{"id":332,"date":"2014-05-25T12:37:59","date_gmt":"2014-05-25T12:37:59","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=332"},"modified":"2026-05-07T17:03:45","modified_gmt":"2026-05-07T16:03:45","slug":"conditions-dhabitat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=332","title":{"rendered":"&#8216;habitat"},"content":{"rendered":"<div align=\"center\" style=\"color: #000000;\">\n<h3 align=\"center\" id=\"mcetoc_1jnsijnnq0\"><a href=\"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=292\"><strong><span style=\"color: #990000;\">Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca)<\/span> <\/strong><\/a><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><strong>1. A karyan Ben M&#8217;sik et karyan El Massira <\/strong><br \/>\nLorsque nos interview\u00e9s parlent de leurs conditions d&#8217;habitat, ils les relient forc\u00e9ment aux effets de l&#8217;intervention du recasement. M\u00eame pour la moiti\u00e9 de la population non recas\u00e9e, l&#8217;intervention en question interf\u00e8re \u00e0 un moment donn\u00e9 sur les conditions d&#8217;habitat. Parfois elle se croise et annule les autres types d&#8217;action que la pr\u00e9fecture est en mesure d&#8217;engager. Verra-t-on \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik une action importante en vue d&#8217;am\u00e9liorer la situation sanitaire, quand par ailleurs le dernier volet du recasement n&#8217;est pas pr\u00eat d&#8217;\u00eatre fini ? Depuis maintenant dix ans, karyan Ben M&#8217;sik vit une situation transitoire. Une tranche de vie de dix ans, c&#8217;est bien-s\u00fbr plus que du provisoire, et en ce sens, l&#8217;op\u00e9ration de recasement a eu des retomb\u00e9es n\u00e9gatives sur les bidonvillois restants. Lorsqu&#8217;il y a d\u00e9gradation de certains \u00e9quipements (fontaines, W-C.), les habitants doivent se d\u00e9brouiller entre eux. Sinon la situation empire, d&#8217;autant que la pr\u00e9fecture ne va pas se mobiliser pour entretenir l&#8217;espace bidonvillois. Nous avons par exemple constat\u00e9 que des fontaines \u00e9taient d\u00e9truites sans \u00eatre remplac\u00e9es ailleurs, probablement en raison de la proximit\u00e9 d&#8217;une avenue refaite \u00e0 neuf le long des blocs 16 et 21. Les femmes des ruelles avoisinantes vont chercher l&#8217;eau dans le W-C. le plus proche. La tendance g\u00e9n\u00e9rale est \u00e0 un certain d\u00e9couragement. La &#8220;temporalit\u00e9 projective&#8221; du recasement, selon l&#8217;expression d&#8217;Arrif, entra\u00eene une perte de motivation de la part des autorit\u00e9s quant \u00e0 agir sur le quartier bidonvillois, et en seconde retomb\u00e9e chez les habitants eux-m\u00eames car il constatent qu&#8217;ils sont plac\u00e9s en situation d&#8217;attente du recasement. Ce qui expliquerait que ce r\u00e8gne provisoire de dix ans puisse affecter profond\u00e9ment les conditions d&#8217;habitat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le pass\u00e9, les conditions d&#8217;habitat pour les bidonvillois de la pr\u00e9fecture Ben M&#8217;sik-Sidi Othman avaient dans l&#8217;ensemble entra\u00een\u00e9 une bonne adaptation des habitants. Il existe des familles bidonvilloises de troisi\u00e8me et quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations. Aussi la vie en bidonville n&#8217;est pas per\u00e7ue forc\u00e9ment de fa\u00e7on n\u00e9gative, surtout pour ceux qui n&#8217;ont de toute les fa\u00e7ons pas les moyens d&#8217;acc\u00e9der au logement formel :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(2) <em>affirme &#8220;avoir pris l&#8217;habitude de la vie dans le bidonville ; si mes parents ont v\u00e9cu 35 ans dans cette situation, je peux moi aussi vivre cette vie&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de consid\u00e9rer arbitraire le fait de vivre encore et toujours dans des baraques, certains habitants consid\u00e8rent cela plut\u00f4t comme une faveur, vu qu&#8217;ils n&#8217;ont pas de charge \u00e0 payer, ni pour la location du sol, ni pour l&#8217;eau qu&#8217;ils extraient de la fontaine publique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(29) : <em>&#8220;parmi les avantages de la vie en bidonville, il y a le fait que l&#8217;eau est gratuite (m\u00eame si ce n&#8217;est pas de l&#8217;eau courante) et que l&#8217;alimentation reste bon march\u00e9. Parmi les inconv\u00e9nients, il y le manque d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, la menace du feu (d&#8217;o\u00f9 une peur permanente) et enfin le fait que les enfants grandissent dans un milieu de drogue et de d\u00e9linquance&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour certains habitants, en g\u00e9n\u00e9ral faiblement int\u00e9gr\u00e9s au milieu urbain par leurs activit\u00e9s et non alphab\u00e9tis\u00e9s, le fait de b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;une eau municipale revient en quelque sorte \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;une &#8220;eau courante&#8221; dont la principale caract\u00e9ristique est sa gratuit\u00e9. Pour cette cat\u00e9gorie d&#8217;habitants, la perspective d&#8217;une eau courante \u00e0 domicile est rendue moins attrayante par la charge financi\u00e8re qu&#8217;elle suppose : (65), vendeuse de volaille, est divorc\u00e9e et vit avec le cadet de ses fils. Elle dit pr\u00e9f\u00e9rer vivre dans le bidonville plut\u00f4t qu&#8217;\u00e0 Moulay Rachid, pour ne pas avoir \u00e0 payer l&#8217;eau et l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 \u00e9tant donn\u00e9 ses modestes revenus. <em>&#8220;L&#8217;eau est l\u00e0 \u00e0 disposition, et on ne la paye pas, on remercie notre roi&#8221;. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est int\u00e9ressant de faire un d\u00e9tour vers le bidonville de Sidi Moumen, o\u00f9 on retrouve le cas de personnes qui b\u00e9n\u00e9ficient d&#8217;un niveau de vie \u00e9lev\u00e9 et qui pr\u00e9f\u00e8rent habiter dans le bidonville. L\u00e0 aux abords des carri\u00e8res Lafarge, les vastes parcelles font que les conditions d&#8217;habitat sont parfois plus d\u00e9centes que dans certains quartiers en dur de Casablanca :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(27),<em> jeune ouvrier \u00e9lev\u00e9 \u00e0 l&#8217;orphelinat de A\u00efn Chock ; son p\u00e8re (d\u00e9c\u00e9d\u00e9) avait vendu en 1964 sa maison en dur \u00e0 El Bernoussi pour s&#8217;installer dans le bidonville. (27) dit que jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent les habitants n&#8217;ont pas encore connaissance d&#8217;un projet pr\u00e9cis de recasement. Ici, raconte-t-il, l&#8217;implantation du bidonville s&#8217;est faite de la mani\u00e8re suivante : &#8220;au d\u00e9but tu choisissais une parcelle de terrain, puis tu l&#8217;agrandissais en installant un grillage. Par la suite, le ca\u00efd vient te voir, tu le &#8220;graisses&#8221; (dahnou). Tu poses de la t\u00f4le et tu fait monter un mur. Tu n&#8217;as plus ensuite qu&#8217;\u00e0 vendre une parcelle.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(&#8230;) Parce qu&#8217;ici c&#8217;est grand, calme et retir\u00e9, ceux qui ont les moyens financiers pr\u00e9f\u00e8rent rester. Certains poss\u00e8dent m\u00eame un groupe \u00e9lectrog\u00e8ne, la t\u00e9l\u00e9vision en couleurs et la vid\u00e9o&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les aspects positifs de la vie en bidonville rapport\u00e9s par les habitants signalent beaucoup plus des caract\u00e9ristiques sociologiques que des conditions d&#8217;habitat \u00e0 proprement parler. Ils seront \u00e9voqu\u00e9s ult\u00e9rieurement. Retenons pour le moment que le fait d&#8217;habiter sans payer de charge pour le sol et l&#8217;eau font du bidonville un quartier attrayant. Ajoutons \u00e0 cela que les prix de l&#8217;alimentation \u00e9tant meilleur march\u00e9 au bidonville que dans d&#8217;autres quartiers de la ville, la vie au karyan est une certaine mani\u00e8re de vivre en milieu urbain. Certains y trouvent m\u00eame un peu de po\u00e9sie :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(48) <em>aime \u00e9couter le bruit de la pluie tombant sur les toits en zinc.<br \/>\nIl appr\u00e9cie \u00e9galement de se mettre devant sa porte pour boire du caf\u00e9 en \u00e9coutant de la musique.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ces habitants nostalgiques de ce mode de vie, le changement socio-\u00e9conomique ne promet rien de bon. Avec la disparition programm\u00e9e de karyan Ben M&#8217;sik, ils assisteront \u00e0 la fin de leur monde sans percevoir l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un autre qui puisse faire sens pour eux . Lorsqu&#8217;ils abordent les conditions d\u00e9favorables de leur habitat, les bidonvillois parlent en tant qu&#8217;auto-constructeurs. Il faut donc leur reconna\u00eetre un savoir en mati\u00e8re d&#8217;am\u00e9nagement de leur quartier. Ce point est d&#8217;autant plus important qu&#8217;il concernera encore plus directement les bidonvillois recas\u00e9s \u00e0 la cit\u00e9 Moulay Rachid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais revenons pr\u00e9cis\u00e9ment aux situations du bidonville. Les discours des interview\u00e9s d\u00e9limitent deux dimensions de l&#8217;habitat. L&#8217;espace domestique et l&#8217;espace du karyan. Pour l&#8217;espace collectif, ce sont g\u00e9n\u00e9ralement les \u00e9quipements qui posent probl\u00e8me. Les W-C., les fontaines publiques, l&#8217;\u00e9vacuation des ordures m\u00e9nag\u00e8res, voil\u00e0 les trois points soulev\u00e9s par les habitants :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(22)<em> loge au bloc 20. Il se plaint de l&#8217;absence de fontaine publique. &#8220;Depuis que les autorit\u00e9s ont am\u00e9nag\u00e9 le grand boulevard, il n&#8217;y a plus de fontaine, les femmes doivent aller chercher l&#8217;eau dans les W-C. pour hommes. Et puis, il y a le probl\u00e8me des ordures : la municipalit\u00e9 ne vient les ramasser qu&#8217;une fois tous les deux \u00e0 trois jours&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>(9) <em>constate que le nombre de W-C. est insuffisant pour l&#8217;ensemble du bloc 3.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours \u00e0 propos de la question des W-C., (73)<em> laisse \u00e9clater sa col\u00e8re : &#8220;Comment imaginez-vous que des femmes sortent seules de chez elles en pleine nuit pour aller aux toilettes, lorsqu&#8217;elles en plus de cela, les W-C. se trouvent \u00e0 l&#8217;autre bout du bloc ? En v\u00e9rit\u00e9, nos femmes font leur besoin comme des animaux, c&#8217;est-\u00e0-dire en plein air. Elles n&#8217;ont m\u00eame pas la possibilit\u00e9 de se laver, elles s&#8217;essuient avec du papier et c&#8217;est tout !&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le manque d&#8217;hygi\u00e8ne est ce qui ressort le plus des propos sur les conditions d\u00e9favorables du quartier. Il semblerait que le nombre insuffisant et la salet\u00e9 des W-C. soit le probl\u00e8me principal <strong><a href=\"\/reda\/#1%20Cette\" name=\"1\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"1\">1<\/a><\/strong> d&#8217;une population vivant en grande promiscuit\u00e9. Le probl\u00e8me <strong><a href=\"\/reda\/#2%20Arrif\" name=\"2\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"2\">2<\/a><\/strong> est d&#8217;autant plus prononc\u00e9 que les bidonvillois attachent une grande importance \u00e0 ce que la propret\u00e9 r\u00e8gne dans leurs int\u00e9rieurs. D&#8217;o\u00f9 la diff\u00e9rence d&#8217;approche du bidonvillois entre int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs de la baraque pour ce qui est de l&#8217;hygi\u00e8ne sanitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi lorsque l&#8217;interview\u00e9 parle de son foyer, ce qu&#8217;il d\u00e9nonce, ce sont les cons\u00e9quences et les prolongements de la promiscuit\u00e9 sociale dans son espace domestique. M\u00eame au sein de son foyer, le bidonvillois n&#8217;est pas tout \u00e0 fait libre de ses mouvements et de ses paroles :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(7) ; <em>dans la baraque, &#8220;on entend tout ce que fait et dit le voisin&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(63) ; <em>&#8220;(&#8230;) les voisins \u00e9coutent ce qui se dit chez toi, et le r\u00e9p\u00e8tent dans tout le quartier&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>S&#8217;il n&#8217;est pas directement abord\u00e9, le probl\u00e8me de la vie sexuelle de couple (parental ou d&#8217;enfants mari\u00e9s) est un probl\u00e8me fondamental. La sexualit\u00e9 &#8220;pr\u00e9caire&#8221; est d&#8217;ailleurs une donn\u00e9e qu&#8217;il faut prendre en compte dans l&#8217;urbanisation du plus grand nombre. Ce probl\u00e8me insuffisamment soulev\u00e9 est un des principaux aspects de la promiscuit\u00e9. Ses cons\u00e9quences sont r\u00e9percut\u00e9es au niveau du groupe social. La promiscuit\u00e9 d&#8217;ordre sexuel se d\u00e9finit aussi bien par rapport \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur (vis-\u00e0-vis des voisins) qu&#8217;\u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du foyer (vis-\u00e0-vis des membres de la cellule familiale). Ce probl\u00e8me n&#8217;est pas propre \u00e0 Casablanca uniquement, il s&#8217;\u00e9tend \u00e0 toutes les villes surdensifi\u00e9es du Sud. Lorsque des taux d&#8217;occupation par pi\u00e8ce atteignent un seuil surnum\u00e9raire, l&#8217;intimit\u00e9 de la vie de couple est perturb\u00e9e ce qui se traduit par ces frustrations multiformes qui touchent aussi bien le couple en question que les autres membres de la famille. Ainsi avoir des rapports sexuels alors que la m\u00e8re ou les enfants dorment dans la m\u00eame pi\u00e8ce est aujourd&#8217;hui une r\u00e9alit\u00e9 banale dans les zones urbaines \u00e0 haute densit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 du manque d&#8217;intimit\u00e9 de l&#8217;espace bidonvillois, ce qui est rendu difficile, sinon impossible, c&#8217;est l&#8217;ind\u00e9pendance de l&#8217;habitant par rapport \u00e0 son voisinage imm\u00e9diat. Cet aspect des choses, d\u00e9terminant largement les caract\u00e9ristiques sociologiques du bidonville, sera abord\u00e9 dans le cadre des relations sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de l&#8217;habitat, il faut noter par ailleurs un manque de motivation quant \u00e0 meubler ou entretenir la baraque. Aussi lorsque l&#8217;habitant fait cette constatation, il fournit implicitement les raisons de ce choix :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(16)<em> dresse une comparaison \u00e0 propos du mobilier : &#8220;dans une maison, lorsque tu ach\u00e8tes quelque chose, se cela se voit, dans la baraque, rien ne para\u00eet&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(66),<em> \u00e0 propos de l&#8217;entretien de la baraque, dit avoir cess\u00e9 toute r\u00e9paration depuis qu&#8217;elle a entendu parler du recasement.