jeune \u00e0 Casablanca et qu&#8217;elle ne soit plus retourn\u00e9e au bled depuis longtemps, cette habitante de Lahrawiyin se dit encore tr\u00e8s influenc\u00e9e par son milieu d&#8217;origine.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8220;O\u00f9 est le monde du pass\u00e9 ? Ce sont les parents qui te le faisaient rappeler. Ils sont morts maintenant. Et tu ne t&#8217;entendrais pas avec les femmes de tes fr\u00e8res rest\u00e9s au pays. Quelques fois, nous allions aux moussem. Maintenant, nous ne retournons que s&#8217;il y a naissance, mariage ou d\u00e9c\u00e8s&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant qu&#8217;il s&#8217;installe dans la cit\u00e9 nouvelle, l&#8217;ancien bidonvillois tiendra \u00e0 prot\u00e9ger ses liens avec le milieu d&#8217;origine, mais sans pour autant que cela se fasse au d\u00e9triment de son choix d\u00e9finitif de la ville :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(53) ;<em> malgr\u00e9 des liens constants avec son milieu d&#8217;origine, cette m\u00e8re de famille affirme : &#8220;c&#8217;est ici notre bled, parce que c&#8217;est l\u00e0 o\u00f9 nous vivons et mourrons. Nous n&#8217;avons plus rien \u00e0 prendre de la terre de nos parents, nous y allons pour la regarder avec nos yeux et c&#8217;est tout&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Ici, le lien avec le pays d&#8217;origine ne traduit pas forc\u00e9ment un manque de la communaut\u00e9 d&#8217;origine, c&#8217;est plut\u00f4t un enrichissement des relations sociales existantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3. Bidonvillois et mouvement associatif<\/strong><br \/>\nQuid des partis politiques et associations sur le terrain ? La r\u00e9ponse est cat\u00e9gorique : \u00e0 l&#8217;exception d&#8217;un seul parti, aucun n&#8217;op\u00e8re \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik. Selon les dires des habitants, seule une cellule de l&#8217;<em>Istiqlal<\/em>, sous l&#8217;impulsion d&#8217;un journaliste dynamique <strong><a href=\"\/reda\/#5%20A.%20B.%20S.\" name=\"5\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"5\">5<\/a><\/strong> , a r\u00e9ussi \u00e0 constituer une association de d\u00e9fense des habitants. Celle-ci a connu un certain succ\u00e8s lors des deux phases du recasement de Moulay Rachid. Depuis, l&#8217;association conna\u00eet une d\u00e9saffection r\u00e9elle. Quant \u00e0 l&#8217;<em>Ittihad ichtiraki <\/em><strong><a href=\"\/reda\/#6%20L%27Union\" name=\"6\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"6\">6<\/a><\/strong>, autre soucieux des &#8220;masses d\u00e9favoris\u00e9es&#8221;, c&#8217;est dans son journal qu&#8217;il entretient un lien avec karyan Ben M&#8217;sik ; l&#8217;actualit\u00e9 urbanistique de Ben M&#8217;sik y est souvent abord\u00e9e et les habitants (jeunes scolaris\u00e9s) de Ben M&#8217;sik y voient l\u00e0, avec les \u00e9crits du journaliste A. B. S., les seuls canaux d&#8217;information sur leurs probl\u00e8mes d&#8217;habitat. D&#8217;o\u00f9 un constat g\u00e9n\u00e9ralisable \u00e0 l&#8217;ensemble de l&#8217;espace bidonvillois de Ben M&#8217;sik ; il y a absence chronique d&#8217;encadrement du plus grand nombre <strong><a href=\"\/reda\/#7%20Tout\" name=\"7\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"7\">7<\/a><\/strong>. Pour justifier ce constat, les bidonvillois invoquent en premier lieu des contradictions propres \u00e0 leur milieu social :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(21) ; <em>&#8220;les associations ne peuvent marcher avec la mentalit\u00e9 des bidonvillois ; leur niveau de conscience est encore insuffisant pour ce genre de choses&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les structures d&#8217;organisation, susceptibles de signifier la soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise face aux autorit\u00e9s publiques, restent \u00e0 construire et devront faire leurs preuves sur le terrain. Mais de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le groupement associatif reste mal per\u00e7u :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(18) ; <em>&#8220;\u00e0 quoi cela sert de faire partie d&#8217;une association ou d&#8217;un parti lorsqu&#8217;en face il y a le makhzen?