{"id":309,"date":"2014-05-25T11:13:02","date_gmt":"2014-05-25T11:13:02","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=309"},"modified":"2026-05-05T18:12:45","modified_gmt":"2026-05-05T17:12:45","slug":"introduction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=309","title":{"rendered":"Introduction"},"content":{"rendered":"<h3 align=\"center\" id=\"mcetoc_1jnsi0miv0\"><a href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=292\" style=\"border: 0px; font-family: inherit; font-style: inherit; font-weight: inherit; margin: 0px; outline: 0px; padding: 0px; vertical-align: baseline; color: #117bb8;\"><strong style=\"border: 0px; font-family: inherit; font-style: inherit; margin: 0px; outline: 0px; padding: 0px; vertical-align: baseline;\">Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca)<\/strong><\/a><\/h3>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000;\"><\/div>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000;\">\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000;\"><strong>1. Le cadre conceptuel<\/strong><br \/>\n<strong>1.1 A l&#8217;origine de l&#8217;enqu\u00eate<\/strong><br \/>\nC&#8217;est en septembre 1985 que nous est venue l&#8217;id\u00e9e de travailler sur karyan Ben M&#8217;sik. Notre fr\u00e9quentation d&#8217;un groupe dynamique d&#8217;architectes nous avait permis de visiter l&#8217;ensemble de la pr\u00e9fecture Ben M&#8217;sik-Sidi Othman, qui \u00e9tait \u00e0 l&#8217;\u00e9poque \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de chantier. Avant cette date, Ben M&#8217;sik signifiait pour nous le quartier \u00e0 risque, notre totale ignorance du lieu et de ses habitants nous le faisait voir comme le Harlem ou le Bronx casablancais. Ben M&#8217;sik repr\u00e9sentait un espace de dissidence marqu\u00e9 notamment par les \u00e9meutes de juin 1981. Depuis, nous savions que le quartier faisait l&#8217;objet d&#8217;un traitement urbanistique particuli\u00e8rement ambitieux.<\/div>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000;\"><\/div>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000;\">\n<p>Nos amis architectes accomplissaient leur service civil au sein de la pr\u00e9fecture, et certains parmi eux \u00e9taient responsables du chantier de la ville nouvelle Moulay Rachid. Ce qui nous avait frapp\u00e9 tout de suite, au-del\u00e0 de la comp\u00e9tence et de la motivation des architectes en question, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;abstraction faite des habitants qui contrastait avec leur connaissance parfaite de la topographie des lieux, du cadre \u00e0 b\u00e2tir, des pr\u00e9visions du sch\u00e9ma directeur, et m\u00eame de la toponymie de l&#8217;espace bidonvillois. L&#8217;habitant \u00e9tait \u00e9voqu\u00e9 d&#8217;un point de vue assez caricatural, notamment au travers de quelques sc\u00e8nes et observations &#8220;caract\u00e9ristiques&#8221; (prog\u00e9niture nombreuse, ruralit\u00e9 marqu\u00e9e, illettrisme, d\u00e9linquance latente). Certes, une sinc\u00e8re bienveillance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des karyanistes accompagnait les propos de nos amis architectes, mais il y avait une m\u00e9connaissance totale du milieu social concern\u00e9. L&#8217;aspect &#8220;tuteur du peuple&#8221; pr\u00e9dominait. Des discussions int\u00e9ressantes s&#8217;\u00e9taient n\u00e9anmoins engag\u00e9es entre nous, notamment concernant l&#8217;habitat du plus grand nombre. Sur ce domaine pr\u00e9cis, nous avions m\u00eame pu nous rendre compte de certaines exp\u00e9riences-pilotes d&#8217;architecture de terre dans la r\u00e9gion du Haouz, mais il fallait se rendre \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence : la nouvelle construction en terre promue par une poign\u00e9e d&#8217;architectes \u00e9tait destin\u00e9e essentiellement au gotha cosmopolite de Marrakech et aucunement aux ghettos urbains, tout cela n&#8217;avait en fait rien \u00e0 voir avec l&#8217;habitat du plus grand nombre. D\u00e9\u00e7u, il nous fallait donc revenir sur l&#8217;\u00e9tude d&#8217;un milieu pauvre \u00e9conomiquement d\u00e9barrass\u00e9 de tout <em>a priori.<\/em><\/p>\n<p>Notre contact avec le groupe d&#8217;architectes s&#8217;\u00e9tait maintenu, tant et si bien que lorsque notre enqu\u00eate d\u00e9buta, des comptes-rendus hebdomadaires furent \u00e9tablis, et la confrontation s&#8217;av\u00e9ra fructueuse. Nous avions besoin les uns et les autres de soulever pour un m\u00eame probl\u00e8me l&#8217;ensemble des interpr\u00e9tations possibles. Les architectes connaissant les plans d&#8217;am\u00e9nagement et les acteurs officiels du projet de recasement, nous-m\u00eames rapportant propos d&#8217;habitants et situations habitantes, il \u00e9tait int\u00e9ressant de constater les d\u00e9calages entre concepteurs et destinataires du recasement.<\/p>\n<p>Mais avant m\u00eame de nous porter sur le choix de notre sujet, notre int\u00e9r\u00eat \u00e0 la dimension culturelle des questions de d\u00e9veloppement \u00e9tait acquis. C&#8217;est notamment par le travail de Chadly Fitouri sur le bilinguisme et le biculturalisme <strong><a href=\"\/reda\/#1%20C.