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(26) <em>estime que les habitants bidonvillois attendent tellement l&#8217;op\u00e9ration de recasement qu&#8217;ils ont abandonn\u00e9 tout entretien de leurs baraques. D&#8217;autant que pour la moindre modification, il faut demander l&#8217;autorisation du makhzen. Ce qui suppose qu&#8217;il faut entrer en relation avec un ca\u00efd, et par l\u00e0 m\u00eame lui verser de l&#8217;argent pour qu&#8217;il d\u00e9livre l&#8217;autorisation en question.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce d\u00e9couragement vis-\u00e0-vis de ce qui constitue souvent l&#8217;unique bien mat\u00e9riel, s&#8217;explique par l&#8217;op\u00e9ration de recasement parce qu&#8217;elle a repr\u00e9sent\u00e9 l&#8217;\u00e9v\u00e9nement majeur de la d\u00e9cennie 80. En effet, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la population bidonvilloise a d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9e. Il n&#8217;y a pas une famille bidonvilloise qui n&#8217;ait pas un parent, un voisin ou un ami \u00e0 la cit\u00e9 Moulay Rachid. La comparaison entre la maison de Moulay Rachid et la baraque s&#8217;impose alors d&#8217;elle-m\u00eame. Les habitants qui r\u00e9sident encore au karyan se voient de ce fait confirm\u00e9s dans le r\u00e8gne du provisoire. L&#8217;op\u00e9ration de recasement, de ce point de vue l\u00e0, aura eu des retomb\u00e9es psychologiques tr\u00e8s n\u00e9gatives pour les bidonvillois rest\u00e9s sur place. Or, fait tr\u00e8s important, depuis la premi\u00e8re tranche de recasement, la population bidonvilloise restante en est \u00e0 sa sixi\u00e8me ann\u00e9e d&#8217;attente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les bidonvillois se pr\u00e9parent donc \u00e0 la grande \u00e9ch\u00e9ance. Une rumeur a n\u00e9anmoins contrari\u00e9 leurs pr\u00e9visions, mais les habitants ont refus\u00e9 d&#8217;y croire jusqu&#8217;au bout, c&#8217;est-\u00e0-dire jusqu&#8217;\u00e0 ce que des journaux l&#8217;ait confirm\u00e9 et que par la suite ils l&#8217;aient vu prendre forme dans un chantier de Sidi Moumen, en face du groupe 6 de Moulay Rachid&#8230; La derni\u00e8re tranche de l&#8217;op\u00e9ration Moulay Rachid sera constitu\u00e9e d&#8217;immeubles \u00e0 trois \u00e9tages. Les bidonvillois, en tant que destinataires du projet, n&#8217;ont pas pu influer sur cette prise de d\u00e9cision. Quelques interview\u00e9s expriment leur avis sur la question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2. Le choix des immeubles pour la derni\u00e8re tranche du recasement <a href=\"\/reda\/#3%20%22\" name=\"3\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"3\">3<\/a><\/strong><br \/>\nIl y a tout d&#8217;abord ceux qui refusent cat\u00e9goriquement cette solution. Parce qu&#8217;elle n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e dans le cadre du projet initial :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(49) ; <em>&#8220;les gens n&#8217;acceptent pas l&#8217;id\u00e9e de vivre dans des immeubles&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(11)<em> estime que de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les immeubles ne sont pas faits pour les bidonvillois. &#8220;Les immeubles peuvent convenir seulement aux bidonvillois n&#8217;ayant pas d&#8217;associ\u00e9s.&#8221;<br \/>\nSelon lui, les bidonvillois restent dans l&#8217;ensemble hostiles au projet, d&#8217;autant que certains ont pay\u00e9 depuis tr\u00e8s longtemps pour une maison et non pour un appartement. &#8220;En 1987 \u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;une r\u00e9union avec le gouverneur, certains habitants ont dit tout ce qu&#8217;ils pensaient des &#8220;batimat&#8221;. Le gouverneur les a \u00e9cout\u00e9s et a simplement dit qu&#8217;ils transmettraient leurs plaintes au minist\u00e8re de l&#8217;habitat&#8230;&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(73) <em>du bloc 3 : &#8220;Si c&#8217;est pour habiter dans des immeubles, je pr\u00e9f\u00e8re rester ici&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Puis il y a ceux qui tentent d&#8217;expliciter leur r\u00e9ticence \u00e0 habiter des immeubles :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) ; <em>&#8220;les immeubles vont cr\u00e9er des histoires entre voisins. On ne pourra pas toujours \u00e9tendre le linge&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(6) ; <em>&#8220;les immeubles ne sont pas faits pour des familles nombreuses. Les escaliers cr\u00e9eront beaucoup de probl\u00e8mes&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;\u00e9tendage du linge et la circulation des personnes dans les escaliers sont les arguments qui ressortent le plus fr\u00e9quemment pour d\u00e9montrer l&#8217;inadaptation des immeubles aux moeurs bidonvilloises. Mais outre ses aspects pratiques, les questions du linge et des escaliers remettent en cause la conception famili\u00e8re qu&#8217;ont les bidonvillois du voisinage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19) ;<em> &#8220;les immeubles ? il y en a qui sont r\u00e9ussis et d&#8217;autres non. Mais pour les karyanistes cela va poser de gros probl\u00e8mes avec des gens qui montent et d&#8217;autres qui descendent. Tu ne sais plus qui est ton voisin&#8230;&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(9) ; <em>Dans les immeubles, &#8220;les locataires n&#8217;ont pas de contacts entre eux, ils se surveillent mutuellement. Ils m\u00e8nent une vie individuelle&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Il faut malgr\u00e9 tout nuancer ces propos par le fait que la notion de voisinage est d\u00e9j\u00e0 en train de changer dans la cit\u00e9 Moulay Rachid. La mont\u00e9e de l&#8217;anonymat n&#8217;est de ce fait pas uniquement imputable \u00e0 l&#8217;habitat de type immeuble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais pour bien montrer leur r\u00e9sistance au projet des immeubles, certains se montrent terre \u00e0 terre dans leur appr\u00e9hension :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(22) ; <em>&#8220;des immeubles pour des familles nombreuses, associ\u00e9es avec un \u00e9tranger&#8230; Comment cela va se passer ?&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(66) ; <em>&#8220;nous sommes une famille de 12 personnes. Comment va-t-on faire pour vivre 12 personnes dans un appartement ? Et si les enfants se marient, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on fera ? On va \u00eatre comme des sardines&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ces questions embarrassantes, les responsables du projet ne formulent pas de r\u00e9ponse claire. Et pour imposer leur choix, ils ont tout simplement opt\u00e9 pour le fait accompli. Cette strat\u00e9gie a commenc\u00e9 \u00e0 s&#8217;av\u00e9rer efficace, du fait de l&#8217;attente prolong\u00e9e des bidonvillois pour le recasement. Pour certains jeunes du bloc 3, par exemple, le recasement ne les concerne plus tellement. Ils y verraient d&#8217;autres destinataires :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(18) ;<em> &#8220;les immeubles qui se construisent actuellement pr\u00e8s du groupe 6 de Moulay Rachid sont destin\u00e9s aux habitants de la vieille ville qu&#8217;on va d\u00e9placer \u00e0 cause de la grande mosqu\u00e9e&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(2) <em>n&#8217;a pas d&#8217;opinion au sujet des immeubles. Il &#8220;s&#8217;en fout&#8221; car de toute fa\u00e7on, il n&#8217;a pas les revenus suffisants pour esp\u00e9rer un jour acc\u00e9der au logement.<\/em><\/p>\n<p>Pour les moins pessimistes (et les plus r\u00e9alistes), la r\u00e9ticence vis-\u00e0-vis des immeubles s&#8217;est petit \u00e0 petit transform\u00e9e en r\u00e9signation :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(63) ; <em>&#8220;au d\u00e9but on ne voulait pas entendre parler des immeubles, mais maintenant on s&#8217;en fout, c&#8217;est mieux que rien du tout&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>(64) ; <em>&#8220;avant on n&#8217;acceptait pas l&#8217;id\u00e9e de vivre dans des immeubles, maintenant on accepte cette solution. Mais c&#8217;est \u00e0 peu pr\u00e8s comme dans un bidonville, l&#8217;habitant n&#8217;a pas d&#8217;ind\u00e9pendance&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(65) ; <em>&#8220;nous accepterons ce que Dieu nous donnera&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(25) ; <em>&#8220;mieux vaut les immeubles que rien du tout&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(16) ; <em>&#8220;les immeubles sont de toute fa\u00e7on meilleurs que le bidonville&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N&#8217;ayant de toute fa\u00e7on pas le choix, les bidonvillois acceptent ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 pour eux. On notera toutefois un regret d&#8217;\u00eatre les derniers recas\u00e9s, les plus mal lotis en l&#8217;occurrence :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(7) ; <em>&#8220;si les immeubles sont moins bien que les maisons de Moulay Rachid, ils sont de toute fa\u00e7on mieux que les baraques&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin pour conclure sur ce sujet, le bidonvillois peut \u00e9galement \u00e9mettre son avis de mani\u00e8re simple et d\u00e9passionn\u00e9e. Sa vision est alors claire et synth\u00e9tique. Elle r\u00e9pond, dans la lanc\u00e9e, \u00e0 la question de savoir quelle est la diff\u00e9rence selon un bidonvillois entre karyan et immeuble :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(20) ; <em>&#8220;au karyan, les gens sont entass\u00e9s les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres. Dans les immeubles, ils sont entass\u00e9s les uns sur les autres&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En proposant cette analyse claire et condens\u00e9e, l&#8217;habitant sugg\u00e8re de percevoir la diff\u00e9rence entre bidonville et immeubles, non pas sur le type d&#8217;\u00e9quipement ou l&#8217;architecture des logements, mais plut\u00f4t sur la nature densifi\u00e9e de l&#8217;habitat. Partant de l\u00e0, l&#8217;habitant souligne le passage du bidonville \u00e0 l&#8217;immeuble comme passage d&#8217;un habitat \u00e0 forte densit\u00e9 de type horizontal \u00e0 celui de type vertical. Il faudrait voir dans la densification verticale la mutation essentielle de l&#8217;habitat de type immeuble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3. A propos de l&#8217;emm\u00e9nagement \u00e0 Moulay Rachid<\/strong><br \/>\nLes deux premi\u00e8res phases du recasement de Moulay Rachid ont \u00e9t\u00e9 spectaculaires par leur ampleur et la nature des changements qu&#8217;elles ont entra\u00een\u00e9. Mais avant de se retrouver dans des maisons tout \u00e0 fait achev\u00e9es, les bidonvillois ont d\u00fb tous passer par une phase transitoire qui correspondait \u00e0 l&#8217;extension du logement embryonnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9m\u00e9nagement des familles et de leur mobilier ne s&#8217;est pas toujours fait dans les meilleures conditions. Certains ont gard\u00e9 de cet \u00e9pisode un souvenir d\u00e9sagr\u00e9able :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour la famille de <\/em>(52), <em>le d\u00e9m\u00e9nagement vers Moulay Rachid a \u00e9t\u00e9 mal v\u00e9cu. La famille n&#8217;avait pas les moyens de louer le camion de transport. Par la suite, les affaires de la maison ont \u00e9t\u00e9 largement endommag\u00e9es du fait que leur maison \u00e9tait remplie de sable.<\/em><\/p>\n<p>Le transit par le bloc 17, premi\u00e8re \u00e9tape des &#8220;gens \u00e0 probl\u00e8mes&#8221;, a touch\u00e9 certaines familles qui n&#8217;\u00e9taient pas tout \u00e0 fait en r\u00e8gle vis-\u00e0-vis des responsables charg\u00e9s du recasement. Apr\u00e8s cela, il a fallu commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9brouiller dans le cadre d&#8217;un logement tr\u00e8s \u00e9l\u00e9mentaire :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La famille de<\/em> (37) <em>a d\u00fb passer un mois dans le bloc 17 avant d&#8217;arriver \u00e0 Moulay Rachid ; elle n&#8217;avait pas encore fourni le second paiement du logement. Quand la famille est arriv\u00e9e au groupe 5 de Moulay Rachid, le projet n&#8217;\u00e9tait pas encore achev\u00e9 ; une seule pi\u00e8ce construite et m\u00eame pas de porte \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e. Au bout de deux semaines, la famille a commenc\u00e9 \u00e0 construire le toit de la deuxi\u00e8me pi\u00e8ce. Petit \u00e0 petit,<\/em> (37) <em>sentait une am\u00e9lioration des conditions de vie ; l&#8217;habitat commen\u00e7ait \u00e0 apporter une certaine s\u00e9curit\u00e9. La fourniture d&#8217;eau et d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 dissipait l&#8217;ancienne peur du feu et du froid.