&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, en second lieu, les bidonvillois invoquent des contradictions propres au syst\u00e8me socio-politique du pays. Il y a une r\u00e9elle appr\u00e9hension \u00e0 \u00eatre membre formel d&#8217;un parti ou d&#8217;une association. Il faut comprendre que les notions de d\u00e9mocratie, de droits de l&#8217;homme, de libert\u00e9 de parole et d&#8217;association sont assez \u00e9loign\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 marocaine, pour \u00eatre diff\u00e9remment interpr\u00e9t\u00e9es de part et d&#8217;autre. Et cela ressort de l&#8217;action des autorit\u00e9s publiques tout aussi bien que de la perception des habitants. Les habitants craignent le Makhzen, au cas o\u00f9 ils seraient affili\u00e9s \u00e0 un parti ou \u00e0 une association. Et les habitants, m\u00eame s&#8217;ils saisissent intuitivement la nuance, ne font pas la diff\u00e9rence vis-\u00e0-vis des autorit\u00e9s publiques entre parti et association. Il s&#8217;agit d&#8217;\u00e9viter des probl\u00e8mes pour ce qui n&#8217;est somme toute qu&#8217;un d\u00e9bat d&#8217;id\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19) <em>explique le manque de motivation des habitants vis-\u00e0-vis de l&#8217;association d&#8217;habitants par le fait que le parti de A. B. S. voulait inscrire les participants aux r\u00e9unions et que ceux-l\u00e0 refusaient de s&#8217;inscrire &#8220;pour \u00e9viter les probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 la politique&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 lui, il n&#8217;a jamais voulu s&#8217;inscrire \u00e0 aucun parti, car, selon lui, celui qui est membre d&#8217;un parti perd toute chance d&#8217;obtenir un jour son passeport.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(23) <em>ne s&#8217;est pas int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l&#8217;association d&#8217;habitants de A. B. S., &#8220;il vaut mieux s&#8217;\u00e9loigner des probl\u00e8mes&#8221;. Par contre, il se montre plus motiv\u00e9 pour faire partie d&#8217;une association sportive ou d&#8217;une maison des jeunes.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non pas que les habitants soient hostiles au principe du fait associatif, mais ceux-ci, ne l&#8217;oublions pas, sont pour une bonne part d\u00e9sabus\u00e9s par l&#8217;exp\u00e9rience bureaucratique qu&#8217;ils ont du makhzen. Le syst\u00e8me de la &#8220;petite corruption&#8221; (la rachouat, constamment d\u00e9nonc\u00e9e, mais discr\u00e8tement pratiqu\u00e9e), est reproductible selon eux \u00e0 tout formalisme de groupe social :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(36) ; <em>Selon lui, certains membres de l&#8217;association d&#8217;habitants de Lahrawiyin percevaient des commissions pour des achats de mat\u00e9riel. C&#8217;est d&#8217;ailleurs la raison qui l&#8217;aurait fait quitter l&#8217;association, alors qu&#8217;il en \u00e9tait le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19) ; <em>par l&#8217;exp\u00e9rience qu&#8217;il a eu de l&#8217;association d&#8217;habitants cr\u00e9e par A. B. S., il dit avoir finalement d\u00e9couvert l&#8217;hypocrisie des politiciens. &#8220;La corruption (rachoua), voil\u00e0 ce qui fait tout marcher&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&#8217;autre part, l&#8217;association en permettant des perc\u00e9es individuelles, assied une fois de plus des personnages \u00e0 une place pr\u00e9pond\u00e9rante par rapport au reste du groupe social. C&#8217;est d&#8217;ailleurs le r\u00f4le de ce type d&#8217;associations que de permettre l&#8217;\u00e9mergence de notables&#8230;mais c&#8217;est ce qui refroidit l&#8217;enthousiasme des jeunes bidonvillois :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(3) <em>apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre inscrit au parti de l&#8217;Istiqlal, en est finalement revenu. Il se dit d\u00e9\u00e7u du peu d&#8217;action de l&#8217;association d&#8217;habitants ; &#8220;chacun ne pense qu&#8217;\u00e0 son int\u00e9r\u00eat.