%20Fitouri\" name=\"1\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"1\">1<\/a><\/strong> que nous avions commenc\u00e9 \u00e0 nous familiariser avec ce type d&#8217;approche. L&#8217;auteur s&#8217;\u00e9tait int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la scolarisation des jeunes en Tunisie, et au travers d&#8217;une \u00e9tude dense et fouill\u00e9e sur les niveaux socioculturels des \u00e9tudiants, il abordait le probl\u00e8me de l&#8217;acculturation. Cette th\u00e8se de doctorat d&#8217;\u00c9tat constitua pour nous notre premi\u00e8re r\u00e9f\u00e9rence sur les probl\u00e8mes socioculturels du d\u00e9veloppement. Plus tard, quand le choix de notre sujet se porta sur karyan Ben M&#8217;sik, Chadly Fitouri enrichit notre approche culturelle de l&#8217;urbanisation par une analyse historique : nous avons \u00e9tudi\u00e9 alors les fameux concepts d&#8217;Ibn Khaldoun concernant les cycles de civilisations urbaine et b\u00e9douine (<em>&#8216;umran hadari, &#8216;umran badawi<\/em>). En nous faisant retourner \u00e0 la source de la <em>Muqaddima<\/em> <strong><a href=\"\/reda\/#2%20Ibn%20Khaldoun\" name=\"2\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"2\">2<\/a><\/strong>, Chadly Fitouri signalait un r\u00e9f\u00e9rant ancien \u00e0 notre probl\u00e9matique. Il voulait sugg\u00e9rer par l\u00e0 que l&#8217;urbanisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e du XX\u00e8me si\u00e8cle s&#8217;\u00e9tait faite \u00e0 partir d&#8217;une riche tradition urbaine. La combinatoire f\u00e9conde des diff\u00e9rentes caract\u00e9ristiques culturelles (persane, grecque, indienne) n&#8217;a plus rien de commun avec le choc contemporain des cultures et l&#8217;acculturation que subissent nos soci\u00e9t\u00e9s urbaines. Et la s\u00e9mantique n&#8217;a toujours pas eu raison de ces belles ambigu\u00eft\u00e9s coupl\u00e9es entre b\u00e9dou\u00efnit\u00e9 et citadinit\u00e9, nomadisme et s\u00e9dentarit\u00e9. Jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui, des lectures nouvelles sont propos\u00e9es : elles \u00e9clairent chaque fois un peu mieux l&#8217;incoh\u00e9rence et la d\u00e9sint\u00e9gration produites par l&#8217;urbanisation contemporaine. Les villes maghr\u00e9bines connaissent une crise de croissance et une crise de sens. Il est bon d&#8217;en avoir une connaissance historique.<\/p>\n<p><strong>1.2. Points de d\u00e9part<\/strong><br \/>\nNotre recherche s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise d&#8217;un quartier p\u00e9riph\u00e9rique de Casablanca. Celle-ci vit depuis dix ans un \u00e9v\u00e9nement majeur : un recasement de population \u00e0 une \u00e9chelle de quelque 12 000 m\u00e9nages. L&#8217;espace bidonvillois de Ben M&#8217;sik est en train de laisser place \u00e0 une ville nouvelle, la cit\u00e9 Moulay Rachid. Devant pareil enjeu urbanistique, notre propre d\u00e9marche a cherch\u00e9 \u00e0 privil\u00e9gier la dimension socioculturelle pour un certain nombre de raisons. Retenons provisoirement :<\/p>\n<p>&#8211; que dans les \u00e9tudes du d\u00e9veloppement, un int\u00e9r\u00eat tout particulier doit \u00eatre accord\u00e9 \u00e0 la dimension culturelle. Celle-ci reste en amont de toutes les autres dimensions du d\u00e9veloppement :<em> toute production \u00e9conomique, sociale ou politique est d&#8217;abord une production culturelle.<\/em><\/p>\n<p>&#8211; que notre approche de l&#8217;urbanisation s&#8217;ins\u00e8re dans l&#8217;orientation r\u00e9cente des \u00e9tudes de d\u00e9veloppement; celles-ci s&#8217;attachent d\u00e9sormais \u00e0 rendre compte de ph\u00e9nom\u00e8nes parall\u00e8les, mal contr\u00f4l\u00e9s, et qui vont de l&#8217;\u00e9conomique au politique. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes, pour autant qu&#8217;ils aient paru un temps secondaires, n&#8217;en sont pas moins d\u00e9terminants quant \u00e0 l&#8217;\u00e9volution actuelle des soci\u00e9t\u00e9s dites en d\u00e9veloppement. Pour qui veut voir le lieu culminant de ces ph\u00e9nom\u00e8nes, la ville constitue d\u00e8s lors un lieu d&#8217;observation privil\u00e9gi\u00e9. En effet, c&#8217;est en ville que leurs dimensions et leurs implications prennent le relief escompt\u00e9; il s&#8217;agit l\u00e0 r\u00e9flexes d&#8217;autor\u00e9gulation destin\u00e9s \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s pour qui progr\u00e8s, modernit\u00e9, consommation, etc., ont d&#8217;abord \u00e9t\u00e9 synonymes de d\u00e9structuration. Ainsi ce qu&#8217;on \u00e9voque de plus en plus sous les notions g\u00e9n\u00e9riques d&#8217;informel, de non-r\u00e9glementaire, de clandestin, voire spontan\u00e9 sont des formulations de ce que l&#8217;on a longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme du d\u00e9sordre socio-\u00e9conomique (le &#8220;chaos urbain&#8221;, l'&#8221;explosion urbaine&#8221;, etc.,&#8230;). Tout le monde se pla\u00eet \u00e0 conclure aujourd&#8217;hui que ce sont l\u00e0 les traductions d&#8217;une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9, mais qui ont n\u00e9anmoins \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9es diff\u00e9remment selon les moments de la modernisation : durant la croissance, l&#8217;urbanisation clandestine et le secteur informel \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des &#8220;obstacles au d\u00e9veloppement&#8221; , et tous deux sont, en p\u00e9riode de crise, l&#8217;objet d&#8217;une &#8220;r\u00e9habilitation&#8221;. Peut-on rep\u00e9rer ces pratiques de la modernit\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire la modernisation, sur le plan culturel ? De l\u00e0 na\u00eet notre d\u00e9marche.<\/p>\n<p>&#8211; qu&#8217;alors, l&#8217;urbanisme en tant qu'&#8221;\u00e9pist\u00e9mologie de l&#8217;espace&#8221; <strong><a href=\"\/reda\/#3%20Le%20mot\" name=\"3\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"3\">3<\/a> <\/strong>traduit une manifestation essentielle de la culture, en ce sens qu&#8217;il r\u00e9v\u00e8le les attitudes de l&#8217;homme vis-\u00e0-vis de son espace de vie.<\/p>\n<p>&#8211; qu&#8217;une approche culturelle de l&#8217;urbanisation para\u00eet d&#8217;autant plus pertinente qu&#8217;elle semble combler une lacune importante : peu de travaux de ce genre dans la recherche urbaine au Maroc. Si le cadre de notre ancrage (une population bidonvilloise marocaine) a \u00e9t\u00e9 un abondant objet d&#8217;\u00e9tude de monographies, \u00e9valuations de projet de restructuration, de recasement, et d&#8217;enqu\u00eates sociologiques, la majorit\u00e9 de ces recherches se rangent dans une perspective socio-\u00e9conomique. N\u00e9anmoins, pour notre recherche documentaire, nous nous sommes appuy\u00e9s sur deux auteurs importants;<\/p>\n<p>&#8211; Andr\u00e9 Adam <strong><a href=\"\/reda\/#4%20A.