<\/em><\/p>\n<p>Parce que tous n&#8217;avaient pas forc\u00e9ment les moyens de commencer tout de suite la construction et l&#8217;extension de la maison, certaines familles ont d\u00fb s&#8217;entasser un grand laps de temps dans l&#8217;unique pi\u00e8ce construite. Aussi, pour ce cas de figure, les conditions de vie ont \u00e9t\u00e9 parfois beaucoup plus difficiles que celles qui pr\u00e9valaient dans le bidonville :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(37) ; <em>S&#8217;il est satisfaisant de b\u00e9n\u00e9ficier de l&#8217;eau courante et de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, le probl\u00e8me de la promiscuit\u00e9, dans le cas de sa famille, est rest\u00e9 entier. Et cela durerajusqu&#8217;\u00e0 ce que la famille trouve les moyens financiers n\u00e9cessaires \u00e0 la construction de l&#8217;\u00e9tage. Trois ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es depuis l&#8217;emm\u00e9nagement au groupe 5 de Moulay Rachid&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant les dix premiers mois de son installation au groupe 5 de Moulay Rachid, la famille de (43) a v\u00e9cu \u00e0 neuf personnes dans la petite pi\u00e8ce de la cuisine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut bien comprendre que les bidonvillois qui avaient d\u00fb recourir \u00e0 l&#8217;association pour assurer le pr\u00e9financement de leur logement \u00e0 Moulay Rachid, ont d\u00fb attendre que l&#8217;associ\u00e9 en question veuille bien financer la construction pour pouvoir enfin mener l&#8217;extension des pi\u00e8ces de la maison. Il y a donc eu d\u00e8s le d\u00e9part un certain nombre de probl\u00e8mes avec les associ\u00e9s <strong><a href=\"\/reda\/#4%20Cette\" name=\"4\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"4\">4<\/a><\/strong> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(53) <em>d\u00e9clare que sa famille a d\u00fb attendre trois ans avant que l&#8217;associ\u00e9 (un neveu r\u00e9sidant en Italie) ne commence \u00e0 financer la construction de la maison. La famille a particuli\u00e8rement souffert du froid et de la pluie.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(43) ; <em>en ce qui concerne les relations avec les associ\u00e9s, ce jeune du groupe 5 y voit beaucoup de probl\u00e8mes. D&#8217;autant que dans le cas de sa famille, l&#8217;association s&#8217;est faite avec son oncle paternel, et les questions d&#8217;argent empoisonnent continuellement leurs relations.<\/em><\/p>\n<p>Bien que les habitants n&#8217;aient pas pris part \u00e0 la conception des maisons de Moulay Rachid, l&#8217;emm\u00e9nagement dans la nouvelle cit\u00e9 aura \u00e9t\u00e9 l&#8217;occasion pour les habitants de superviser l&#8217;extension du logement, et par l\u00e0 m\u00eame d&#8217;acheter directement les mat\u00e9riaux n\u00e9cessaires \u00e0 la construction :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(41) <em>d\u00e9plore le fait que le plan de la maison ainsi que le sable, le ciment et les carrelages aient co\u00fbt\u00e9 plus cher aux habitants des groupes 6 et 4. L&#8217;explication qu&#8217;il en donne est que les groupes 6 et 4 ont touch\u00e9 les derniers recas\u00e9s de karyan Ben M&#8217;sik.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est des carences du plan initial de la maison, c&#8217;est la terrasse qui semble poser le plus de probl\u00e8mes. Les concepteurs ont purement et simplement interdit l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la terrasse et sa construction, ce qui d&#8217;ailleurs constitue une atteinte aux modes de vie et de construction en vigueur dans le pays :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(41) <em>estime qu&#8217;il manque des escaliers pour mener \u00e0 la terrasse.<\/em><\/p>\n<p>(43) <em>consid\u00e8re la terrasse et son acc\u00e8s comme dangereux.<\/em><\/p>\n<p>Les habitants de Moulay Rachid ont donc contourn\u00e9 l&#8217;interdiction concernant l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la terrasse et son utilisation. Et trois ans apr\u00e8s le d\u00e9but de l&#8217;op\u00e9ration de recasement, les terrasses de Moulay Rachid (particuli\u00e8rement des groupes 2 et 4) ont des reflets de t\u00f4le ondul\u00e9e en plus du linge flottant. De plus en plus visible, la cabane de zinc <strong><a href=\"\/reda\/#5%20Sur\" name=\"5\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"5\">5<\/a><\/strong> r\u00e9appara\u00eet parce que, pensons-nous, rien n&#8217;a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu pour l&#8217;utilisation de la terrasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de la transformation du plan initial, l&#8217;utilisation de la terrasse constitue un revers flagrant pour les concepteurs. Mais la transformation a touch\u00e9 \u00e9galement l&#8217;am\u00e9nagement int\u00e9rieur, o\u00f9 cette fois-ci il \u00e9tait permis diverses dispositions des pi\u00e8ces. Ainsi pour l&#8217;\u00e9tage, une pi\u00e8ce a initialement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vue pour la salle de bain. Or on a pu observer que dans plusieurs habitations de Moulay Rachid, la salle de bain \u00e0 l&#8217;\u00e9tage n&#8217;existe pas. On a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ajouter une pi\u00e8ce d&#8217;habitation, et pour ce qui est de la salle d&#8217;eau, elle est combin\u00e9e en douche et W-C dans un r\u00e9duit situ\u00e9 sous l&#8217;escalier menant \u00e0 la terrasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&#8217;autres am\u00e9nagements du m\u00eame type sont entrepris pour la cuisine ou la salle d&#8217;eau par exemple, et ce, toujours dans le m\u00eame but : pour la famille nombreuse, il s&#8217;agit de d\u00e9gager un maximum de pi\u00e8ces d&#8217;habitation et de rel\u00e9guer les fonctions de cuisine et de salle d&#8217;eau dans la cour <strong><a href=\"\/reda\/#6%20Pour\" name=\"6\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"6\">6<\/a><\/strong> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Dans le cas de la maison de<\/em> (37), <em>la pi\u00e8ce r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l&#8217;origine pour la cuisine fait office de chambre pour les parents et quatre de leurs enfants. La cuisine se fait dans la cour. Cet agencement s&#8217;est impos\u00e9 du fait que la famille n&#8217;a toujours pas les moyens pour agrandir la maison (en construisant l&#8217;\u00e9tage).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4. Les nouveaux probl\u00e8mes des habitants de la cit\u00e9 Moulay Rachid<\/strong><br \/>\nPr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la population bidonvilloise de karyan Ben M&#8217;sik habite maintenant Hay Moulay Rachid. Par l&#8217;op\u00e9ration de recasement, le karyaniste initial est devenu administrativement parlant un citadin ; l&#8217;eau courante, l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 et l&#8217;habitat privatif conf\u00e8rent dor\u00e9navant \u00e0 l&#8217;habitant, en m\u00eame temps qu&#8217;un statut, ses nouvelles contraintes ; traites mensuelles du logement et factures d&#8217;eau et d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9. Ce qui aboutit \u00e0 un constat in\u00e9vitable, les habitants sont en crise de budget. Nous sommes donc en pr\u00e9sence d&#8217;une situation qui est exactement \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9 de celle esp\u00e9r\u00e9e par la Banque Mondiale : \u00e0 savoir la possibilit\u00e9 d&#8217;une meilleure int\u00e9gration dans les circuits \u00e9conomiques de la ville par une priorit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 l&#8217;am\u00e9lioration de l&#8217;habitat qui induirait une meilleure int\u00e9gration \u00e0 la ville, l&#8217;emploi, et donc une hausse du niveau de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs facteurs participent \u00e0 la baisse du niveau de vie des habitants de la Cit\u00e9 Moulay Rachid. La raison principale est le paiement des traites mensuelles du logement, de l&#8217;eau et de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(41) ; <em>&#8220;avant, le probl\u00e8me \u00e9tait que nous n&#8217;avions ni eau courante ni \u00e9lectricit\u00e9. Maintenant, le probl\u00e8me c&#8217;est qu&#8217;il faut payer r\u00e9guli\u00e8rement les factures d&#8217;eau et d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Cette r\u00e9action assez courante peut s&#8217;expliquer par la non-int\u00e9gration au milieu urbain, en d\u00e9pit du recasement des bidonvillois, ou pis encore, elle peut traduire une r\u00e9elle pauvret\u00e9 ou une mentalit\u00e9 d&#8217;assist\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(45) ; <em>le probl\u00e8me nouveau de Moulay Rachid est la question de la planification des revenus. Au karyan, le salaire du chef de famille suffisait pour nourrir la famille, aussi l&#8217;approvisionnement se faisait au jour le jour. Tandis qu&#8217;\u00e0 Moulay Rachid, le salaire doit couvrir en plus de l&#8217;alimentation, les frais d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 et d&#8217;eau, ceux de la construction et de la scolarit\u00e9. Maintenant, il faut apprendre \u00e0 pr\u00e9voir et g\u00e9rer le budget familial.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les autres raisons qui participent \u00e0 l&#8217;abaissement du niveau de vie sont li\u00e9es \u00e0 la situation du quartier Moulay Rachid. La cit\u00e9 Moulay Rachid \u00e9tant tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e du reste de la ville, et les march\u00e9s d&#8217;alimentation faisaient toujours d\u00e9faut (en 1989), l&#8217;alimentation, par exemple, co\u00fbte plus cher \u00e0 Moulay Rachid :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(8) ; <em>la situation \u00e9conomique de la famille est en r\u00e9gression compte tenu du revenu limit\u00e9 de son p\u00e8re et de la chert\u00e9 de la vie \u00e0 Moulay Rachid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(61) ; <em>Au niveau \u00e9conomique la situation est plus difficile du fait de l&#8217;\u00e9loignement du quartier, et de l&#8217;absence de magasins. Mais surtout \u00e0 cause des factures qui tombent chaque mois et qui font par exemple qu&#8217;il est difficile d&#8217;acheter tout ce dont son fils a besoin pour l&#8217;\u00e9cole (cahiers, cartable, habits, etc.,&#8230;). &#8220;Le trou est maintenant plus grand que la terre&#8221;&#8230;<\/em><\/p>\n<p>N&#8217;oublions pas l\u00e0 aussi que le budget familial est grandement touch\u00e9 par les co\u00fbts de finition de la nouvelle maison :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(58), <em>retrait\u00e9 et vendeur au d\u00e9tail de friandises, consid\u00e8re la construction comme un probl\u00e8me nouveau, vu qu&#8217;elle demande beaucoup d&#8217;argent et qu&#8217;elle dure en g\u00e9n\u00e9ral tr\u00e8s longtemps. A ajouter \u00e0 cela les factures d&#8217;eau, d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 et la traite du loyer, cela fait beaucoup. Dans ces conditions, &#8220;il est difficile de recevoir un invit\u00e9&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet appauvrissement des m\u00e9nages s&#8217;explique aussi par le fait que la construction de la cit\u00e9 n&#8217;a pas imm\u00e9diatement \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e de projets visant \u00e0 promouvoir l&#8217;emploi <strong><a href=\"\/reda\/#7%20La\" name=\"7\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"7\">7<\/a><\/strong>, et par l\u00e0 m\u00eame le niveau de vie des habitants :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(37) <em>consid\u00e8re que les probl\u00e8mes \u00e0 Moulay Rachid sont essentiellement d&#8217;ordre \u00e9conomique, et cela pourrait se r\u00e9sumer principalement \u00e0 la question de l&#8217;emploi. Son p\u00e8re, ouvrier textile retrait\u00e9 en 1985, per\u00e7oit de maigres revenus. N\u00e9anmoins, ceux-ci suffisaient lorsque la famille habitait le bidonville. Maintenant, le paiement des traites de la maison et les frais de construction (le rez-de-chauss\u00e9e n&#8217;est pas encore achev\u00e9, le premier \u00e9tage n&#8217;est pas encore commenc\u00e9) gr\u00e8ve lourdement le budget de la maison. Il arrive souvent au p\u00e8re de<\/em> (37) <em>de payer les traites avec 4 \u00e0 5 mois de retard, ce qui se traduit par des hausses d&#8217;int\u00e9r\u00eat du cr\u00e9dit C.I.H.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9gression \u00e9conomique des habitants de Moulay Rachid se ressent directement au niveau de l&#8217;alimentation. On se nourrit moins bien \u00e0 Moulay Rachid qu&#8217;\u00e0 karyan Ben M&#8217;sik :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(53) ; <em>&#8220;au bidonville, la vie \u00e9tait belle on mangeait bien. Ici, on n&#8217;arrive pas \u00e0 \u00e9conomiser de l&#8217;argent et il y a des jours o\u00f9 l&#8217;on mange tr\u00e8s peu.<br \/>\n(&#8230;) On a honte de recevoir un invit\u00e9 <\/em><strong><a href=\"\/reda\/#8%20Il\" name=\"8\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"8\">8<\/a><\/strong><em>&#8220;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(51) ; <em>&#8220;tu voudrais acheter un kilo de viande, et finalement tu dois garder cet argent pour payer une traite&#8221;.<br \/>\nEt depuis huit mois il n&#8217;a plus l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 suite \u00e0 une facture \u00e9lev\u00e9e rest\u00e9e impay\u00e9e. &#8220;Ici, il faut oublier ton ventre pour payer les factures&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;autre grand probl\u00e8me que les habitants de Moulay Rachid (et plus particuli\u00e8rement les jeunes) \u00e9voquent, c&#8217;est celui des transports, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment de leur insuffisance. Ainsi, en 1989, la cit\u00e9 Moulay Rachid est desservie par une ligne r\u00e9guli\u00e8re de bus, mais la fr\u00e9quence des passages du bus est faible, et concerne plus les horaires des facult\u00e9s de lettres et de science de Ben M&#8217;sik que la cit\u00e9 proprement dite. Il faut comprendre que la cit\u00e9 Moulay Rachid (plus particuli\u00e8rement les groupes 5 et 6) est \u00e0 l&#8217;extr\u00eame p\u00e9riph\u00e9rie de Ben M&#8217;sik (et du reste de la ville) :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(41) <em>affirme que probl\u00e8me num\u00e9ro 1 pour les habitants du groupe 6, c&#8217;est le transport. Pour la moindre course il faut descendre en ville. Alors qu&#8217;au bidonville, il \u00e9tait beaucoup plus facile de se rendre au centre-ville.