{"id":2421,"date":"2014-05-28T08:33:15","date_gmt":"2014-05-28T08:33:15","guid":{"rendered":"http:\/\/j2\/?page_id=888"},"modified":"2014-05-28T08:33:15","modified_gmt":"2014-05-28T08:33:15","slug":"eclair-et-fulgurance-lemir-abdelkader-un-humaniste-pour-notre-siecle-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=2421","title":{"rendered":"Eclair et fulgurance. L&#8217;Emir Abdelkader, un humaniste pour notre si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\n\tCommunication pour les Actes du colloque, <em>L&rsquo;&Eacute;mir Abdelkader et le droit humanitaire international<\/em>, CICR &ndash; Fondation &Eacute;mir Abdelkader, Alger 27-30 mai 2013\n<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\t<iframe loading=\"lazy\" class=\"scribd_iframe_embed\" data-aspect-ratio=\"0.7052384675527756\" data-auto-height=\"false\" frameborder=\"0\" height=\"500\" id=\"doc_51130\" scrolling=\"no\" src=\"https:\/\/www.scribd.com\/embeds\/253517930\/content?start_page=1&amp;view_mode=scroll&amp;access_key=key-fNELFGBp3GbLu9k6hvKm&amp;show_recommendations=false\" width=\"50%\"><\/iframe>\n<\/p>\n<p align=\"center\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>Foi en l&rsquo;avenir, foi en l&rsquo;homme<\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAu risque de choquer d&rsquo;embl&eacute;e, je suis de ceux qui pensent que nous ne devons&nbsp;<em>plus&nbsp;<\/em>entretenir avec le pass&eacute; un rapport d&rsquo;oblig&eacute;s. Il me semble que la d&eacute;termination de l&rsquo;avenir ne r&eacute;side&nbsp;<em>plus&nbsp;<\/em>dans la connaissance toute approximative des conditions initiales du pass&eacute;.&nbsp;Car le pass&eacute;, en tant que souvenir mythifi&eacute;, sanctifi&eacute;, vitrifi&eacute;, fait probl&egrave;me quand il freine notre &eacute;lan vers l&rsquo;avenir. Et je ne cherche<em>&nbsp;plus<\/em>&nbsp;&agrave; penser la tradition comme un continuum tranquille, car l&rsquo;histoire enseigne qu&rsquo;il y a toutes sortes de ruptures et de discontinuit&eacute;s dans le pass&eacute;.&nbsp; Enfin je ne crois pas me tromper en avan&ccedil;ant que le culte des anc&ecirc;tres int&eacute;resse de moins en moins les nouvelles g&eacute;n&eacute;rations, natifs de l&rsquo;&acirc;ge num&eacute;rique, par exemple la classe d&rsquo;&acirc;ge des 15-24 ans, qui dans le monde arabe est la g&eacute;n&eacute;ration qui a le meilleur niveau d&rsquo;&eacute;ducation jamais atteint dans l&rsquo;histoire de ces soci&eacute;t&eacute;s. Dans une dizaine d&rsquo;ann&eacute;es, cette jeunesse sera aux commandes des nations, et sera porteuse d&rsquo;une modernit&eacute; sociale et politique dont nous n&rsquo;avons pas id&eacute;e et dont les r&eacute;volutions sociales de ce que j&rsquo;appelle&nbsp;<em>l&rsquo;ann&eacute;e-lumi&egrave;re<\/em>&nbsp;2011 ne sont que les premi&egrave;res lueurs.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tSeul le pr&eacute;sent &ndash; et pas le pass&eacute; &ndash; est gros de l&rsquo;avenir, pour reprendre l&rsquo;expression c&eacute;l&egrave;bre de Leibniz. Bien qu&rsquo;ayant un go&ucirc;t prononc&eacute; pour l&rsquo;histoire, je suis dubitatif devant la complainte ou la visitation nostalgique du pass&eacute;, la sacralisation des Anc&ecirc;tres\/Anciens (<em>Aslaf,&nbsp;<\/em><span dir=\"RTL\">\u0623\u0633\u0644\u0627\u0641<\/span>). &nbsp;Je veux donc ici afficher mon logos, affirmer ma profession de foi philosophique&nbsp;:&nbsp;<em>je crois en l&rsquo;avenir<\/em>&nbsp;&nbsp;(<span dir=\"RTL\">\u0623\u0624\u0645\u0646 \u0628\u0627\u0644\u0645\u0633\u062a\u0642\u0628\u0644<\/span>) et &nbsp;<em>je crois en l&rsquo;homme<\/em>&nbsp;(<span dir=\"RTL\">\u0623\u0624\u0645\u0646 \u0628\u0627\u0644\u0625\u0646\u0633\u0627\u0646<\/span>). Cette profession de foi est d&rsquo;ailleurs une possible d&eacute;finition de l&rsquo;humanisme du XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle. De plus, j&rsquo;affirme aimer le changement, la nouveaut&eacute;, le contingent et Dieu enjoint les hommes et les femmes &agrave; changer individuellement et