%20Adam\" name=\"4\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"4\">4<\/a><\/strong> qui s&#8217;impose d\u00e9sormais \u00e0 tous ceux que tente l&#8217;\u00e9tude de l&#8217;urbanisation de Casablanca. Son \u00e9tude restitue parfaitement le r\u00e8gne colonial dans le d\u00e9veloppement de Casablanca. Le titre de sa th\u00e8se est \u00e0 cet \u00e9gard on ne peut plus explicite &#8211; Mohamed Naciri qui, au-del\u00e0 de sa conceptualisation de la sous-int\u00e9gration urbaine, aboutit \u00e0 d\u00e9montrer que l&#8217;urbanisation est aussi une forme de r\u00e9gulation sociale pour aborder le changement, qu&#8217;elle correspond \u00e0 la &#8220;gestation&#8221; d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle (celle du plus grand nombre), urbaine, dont le substrat rural est latent.<\/p>\n<p>En ce qui concerne le milieu bidonvillois marocain, les \u00e9crits de F. Navez-Bouchanine constituent la r\u00e9f\u00e9rence la plus importante. Tout au long de notre travail, nous nous y r\u00e9f\u00e9rons. Pour ce qui est de karyan Ben M&#8217;sik, une th\u00e8se de doctorat a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e en 1992 \u00e0 Aix-en-Provence par Abdelmajid Arrif. Elle consacre la premi\u00e8re recherche sur la cit\u00e9 de recasement Moulay Rachid, et constitue un remarquable document anthropologique. Elle s&#8217;intitule <em>Le passage pr\u00e9caire. Du bidonville au lotissement. Anthropologie appliqu\u00e9e d&#8217;une mutation r\u00e9sidentielle. Le cas de Hay Moulay Rachid \u00e0 Casablanca.<\/em><\/p>\n<p><strong>1.3. Probl\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale et hypoth\u00e8se de travail<\/strong><br \/>\nL&#8217;urbanisation de Casablanca est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe. La situation g\u00e9ographique, l&#8217;\u00e9chelle physique de la ville, la typologie de l&#8217;habitat, l&#8217;\u00e9cart de densit\u00e9 et de niveau de vie des quartiers, l&#8217;histoire r\u00e9cente de cette m\u00e9galopole et son interaction avec le reste du pays, tout cela montre la difficult\u00e9 d&#8217;appr\u00e9hender au travers d&#8217;une seule grille d&#8217;analyse l&#8217;ensemble du processus de l&#8217;urbanisation. La question des bidonvilles est la partie immerg\u00e9e de l&#8217;iceberg. L&#8217;urbanisme officiel a longtemps repr\u00e9sent\u00e9 cet espace comme une &#8220;ville en n\u00e9gatif&#8221;, de m\u00eame le casablancais moyen a lui aussi per\u00e7u son concitoyen bidonvillois comme &#8220;quelqu&#8217;un qui vit derri\u00e8re le soleil&#8221;. Mais la r\u00e9alit\u00e9 est plus complexe que les repr\u00e9sentations de certains acteurs sociaux. A l&#8217;int\u00e9rieur m\u00eame de la population bidonvilloise, il existe une grande diversit\u00e9. Celle-ci s&#8217;exprime par des niveaux de vie, les origines culturelles, le type d&#8217;activit\u00e9, la taille et la structure familiales, les modes d&#8217;acc\u00e8s au logement, etc.,&#8230; Mais cette diversit\u00e9 qui impr\u00e8gne le milieu social bidonvillois se conjugue au quotidien avec la contrainte g\u00e9n\u00e9rale que repr\u00e9sente une densit\u00e9 situ\u00e9e entre 800 et 1000 habitants \u00e0 l&#8217;hectare. <em>Diversit\u00e9 et densit\u00e9 sp\u00e9cifient l&#8217;habitat du plus grand nombre.<\/em> Il nous para\u00eet d&#8217;autant plus important de r\u00e9fl\u00e9chir sur ces deux caract\u00e9ristiques \u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 s&#8217;ach\u00e8ve un programme de recasement de bidonville de grande envergure.<\/p>\n<p>Le bidonville est pour nous un sujet de recherche centr\u00e9 sur l&#8217;espace urbain et non pas un lieu d\u00e9centr\u00e9 (propre \u00e0 la marginalit\u00e9 sociale) comme on l&#8217;a longtemps cru. \u00c9tudier le milieu social bidonvillois implant\u00e9 en p\u00e9riph\u00e9rie urbaine, c&#8217;est appr\u00e9hender la soci\u00e9t\u00e9 urbaine en gestation, toute faite de mutations, de continuum et de ruptures multiples et provisoires.<\/p>\n<p>Notre probl\u00e9matique consiste \u00e0 appr\u00e9hender le milieu bidonvillois de Ben M&#8217;sik alors qu&#8217;il fait l&#8217;objet d&#8217;un programme de recasement de population. En effet l&#8217;\u00e9tude sociologique de karyan Ben M&#8217;sik para\u00eet d&#8217;autant plus appropri\u00e9e que nous nous trouvons \u00e0 un tournant historique. Le bidonville doit objectivement dispara\u00eetre pour laisser \u00e0 un quartier nouveau, d\u00e9plac\u00e9 dans le temps (plusieurs \u00e9tapes \u00e9tal\u00e9es sur une d\u00e9cennie) et dans l&#8217;espace (d\u00e9placement de population vers l&#8217;extr\u00eame p\u00e9riph\u00e9rie des communes urbaines de la pr\u00e9fecture). L&#8217;action de l&#8217;\u00c9tat aura \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante, mais ce n&#8217;est pas tant ce qui nous int\u00e9resse dans notre \u00e9tude. En effet, nous n&#8217;avons pas voulu suivre l&#8217;\u00e9tude du projet \u00e0 partir du versant institutionnel. Ici, il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;\u00e9valuer un projet de d\u00e9veloppement au sens classique du terme. Ce qui nous int\u00e9ressait de savoir, c&#8217;\u00e9tait les demandes et aspirations des principaux int\u00e9ress\u00e9s en mati\u00e8re d&#8217;habitat et comment il percevaient le projet Moulay Rachid. Recueillir les r\u00e9flexions des habitants sur l&#8217;op\u00e9ration en cours \u00e9taient aussi importants sinon plus que les d\u00e9clarations des &#8220;d\u00e9veloppeurs&#8221; de l&#8217;espace urbain. En ciblant sur la population, nous avons resserr\u00e9 le plus possible notre \u00e9chantillon de personnes autour de la jeune g\u00e9n\u00e9ration, car il est ressorti au cours de l&#8217;enqu\u00eate que c&#8217;est la g\u00e9n\u00e9ration la plus porteuse ou du moins la plus impliqu\u00e9e en termes de changements socioculturels.