<br \/>\nMaintenant il se sent \u00e9loign\u00e9 de la ville, comme s&#8217;il habitait en-dehors de la ville. Mais il esp\u00e8re que &#8220;la ville va finir par venir jusqu&#8217;ici&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(45) ; <em>Le transport public reste insuffisant, &#8220;malgr\u00e9 la privatisation et le d\u00e9veloppement des nouvelles lignes de transport&#8221;. &#8220;La distance est plus grande maintenant entre notre quartier et la ville&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question du co\u00fbt de transport entre elle aussi en ligne de compte. Parce qu&#8217;elles sont moins ch\u00e8res, les cal\u00e8ches sont aussi utilis\u00e9es pour des petits d\u00e9placements. Le transport, mais aussi les \u00e9quipements sociaux les plus \u00e9l\u00e9mentaires manquaient toujours \u00e0 la cit\u00e9 en 1989. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, <em>tous <\/em>les habitants interview\u00e9s disaient \u00e0 l&#8217;\u00e9poque manquer de four, hammam, mosqu\u00e9e, souq, dispensaire, maison des jeunes, commissariat, etc.,&#8230; Mais \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de notre enqu\u00eate, des magasins \u00e9taient alors en construction un peu partout au sein de la cit\u00e9, avant d&#8217;\u00eatre mis en vente par les promoteurs du Projet Ben M&#8217;sik.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(43)<em> explique que le four le plus proche se trouve \u00e0 1 kilom\u00e8tre de chez lui (Moulay Rachid, groupe 5). Aussi &#8220;il faut que le transport arrive jusqu&#8217;\u00e0 nos maisons&#8221;, mais \u00e9galement que le quartier se dote de souq (bon march\u00e9), d&#8217;un commissariat, d&#8217;\u00e9coles, d&#8217;une biblioth\u00e8que et d&#8217;une maison des jeunes.<\/em><\/p>\n<p>En dernier lieu, la question de la s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9occupe grandement les habitants de la cit\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(38) <em>consid\u00e8re que le quartier n&#8217;est pas s\u00fbr. &#8220;La police \u00e9vite d&#8217;entrer \u00e0 Moulay Rachid&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(58) ; <em>le manque de s\u00e9curit\u00e9 est tel qu&#8217;il conna\u00eet plusieurs maisons de Moulay Rachid qui ont \u00e9t\u00e9 cambriol\u00e9es. &#8220;Au karyan, tu pouvais quitter ta baraque sans que personne ne te vole, ici, ce n&#8217;est pas possible&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La comparaison avec la situation ant\u00e9rieure montre \u00e9galement que la question de la s\u00e9curit\u00e9 devient pr\u00e9pond\u00e9rante une fois devenu propri\u00e9taire d&#8217;un logement en dur. Les \u00e9quipements d&#8217;une baraque sont plus rudimentaires que ceux d&#8217;une maison, aussi le r\u00e9flexe de la s\u00e9curit\u00e9 <strong><a href=\"\/reda\/#9%20Ce\" name=\"9\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"9\">9<\/a><\/strong> est nettement plus d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 la cit\u00e9 Moulay Rachid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5. Les risques <\/strong><br \/>\nEn milieu bidonvillois, le discours sur le risque est manifeste. D\u00e8s lors que sont abord\u00e9es les conditions d&#8217;habitat, le risque principal est toujours d\u00e9fini : le feu <strong><a href=\"\/reda\/#10%20%22\" name=\"10\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"10\">10<\/a> <\/strong>. Ennemi redoutable de la baraque, le feu cr\u00e9e cette peur qui habite constamment les bidonvillois :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(7) ; <em>&#8220;que Dieu nous prot\u00e8ge du feu&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(18) ; <em>&#8220;vivre dans le bidonville (&#8230;) c&#8217;est vivre avec la peur du feu et les probl\u00e8mes d&#8217;eau et d&#8217;\u00e9clairage&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19) ; <em>&#8220;une seule peur : le feu. C&#8217;est quelque chose qui ne nous fait pas dormir tranquilles&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>(47) ; <em>la peur de l&#8217;incendie reste la principale pr\u00e9occupation en ce qui concerne l&#8217;habitat.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La peur du feu s&#8217;entretient \u00e0 partir de l&#8217;exp\u00e9rience qu&#8217;ont eu les habitants de ces incendies survenus \u00e9pisodiquement \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik, ou m\u00eame dans d&#8217;autres bidonvilles de la ville :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour <\/em>(25),<em> l&#8217;\u00e9v\u00e9nement le plus marquant du karyan qu&#8217;il ait eu l&#8217;occasion de voir aura \u00e9t\u00e9 un incendie.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(5) <em>redoute avant tout le danger du feu : le jour de l&#8217;a\u00efd el kebir de 1989, un incendie s&#8217;est d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 3 heures du matin au bloc 19 : 30 baraques ont br\u00fbl\u00e9.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(24) ; <em>&#8220;notre baraque du bloc 17 \u00e9tait bien faite, celle du bloc 3 \u00e9tait en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat&#8221;. Il a fallu habiter quelques temps chez une tante le temps de la r\u00e9parer. Par la suite, elle a br\u00fbl\u00e9 au cours d&#8217;un incendie. La famille a malgr\u00e9 tout pu sauver l&#8217;essentiel de ses affaires gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;aide des voisins venus ma\u00eetriser le feu. Trois ans apr\u00e8s, alors que toute la famille se trouvait au bled, un nouvel incendie s&#8217;est d\u00e9clar\u00e9. Cette fois-ci, tout a br\u00fbl\u00e9. Les autorit\u00e9s publiques les ont alors aid\u00e9 \u00e0 reconstruire leur baraque en fournissant de la t\u00f4le et du bois. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s notre enqu\u00eate \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik, nous avons appris qu&#8217;un violent incendie s&#8217;\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 au cours de l&#8217;\u00e9t\u00e9 1990, et un bon nombre de baraques du bloc 16 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La baraque appara\u00eet particuli\u00e8rement pr\u00e9caire lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;\u00e9valuer le danger du feu. Par mesure de pr\u00e9vention, les habitants prennent malgr\u00e9 tout certaines pr\u00e9cautions d&#8217;usage :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La famille de<\/em> (13) <em>\u00e9vite d&#8217;utiliser le butagaz en \u00e9t\u00e9, du fait du manque d&#8217;a\u00e9ration de la baraque et du risque d&#8217;accident qui peut en d\u00e9couler.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par peur de l&#8217;incendie, (12) <em>et <\/em>(65) <em>cachent les titres de propri\u00e9t\u00e9s de leurs baraques&#8230;en dehors du bidonville.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois \u00e9valu\u00e9 le danger principal de l&#8217;habitat, la famille bidonvilloise \u00e9voque un autre fl\u00e9au qui la menace en permanence, celui de la prolif\u00e9ration des rats <strong><a href=\"\/reda\/#11%20Ce\" name=\"11\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"11\">11<\/a><\/strong>. Ceux-ci s&#8217;attaquent aux effets personnels de la famille, et ils constituent un danger r\u00e9el pour les enfants en bas \u00e2ge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(7) ; <em>depuis que sa famille a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9e au bloc 3, le p\u00e8re de (7) a fait d\u00e9m\u00e9nager en-dehors du bidonville tous les effets personnels auxquels la famille attache de l&#8217;importance. Il veut \u00e9viter que les rats n&#8217;endommagent leurs affaires.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(18) ; <em>&#8220;Vivre dans le bidonville, c&#8217;est vivre avec les rats, les chats et la salet\u00e9&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19) ; <em>&#8220;(&#8230;) et la nuit tu as droit au match des taupes&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(73) <em>\u00e9voque le probl\u00e8me des rats : &#8220;ils font peur, surtout pour ceux qui, comme moi, ont des enfants en bas \u00e2ge&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(66) <em>dit avoir \u00e9t\u00e9 une fois mordue par un rat.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Viennent ensuite les maux sociaux qui accentuent le risque dans le milieu bidonvillois. Ici, les habitants \u00e9voquent essentiellement la drogue et la d\u00e9linquance. Ces maux sociaux sont inh\u00e9rents (mais non exclusifs) aux conditions de vie du karyan .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(25), <em>\u00e9tudiant universitaire en troisi\u00e8me ann\u00e9e d&#8217;histoire-g\u00e9ographie : &#8220;L\u00e0 o\u00f9 il y a des bidonvilles, il y a de la d\u00e9linquance.&#8221;<\/em><\/p>\n<p>(32) ; <em>&#8220;tout le monde a des probl\u00e8mes. Et les jeunes, pour se reposer, cherchent \u00e0 perdre conscience avec la drogue et l&#8217;alcool. Jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;ils se d\u00e9traquent et qu&#8217;ils ne &#8220;captent&#8221; plus rien&#8221;. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(47) <em>sage-femme habitant karyan El Massira se plaint que les jeunes filles soient importun\u00e9es par les voyous du karyan.<\/em><\/p>\n<p>(48) ; <em>&#8220;il y a de mauvaises habitudes, les gamins te sortent maintenant des couteaux, ou bien &#8220;&#8221;sniffent&#8221;&#8221; du silicium pour &#8220;capter M\u00e9di 1&#8243;&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(63) <em>dit qu&#8217;un de ses voisins \u00e2g\u00e9 a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 au couteau dans sa baraque et que son agresseur vient r\u00e9guli\u00e8rement le menacer au cas o\u00f9 il se plaindrait \u00e0 la police. &#8220;Ici, tout le monde a peur des vengeances&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois \u00e9voqu\u00e9e la proximit\u00e9 objective entre conditions d&#8217;habitat et maux sociaux, il s&#8217;agit malgr\u00e9 tout de relativiser ce constat, car il n&#8217;est pas possible d&#8217;identifier le bidonville comme un milieu sp\u00e9cifique \u00e0 la drogue et \u00e0 la d\u00e9linquance. L&#8217;habitant peut alors avoir du recul pour r\u00e9fl\u00e9chir sur les probl\u00e8mes sociaux de son quartier :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(3) <em>estime que &#8220;la jeunesse bidonvilloise est consciente de ses probl\u00e8mes, mais elle n&#8217;a pas la possibilit\u00e9 de s&#8217;en sortir&#8230; La plupart des jeunes du bloc 3 sont devenus des so\u00fblards&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En formulant express\u00e9ment la source des maux sociaux de son quartier, le bidonvillois fournit en m\u00eame temps un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse pour ce qui peut freiner leur d\u00e9veloppement :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(29) ; <em>&#8220;la cause de la violence, c&#8217;est la drogue et l&#8217;alcool, et la police ne vient pas faire de surveillance r\u00e9guli\u00e8re dans le bidonville&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les habitants sont en majorit\u00e9 pour une surveillance accrue de leur quartier. En effet, ceux-ci \u00e9tablissent un lien de cause \u00e0 effet entre la pr\u00e9sence de forces de l&#8217;ordre et la s\u00e9curit\u00e9 collective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est du constat que la drogue et la d\u00e9linquance ne sont pas des ph\u00e9nom\u00e8nes end\u00e9miques dans le milieu bidonvillois, un jeune habitant du bloc 3 cherche \u00e0 dater l&#8217;apparition de ces ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(74) ; <em>&#8220;la drogue, l&#8217;alcool et la d\u00e9linquance des jeunes sont apparus avec la g\u00e9n\u00e9ration n\u00e9e dans les ann\u00e9es 60&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Poursuivant la m\u00eame analyse, un karyaniste de longue date tente d&#8217;analyser comment l&#8217;expression de la violence a pu changer dans le milieu bidonvillois :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(30)<em> est arriv\u00e9 \u00e0 Casablanca en 1943. Il a v\u00e9cu dans plusieurs bidonvilles de la ville. Pour lui, la soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise du temps de la r\u00e9sistance \u00e9tait bien meilleure que celle d&#8217;aujourd&#8217;hui. Il y avait du respect ; &#8220;je ne fumais pas devant mon p\u00e8re, alors qu&#8217;aujourd&#8217;hui, le fils rentre saoul chez son p\u00e8re.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;\u00e9tait l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 il y avait encore de la &#8220;tendresse&#8221; (hanana) entre les gens : il n&#8217;y avait pas de meurtres, pas de probl\u00e8mes de d\u00e9linquance, de haschich et d&#8217;alcool. S&#8217;il arrivait qu&#8217;il y ait une bagarre, les gens se battaient \u00e0 coups de poing. Et d\u00e8s le lendemain, ils se r\u00e9conciliaient. On ne sortait pas les couteaux comme on le fait aujourd&#8217;hui&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les maux sociaux ont d&#8217;ailleurs desservi la soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise par la caricature qui en a \u00e9man\u00e9 au sein de l&#8217;opinion publique, \u00e9vacuant la normalit\u00e9 \u00e0 laquelle les habitants aspirent profond\u00e9ment. Consciente du clich\u00e9 r\u00e9pandu<em> bidonville = drogue, d\u00e9linquance et criminalit\u00e9,<\/em> telle jeune m\u00e8re de famille n&#8217;h\u00e9sitera pas \u00e0 nier l&#8217;existence des probl\u00e8mes sociaux :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(66) ; <em>&#8220;je ne vois rien de sp\u00e9cial, il n&#8217;y a pas de voyous. C&#8217;est une fausse r\u00e9putation&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>A ce propos il est int\u00e9ressant de voir ce que disent d&#8217;anciens bidonvillois d\u00e9sormais recas\u00e9s \u00e0 propos de ces m\u00eames probl\u00e8mes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(38) ; <em>Il ne se consid\u00e8re pas comme un vrai bidonvillois et n&#8217;appr\u00e9cie gu\u00e8re ce milieu social. &#8220;Mais la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9tait plus grande au karyan, malgr\u00e9 le probl\u00e8me de la drogue&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est du quartier de Moulay Rachid, il a entendu parler de maisons vol\u00e9es r\u00e9cemment. &#8220;Dans ce quartier, il y a des maisons o\u00f9 les femmes se prostituent et o\u00f9 on vend de l&#8217;alcool. Il n&#8217;y a pas de respect entre les jeunes du quartier, et ils n&#8217;ont aucune occupation. Les autorit\u00e9s ont remplac\u00e9 le zinc avec du dur et c&#8217;est tout&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(41) ; <em>Du point de vue de la d\u00e9linquance et de la s\u00e9curit\u00e9 collective, &#8220;c&#8217;est la m\u00eame situation qu&#8217;au bidonville&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(45) <em>note une augmentation de la d\u00e9linquance chez les jeunes de Moulay Rachid en raison du ch\u00f4mage, de l&#8217;inactivit\u00e9 sociale et de l&#8217;\u00e9loignement du quartier. Il constate \u00e9galement que les jeunes d\u00e9linquants ne se g\u00eanent plus pour boire de l&#8217;alcool en public, alors qu&#8217;au bidonville, il y avait malgr\u00e9 tout une certaine discr\u00e9tion. Pour les jeunes ch\u00f4meurs, l&#8217;alcool et la drogue sont de nouvelles habitudes qui se g\u00e9n\u00e9ralisent de plus en plus. Toutefois, il constate l&#8217;apparition d&#8217;une &#8220;mode&#8221; (dahira) positive, l&#8217;Islam. Il esp\u00e8re que ce ph\u00e9nom\u00e8ne va se d\u00e9velopper pour am\u00e9liorer la vie sociale du quartier. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce t\u00e9moignage sur les probl\u00e8mes sociaux et l&#8217;apparition d&#8217;un islam nouveau est important. Il nous indique une des voies alternatives susceptibles d&#8217;agir au sein de l&#8217;espace urbain. L&#8217;interview\u00e9 consid\u00e8re ce ph\u00e9nom\u00e8ne comme une voie capable d&#8217;endiguer les maux de son quartier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon un autre jeune de la cit\u00e9, le probl\u00e8me social est en nette aggravation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(51) ; <em>&#8220;la d\u00e9linquance a augment\u00e9 \u00e0 Moulay Rachid&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au dire des habitants de Moulay Rachid, le probl\u00e8me de la d\u00e9linquance dans leur quartier est donc rest\u00e9 entier, s&#8217;il n&#8217;a pas empir\u00e9 de mani\u00e8re significative <strong><a href=\"\/reda\/#12%20Ainsi\" name=\"12\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"12\">12<\/a><\/strong>. On peut donc dire que la r\u00e9flexion sur l&#8217;habitat et le milieu bidonvillois \u00e0 Ben M&#8217;sik, telle qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e par les urbanistes casablancais, n&#8217;a pas encore touch\u00e9 les probl\u00e8mes sociaux de la population. L&#8217;on peut alors, \u00e0 ce stade, se permettre d&#8217;entrevoir, si rien de cons\u00e9quent n&#8217;est fait au niveau de l&#8217;emploi et de l&#8217;\u00e9ducation dans les quelques ann\u00e9es qui viennent, des perspectives similaires \u00e0 celles issues d&#8217;un autre exode, et qui se joue actuellement dans des banlieues de &#8220;pays d&#8217;accueil&#8221;. S&#8217;il n&#8217;y a pas un v\u00e9ritable Projet Social au sein m\u00eame du Projet Ben M&#8217;sik, il n&#8217;est pas impossible d&#8217;imaginer que la cit\u00e9 Moulay Rachid ne se transforme en ghetto urbain, du fait de l&#8217;existence d&#8217;une jeunesse d\u00e9soeuvr\u00e9e et sans perspective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>6. De quelques faits divers<\/strong><br \/>\nLorsque les interview\u00e9s parlent de l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9, de la drogue et de la d\u00e9linquance dans leur quartier, il arrive qu&#8217;ils citent des faits divers survenus dans une p\u00e9riode r\u00e9cente. Ce faisant, il s&#8217;agit pour eux de d\u00e9montrer que sous les bienveillantes apparences de la solidarit\u00e9 sociale, le risque est omnipr\u00e9sent. Les faits divers sont alors cit\u00e9s comme des preuves \u00e0 l&#8217;appui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Personnellement, nous assist\u00e2mes une fois seulement \u00e0 un accroc assez s\u00e9rieux. Et cela arriva le jour o\u00f9 nous p\u00e9n\u00e9tr\u00e2mes pour la premi\u00e8re fois au bloc 3, fameux bloc &#8220;\u00e0 probl\u00e8mes&#8221;. A un moment donn\u00e9, un incident \u00e9clata. Des cris et des insultes provenaient d&#8217;une ruelle parall\u00e8le ; au virage d\u00e9bouche un homme courant \u00e0 toutes enjamb\u00e9es. Ses bras et sa chemise sont ensanglant\u00e9s, mais voil\u00e0 qu&#8217;un deuxi\u00e8me homme court apr\u00e8s lui, un grand couteau de cuisine (<em>janoui<\/em>) \u00e0 la main, pr\u00e9c\u00e9dant une horde de femmes et de gosses qui les suivent en hurlant. Tout la ruelle d\u00e9file ainsi. En franchissant le mur d&#8217;enceinte du bloc 3 donnant sur Dar el Khalifa, le mouvement de foule s&#8217;essouffle. Entre-temps, beaucoup d&#8217;habitants sont sortis de leurs baraques pour rejoindre le groupe en conflit. Visiblement ce sont deux familles qui s&#8217;affrontent, group\u00e9e chacune autour d&#8217;un fils rebelle, pour une histoire de vol. Quelques hommes interviennent, arbitrant le conflit. La foule revient petit \u00e0 petit vers le bloc, les deux hommes, auteurs de ce petit drame, se sont calm\u00e9s, ils portent au visage multiples cicatrices, t\u00e9moins de nombreuses rixes au couteau. Les deux gars sont relay\u00e9s par les groupes de femmes qui prolongent la dispute en palabres empoisonn\u00e9es et en lamentations symboliques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la vie quotidienne du Karyan, ce genre d&#8217;incident reste malgr\u00e9 tout un \u00e9v\u00e9nement isol\u00e9. Quant aux faits divers rapport\u00e9s par les interview\u00e9s, ils concernent des morts d&#8217;hommes survenues dans les circonstances les plus diverses :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(7) <em>rapporte le fait que dans les 109 logements vides de Moulay Rachid, on a retrouv\u00e9 le cadavre d&#8217;un enfant de 7 ans.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon (29), <em>en septembre 1989, des habitants de karyan El Massira ont trouv\u00e9 le corps d&#8217;une jeune fille dans des canalisations d&#8217;\u00e9gouts en construction dans le bidonville. Le cadavre n&#8217;avait pas de t\u00eate, de sorte qu&#8217;il \u00e9tait difficile d&#8217;identifier la victime. Aussit\u00f4t d\u00e9couverte, les habitants ont pr\u00e9venu la police. Celle-ci n&#8217;est arriv\u00e9e sur les lieux que trois jours apr\u00e8s.<\/em><\/p>\n<p>Les bidonvillois se plaignent justement de l&#8217;absence des forces de l&#8217;ordre au sein du bidonville, car cela contribue selon eux \u00e0 faire de ce lieu une zone franche de la violence et de l&#8217;ill\u00e9galit\u00e9. Les habitants rejettent implicitement la responsabilit\u00e9 de cet \u00e9tat de fait sur les autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(29) <em>\u00e9voquera aussi la mort d&#8217;un gar\u00e7on survenue en 1987 apr\u00e8s une dispute devant la fontaine publique. De m\u00eame derni\u00e8rement, pour une affaire de quatre dirhams, des jeunes se sont bagarr\u00e9s et cela s&#8217;est termin\u00e9 par la mort de l&#8217;un d&#8217;entre eux<\/em> <strong><a href=\"\/reda\/#13%20Ev%E9nement\" name=\"13\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"13\">13<\/a><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En faisant \u00e9tat de ce drame, ce jeune de karyan El Massira cherche \u00e0 montrer la futilit\u00e9 de certaines disputes entre bidonvillois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La violence marque \u00e9galement l&#8217;histoire de karyan Ben M&#8217;sik. Ainsi des \u00e9meutes de juin 1981, o\u00f9 les bidonvillois ont gard\u00e9 le souvenir de morts violentes lors des affrontements avec les forces de l&#8217;ordre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(48) <em>se rappelle avoir vu un de ses voisins mourir devant ses yeux lors des \u00e9meutes de juin 1981.<\/em><\/p>\n<p>Il faut maintenant consid\u00e9rer le fait d&#8217;\u00eatre catalogu\u00e9 comme habitant de Ben M&#8217;sik, c&#8217;est-\u00e0-dire comme r\u00e9sident d&#8217;un quartier \u00e0 risque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>7. \u00catre catalogu\u00e9 comme habitant de Ben M&#8217;sik<\/strong><br \/>\nN&#8217;\u00e9tant pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 des quartiers populaires de Casablanca, karyan Ben M&#8217;sik poss\u00e8de une population habitu\u00e9e \u00e0 circuler dans les divers quartiers de la ville. Pour les jeunes par exemple, les descentes au centre-ville constituent un moment important de loisirs. Familiers de la ville, les bidonvillois se savent n\u00e9anmoins per\u00e7us diff\u00e9remment. Trop longtemps marginalis\u00e9s par la repr\u00e9sentation citadine (comme &#8220;ceux qui vivent derri\u00e8re le soleil&#8221;), les karyanistes propuls\u00e9s sur le devant de la sc\u00e8ne par la crise urbaine affrontent les clich\u00e9s sociologiques. Une identit\u00e9 en n\u00e9gatif est produite par la confrontation avec le milieu social urbain. Mais elle est selon nous positive dans la prise de conscience. Arrif au contraire ne veut y voir qu&#8217;un stigmate n'&#8221;op\u00e9rant que dans les situations relationnelles, de face \u00e0 face&#8221; qui se renforcera encore plus apr\u00e8s le &#8220;passage pr\u00e9caire&#8221; par le recasement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&#8217;apr\u00e8s certains, le bidonville de Ben M&#8217;sik est tr\u00e8s connu au-del\u00e0 de sa zone, mais sa notori\u00e9t\u00e9 reste forc\u00e9ment inscrite dans une vision p\u00e9jorative :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(3)<em> souffre de la mauvaise image de Karyan Ben M&#8217;sik, cette r\u00e9putation tra\u00eene selon lui dans tout le Maroc.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut savoir que Karyan Ben M&#8217;sik n&#8217;a \u00e9t\u00e9 propuls\u00e9 au-devant de l&#8217;actualit\u00e9 nationale que lors des \u00e9meutes de juin 1981. D&#8217;o\u00f9 la raison principale, pensons-nous, de sa &#8220;c\u00e9l\u00e9brit\u00e9&#8221; dans tout le territoire national.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout en \u00e9tant conscient de l&#8217;image n\u00e9gative de son quartier, le jeune bidonvillois constate dans le m\u00eame temps qu&#8217;il peut en \u00eatre de m\u00eame pour d&#8217;autres quartiers de la ville. Et \u00e0 lui aussi de percevoir n\u00e9gativement d&#8217;autres quartiers populaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) <em>sent qu&#8217;il reste mal per\u00e7u lorsqu&#8217;il se trouve dans d&#8217;autres quartiers de Casablanca (Derb Kabir, Qahira, Fida). Mais, ajoute-t-il, lui aussi per\u00e7oit n\u00e9gativement les habitants de certains quartiers de la ville comme Derb Kabir et Hay Hassani.<\/em><\/p>\n<p>Ce jeune a une perception similaire \u00e0 celle que peuvent avoir d&#8217;autres habitants de la ville \u00e0 son encontre. Pour lui, le bidonville ne d\u00e9tient pas l&#8217;exclusivit\u00e9 des probl\u00e8mes sociaux. La ville est pleine de contradictions et de conflits sociaux qu&#8217;il faut appr\u00e9hender dans leur ensemble. A l&#8217;appui de sa th\u00e8se, le jeune bidonvillois \u00e9voque des attitudes courantes dans certains quartiers de la ville, que par ailleurs il rejette cat\u00e9goriquement :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19)<em> reconna\u00eet en partie la r\u00e9putation des bidonvillois de Ben M&#8217;sik. Mais lui aussi constate que dans la vieille ville, il y a des comportements inacceptables. &#8220;Il y a des filles qui fument des joints, boivent de l&#8217;alcool et qui font des choses qu&#8217;on ne voit pas \u00e0 Ben M&#8217;sik.&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il arrive \u00e9galement que le jeune de Ben M&#8217;sik se sente per\u00e7u normalement. Ce qu&#8217;il remet alors en question, c&#8217;est que la perception de son quartier se g\u00e9n\u00e9ralise \u00e0 partir d&#8217;individus ou d&#8217;\u00e9v\u00e9nements que lui consid\u00e8re comme isol\u00e9s :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(48) <em>se sent malgr\u00e9 tout bien per\u00e7u malgr\u00e9 le fait qu&#8217;il soit de Karyan Ben M&#8217;sik ; &#8220;un poisson pourri suffit \u00e0 g\u00e2cher tout le lot&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelquefois, la mauvaise image de Ben M&#8217;sik se confond \u00e9galement avec l&#8217;image de la pauvret\u00e9. Appara\u00eet alors le probl\u00e8me du rapprochement in\u00e9vitable entre pauvret\u00e9 et anomie. Cette perception se retrouvera parfois au sein d&#8217;une m\u00eame famille diss\u00e9min\u00e9e dans l&#8217;ensemble de la ville. Une rupture s&#8217;op\u00e8re de ce fait entre membres d&#8217;une m\u00eame famille, selon qu&#8217;il s&#8217;agisse de &#8220;citadins&#8221; ou de bidonvillois :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(73), <em>qui a plusieurs membres de sa famille install\u00e9s \u00e0 Casablanca, n&#8217;entretient plus de relations familiales. &#8220;Leur oeil est une balance, ils sont riches et nous sommes pauvres. Ils disent qu&#8217;ils ne veulent pas venir dans les bidonvilles&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Conditions sociales et conditions d&#8217;habitat pr\u00e9caire concourent alors \u00e0 un sentiment d&#8217;exclusion. Toutefois pour ne pas renforcer cette exclusion, le bidonvillois \u00e9vitera de mentionner sa provenance, ou son identit\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(4) ; <em>Parce que ses habits sont sales et d\u00e9chir\u00e9s, il se sent diff\u00e9rent des gens de la ville. Il \u00e9vite g\u00e9n\u00e9ralement de dire quel quartier il habite. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le m\u00eame sens, un jeune bidonvillois, pour \u00e9chapper au sentiment d&#8217;exclusion, pr\u00e9f\u00e8re adopter un comportement de dissimulation :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(5) <em>ne veut pas recevoir ses amis chez lui. Il d\u00e9clare avoir honte de sa condition sociale, m\u00eame si par ailleurs, il est tr\u00e8s social et ouvert au monde ext\u00e9rieur. Il est souvent re\u00e7u chez ses amis, mais il ne peut rendre l&#8217;invitation. Et si on lui demande o\u00f9 il habite, il r\u00e9pond qu&#8217;il est du quartier de Sbata. Il a fait expr\u00e8s d&#8217;inscrire dans ses papiers d&#8217;identit\u00e9 l&#8217;adresse de son fr\u00e8re \u00e0 Sbata, pour ne pas se faire rep\u00e9rer comme karyaniste de Ben M&#8217;sik. A propos du probl\u00e8me que pose sa condition bidonvilloise,<\/em> (5) <em>dit deux choses ; d&#8217;une part, il d\u00e9clare non sans assurance : &#8220;quand je me trouve en ville, personne ne peut deviner d&#8217;o\u00f9 je viens, ni par ma fa\u00e7on de parler ou de me comporter, ni par mon habillement&#8221; et d&#8217;autre part, au sujet du fait qu&#8217;il cache sa v\u00e9ritable origine, il affirme : &#8220;je ne mens pas, je m&#8217;embellis socialement&#8221; <\/em><strong><a href=\"\/reda\/#14%20...