&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure sur la question, les karyanistes regardent l&#8217;association comme une reproduction des tares contractuelles du syst\u00e8me makhzen :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(72) <em>pr\u00e9f\u00e8re \u00e9viter les associations et les partis ; &#8220;dans ce pays il y a cent partis et aucun r\u00e9sultat&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>(19) ; <em>selon lui, le groupement associatif et le multipartisme &#8220;servent les int\u00e9r\u00eats des autorit\u00e9s publiques&#8221;. Pour appuyer sa th\u00e8se, il cite un proverbe (&#8220;hazeb, tekseb&#8221;) \u00e9quivalent de &#8220;diviser pour mieux r\u00e9gner&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mouvement associatif tant appel\u00e9 par la recherche urbaine reste ici un voeu pieux. Mais il nous a paru int\u00e9ressant de rapporter l&#8217;exp\u00e9rience relat\u00e9e par les interview\u00e9s eux-m\u00eames \u00e0 propos des deux associations d&#8217;habitants en rapport avec le milieu bidonvillois. Au travers de ces deux tentatives, il est possible de mieux cerner les probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre et les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3.1. L&#8217;association des habitants de A.B.S. <\/strong><br \/>\nIci, il faut rendre hommage au travail d&#8217;un journaliste (A. B. S.). Ce dernier a tent\u00e9, malgr\u00e9 toutes les difficult\u00e9s, de mobiliser les habitants de karyan Ben M&#8217;sik autour de leurs probl\u00e8mes . Et si son association n&#8217;a pas obtenu les r\u00e9sultats escompt\u00e9s, il faut croire alors que le couplage plus ou moins affich\u00e9 entre l&#8217;association d&#8217;habitants et la cellule r\u00e9gionale du parti Istiqlal n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 une formule tr\u00e8s heureuse pour les objectifs vis\u00e9s. Par ailleurs, le manque de r\u00e9action des autorit\u00e9s publiques quant \u00e0 encourager et coop\u00e9rer avec l&#8217;association d&#8217;habitants s&#8217;est traduit par la r\u00e9alisation d&#8217;un nombre tr\u00e8s limit\u00e9 d&#8217;actions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19) <em>s&#8217;est int\u00e9ress\u00e9 de pr\u00e8s \u00e0 l&#8217;association d&#8217;habitants qu&#8217;a cr\u00e9\u00e9 A. B. S.. Le parti Istiqlal avait r\u00e9serv\u00e9 une salle en 1986 pour tenir les r\u00e9unions bi-hebdomadaires. Au d\u00e9but, une soixantaine de personnes venaient assister aux r\u00e9unions, puis leur nombre a petit \u00e0 petit diminu\u00e9&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;association de A. B. S. a fait preuve au d\u00e9but de son existence d&#8217;un dynamisme certain. C&#8217;est ainsi qu&#8217;une d\u00e9l\u00e9gation d&#8217;habitants a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e \u00e0 Rabat \u00e0 la Chancellerie Royale (diwan malaki). Celle-ci aurait \u00e9t\u00e9 bien re\u00e7ue, mais sans plus. La d\u00e9l\u00e9gation aurait ensuite pr\u00e9sent\u00e9 les plaintes des habitants aux membres du Parlement (majliss el nouab). Parall\u00e8lement au travail de la d\u00e9l\u00e9gation \u00e0 Rabat, le journaliste traitait l&#8217;affaire dans le journal El Amal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais apr\u00e8s que le d\u00e9placement de Rabat se soit av\u00e9r\u00e9 sans r\u00e9sultat, les gens n&#8217;\u00e9taient plus tellement motiv\u00e9s pour assister aux r\u00e9unions de l&#8217;association.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant les rapports avec les autorit\u00e9s et la police, il n&#8217;y a pas eu de probl\u00e8me majeur. Une fois seulement, des policiers ont arr\u00eat\u00e9 des membres du parti, et A. B. S. les a d\u00e9fendu jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;ils soient rel\u00e2ch\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19) <em>avoue que l&#8217;association, avec toutes les tentatives men\u00e9es en son nom durant un an et demi, \u00e9tait proche d&#8217;obtenir des r\u00e9sultats tr\u00e8s positifs pour les bidonvillois. Mais l&#8217;enthousiasme a disparu au fur et \u00e0 mesure. Sur le terrain, l&#8217;association a n\u00e9anmoins pu concr\u00e9tiser une action. Ainsi, suite \u00e0 des plaintes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des habitants du bloc 3, A. B. S. a r\u00e9ussi \u00e0 faire venir la R.A.D. <\/em><strong><a href=\"\/reda\/#8%20La\" name=\"8\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"8\">8<\/a> <\/strong><em>au bloc 3 pour construire une fontaine publique et des W-C.