<\/p>\n<p>Notre hypoth\u00e8se de travail est que le recasement vers la cit\u00e9 Moulay Rachid ne correspond pas aux aspirations socioculturelles des habitants. M\u00eame si les habitants ont assur\u00e9 les 75% du financement du recasement Moulay Rachid, ils se sont vus malgr\u00e9 tout largement ignor\u00e9s quant \u00e0 la conception du projet. Et ceci n&#8217;est pas un constat d\u00e9finitif pour tout les programmes d&#8217;habitat. Les deux premi\u00e8res tranches de l&#8217;op\u00e9ration de recasement du bidonville El Massira d\u00e9montrent si besoin en est qu&#8217;un programme d&#8217;habitat peut devenir efficient et harmonieux pour peu qu&#8217;on laisse participer l&#8217;habitant \u00e0 la conception et \u00e0 la construction de sa maison. Les propos des habitants de karyan Ben M&#8217;sik, la formulation des probl\u00e8mes qu&#8217;ils ont rencontr\u00e9 lors de la phase initiale du projet Moulay Rachid (recensement et inscription des habitants) illustrent bien l&#8217;ignorance de l&#8217;environnement social et culturel des principaux concern\u00e9s (en montrant notamment les crit\u00e8res de solvabilit\u00e9 que retient l&#8217;administrateur). La repr\u00e9sentation de l&#8217;espace et du temps n&#8217;est pas la m\u00eame selon que l&#8217;on se trouve dans la situation des habitants ou dans celle des administrateurs. Ce probl\u00e8me n&#8217;est pas propre uniquement au traitement de l&#8217;espace bidonvillois, mais c&#8217;est c&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;on le retrouve le plus accentu\u00e9. Les urgences socio-\u00e9conomiques n&#8217;ont pas la m\u00eame interpr\u00e9tation d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 ou de l&#8217;autre. Le concepteur du projet va r\u00e9pondre non pas tant \u00e0 des demandes sp\u00e9cifiques \u00e9manant de l&#8217;habitant mais entreprend plut\u00f4t d&#8217;inventer des besoins qui puissent \u00eatre satisfait par ses choix urbanistiques. Il ne conna\u00eet pas l&#8217;habitant sous l&#8217;angle sociologique, il le per\u00e7oit essentiellement d&#8217;un point de vue statistique. Taille moyenne du m\u00e9nage, revenus du m\u00e9nage, taux d&#8217;occupation par baraque, nombre de familles par num\u00e9ro de baraque, densit\u00e9 \u00e0 l&#8217;hectare, densit\u00e9 du cadre b\u00e2ti (en zribat), voil\u00e0 quelques-uns des indicateurs qui permettent aux auteurs du projet Moulay Rachid de mettre d\u00e9finitivement en \u00e9quation les habitants. Et m\u00eame \u00e0 ne retenir que le crit\u00e8re statistique, comment justifier par les chiffres que la population restante de karyan Ben M&#8217;sik (soit environ la moiti\u00e9 des habitants bidonvillois) soit finalement log\u00e9e dans des immeubles, alors que les premiers recas\u00e9s (1985-86) ont pu malgr\u00e9 tout b\u00e9n\u00e9ficier de maisons individuelles ?<\/p>\n<p>Pour valider notre hypoth\u00e8se, nous nous sommes appuy\u00e9s sur des entretiens semi-directifs. En privil\u00e9giant la r\u00e9colte d&#8217;une parole sociale sur l&#8217;habitat, nous avons voulu rep\u00e9rer l\u00e0 o\u00f9 il y avait \u00e9mergence et revendication de l&#8217;individu et quand il y avait pr\u00e9dominance et pression du groupe social. L&#8217;individu vit parfois la question de l&#8217;habitat comme une question existentialiste, et il est fort r\u00e9v\u00e9lateur de constater que la communaut\u00e9 est le plus souvent sp\u00e9cifi\u00e9e en situation bidonvilloise, ou alors de mani\u00e8re r\u00e9trospective et nostalgique pour ceux qui se trouvent recas\u00e9s \u00e0 Moulay Rachid.<\/p>\n<p><strong>2. L&#8217;ancrage du travail de terrain<\/strong><br \/>\nL&#8217;enqu\u00eate devait appr\u00e9hender les questions relatives \u00e0 l&#8217;habitat et \u00e0 l&#8217;urbanisation d&#8217;une part, et les signes de changements socioculturels en milieu bidonvillois d&#8217;autre part. Mais auparavant, il fallait d\u00e9finir l&#8217;ancrage socio-g\u00e9ographique de ce qu&#8217;il y avait lieu d&#8217;observer ; au niveau social, l&#8217;objet d&#8217;\u00e9tude porte sur la population bidonvilloise de Ben M&#8217;sik-Sidi Othman. Les enqu\u00eat\u00e9s \u00e9tant les habitants bidonvillois, il restait \u00e0 d\u00e9terminer l&#8217;\u00e9chantillon de personnes \u00e0 interviewer dans trois types d&#8217;espaces urbains.<\/p>\n<p><strong>2.1. Les espaces de l&#8217;enqu\u00eate<\/strong><br \/>\n&#8211; Karyan Ben M&#8217;sik tout d&#8217;abord : c&#8217;est le noyau historique du grand bidonville anciennement implant\u00e9 \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e de la commune urbaine de Ben M&#8217;sik, dans l&#8217;axe que recouvre actuellement l&#8217;autoroute urbaine de Casablanca. En 1979, un projet de restructuration de bidonville, financ\u00e9 par l&#8217;USAID, est \u00e9tudi\u00e9 pour cette importante zone d&#8217;habitat pr\u00e9caire, lorsque finalement, c&#8217;est un projet de recasement qui sera retenu (Projet Ben M&#8217;sik, Op\u00e9ration Moulay Rachid). D\u00e8s 1979, le Maroc avait opt\u00e9 pour la r\u00e9habilitation de ses bidonvilles avec l&#8217;aide de la Banque Mondiale. Ainsi le Projet de D\u00e9veloppement Urbain de Rabat va entreprendre de restructurer les bidonvilles de Douar Doum, Hajja et Maadid avec le financement de la BIRD. L&#8217;am\u00e9nagement des quartiers concerne quelques 12 000 logements et l&#8217;objectif essentiel est d&#8217;\u00e9quiper et durcir l&#8217;habitat bidonvillois, sans op\u00e9rer de d\u00e9placement de population. Le PDU pr\u00e9voyait en outre une zone d&#8217;activit\u00e9 pour favoriser l&#8217;emploi. Le PDU sera \u00e9galement exp\u00e9riment\u00e9 \u00e0 Meknes dans le cadre de la restructuration de Bordj Moulay Omar et \u00e0 Kenitra pour le site de Saknia. Pour le cas casablancais, l&#8217;exp\u00e9rience du PDU n&#8217;est pas prise en consid\u00e9ration. En 1982-83, \u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;un changement minist\u00e9riel au sein du minist\u00e8re de l&#8217;habitat et de l&#8217;am\u00e9nagement du territoire, le projet de restructuration du grand bidonville de Ben M&#8217;sik financ\u00e9 par USAID est abandonn\u00e9. L&#8217;option