\" name=\"14\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"14\">14<\/a><\/strong>. <em>Tr\u00e8s sensible \u00e0 cet aspect des choses, il va jusqu&#8217;\u00e0 \u00e9viter de correspondre <\/em><strong><a href=\"\/reda\/#15%20L%27interview%E9\" name=\"15\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"15\">15<\/a> <\/strong><em>par courrier avec les jeunes. A part deux amis qui habitent eux aussi Karyan Ben M&#8217;sik, aucun de ses amis ne sait qui il est r\u00e9ellement.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce t\u00e9moignage est important. Il est r\u00e9v\u00e9lateur d&#8217;une tendance r\u00e9cente chez certains jeunes bidonvillois. Abdallah Zriqa le &#8220;po\u00e8te des bidonvilles&#8221; reprend la m\u00eame analyse et fait du &#8220;mensonge&#8221; (ou dissimulation) une caract\u00e9ristique socio-culturelle importante chez le jeune karyaniste. Tout le monde ment pour se cacher dans la ville et participer \u00e0 une &#8220;\u00e9trange com\u00e9die&#8221; constate l&#8217;\u00e9crivain <strong><a href=\"\/reda\/#16%20Le\" name=\"16\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"16\">16<\/a><\/strong>, mais la dissimulation du bidonvillois a quelque chose d&#8217;absolu dans sa volont\u00e9 d&#8217;effacer tout ce qui signale son origine. Or cette origine ne renvoie comme pour d&#8217;autres cas de dissimulation \u00e0 certains aspects ou pratiques d&#8217;un individu. Elle touche dans notre cas \u00e0 l&#8217;ensemble des caract\u00e9ristiques socio-\u00e9conomiques d&#8217;un habitant de la ville. Nous reviendrons plus en d\u00e9tail sur cette pratique \u00e9litaire chez les jeunes bidonvillois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>8. Traverser les beaux quartiers<\/strong><br \/>\nLorsqu&#8217;il fut demand\u00e9 aux interview\u00e9s de dire quelles \u00e9taient leurs impressions lorsqu&#8217;ils passaient devant les beaux quartiers, nous nous attendions \u00e0 ce qu&#8217;en majorit\u00e9, ils livrent leur perception des habitants de ces dits quartiers. Apr\u00e8s avoir consid\u00e9r\u00e9 le fait d&#8217;\u00eatre catalogu\u00e9 comme habitant de Ben M&#8217;sik, les interview\u00e9s devaient maintenant nous dire comment ils cataloguaient les habitants des beaux quartiers. En fait, la majorit\u00e9 des r\u00e9ponses obtenues rapportait surtout l&#8217;effet produit par ces quartiers sur les bidonvillois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les interview\u00e9s d\u00e9crivent un vertige, un sentiment d&#8217;abattement, voire un complexe d&#8217;inf\u00e9riorit\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(2) : <em>&#8220;c&#8217;est l\u00e0 que tu sens ton manque, tu te sens d\u00e9truit&#8221;, mais apr\u00e8s tout, &#8220;c&#8217;est normal, j&#8217;accepte la diff\u00e9rence entre les gens&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(69) ; <em>&#8220;tu oublies tout \u00e0 ce moment-l\u00e0, tu te sent complex\u00e9 et tu te demande pourquoi ce genre de vie n&#8217;est pas pour nous. Tu n&#8217;\u00e9prouves ni jalousie, ni haine&#8230; juste une interrogation&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>(23)<em> se sent d\u00e9pass\u00e9 par ce qu&#8217;il observe. il ressent un manque profond de tout ce qui fait la culture et l&#8217;\u00e9ducation des gens des beaux quartiers. Il sent une s\u00e9gr\u00e9gation de plus en plus marqu\u00e9e entre la classe riche et ceux de Ben M&#8217;sik par exemple.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains n&#8217;arrive pas \u00e0 d\u00e9passer cette premi\u00e8re impression, ils chercheront \u00e0 \u00e9viter de regarder ce qui ressemble par trop \u00e0 l&#8217;aisance et au luxe :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(5) <em>\u00e9vite de passer dans les beaux quartiers car il se sent alors envieux. &#8220;Mais Dieu en a voulu ainsi&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>(48) <em>souffre, baisse la t\u00eate et prie Dieu de l&#8217;aider.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(66) ; <em>&#8220;on soupire et on retourne chez nous&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&#8217;autres d\u00e9velopperont un ressentiment, consenti par la comparaison des conditions et du niveau de vie :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(29) ; <em>&#8220;regarde ce que Dieu leur a donn\u00e9, regarde ce que Dieu m&#8217;a donn\u00e9.&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(31) ;<em> &#8220;ces gens-l\u00e0 vivent dans le luxe, alors qu&#8217;\u00e0 Ben M&#8217;sik&#8230;&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(25) <em>y voit une contradiction ; &#8220;les habitants des beaux quartiers ont travaill\u00e9 et r\u00e9ussi dans leurs vies, tandis que les bidonvillois ont travaill\u00e9 et n&#8217;ont pas r\u00e9ussi&#8230;&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(9) ; <em>Au quartier d&#8217;Anfa, il ne voit qu&#8217;ostentation. L\u00e0-bas, il n&#8217;y a pas de simplicit\u00e9, pas de naturel. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En comparant des situations tout \u00e0 fait oppos\u00e9es, certains pr\u00e9f\u00e8rent faire montre d&#8217;humour noir :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(7) <em>\u00e9prouve alors une sensation bizarre : &#8220;parce que dans mon cas, je dois me battre de peur que l&#8217;on me prenne ma baraque&#8221;. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(18) <em>pense que la diff\u00e9rence reste grande entre Ben M&#8217;sik et les autres quartiers de la ville. &#8220;Certaines villas poss\u00e8dent un garage plus grand que ma baraque&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces comparaisons entre r\u00e9alit\u00e9s oppos\u00e9es aboutit parfois \u00e0 des projections momentan\u00e9es :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(64) <em>sur le moment, se sent complex\u00e9. Puis ensuite il essaie de vivre cet instant par procuration.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(4) <em>r\u00eave de vivre lui aussi comme &#8220;eux&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, il y ceux qui voient dans les beaux quartiers simplement des lieux de promenade :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(8) <em>aime aller se promener dans les beaux quartiers. Pour se changer les id\u00e9es, pour respirer un bon air et admirer le d\u00e9cor des belles maisons.<\/em><\/p>\n<p>(3) <em>va souvent \u00e0 Anfa pour voir de beaux paysages, des gens bien \u00e9lev\u00e9s, mais il ressent tout de m\u00eame de l&#8217;injustice lorsqu&#8217;il observe les enfant g\u00e2t\u00e9s des quartiers luxueux.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>9. A propos de la pr\u00e9fecture Ben M&#8217;sik-Sidi Othman<\/strong><br \/>\nLorsque les bidonvillois s&#8217;expriment sur le r\u00f4le de la pr\u00e9fecture de Ben M&#8217;sik-Sidi Othman, ils \u00e9mettent des avis divers sans \u00eatre s\u00fbrs de la nature exacte de la pr\u00e9fecture. La pr\u00e9fecture est tour \u00e0 tour charg\u00e9e de l&#8217;urbanisme, de la bureaucratie, en m\u00eame temps qu&#8217;elle est le si\u00e8ge central des autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est des interview\u00e9s du bloc 3, ils se montrent g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res vis-\u00e0-vis de l&#8217;action de la pr\u00e9fecture :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) ;<em> &#8220;il y a eu des changements positifs \u00e0 Ben M&#8217;sik, mais ils restent encore insuffisants : il y a toujours des bidonvilles \u00e0 Ben M&#8217;sik. En fait, la pr\u00e9fecture exploite les fonds destin\u00e9s aux bidonvillois, en plus de ceux que les habitants ont vers\u00e9 pour le recasement.&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Etant donn\u00e9 que les habitants du bloc 3 sont en quelque sorte les laiss\u00e9s-pour-compte de l&#8217;op\u00e9ration de recasement, on saisit mieux le ressentiment de certains d&#8217;entre eux :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(4) ; <em>&#8220;la pr\u00e9fecture n&#8217;a encore rien fait pour les bidonvillois&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(3) ; <em>&#8220;certaines choses ont chang\u00e9, mais la pr\u00e9fecture ne travaille que pour son propre int\u00e9r\u00eat. Pour les gens du bloc 3, la pr\u00e9fecture ne veut rien faire. Quand au jardin public, c&#8217;est un parc provisoire, en attendant d&#8217;y mettre \u00e0 sa place un lotissement&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>(7) ;<em> &#8220;le r\u00f4le de la pr\u00e9fecture ? Nous sommes toujours ici, les \u00e9gouts passent devant nos portes alors qu&#8217;il y a 109 maisons vides et abandonn\u00e9es \u00e0 Moulay Rachid &#8230;&#8221; <\/em><a href=\"\/reda\/#17%20Il\" name=\"17\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"17\">17<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les gens du bloc 3, il y a quelques-uns qui ne peuvent nier l&#8217;action entreprise en faveur des bidonvillois. Mais il se d\u00e9p\u00eacheront de pr\u00e9ciser qu&#8217;il faut y voir une autre explication, politique ou \u00e9conomique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(15) ; <em>&#8220;le d\u00e9placement des bidonvillois sert d&#8217;abord les int\u00e9r\u00eats de la pr\u00e9fecture&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(16) <em>consid\u00e8re que la pr\u00e9fecture ne s&#8217;int\u00e9resse aux probl\u00e8mes des bidonvillois que dans la mesure o\u00f9 elle y voit son propre int\u00e9r\u00eat, \u00e0 savoir un &#8220;but capitaliste&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(18) ; <em>&#8220;Ben M&#8217;sik a un peu chang\u00e9&#8230; Mais que fait en r\u00e9alit\u00e9 la pr\u00e9fecture pour les habitants si ce n&#8217;est pour son propre int\u00e9r\u00eat ?&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame pour les bidonvillois des autres blocs qui attendent le recasement, ils ne sont pas en mesure de voir les r\u00e9sultats positifs de la pr\u00e9fecture en ce qui concerne les bidonvilles. Pis, depuis que l&#8217;op\u00e9ration de recasement a d\u00e9but\u00e9, il n&#8217;est plus question de traiter les probl\u00e8mes en suspens dans le bidonville. Pour le bidonvillois, la situation reste d&#8217;autant plus pr\u00e9caire qu&#8217;il se sait en situation provisoire, et que rien de durable ne peut \u00eatre actuellement entrepris :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(63) ; <em>&#8220;la pr\u00e9fecture ne fait rien dans le bidonville. Il manque de tout ici. En \u00e9t\u00e9, la chaleur est infernale, et l&#8217;hiver il y a la pluie. Et puis il y a le danger permanent du feu&#8221;. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e8re de famille qui s&#8217;exprime l\u00e0 impute \u00e0 la pr\u00e9fecture jusqu&#8217;aux conditions climatiques du quartier bidonvillois. Au-del\u00e0 de l&#8217;aspect cocasse du commentaire, il faut savoir qu&#8217;il n&#8217;y a pas plus mauvais isolant thermique que le zinc et le bois combin\u00e9s. En second lieu, cette femme t\u00e9moigne ainsi de son statut d&#8217;assist\u00e9e, en nous laissant deviner la place et la responsabilit\u00e9 qu&#8217;elle accorde au r\u00f4le de l&#8217;\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce cas de figure, ce que les habitants retiennent en premier lieu c&#8217;est qu&#8217;ils ont pay\u00e9 le pr\u00e9financement de leur futur logement et que depuis, ils sont en situation d&#8217;attente :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(5) ; <em>&#8220;l&#8217;\u00c9tat ramasse des milliards des bidonvillois et ne fait rien pour eux&#8230; Z\u00e9ro&#8221;. Quant \u00e0 l&#8217;am\u00e9nagement de l&#8217;ensemble de la pr\u00e9fecture, il reconna\u00eet qu&#8217;un certain changement s&#8217;est op\u00e9r\u00e9 au niveau de certaines avenues et de certains terrains. &#8220;Il y a plus de jardins publics&#8230;Mais il manque les usines, et c&#8217;est la base la plus importante&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, les changements de l&#8217;am\u00e9nagement urbain sont volontiers reconnus, et m\u00eame appr\u00e9ci\u00e9s, mais ce qui pr\u00e9occupe notre interview\u00e9, c&#8217;est la question de l&#8217;emploi. Dans ce type de discours, on voudrait voir \u00e9tendre l&#8217;action de la pr\u00e9fecture pour tout ce qui touche aux conditions et au niveau de vie des habitants, \u00e0 savoir la question de l&#8217;emploi en m\u00eame temps que celle du logement :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(21) ; <em>&#8220;celui qui a une exp\u00e9rience de l&#8217;administration (par des proc\u00e8s, avec des juges ou en prison) ne peut avoir une opinion favorable de la pr\u00e9fecture, malgr\u00e9 le fait que ces derniers temps il y ait eu certains changements. Mais au niveau de l&#8217;emploi, la situation reste la m\u00eame.