<\/em><\/p>\n<p>(11) <em>avait \u00e9t\u00e9 contact\u00e9 au bloc 17 par le journaliste pour participer aux r\u00e9unions de son association. Il y est all\u00e9 en tout 5 ou 6 fois. &#8220;A ce moment-l\u00e0, les &#8220;gens \u00e0 probl\u00e8mes&#8221; du bloc 17 refusaient d&#8217;\u00eatre d\u00e9plac\u00e9s vers le bloc 3 : et ils \u00e9taient soutenus en cela par A. B. S., qui est m\u00eame all\u00e9 rencontrer le gouverneur&#8221;. Mais d&#8217;apr\u00e8s lui, le journaliste avait refus\u00e9 de leur r\u00e9v\u00e9ler ce que le gouverneur lui avait dit. Aussi a-t-il pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se retirer de l&#8217;association. A son avis, le gouverneur a d\u00fb rendre responsable le journaliste de l&#8217;agitation qui r\u00e9gnait \u00e0 ce moment-l\u00e0 au bloc 17. &#8220;Il a d\u00fb lui dire : occupe-toi de tes affaires et laisse-moi m&#8217;occuper des miennes !&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne fait pas de doute que pour ce qui est d&#8217;options plus importantes (que l&#8217;installation isol\u00e9e d&#8217;\u00e9quipements sanitaires), tels que le choix des immeubles pour la derni\u00e8re phase de recasement ou le choix du bloc de r\u00e9sidence pour les bidonvillois &#8220;\u00e0 probl\u00e8mes&#8221;, le poids d&#8217;une association d&#8217;habitants reste tout \u00e0 fait insignifiant pour pouvoir influer sur les d\u00e9cisions des autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3.2. L&#8217;association des habitants de Lahrawiyin<\/strong><br \/>\n(36) <em>\u00e9voque l&#8217;exp\u00e9rience de l&#8217;association d&#8217;habitants de Lahrawiyin, dont il fut le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral quatre ann\u00e9es durant. Elle fut cr\u00e9\u00e9e en 1982 par un comit\u00e9 d&#8217;habitants, et il semblerait que ce soit la pression environnante du bidonville d&#8217;El Massira qui ait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#8217;origine de sa cr\u00e9ation. Au d\u00e9but, cette association a commenc\u00e9 \u00e0 se r\u00e9unir chaque samedi de mani\u00e8re informelle. Par la suite elle regroupait 164 maisons de Lahrawiyin. La seule action que cette association ait pu concr\u00e9tiser fut l&#8217;installation de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 en 1986, pour les habitants qui le d\u00e9siraient. Mais selon lui, le pr\u00e9sident de l&#8217;association aurait impos\u00e9 des \u00e9lectriciens beaucoup plus chers que ceux propos\u00e9s par certains habitants.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant l&#8217;installation de l&#8217;eau courante les habitants n&#8217;ont pu se mettre d&#8217;accord sur le prix de revient des travaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l&#8217;\u00e9chec qu&#8217;il d\u00e9plore le plus, c&#8217;est celui face au probl\u00e8me des ordures du march\u00e9 d&#8217;El Massira. L&#8217;association avait d\u00e9p\u00each\u00e9 une d\u00e9l\u00e9gation qui s&#8217;\u00e9tait rendue chez un juge pour lui exposer l&#8217;affaire, sans aucun r\u00e9sultat. La m\u00eame d\u00e9l\u00e9gation s&#8217;est pr\u00e9sent\u00e9e quatre fois \u00e0 la commune urbaine de Sidi Othman. L\u00e0, finalement un conseiller de la commune donne par t\u00e9l\u00e9phone des instructions pour qu&#8217;on vienne transporter les ordures par camions. En juillet 1989, des camionneurs commencent \u00e0 transporter les d\u00e9tritus (les habitants de Lahrawiyin leur ont vers\u00e9 \u00e0 chacun une somme d&#8217;argent), mais ils ne finiront pas leur travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les habitants r\u00e9solus, repartent une fois encore \u00e0 la commune urbaine, mais une fois encore ce sera en vain. Ils d\u00e9cident ensuite de contacter le service d&#8217;hygi\u00e8ne. L\u00e0 un m\u00e9decin leur sugg\u00e8re de prendre en charge eux-m\u00eames cette initiative. A savoir louer les camions de la commune et payer l&#8217;ensemble des frais. Mais les camionneurs ne veulent plus travailler, du fait que les monticules de d\u00e9tritus sont impr\u00e9gn\u00e9s d&#8217;eau. Les habitants d\u00e9cident alors de poser du sable sur les ordures pour les faire s\u00e9cher, avant que les camions ne les emportent d\u00e9finitivement. Depuis les habitants attendent. (36) pr\u00e9cise que tout cela a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 trois fois dans la presse quotidienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il conclut que l&#8217;initiative des habitants est frein\u00e9e par la d\u00e9l\u00e9gation de l&#8217;habitat en raison de l&#8217;op\u00e9ration de recasement El Massira. C&#8217;est que les habitants de Lahrawiyin sont de ce fait mis en situation provisoire, aucun entretien ou travail d&#8217;extension n&#8217;est d\u00e8s lors envisageable. D&#8217;o\u00f9 la conclusion de (36) qui regrette que les habitants propri\u00e9taires \u00e0 Lahrawiyin (parfois de maisons de plus de 200 m\u00e8tres carr\u00e9s) soient trait\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on que les familles bidonvilloises, se retrouvent au bout du compte avec un petit lot de terrain (60 m\u00e8tres carr\u00e9s).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame pour un site d&#8217;habitat pr\u00e9caire, un tel niveau d&#8217;inorganisation reste assez rare. Nous sommes tr\u00e8s loin de certaines exp\u00e9riences des pays sud-am\u00e9ricains. La collectivit\u00e9 ne parvient pas \u00e0 s&#8217;organiser pour ma\u00eetriser des probl\u00e8mes de cet ordre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&#8217;un point de vue administratif, nul doute que l&#8217;absence de groupements associatifs \u00e9manant de la soci\u00e9t\u00e9 civile se r\u00e9v\u00e9lera t\u00f4t ou tard tr\u00e8s difficile \u00e0 g\u00e9rer. Pour le moment, les administrateurs peuvent s&#8217;en r\u00e9jouir, ils ont un \u00e9norme chantier \u00e0 b\u00e2tir, et ils n&#8217;ont pour le moment que faire d&#8217;une analyse provenant des principaux int\u00e9ress\u00e9s : car de la m\u00eame fa\u00e7on que le bidonvillois confond facilement administration et pouvoir politique, les autorit\u00e9s publiques confondent groupement associatif et contestation organis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise est en train de vivre un profond changement. La mue profonde touche \u00e0 son tissu propre, les r\u00e9seaux de voisinage. Si nous recherchons la permanence du monde rural, disons seulement que le lien identitaire existe, et s&#8217;il est investi quelquefois au niveau du revenu compl\u00e9mentaire, il est le plus souvent impliqu\u00e9 sur le plan de la m\u00e9moire, de l&#8217;honneur, du symbolique. Le lien avec le bled est lui-m\u00eame en red\u00e9finition, il participe \u00e0 l&#8217;\u00e9laboration de la nouvelle culture urbaine. Ce \u00e0 quoi nous assistons au sein de la plus grande pr\u00e9fecture du pays correspond manifestement \u00e0 l&#8217;\u00e9mergence de la soci\u00e9t\u00e9 urbaine casablancaise des ann\u00e9es 90.<\/p>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><\/div>\n<p align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#1\" name=\"1 M\u00eame\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"1 M\u00eame\">1<\/a> <\/strong>M\u00eame constatation pour un bidonville de Meknes. &#8220;En dehors des relations de voisinage et de famille, l&#8217;univers de fr\u00e9quentation sociale du bidonvillois de Bordj est finalement tr\u00e8s limit\u00e9&#8221;. <em>Habiter, mod\u00e8les socioculturels&#8230;, op. cit\u00e9, <\/em>p. 220.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#2\" name=\"2 &quot;\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"2 &quot;\">2<\/a><\/strong> &#8220;(&#8230;) voisinage et famille, l&#8217;un localis\u00e9, l&#8217;autre d\u00e9localis\u00e9, constituent \u00e9galement les r\u00e9seaux sociaux de base&#8221;.<em>Habiter, mod\u00e8les socioculturels&#8230;, op. cit\u00e9,<\/em> p. 222.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#3\" name=\"3 Abdelmajid\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"3 Abdelmajid\">3<\/a><\/strong> Abdelmajid Arrif, <em>Le passage pr\u00e9caire&#8230; op. cit\u00e9<\/em>, p. 92.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#4\" name=\"4 Ce\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"4 Ce\">4<\/a> <\/strong>Ce probl\u00e8me est \u00e9galement rapport\u00e9 par (3), berb\u00e8re d&#8217;origine, dont le p\u00e8re retrait\u00e9 a \u00e9t\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 refuser de payer le pr\u00e9financement du logement de Moulay Rachid. Son fils lie directement ce refus d&#8217;achat du logement \u00e0 cette aspiration secr\u00e8te de retourner dans sa r\u00e9gion natale. Les familles de (3) et (19) logent toutes deux au bloc 3.