retenue est maintenant le recasement, qui ne b\u00e9n\u00e9ficiera pas cette fois-ci du financement de l&#8217;institution am\u00e9ricaine mais de fonds nationaux ; ce choix de derni\u00e8re instance est essentiellement motiv\u00e9 par l&#8217;aversion esth\u00e9tique d&#8217;un bidonville restructur\u00e9. L&#8217;adoption du programme d&#8217;habitat de Moulay Rachid en d\u00e9coulera, m\u00eame si le co\u00fbt du nouveau projet s&#8217;av\u00e8re plus \u00e9lev\u00e9 que celui de la restructuration. Il faut \u00e9galement rappeler qu&#8217;en juin 1981, \u00e9clatent les \u00e9meutes de Casablanca qui toucheront de mani\u00e8re amplifi\u00e9e Karyan Ben M&#8217;sik, et plus particuli\u00e8rement la zone bidonvilloise longeant l&#8217;autoroute urbaine. Pour nous, cet \u00e9v\u00e9nement marquant de l&#8217;histoire sociale de Ben M&#8217;sik est l&#8217;une des causes principales du changement de projet voulu par les autorit\u00e9s publiques \u00e0 l&#8217;intention de karyan Ben M&#8217;sik. D&#8217;o\u00f9 l&#8217;op\u00e9ration Moulay Rachid actuellement en cours, dont deux tranches du projet sont achev\u00e9es, et qui ont d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 absorb\u00e9 un peu plus de la moiti\u00e9 de la population bidonvilloise. C&#8217;est sur l&#8217;espace restant du bidonville qu&#8217;il s&#8217;agissait de mener l&#8217;enqu\u00eate de terrain.<\/p>\n<p>&#8211; Hay Moulay Rachid est l&#8217;aboutissement des deux tranches de l&#8217;op\u00e9ration de recasement Moulay Rachid (Projet Ben M&#8217;sik), ayant touch\u00e9 quelques 6800 m\u00e9nages bidonvillois, auxquels il faut ajouter d&#8217;autres habitants venus en qualit\u00e9 de partenaires associ\u00e9s ou de simples locataires. La Cit\u00e9 Moulay Rachid couvre une importante superficie au sein de la commune urbaine de Sidi Othman et elle est divis\u00e9e en six groupes (ou unit\u00e9s de quartier). L&#8217;int\u00e9r\u00eat d&#8217;y mener des entretiens avec certains de ses habitants consistait \u00e0 parvenir \u00e0 une sorte d&#8217;\u00e9valuation de l&#8217;op\u00e9ration Moulay Rachid, du point de vue des destinataires du projet, en m\u00eame temps que seraient pos\u00e9s les nouveaux probl\u00e8mes d&#8217;une population aux caract\u00e9ristiques sociologiques bidonvilloises. La cit\u00e9 se trouve au sein de la commune urbaine de Sidi Othman.<\/p>\n<p>&#8211; Karyan El Massira est un bidonville de taille plus petite. C&#8217;est un bidonville &#8220;de regroupement&#8221;, n\u00e9 du d\u00e9placement d&#8217;une zone bidonvilloise faisant partie du grand bidonville de Ben M&#8217;sik, situ\u00e9e sur le site o\u00f9 devait passer l&#8217;autoroute urbaine de Casablanca. 1976 est l&#8217;ann\u00e9e du d\u00e9placement de populations en m\u00eame temps que celle de la Marche Verte d&#8217;o\u00f9 le nom fameux du bidonville. Un projet de recasement a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu (projet El Massira), qui, \u00e0 l&#8217;instar du projet Ben M&#8217;sik, ne rel\u00e8ve pas de la coop\u00e9ration avec USAID. Deux tranches du projet El Massira sont termin\u00e9es et habit\u00e9es (1986-1987), la troisi\u00e8me \u00e9tant en cours de finition lors du d\u00e9roulement de l&#8217;enqu\u00eate. La zone actuelle de Karyan El Massira recouvre non seulement des baraques \u00e0 usage d&#8217;habitation mais aussi des baraques \u00e0 usage commercial ; le souq d&#8217;El Massira (fruits, l\u00e9gumes, viandes, \u00e9pices&#8230;) et une quissariya (v\u00eatements, chaussures, appareils \u00e9lectrom\u00e9nagers, mobilier, caf\u00e9s, gargotes, salles de jeux, coiffeurs&#8230;) t\u00e9moignent d&#8217;une grande activit\u00e9, concomitante \u00e0 celle d&#8217;une zone d&#8217;activit\u00e9s comprenant un centre de r\u00e9cup\u00e9ration (verre, bois, ferrailles, plastique,&#8230;) et des petites entreprises artisanales (cordonneries, menuiseries, charpenteries, soudures, ateliers de matelassiers,&#8230;). Le bidonville El Massira ainsi que les sites de recasement se trouvent au sein de la commune urbaine de Sidi Othman.<\/p>\n<p><strong>2.2. Objectif<\/strong><br \/>\nPour ce travail, l&#8217;objectif principal \u00e9tait, parall\u00e8lement \u00e0 l&#8217;approche th\u00e9orique d\u00e9finie auparavant, de recueillir une parole sociale sur l&#8217;habitat. A partir de situations concr\u00e8tes en milieu bidonvillois, il s&#8217;agissait de savoir comment des habitants parlent de leur espace v\u00e9cu, en tant qu&#8217;individus et en tant que communaut\u00e9, comment ils se repr\u00e9sentent un espace per\u00e7u (la ville et ses diff\u00e9rents centres), comment ils con\u00e7oivent un habitat, un am\u00e9nagement de leur quartier qui tienne compte de leur propre exp\u00e9rience, tout aussi bien que de leur aspiration au changement. Il fallait saisir des situations diverses et nombreuses en mati\u00e8re de conditions de logement, pour une premi\u00e8re compr\u00e9hension du milieu bidonvillois, dans des conditions objectives de la r\u00e9alit\u00e9 (pr\u00e9carit\u00e9 de l&#8217;habitation, des \u00e9quipements urbains, de la sant\u00e9, de la scolarit\u00e9 et de l&#8217;emploi&#8230;). Ces objectifs ne pouvaient \u00eatre atteints qu&#8217;\u00e0 force de recenser, \u00e0 notre \u00e9chelle, une diversit\u00e9 complexe de cas dans les statuts socio-\u00e9conomiques et les itin\u00e9raires migratoires des habitants bidonvillois, les strat\u00e9gies familiales pour l&#8217;acquisition d&#8217;un logement et l&#8217;obtention d&#8217;un emploi. La soci\u00e9t\u00e9 bidonvilloise n&#8217;est pas faite d&#8217;un seul moule social ; la d\u00e9finir comme lumpen prol\u00e9tariat, c&#8217;est d&#8217;embl\u00e9e la r\u00e9duire comme classe ou couche sociale. Les implications vont forc\u00e9ment au-del\u00e0 de l&#8217;analyse \u00e9conomique. Celle-ci a dans l&#8217;ensemble assez bien rendu les niveaux de vie de la population bidonvilloise marocaine, lorsqu&#8217;il a fallu rendre compte de la solvabilit\u00e9 des habitants en vue d&#8217;\u00e9ventuels programmes d&#8217;habitat. Et ce qu&#8217;il faut retenir des diverses enqu\u00eates sur les revenus et d\u00e9penses des m\u00e9nages bidonvillois, c&#8217;est qu&#8217;au sein m\u00eame du bidonville, il existe une importante diversit\u00e9 des niveaux de vie, m\u00eame si l&#8217;on retrouve une certaine homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dans les modes de vie.