<br \/>\n(&#8230;) Seul le fils de Zerktouni <\/em><strong><a href=\"\/reda\/#18%20La\" name=\"18\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"18\">18<\/a><\/strong>,<em> lorsqu&#8217;il \u00e9tait encore \u00e0 Ben M&#8217;sik, faisait du bon travail&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19) ; <em>&#8220;On dit que c&#8217;est la meilleure pr\u00e9fecture de Casablanca, qu&#8217;elle a commenc\u00e9 \u00e0 s&#8217;organiser&#8230;Il y a une certaine am\u00e9lioration des avenues, des maisons et des terrains. Mais il manque l&#8217;organisation administrative. La majorit\u00e9 des bidonvillois a pay\u00e9 depuis 1982 pour des maisons qu&#8217;on leur avait promises. Nous voudrions savoir o\u00f9 est pass\u00e9 cet argent. Lorsque tous les bidonvillois auront leur logement, alors on pourra dire que la pr\u00e9fecture aura rempli son r\u00f4le jusqu&#8217;au bout. Parce qu&#8217;\u00e0 la base de tout, il y a le logement&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec un programme ambitieux vis-\u00e0-vis des bidonvilles et des r\u00e9sultats encore provisoires, la pr\u00e9fecture a par ailleurs \u00e9t\u00e9 l&#8217;occasion d&#8217;une grande d\u00e9pense financi\u00e8re pour la construction (rapide) de ses luxueux b\u00e2timents administratifs. C&#8217;est le paradoxe que constate un jeune du bloc 23, dont le p\u00e8re a depuis longtemps pay\u00e9 le pr\u00e9financement du recasement et qui, depuis, attend de quitter sa baraque :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(6) ; <em>&#8220;avec tout l&#8217;argent qu&#8217;a co\u00fbt\u00e9 cette pr\u00e9fecture, tous les bidonvillois de Ben M&#8217;sik auraient pu \u00eatre recas\u00e9s. Et actuellement, c&#8217;est loin d&#8217;\u00eatre r\u00e9gl\u00e9, si ce n&#8217;est pas rat\u00e9&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Dans ce que rapportent les interview\u00e9s, il y a tout de m\u00eame une reconnaissance (implicite ou explicite) du fait que la pr\u00e9fecture a concr\u00e9tis\u00e9 un certain nombre d&#8217;actions :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(34) ; <em>&#8220;la pr\u00e9fecture a fait des progr\u00e8s&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pour un certain nombre d&#8217;interview\u00e9s, la pr\u00e9fecture de Ben M&#8217;sik est en train de devenir la meilleure pr\u00e9fecture de la ville, sinon de tout le pays. Or, jusqu&#8217;alors, nous n&#8217;avions entendu ce genre de propos que de la bouche de fonctionnaires et architectes de la pr\u00e9fecture. Il est tr\u00e8s possible que Ben M&#8217;sik soit en train de devenir une pr\u00e9fecture mod\u00e8le. Et ce qui ressort des quelques avis tr\u00e8s favorables sur la question, c&#8217;est qu&#8217;il est appr\u00e9ciable pour les bidonvillois que la r\u00e9putation de la pr\u00e9fecture de Ben M&#8217;sik puisse rejaillir sur eux :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(64) ; <em>&#8220;jardins, caf\u00e9s, mosqu\u00e9es, la pr\u00e9fecture a tout chang\u00e9. Il y a beaucoup de nouvelles constructions \u00e0 Ben M&#8217;sik. Un jour viendra o\u00f9 Ben M&#8217;sik sera mieux que la ville. Mais pour les bidonvillois, il n&#8217;y a pas grand-chose de chang\u00e9&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait que certains bidonvillois, malgr\u00e9 leurs difficult\u00e9s pr\u00e9sentes, puissent \u00eatre satisfaits de leur pr\u00e9fecture est tr\u00e8s important. Ils d\u00e9montrent que les habitants des baraques sont d&#8217;une certaine mani\u00e8re fiers de l&#8217;action de la pr\u00e9fecture, m\u00eame si cela ne peut directement s&#8217;exprimer dans leur r\u00e9alit\u00e9. M\u00eame s&#8217;il se sent exclu du changement, le bidonvillois reste concern\u00e9 par ce qu&#8217;entreprend par ailleurs la pr\u00e9fecture. A cet \u00e9gard, l'&#8221;urbanisme offensif&#8221; signal\u00e9 par l&#8217;\u00e9mulation des diff\u00e9rentes pr\u00e9fectures de Casablanca semble produire un certain effet chez les bidonvillois de Ben M&#8217;sik. En constatant que la pr\u00e9fecture de Ben M&#8217;sik est la meilleure pr\u00e9fecture, le bidonvillois sait que cela va changer l&#8217;image de son quartier :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(71) ; <em>&#8220;c&#8217;est la plus belle pr\u00e9fecture du pays, mais elle a laiss\u00e9 tomber les gens du bidonville depuis que Zerktouni est parti&#8221;. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(2) ; <em>&#8220;il y a encore beaucoup \u00e0 faire \u00e0 Ben M&#8217;sik. Mais malgr\u00e9 cela, c&#8217;est la meilleure pr\u00e9fecture de Casa&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l&#8217;habitant de karyan El Massira, qui sait que l&#8217;op\u00e9ration El Massira est d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ussie en grande partie, la pr\u00e9fecture a accompli sa t\u00e2che.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(69) ; <em>&#8220;la pr\u00e9fecture est en train de r\u00e9soudre d\u00e9finitivement le probl\u00e8me des bidonvilles&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vue de Moulay Rachid, la pr\u00e9fecture peut \u00e9galement avoir le beau r\u00f4le.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(54) ; <em>&#8220;la pr\u00e9fecture a rempli son contrat&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Toujours \u00e0 Moulay Rachid, certains estiment n\u00e9anmoins que la pr\u00e9fecture n&#8217;a pas tout r\u00e9gl\u00e9. Une fois install\u00e9 dans sa maison, l&#8217;habitant se montre plus exigeant quant \u00e0 certains services que doivent assurer les autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(52) ; <em>&#8220;la pr\u00e9fecture n&#8217;en fait pas assez. Si elle travaillait pour de bon, il n&#8217;y aurait pas tous ces terrains vagues pleins d&#8217;ordures qu&#8217;on voit par exemple en face du groupe 4&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(58) ; <em>&#8220;la pr\u00e9fecture doit faire un effort en ce qui concerne l&#8217;\u00e9clairage public&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>En \u00e9tant devenus des habitants de la ville \u00e0 part enti\u00e8re, certains interview\u00e9s con\u00e7oivent maintenant que le changement doit maintenant toucher les repr\u00e9sentants de la pr\u00e9fecture ainsi que leurs relations avec les habitants :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(41)<em> constate qu&#8217;il y a une meilleure organisation \u00e0 Casablanca. On remarque les changements du fait de l&#8217;am\u00e9nagement de zones vertes et de la transformation des rues et des avenues. Les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s s&#8217;expliquent selon lui par le fait que la ville soit maintenant divis\u00e9e en six pr\u00e9fectures.<br \/>\nToutefois, la pr\u00e9fecture de Ben M&#8217;sik n&#8217;exerce pas un contr\u00f4le des prix. Et de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, elle ne s&#8217;occupe pas de tout ce qui concerne le quartier de Moulay Rachid.<br \/>\nPour ce qui est des relations avec les repr\u00e9sentants du makhzen, <\/em>(41) <em>estime qu&#8217;elles sont rest\u00e9es les m\u00eames qu&#8217;auparavant. Pour l&#8217;obtention d&#8217;un certificat de r\u00e9sidence ou d&#8217;un extrait d&#8217;acte de naissance, il faut verser de l&#8217;argent pour acc\u00e9l\u00e9rer les choses. De ce point de vue l\u00e0, &#8220;c&#8217;est eux qui n&#8217;ont pas chang\u00e9&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(38) ; <em>&#8220;en principe les autorit\u00e9s devraient procurer une certaine tranquillit\u00e9 aux habitants. Mais ici, tu n&#8217;as pas peur des citoyens, ce sont les policiers que tu crains&#8221;. Aussi pr\u00e9f\u00e8re-t-il vivre en marge, pour \u00e9viter les ennuis. Et puis, pour le moindre papier administratif, il faut verser dix dirhams au moqadem. Quant au r\u00f4le de la pr\u00e9fecture, il consid\u00e8re qu&#8217;elle ne fait que soigner les apparences. &#8220;Si au moins, elle pouvait fournir des \u00e9quipements sociaux&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour un jeune scolaris\u00e9 au ch\u00f4mage, la pr\u00e9fecture repr\u00e9sente le milieu social de Ben M&#8217;sik et non une administration \u00e0 proprement parler. D&#8217;une certaine fa\u00e7on, c&#8217;est aussi la d\u00e9finition d&#8217;une pr\u00e9fecture moderne qu&#8217;il propose, \u00e0 savoir confondre l&#8217;image de l&#8217;institution avec celle de la soci\u00e9t\u00e9. En d\u00e9gageant certaines perspectives sociologiques de la jeunesse urbaine, il signale deux de ses plus importantes aspirations, politique de l&#8217;emploi et soci\u00e9t\u00e9 des loisirs :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(23) ; <em>&#8220;la pr\u00e9fecture de &#8220;Casa 04&#8221; est la pire pr\u00e9fecture du pays. La police est compos\u00e9e de voleurs et la jeunesse est constitu\u00e9e \u00e0 60% de &#8220;salopards&#8221; incultes et drogu\u00e9s. Mais il y a tout de m\u00eame des d\u00e9buts positifs, les gens petit \u00e0 petit changent, ils pensent \u00e0 bien s&#8217;habiller, les comportements et la communication entre les personnes s&#8217;am\u00e9liorent. Les jeunes, qui sont tr\u00e8s nombreux dans le &#8220;04&#8221;, n&#8217;ont pas de possibilit\u00e9s de travail. Et pour ce qui est des loisirs, comme il n&#8217;y a pas grand-chose \u00e0 faire \u00e0 Ben M&#8217;sik, ils doivent descendre au centre-ville&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>En reconnaissant le fait incontestable que Ben M&#8217;sik est en transformation, l&#8217;habitant ne conclut pas syst\u00e9matiquement \u00e0 un bilan positif de l&#8217;action de la pr\u00e9fecture. Parfaitement conscient qu&#8217;il est trop t\u00f4t pour le faire, l&#8217;avis de l&#8217;interview\u00e9 va plut\u00f4t porter sur l&#8217;interpr\u00e9tation des actions entreprises dans le cadre de la pr\u00e9fecture. Et c&#8217;est l\u00e0 que s&#8217;instaure le d\u00e9bat. La pr\u00e9fecture doit-elle s&#8217;occuper uniquement du paysage urbain ? Dans ce cas-l\u00e0, les progr\u00e8s sont r\u00e9els, et il n&#8217;y a plus mati\u00e8re \u00e0 discussion. Or, c&#8217;est justement ce que refusent de faire les bidonvillois lorsqu&#8217;il leur est demand\u00e9 leurs avis. Ils pr\u00e9f\u00e9reront aborder les autres questions en suspens, celles qui les concernent plus directement. Ce faisant, les discours des interview\u00e9s d\u00e9montrent qu&#8217;ils ont une vision assez coh\u00e9rente du r\u00f4le de leur pr\u00e9fecture : la pr\u00e9fecture doit all\u00e9ger sa bureaucratie, en m\u00eame temps qu&#8217;elle doit travailler \u00e0 la question de l&#8217;emploi, sans parler de celle du logement, plus ou moins en cours actuellement :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(14) ; <em>&#8220;la pr\u00e9fecture a fait des progr\u00e8s, c&#8217;est plus facile maintenant de r\u00e9gler les probl\u00e8mes de papiers&#8230; Quant au bidonville, l&#8217;effort n&#8217;est pas encore suffisant, et c&#8217;est \u00e7a le probl\u00e8me&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(20) <em>estime que la pr\u00e9fecture, bien qu&#8217;elle ait les moyens, souffre de probl\u00e8mes administratifs. En ce qui concerne l&#8217;action dans les bidonvilles, il constate qu&#8217;il n&#8217;y pas grand-chose de fait pour la propret\u00e9, compar\u00e9 par exemple avec les bidonvilles de Rabat<\/em> <strong><a href=\"\/reda\/#19%20La\" name=\"19\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"19\">19<\/a><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et s&#8217;il faut d\u00e9limiter le r\u00f4le de la pr\u00e9fecture au seul am\u00e9nagement du paysage urbain, alors l&#8217;habitant n&#8217;y verra rien \u00e0 redire, sinon que les aspects sociaux de l&#8217;urbanisme sont ignor\u00e9s :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(25) ; <em>&#8220;la pr\u00e9fecture s&#8217;occupe tr\u00e8s bien des routes, rues, jardins publics et de tout ce qui n&#8217;est qu&#8217;apparent&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>(32) ; <em>&#8220;\u00e0 part les avenues, les rues et les trottoirs, je ne vois pas qu&#8217;est-ce que peut bien faire la pr\u00e9fecture. Il manque les programmes sociaux&#8221;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;habitant qui a une exp\u00e9rience en mati\u00e8re de groupement associatif \u00e9voquera quant \u00e0 lui un probl\u00e8me de communication :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(36),<em> ancien membre de l&#8217;association des habitants de Lahrawiyin ; &#8220;A Rabat, tu peux aller rencontrer un ministre et ici, le gouverneur ne peut pas te recevoir&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de la communication est une question centrale. Entre producteurs et usagers de l&#8217;espace urbain, la relation semble trop politis\u00e9e. Malgr\u00e9 les changements ind\u00e9niables apport\u00e9s \u00e0 Ben M&#8217;sik-Sidi Othman, rien n&#8217;a encore s\u00e9rieusement chang\u00e9 \u00e0 ce niveau-l\u00e0. Pour \u00eatre en phase avec le lancement de l'&#8221;urbanisme offensif&#8221;, sur le plan des ressources humaines, de nouvelles pratiques sont \u00e0 mettre en place au sein du milieu institutionnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sinon, le bidonvillois risque de s&#8217;enfermer plus encore dans la relation gouvernants-gouvern\u00e9s, et dans la non-participation. Telle cette m\u00e8re de famille, \u00e0 qui il est demand\u00e9 son avis sur l&#8217;action de la pr\u00e9fecture et qui pr\u00e9f\u00e8re r\u00e9pondre :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(66) ; <em>&#8220;la pr\u00e9fecture est belle, et lorsque l&#8217;on passe devant, on l&#8217;admire&#8221;&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est l\u00e0 l&#8217;opinion de ceux pour qui les autorit\u00e9s du pays n&#8217;ont jamais d\u00e9velopp\u00e9 une communication appropri\u00e9e, visant \u00e0 sensibiliser les habitants sur les enjeux qu&#8217;il leur faut avec eux relever. La pr\u00e9fecture a certes un r\u00f4le important et positif, mais on note l&#8217;absence de communication et d&#8217;\u00e9change fructueux entre les habitants et la pr\u00e9fecture. Dans leurs relations avec les autorit\u00e9s publiques, les habitants confondent pr\u00e9fecture et pouvoir politique, et s&#8217;imaginent dans une position non pas de partenaires sociaux, mais de personnes assist\u00e9es dont l&#8217;avis n&#8217;est pas \u00e9cout\u00e9. Les contacts avec l&#8217;administration se r\u00e9sument uniquement \u00e0 ceux men\u00e9s avec certains responsables de la d\u00e9l\u00e9gation de l&#8217;habitat ou alors \u00e0 ceux que l&#8217;on peut avoir avec le ca\u00efd et le moqadem (pour l&#8217;obtention d&#8217;un papier administratif ou pour l&#8217;autorisation de travaux de r\u00e9fection dans la baraque). Sorti de cela, il n&#8217;y a rien d&#8217;autre. Il n&#8217;est jamais question d&#8217;\u00e9lus. La mentalit\u00e9 d&#8217;assist\u00e9 qui marque parfois le milieu bidonvillois est la s\u00e9quelle de cette relation de pouvoir omnipr\u00e9sente d\u00e8s lors qu&#8217;il y a prise de contact avec des autorit\u00e9s publiques. Cette mentalit\u00e9 s&#8217;entretient par toutes les tentatives pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9tablies avec l&#8217;Administration. Lorsqu&#8217;on est confront\u00e9 aux probl\u00e8mes de la croissance urbaine tels qu&#8217;ils existent \u00e0 Casablanca, continuer d&#8217;entretenir cette confusion entre pouvoir et administration conduit \u00e0 renforcer le sous-d\u00e9veloppement du syst\u00e8me socio-politique. Tant que les autorit\u00e9s maintiendront le type de relations existant avec la population bidonvilloise, il n&#8217;y aura pas de r\u00e9sultat motivant dans l&#8217;approche des populations concern\u00e9es.