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#5\" name=\"5 A. B. S.\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"5 A. B. S.\">5<\/a> <\/strong>A. B. S., repr\u00e9sentant de l&#8217;Istiqlal dans la cellule de Ben M&#8217;sik et journaliste \u00e0 <em>Al <\/em>&#8216;<em>Alam<\/em>. Il est un des acteurs sociaux que les habitants bidonvillois citent volontiers dans le cadre de l&#8217;approche associationniste tent\u00e9e avec les autorit\u00e9s publiques. Lors de l&#8217;entretien men\u00e9 avec lui, A. B. S. a \u00e9voqu\u00e9 la relation ind\u00e9fectible de son parti avec la mouvance sociologique des karyan ; <em>&#8220;Il ne<\/em> <em>faut <\/em>pas <em>arr\u00eater <\/em>l<em>&#8216;observation \u00e0 ce que <\/em>repr\u00e9sente <em>la baraque<\/em><em>aujourd&#8217;hui, il faut chercher ce qu&#8217;elle pouvait vouloir signifier il y a une quarantaine d&#8217;ann\u00e9es&#8221;.<\/em> Le journaliste \u00e9tablit l\u00e0 un lien direct entre le bidonville, forme sociale, et la r\u00e9sistance, forme militante. C&#8217;est au nom de cette jonction nationaliste que la cellule istiqlalienne de Ben M&#8217;sik tente de poursuivre, malgr\u00e9 tout, une certaine action dans le milieu bidonvillois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#6\" name=\"6 L'Union\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"6 L'Union\">6<\/a> <\/strong>L&#8217;Union Socialiste des Forces Populaires (U.S.F.P.). Aucune pr\u00e9sence effective sur le terrain bidonvillois, les cat\u00e9gories sociales repr\u00e9sent\u00e9es recouvrant difficilement son acceptation id\u00e9ologique des travailleurs. Par contre, dans le journal <em>Al Ittihad Ichtiraki<\/em>, l&#8217;U.S.F.P. tient une rubrique r\u00e9guli\u00e8re sur les probl\u00e8mes urbains de Ben M&#8217;sik . D&#8217;un certain point de vue, l&#8217;information sur les bidonvillois de Ben M&#8217;sik, comblant pour une part l&#8217;absence de travail sur le terrain, utilise le ph\u00e9nom\u00e8ne bidonville comme un vecteur porteur des revendications sociales et politiques soulev\u00e9es par ce parti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#7\" name=\"7 Tout\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"7 Tout\">7<\/a><\/strong> Tout au long de l&#8217;enqu\u00eate men\u00e9e, outre l&#8217;association de A. B. S. pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9e, une seule association d&#8217;habitants (<em>widadiya<\/em>) fut recens\u00e9e, celle des habitants de Lahrawiyin, \u00eelot en dur au sein de karyan El Massira.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#8\" name=\"8 La\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"8 La\">8<\/a><\/strong> La R.A.D. est la compagnie nationale d&#8217;eau et d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"color: #000000; text-align: justify;\">Extraits de R\u00e9da Benkirane, <em>Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca),<\/em> Institut Universitaire d&#8217;\u00c9tudes du D\u00e9veloppement (IUED), Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, 1993, 200 pages.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca) &nbsp; 1. Les relations de voisinage En milieu bidonvillois, les relations sociales concernent en grande partie des relations de voisinage. C&#8217;est en tous cas ce qui ressort des r\u00e9ponses d&#8217;une majorit\u00e9 d&#8217;interview\u00e9s, des jeunes pour l&#8217;essentiel. La soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise&#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=335\">Lire plus \/ Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[551,555],"tags":[378],"class_list":["post-335","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-research","category-urbanite","tag-urbanite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/335","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=335"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/335\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3342,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/335\/revisions\/3342"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=335"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=335"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=335"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}