<\/p>\n<p>En second lieu, l&#8217;objectif de l&#8217;enqu\u00eate \u00e9tait de rep\u00e9rer des signes de changements culturels, \u00e0 partir de nouvelles attitudes, pratiques, normes et valeurs d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;origine rurale <strong><a href=\"\/reda\/#5%20Ici\" name=\"5\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"5\">5<\/a><\/strong>. Y avait-il toujours un contact avec le milieu rural d&#8217;origine? Si oui, quelle \u00e9tait la nature de cette relation? Telles \u00e9taient les questions de d\u00e9part, celles qui par principe nous pr\u00e9occupaient avant d&#8217;entamer la recherche sur le terrain.<\/p>\n<p>Se posa ensuite le choix de l&#8217;\u00e9chantillon de population ; \u00e0 partir de comportements culturels significatifs de changement social, il fallait porter notre investigation sur une g\u00e9n\u00e9ration porteuse de changements ; celle des jeunes habitants bidonvillois (grosso modo de 15 \u00e0 30 ans).<\/p>\n<p><strong>2.3. M\u00e9thode<\/strong><br \/>\nAvant de commencer l&#8217;enqu\u00eate, nos moyens d&#8217;investigation avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9finis comme suit :<\/p>\n<p>&#8211; Les entretiens semi-directifs devaient constituer l&#8217;outil principal d&#8217;investigation. La m\u00e9thode des biographies ou histoires de vie \u00e9tait, vis-\u00e0-vis du milieu humain \u00e0 \u00e9tudier, la plus appropri\u00e9e tout en \u00e9tant \u00e9galement la plus proche d&#8217;une probl\u00e9matique socioculturelle : pour les habitants bidonvillois (la plupart faiblement alphab\u00e9tis\u00e9s), adopter la m\u00e9thode du questionnaire (\u00e0 questions ouvertes ou ferm\u00e9es) aurait \u00e9t\u00e9 un projet non abouti. Par contre, les histoires de vie, privil\u00e9giant l&#8217;oralit\u00e9 du discours, permettaient d&#8217;abord de contourner l&#8217;obstacle d&#8217;une faible scolarisation, et rendait possible une mise en relief d&#8217;une rationalit\u00e9 propre aux interview\u00e9s, sugg\u00e9rant d\u00e9j\u00e0 une repr\u00e9sentation conceptuelle, par l\u00e0 m\u00eame culturelle, de l&#8217;espace bidonvillois. Pour ce qui est du choix de la technique d&#8217;enregistrement des entretiens, nous avions sans h\u00e9siter pr\u00e9f\u00e9rer le stylo \u00e0 l&#8217;enregistreur : il s&#8217;agissait d&#8217;\u00e9viter la crainte et la suspicion que suscite l&#8217;enregistreur, qui laisserait l&#8217;interview\u00e9 &#8220;retenir&#8221; son discours.<\/p>\n<p>Initialement, \u00e0 partir d&#8217;un ancrage g\u00e9ographique d\u00e9fini, il \u00e9tait pr\u00e9vu de mener une quarantaine d&#8217;entretiens pour retenir de mani\u00e8re d\u00e9finitive une vingtaine de cas significatifs. A la fin de l&#8217;enqu\u00eate, les entretiens concern\u00e8rent 77 cas. L&#8217;objectif initial avait \u00e9t\u00e9 largement d\u00e9pass\u00e9, car au fur et \u00e0 mesure que nous plongions dans la complexit\u00e9 de l&#8217;espace social bidonvillois, des situations et des probl\u00e8mes nouveaux se mettaient \u00e0 jour. Au d\u00e9but de l&#8217;enqu\u00eate, nous n&#8217;avions \u00e0 disposition qu&#8217;une m\u00e9thode (celle des entretiens semi-directifs), et de la rencontre avec ces situations-probl\u00e8mes, s&#8217;est mont\u00e9e une m\u00e9thodologie de terrain : celle-ci ob\u00e9issait d&#8217;entr\u00e9e de jeu \u00e0 une logique qui rejoignait finalement notre approche d&#8217;ensemble. Diversit\u00e9 des origines, des statuts socio-\u00e9conomiques et socioculturels, des strat\u00e9gies familiales, des modes d&#8217;acc\u00e8s au logement, des entraves de l&#8217;acc\u00e8s au logement. Voil\u00e0 la contrainte que nous avions pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e dans le choix de notre \u00e9chantillonnage comme alternative \u00e0 une contrainte d&#8217;ordre statistique.<\/p>\n<p>Il fut essay\u00e9 autant que possible de compl\u00e9ter une image de famille \u00e0 partir du discours d&#8217;un jeune bidonvillois, par des entretiens avec le p\u00e8re, la m\u00e8re ou un chef de m\u00e9nage. Par la suite nous e\u00fbmes la possibilit\u00e9 d&#8217;interviewer les membres d&#8217;une famille dispers\u00e9s sur les trois espaces urbains d\u00e9finis pr\u00e9c\u00e9demment. Pour une famille, nous sommes all\u00e9s rencontrer le fils dans le milieu d&#8217;origine, pour d&#8217;autres, il \u00e9tait important de savoir comment, n&#8217;ayant jamais habit\u00e9 le bidonville, elles \u00e9taient devenues karyanistes. Sur l&#8217;ensemble des histoires de vie, nous avons essay\u00e9 le plus possible de souligner des itin\u00e9raires (migratoires, s&#8217;ils existaient, mais surtout urbains et p\u00e9riurbains), indices de la mobilit\u00e9 r\u00e9sidentielle des habitants.