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#1\" name=\"1 Cette\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"1 Cette\">1<\/a><\/strong> Cette constatation n&#8217;est pas nouvelle. Susans E. Waltz notait en 1979 : &#8220;Hommes et femmes sont d&#8217;accord pour dire que les W-C. publics constituent la plus grande source d&#8217;irritation dans Ben M&#8217;sik. La plupart des W. C. sont situ\u00e9s dans le quartier de Sidi Othman (propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e) du bidonville : les hommes et les enfants sont les seuls \u00e0 s&#8217;en servir. Ils sont en g\u00e9n\u00e9ral sales, envahis d&#8217;eaux vannes \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur et entour\u00e9s d&#8217;une fosse remplie d&#8217;immondices et d&#8217;excr\u00e9ments humains. Il est impossible aujourd&#8217;hui d&#8217;avoir acc\u00e8s \u00e0 bon nombre d&#8217;entre eux, car ils sont devenus des d\u00e9p\u00f4ts d&#8217;ordures&#8221;. <em>\u00c9tude socio-\u00e9conomique de Ben M&#8217;sik \u00e0 Casablanca, analyse pr\u00e9liminaire des donn\u00e9es, <\/em>15 mars 1979, Louis Berger International, INC. Washington, D.C., p. 13.<\/div>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#2\" name=\"2 Arrif\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"2 Arrif\">2<\/a><\/strong> Arrif constate pour sa part qu&#8217;une des &#8220;formes d&#8217;appropriation de l&#8217;espace et d&#8217;organisation sociale est la gestion des contraintes que comportent le bidonville \u00e0 travers ses \u00e9quipements d\u00e9faillants et insuffisants&#8221;. Il inclut dans ces formes d&#8217;appropriation la transformation des W-C. en lavoir ce qui permet une meilleure propret\u00e9 des lieux. Abdelmajid Arrif, <em>Le passage pr\u00e9caire&#8230; op. cit\u00e9,<\/em> p. 91.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#3\" name=\"3 &quot;\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"3 &quot;\">3<\/a><\/strong> &#8220;&#8230;un locataire d&#8217;immeuble &#8220;social&#8221; a moins de chances d&#8217;appropriation harmonieuse de l&#8217;espace qu&#8217;un propri\u00e9taire d&#8217;habitat individuel&#8230;&#8221;, F. Navez-Bouchanine, <em>Mod\u00e8le d&#8217;habiter et crise de l&#8217;urbain : la situation vue \u00e0 partir du Maroc, op. cit\u00e9,<\/em> p. 89.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#4\" name=\"4 Cette\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"4 Cette\">4<\/a><\/strong> Cette remarque n&#8217;a pas \u00e9chapp\u00e9 aux bidonvillois toujours install\u00e9s \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik. Lorsqu&#8217;ils \u00e9voquent les inconv\u00e9nients du quartier de Moulay Rachid, les interview\u00e9s parlent du manque d&#8217;\u00e9quipements sociaux, du probl\u00e8me de la d\u00e9linquance, mais \u00e9galement des mauvaises relations entre associ\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#5\" name=\"5 Sur\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"5 Sur\">5<\/a><\/strong> Sur ce point, fut recueilli \u00e0 deux reprises les propos de jeunes (de Moulay Rachid et de karyan Ben M&#8217;sik) qui donnent une note sentimentale. La beraka, ne l&#8217;oublions pas, a repr\u00e9sent\u00e9 l&#8217;espace d&#8217;une vie, c&#8217;est pourquoi il est concevable de vouloir &#8220;aimer entendre le bruit de la pluie sur le zinc&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#6\" name=\"6 Pour\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"6 Pour\">6<\/a> <\/strong>Pour ce qui est de la cour, nous avons pu observer le cas d&#8217;une maison o\u00f9 elle \u00e9tait recouverte d&#8217;une toiture l\u00e9g\u00e8re et transform\u00e9e en une grande salle de s\u00e9jour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#7\" name=\"7 La\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"7 La\">7<\/a><\/strong> La m\u00eame carence a exist\u00e9 \u00e0 Douar Doum malgr\u00e9 le fait que le Projet de D\u00e9veloppement Urbain (PDU) pr\u00e9voyait la cr\u00e9ation d&#8217;emplois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#8\" name=\"8 Il\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"8 Il\">8<\/a><\/strong> Il est int\u00e9ressant de constater qu&#8217;aussi bien au bidonville que dans la cit\u00e9 nouvelle (mais pour des motifs diff\u00e9rents), certains habitants d\u00e9clarent avoir honte de recevoir un invit\u00e9. Au bidonville, c&#8217;est l&#8217;habitat en soi qui pose probl\u00e8me (manque d&#8217;espace, absence de W-C.) tandis qu&#8217;\u00e0 Moulay Rachid, c&#8217;est le niveau de vie qui compromet l&#8217;hospitalit\u00e9 (le budget alimentaire est r\u00e9duit au minimum).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#9\" name=\"9 Ce\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"9 Ce\">9<\/a><\/strong> Ce point est \u00e9galement observ\u00e9 \u00e0 Douar Doum o\u00f9 il a pris une forte ampleur. Le ph\u00e9nom\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9vidence en 1984 suite \u00e0 l&#8217;op\u00e9ration de restructuration, il figure dans le document<em> Evaluation du projet Doum, <\/em>F. Debbi, F. Navez-Bouchanine, G. Olivero et F. Zniber, INAU, Rabat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#10\" name=\"10 &quot;\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"10 &quot;\">10<\/a> <\/strong>&#8220;Quand on leur demande ce qui leur d\u00e9pla\u00eet dans le bidonville, un pourcentage massif des personnes interrog\u00e9es (75 pour cent) mentionnent les mauvaises conditions sanitaires du bidonville. (&#8230;) Cependant, \u00e0 la question qui obligeait \u00e0 un choix entre &#8220;crainte de l&#8217;incendie&#8221; et &#8220;probl\u00e8mes sanitaires&#8221; pour \u00e9tablir le plus grave probl\u00e8me du bidonville, 83 pour cent ont opt\u00e9 pour la crainte de l&#8217;incendie. De m\u00eame, 84 pour cent ont indiqu\u00e9 que la crainte de l&#8217;incendie constituait pour elles un probl\u00e8me plus grave que le ch\u00f4mage&#8221;. Susan E. Waltz,<em>Etude socio-\u00e9conomique de Ben M&#8217;sik \u00e0 Casablanca, analyse pr\u00e9liminaire des donn\u00e9es, op. cit\u00e9,<\/em> p. 12.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#11\" name=\"11 Ce\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"11 Ce\">11<\/a> <\/strong>Ce probl\u00e8me est d&#8217;autant plus important qu&#8217;il concerne maintenant l&#8217;ensemble Ben M&#8217;sik-Sidi Othman en raison du d\u00e9placement (de hay Mohammadi \u00e0 Sidi Othman) du march\u00e9 de gros de Casablanca .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#12\" name=\"12 Ainsi\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"12 Ainsi\">12<\/a><\/strong> Ainsi personnellement constat\u00e9 \u00e0 l&#8217;avenue N qui longe les groupes 1, 2 et 4 de la cit\u00e9 Moulay Rachid. De nuit, l&#8217;avenue n&#8217;est pas \u00e9clair\u00e9e sur une grande partie de la voie ; des bandes d&#8217;adolescents se terrent dans les terrains vagues avoisinants et rackettent le motocycliste ou le passant qui s&#8217;aventure dans cette zone.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#13\" name=\"13 Ev\u00e9nement\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"13 Ev\u00e9nement\">13<\/a> <\/strong>\u00c9v\u00e9nement \u00e9galement rapport\u00e9 par (34). Selon ce dernier, le mort, alors \u00e2g\u00e9 de 21 ans, \u00e9tait un de ses voisins du bloc 16 de karyan El Massira. L&#8217;incident serait arriv\u00e9 en 1989 durant le mois de ramadan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#14\" name=\"14 ...\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"14 ...\">14<\/a> <\/strong>&#8230; en arabe :&#8221;<em>La akdib, lakin atajamal <\/em>&#8221; . C&#8217;est aussi le titre d&#8217;un film \u00e9gyptien qui a connu un grand succ\u00e8s au Maroc et qui traite exactement du m\u00eame probl\u00e8me : il raconte l&#8217;histoire d&#8217;un brillant universitaire qui n&#8217;a qu&#8217;une tare, celle d&#8217;habiter la cit\u00e9 des morts au Caire. D&#8217;o\u00f9 sa tentative de se cr\u00e9er une autre &#8220;peau&#8221; sociologique, conforme aux canons socio-culturels de la soci\u00e9t\u00e9 dominante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#15\" name=\"15 L'interview\u00e9\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"15 L'interview\u00e9\">15<\/a><\/strong> L&#8217;interview\u00e9 parle du courrier de tous les pays qui se traite dans les revues de jeunes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#16\" name=\"16 Le\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"16 Le\">16<\/a><\/strong> Le contournement des normes est une conduite individuelle qui permet d&#8217;\u00e9viter certaines pesanteurs sociales. Ce faisant, l&#8217;individu ne choisit pas de n\u00e9gocier le changement social. La dissimulation reste plus proche d&#8217;une attitude dissidente que d&#8217;une tentative d&#8217;\u00e9mancipation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#17\" name=\"17 Il\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"17 Il\">17<\/a> <\/strong>Il y a effectivement 109 logements inhabit\u00e9s \u00e0 Moulay Rachid le long de l&#8217;avenue Driss El Harti, dont on dit qu&#8217;ils sont propri\u00e9t\u00e9 de la Promotion Nationale. Ceux-ci seront tr\u00e8s certainement destin\u00e9s \u00e0 la d\u00e9molition, en raison du projet d&#8217;immeubles situ\u00e9s aux bordures des avenues N et Driss El Harti. Selon cet habitant du bloc 3, les 109 logements vides de Moulay Rachid auraient pu accueillir les (135) familles du bloc 3. D&#8217;o\u00f9 son amertume devant ce qu&#8217;il consid\u00e8re un gaspillage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#18\" name=\"18 La\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"18 La\">18<\/a><\/strong> La personne dont il est question est de la famille du h\u00e9ros nationaliste marocain Zerktouni, martyr de la r\u00e9sistance arm\u00e9e \u00e0 Casablanca. C&#8217;est un ancien fonctionnaire de la commune de Ben M&#8217;sik qui travaille actuellement dans la commune de Sidi Moumen. Il est le repr\u00e9sentant des autorit\u00e9s publiques le plus respect\u00e9 par la population bidonvilloise de Ben M&#8217;sik. Beaucoup d&#8217;habitants ont lou\u00e9 son efficacit\u00e9 et son sens de la justice. Ainsi par exemple, (8) rapporte qu&#8217;apr\u00e8s que la police eut un jour confisqu\u00e9 son chariot de glace (parce que n&#8217;\u00e9tant pas d\u00e9tenteur d&#8217;une patente de commerce), Zerktouni a statu\u00e9 en sa faveur et lui a finalement rendu son outil de travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"\/reda\/#19\" name=\"19 La\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"19 La\">19<\/a> <\/strong>La remarque de l&#8217;interview\u00e9 est importante : les bidonvilles de Rabat n&#8217;ont pas grand-chose \u00e0 voir avec ceux de Ben M&#8217;sik sur le plan de la propret\u00e9 et de l&#8217;organisation g\u00e9n\u00e9rale du quartier. Cela s&#8217;explique en raison m\u00eame de la g\u00e9ographie urbaine de Rabat, capitale du royaume. Du point de vue la taille des quartiers, de la distance s\u00e9parant les bidonvilles du centre de la ville, et du degr\u00e9 d&#8217;insertion de ses habitants dans la ville, la sous-int\u00e9gration urbaine reste moindre, ne serait-ce qu&#8217;en raison du statut politique de cette capitale (une ville makhzania). L&#8217;observation est tout autant valable pour les sites restructur\u00e9s de Rabat, ainsi Douar Doum est beaucoup plus soign\u00e9 que certains groupes de Moulay Rachid.<\/p>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><\/div>\n<p align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000; font-size: 13px; text-align: justify;\">Extraits de R\u00e9da Benkirane,\u00a0<\/span><em style=\"color: #000000; font-size: 13px; text-align: justify;\">Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca),<\/em><span style=\"color: #000000; font-size: 13px; text-align: justify;\">\u00a0Institut Universitaire d&#8217;\u00c9tudes du D\u00e9veloppement (IUED), Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, 1993, 200 pages.<\/span><span style=\"font-family: Arial, Arial, Helvetica;\"> <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca) &nbsp; 1. A karyan Ben M&#8217;sik et karyan El Massira Lorsque nos interview\u00e9s parlent de leurs conditions d&#8217;habitat, ils les relient forc\u00e9ment aux effets de l&#8217;intervention du recasement. M\u00eame pour la moiti\u00e9 de la population non recas\u00e9e, l&#8217;intervention en&#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=332\">Lire plus \/ Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[551,555],"tags":[378],"class_list":["post-332","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-research","category-urbanite","tag-urbanite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/332","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=332"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/332\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2708,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/332\/revisions\/2708"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=332"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=332"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=332"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}