<\/p>\n<p>&#8211; Concernant la collecte d&#8217;informations dans les institutions publiques, nous avons d\u00e9fini une ligne d&#8217;approche en corr\u00e9lation avec notre m\u00e9thodologie d&#8217;enqu\u00eate. L&#8217;enqu\u00eate n&#8217;entra en relation avec les organismes officiels qu&#8217;au cours de deux moments particuliers ; celui de la pr\u00e9-enqu\u00eate et au final de la recherche. L&#8217;enqu\u00eate s&#8217;\u00e9tait fix\u00e9e comme domaine de d\u00e9finition le champ socioculturel bidonvillois, et comme objectif d&#8217;investigation principal la r\u00e9colte d&#8217;une parole sociale sur l&#8217;habitat et l&#8217;urbanisation, aussi la r\u00e9colte des informations au sein des institutions officielles \u00e9tait une \u00e9tape compl\u00e9mentaire. La recherche documentaire pr\u00e9senta un certain nombre de difficult\u00e9s, mais par contre le contact avec des responsables de la d\u00e9l\u00e9gation r\u00e9gionale de l&#8217;habitat (cellule Ben M&#8217;sik) fut tr\u00e8s fructueux. Ces fonctionnaires, charg\u00e9s des programmes d&#8217;habitat en cours au sein de la pr\u00e9fecture de Ben M&#8217;sik-Sidi Othman et relevant du Minist\u00e8re de l&#8217;Int\u00e9rieur, n&#8217;en sont pas moins des hommes de terrain, vu leur exp\u00e9rience dans les enqu\u00eates de sondage et de recensement en milieu bidonvillois. Ils \u00e9taient donc \u00e0 m\u00eame de compl\u00e9ter nos informations ; retracer la politique urbaine de la d\u00e9cennie 80 \u00e0 Ben M&#8217;sik, confirmer ou infirmer certaines zones sombres des programmes d&#8217;habitat destin\u00e9s au bidonvillois, signaler les r\u00e9sistances et les aptitudes au changement des populations concern\u00e9es, formuler la difficult\u00e9 d&#8217;\u00eatre et du faire de l&#8217;acteur \u00e9tatique et le manque de partenariat dans l&#8217;action de l&#8217;urbanisme. Ces responsables sont en g\u00e9n\u00e9ral des jeunes techniciens souvent de passage au sein de l&#8217;administration, ils ne pr\u00e9sentent pas un profil de fonctionnaires au sens carri\u00e9riste du terme. A travers leurs propos \u00e9merge un discours de jeunes d\u00e9butants qui se sentent investis d&#8217;une mission vis-\u00e0-vis des populations concern\u00e9es. Leur motivation et leur comp\u00e9tence sont \u00e9videntes. Les fonctionnaires de la d\u00e9l\u00e9gation r\u00e9gionale de l&#8217;habitat-cellule Ben M&#8217;sik, plus que leurs sup\u00e9rieurs, sont les acteurs sociaux de r\u00e9f\u00e9rence au sein de la pr\u00e9fecture de Ben M&#8217;sik Sidi Othman. C&#8217;est \u00e0 eux qu&#8217;ont eu \u00e0 faire les habitants de Karyan Ben M&#8217;sik, Karyan El Massira, Hay Moulay Rachid et Hay El Massira lors des recensements, des op\u00e9rations de recasement et du suivi des projets de recasement. C&#8217;est leurs noms qui reviennent constamment lors des entretiens men\u00e9s dans les diff\u00e9rents quartiers de la pr\u00e9fecture. La rencontre fut donc fructueuse, d&#8217;autant qu&#8217;elle correspondait tout \u00e0 fait \u00e0 notre m\u00e9thode d&#8217;investigation ; ne retenir que les acteurs sociaux cit\u00e9s comme tels par les habitants bidonvillois. Dans ce sens, lorsqu&#8217;\u00e9tait souvent mentionn\u00e9 dans les entretiens le nom d&#8217;une personnalit\u00e9, nous allions aussit\u00f4t prendre contact avec elle afin de compl\u00e9ter nos entretiens.<\/p>\n<p><strong>2.4. Moyens<\/strong><br \/>\nUne fois arriv\u00e9 \u00e0 Ben M&#8217;sik, nous nous rend\u00eemes compte \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence, que le type d&#8217;enqu\u00eate pressentie ne pouvait \u00eatre men\u00e9e \u00e0 bien que dans le cadre d&#8217;une \u00e9quipe de recherche. Pour entreprendre rep\u00e9rage g\u00e9ographique, r\u00e9pertoires des diff\u00e9rents types d&#8217;habitat dans les zones sous-int\u00e9gr\u00e9es, approche <strong><a href=\"\/reda\/#6%20Concernant\" name=\"6\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"6\">6<\/a><\/strong> et sondage des habitants, ma\u00eetrise des premiers entretiens semi-directifs et suivi de l&#8217;ensemble des interviews \u00e0 mener, il a fallu constituer sur le terrain une petite \u00e9quipe d&#8217;enqu\u00eateurs. C&#8217;est ce qui fut fait lors de la phase de pr\u00e9-enqu\u00eate, lorsque des contacts furent entrepris avec deux \u00e9tudiants en histoire et g\u00e9ographie, un bachelier et un jeune ch\u00f4meur. Ces jeunes \u00e9taient tous les quatre d&#8217;anciens bidonvillois habitant maintenant la cit\u00e9 Moulay Rachid, et ils avaient \u00e9t\u00e9, d\u00e8s le d\u00e9part, int\u00e9ress\u00e9s par le sujet de la recherche et motiv\u00e9s \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de participer \u00e0 une enqu\u00eate de terrain. L&#8217;un d&#8217;entre eux avait men\u00e9 une recherche universitaire sur la r\u00e9sistance arm\u00e9e \u00e0 Casablanca et une partie de son travail d&#8217;enqu\u00eate couvrait le milieu bidonvillois, vu le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant que celui-ci avait jou\u00e9 dans la lutte pour l&#8217;ind\u00e9pendance nationale. Au-del\u00e0 de leur r\u00f4le d&#8217;assistants, ces jeunes \u00e9taient \u00e9galement des informateurs ; ils devaient permettre une approche des habitants qui ne soit pas verticale, mais aussi participer au d\u00e9roulement de l&#8217;entretien proprement dit ; il fallait d&#8217;abord ma\u00eetriser nos \u00e9nonc\u00e9s ainsi que le discours de l&#8217;interview\u00e9 dans une conceptualisation vernaculaire.<\/p>\n<p><strong>2.5. Obstacles <\/strong><br \/>\nLes obstacles sont inh\u00e9rents \u00e0 toute recherche universitaire. Ils constituent le lot quotidien, si l&#8217;on peut dire, de l&#8217;\u00e9tudiant mais ceux-ci peuvent \u00eatre g\u00e9r\u00e9s, une fois ins\u00e9r\u00e9s dans un calendrier de recherche, anticip\u00e9s au travers d&#8217;une m\u00e9thodologie souple qui puisse les d\u00e9passer.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re barri\u00e8re que nous rencontr\u00e2mes fut, lors de la pr\u00e9-enqu\u00eate, l&#8217;obtention d&#8217;une autorisation d&#8217;enqu\u00eate ; la longue proc\u00e9dure aboutit \u00e0 ce qui est le passeport obligatoire de tout \u00e9tudiant menant une recherche universitaire. Ce qui est critiquable dans cette d\u00e9marche, ce n&#8217;est pas tant l&#8217;acte administratif (l&#8217;autorisation d&#8217;enqu\u00eate facilite l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 des organismes officiels, l\u00e9galise une d\u00e9marche entreprise aupr\u00e8s d&#8217;une population donn\u00e9e) mais la dur\u00e9e et la lourdeur de l&#8217;op\u00e9ration ; elle peut porter un pr\u00e9judice fatal \u00e0 un calendrier de recherche : les quinze jours de d\u00e9lai d&#8217;obtention initialement annonc\u00e9s peuvent durer en g\u00e9n\u00e9ral plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Personnellement, nous e\u00fbmes beaucoup de chance ; nous n&#8217;attend\u00eemes que deux mois.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me difficult\u00e9 dont notre recherche eut \u00e0 souffrir concerne l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la documentation officielle. Ainsi \u00e0 l&#8217;Agence Urbaine de Casablanca, nos tentatives sont rest\u00e9es vaines ; une lettre, adress\u00e9e au gouverneur de l&#8217;Agence selon la proc\u00e9dure d&#8217;usage et demandant une autorisation&#8230;&#8221;d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la biblioth\u00e8que&#8221; resta jusqu&#8217;\u00e0 ce jour sans r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000;\"><\/div>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000;\"><\/div>\n<p align=\"justify\" style=\"color: #000000;\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000;\"><strong><a href=\"\/reda\/#1\" name=\"1 C. Fitouri\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"1 C. Fitouri\">1<\/a><\/strong> C. Fitouri, <em>Biculturalisme, bilinguisme et \u00e9ducation, analyse du cas tunisien,<\/em> th\u00e8se de doctorat d&#8217;\u00c9tat, Universit\u00e9 Ren\u00e9 Descartes (Paris V), 1980.<\/div>\n<div align=\"justify\" style=\"color: #000000;\"><\/div>\n<p><strong><a href=\"\/reda\/#2\" name=\"2 Ibn Khaldoun\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"2 Ibn Khaldoun\">2<\/a> <\/strong>Ibn Khaldoun, <em>Al Muqaddima, Discours sur l&#8217;histoire universelle,<\/em> traduction de V. Monteil. 3 tomes. Sindbad, Paris, 1978.<\/p>\n<p><strong><a href=\"\/reda\/#3\" name=\"3 Le mot\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"3 Le mot\">3<\/a><\/strong> Le mot est de P. Pellegrino, et de fait &#8220;si la d\u00e9termination \u00e9conomique rend d\u00e9pendantes les diff\u00e9rentes parties du territoire, elle les rend en m\u00eame temps toutes \u00e9quivalentes, du moins quant \u00e0 leur destin de valeur potentielle, qu&#8217;elles soient actuellement valoris\u00e9es ou d\u00e9valoris\u00e9es. Au contraire, le fait culturel suppose l&#8217;autonomie, dans le double sens de pouvoir se nommer, se d\u00e9signer, se reconna\u00eetre et de ne pas \u00eatre d\u00e9pendant \u00e0 tel point que cette d\u00e9pendance implique d&#8217;\u00eatre assimil\u00e9 aux autres s&#8217;en pouvoir s&#8217;en distinguer&#8221;,<em>Identit\u00e9 r\u00e9gionale et repr\u00e9sentations collectives de l&#8217;espace, <\/em>Centre de Recherche en Architecture et en Architecturologie, Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, 1983.<\/p>\n<p><strong><a href=\"\/reda\/#4\" name=\"4 A. Adam\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"4 A. Adam\">4<\/a><\/strong> A. Adam,Casablanca, <em>Essai sur la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine au contact de l&#8217;Occident,<\/em> C.N.R.S., Paris, 1968.<\/p>\n<p><strong><a href=\"\/reda\/#5\" name=\"5 Ici\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"5 Ici\">5<\/a> <\/strong>Ici, l&#8217;origine rurale de populations migrantes n&#8217;exclut pas que ces m\u00eames populations aient \u00e9t\u00e9 porteuses de l&#8217;urbanisation d\u00e8s leur d\u00e9part du milieu d&#8217;origine.<\/p>\n<p><strong><a href=\"\/reda\/#6\" name=\"6 Concernant\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" title=\"6 Concernant\">6<\/a><\/strong> Concernant l&#8217;approche des personnes \u00e0 interviewer, deux possibilit\u00e9s s&#8217;offraient \u00e0 nous : 1) muni de la fameuse autorisation d&#8217;enqu\u00eate, contacter un agent des forces auxiliaires de la pr\u00e9fecture de Ben M&#8217;sik-Sidi Othman et s&#8217;en aller taper \u00e0 la porte de l&#8217;habitant pour le sommer d&#8217;avoir un entretien avec nous. 2) trouver un autre type d&#8217;approche, moins agressif, plus informel, permettant d&#8217;abord un contact humain qui favoriserait une souplesse et une libert\u00e9 de ton lors de l&#8217;entretien \u00e0 mener&#8230; La deuxi\u00e8me solution fut choisie pour des raisons \u00e9videntes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"color: #000000;\"><span style=\"color: #000000; font-size: 13px; text-align: justify;\">Extraits de R\u00e9da Benkirane,\u00a0<\/span><em style=\"color: #000000; font-size: 13px; text-align: justify;\">Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca),<\/em><span style=\"color: #000000; font-size: 13px; text-align: justify;\">\u00a0Institut Universitaire d&#8217;\u00c9tudes du D\u00e9veloppement (IUED), Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, 1993, 200 pages.<\/span><span style=\"font-family: Arial, Arial, Helvetica;\"> <\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bidonville et recasement, modes de vie \u00e0 karyan Ben M&#8217;sik (Casablanca) 1. Le cadre conceptuel 1.1 A l&#8217;origine de l&#8217;enqu\u00eate C&#8217;est en septembre 1985 que nous est venue l&#8217;id\u00e9e de travailler sur karyan Ben M&#8217;sik. Notre fr\u00e9quentation d&#8217;un groupe dynamique d&#8217;architectes nous avait permis de visiter l&#8217;ensemble de la pr\u00e9fecture&#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=309\">Lire plus \/ Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[373,377],"tags":[378],"class_list":["post-309","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recherche-research","category-urbanite","tag-urbanite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/309","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=309"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/309\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2698,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/309\/revisions\/2698"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=309"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=309"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=309"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}