collectivement&nbsp;:\n<\/p>\n<p style=\"line-height: 20.7999992370605px; margin-left: 80px;\">\n\tDieu ne change rien un peuple tant que les hommes ne changent rien en eux-m&ecirc;mes&nbsp;(C.,&nbsp;<em>Le tonnerre<\/em>, 13, 11)\n<\/p>\n<p style=\"margin-left: 80px;\">\n\t<span style=\"line-height: 20.7999992370605px;\">&nbsp; (<\/span><span style=\"line-height: 20.7999992370605px; text-align: -webkit-right;\">\u0625\u0650\u0646\u0651\u064e \u0627\u0644\u0644\u0651\u064e\u0647\u064e \u0644\u064e\u0627 \u064a\u064f\u063a\u064e\u064a\u0651\u0650\u0631\u064f \u0645\u064e\u0627 \u0628\u0650\u0642\u064e\u0648\u0652\u0645\u064d \u062d\u064e\u062a\u0651\u064e\u0649\u0670 \u064a\u064f\u063a\u064e\u064a\u0651\u0650\u0631\u064f\u0648\u0627 \u0645\u064e\u0627 \u0628\u0650\u0623\u064e\u0646\u0641\u064f\u0633\u0650\u0647\u0650\u0645\u0652&nbsp;<\/span><span style=\"line-height: 20.7999992370605px;\">(&nbsp;<\/span><span dir=\"RTL\" style=\"line-height: 20.7999992370605px;\">\u0627\u0644\u0631\u0639\u062f<\/span><span style=\"line-height: 20.7999992370605px;\">&nbsp;<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tPar la gr&acirc;ce &ndash; immanente &ndash; de Dieu, les peuples du Maghreb et du Machreq sont en train de changer, depuis les tr&eacute;fonds de leur&nbsp;<em>int&eacute;riorit&eacute;<\/em>, et ils ont donn&eacute; une le&ccedil;on de modernit&eacute; au monde, celle d&rsquo;une jeunesse qui partout r&eacute;clame trois choses essentielles &agrave; l&rsquo;humanisme&nbsp;: &laquo;&nbsp;libert&eacute;, justice, dignit&eacute;&nbsp;&raquo;. Cet &eacute;veil est sans pr&eacute;c&eacute;dent par son caract&egrave;re spontan&eacute;, d&eacute;termin&eacute; et sa forme non violente. Il faut entendre la voix du peuple qui s&rsquo;est exprim&eacute; dans toutes les capitales, de Nouakchott &agrave; Manama en passant par Le Caire et Sanaa.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; margin-left: 80px;\">\n\t<span style=\"line-height: 20.7999992370605px;\">&Ocirc; dirigeant, Sa Majest&eacute; le peuple s&rsquo;adresse &agrave; toi.<\/span><br \/>\n\t<span style=\"line-height: 20.7999992370605px; text-align: -webkit-right;\">\u0623\u064a\u0647\u0627 \u0627\u0644\u062d\u0627\u0643\u0645 \u062c\u0644\u0627\u0644\u0629 \u0627\u0644\u0634\u0639\u0628 \u064a\u062e\u0627\u0637\u0628\u0643\u0645<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tPuissions-nous entendre cette voix du peuple, qui d&rsquo;un peu partout de par le monde nous appelle et interpelle avec de plus en plus d&rsquo;insistance. Puissions-nous r&eacute;pondre &agrave; ses attentes, et contribuer &agrave; construire un projet de soci&eacute;t&eacute;, une vision du monde qui fait tant d&eacute;faut aujourd&rsquo;hui &agrave; la politique et &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie des nations.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tSi je m&rsquo;int&eacute;resse depuis une vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es &agrave; la sublime personnalit&eacute; de l&rsquo;&Eacute;mir Abdelkader, c&rsquo;est qu&rsquo;il repr&eacute;sente &agrave; mes yeux un mod&egrave;le d&rsquo;homme de foi en l&rsquo;avenir, un homme d&rsquo;action, un homme de parole et d&rsquo;&eacute;criture, un homme de spiritualit&eacute;. Abdelkader Ben Muhiedine al Hassani, par les hommes multiples que sa personnalit&eacute; exprime, est l&rsquo;une des plus &eacute;minentes figures historiques de l&rsquo;humanit&eacute;. Mais il reste &agrave; nos soci&eacute;t&eacute;s contemporaines &agrave; d&eacute;couvrir ses combats, la mani&egrave;re dont il les conduits, ainsi que son &oelig;uvre &eacute;crite. Et notre r&ocirc;le &agrave; tous, nous ici r&eacute;unis, enseignants, chercheurs, diplomates, humanitaires est de contribuer &agrave; mieux le conna&icirc;tre et &agrave; le faire conna&icirc;tre tout comme nous nous sommes enrichis de conna&icirc;tre au si&egrave;cle dernier le r&ocirc;le et la force de l&rsquo;action non violente du Mahatma Gandhi. Aussi la premi&egrave;re chose que j&rsquo;ai entreprise sur le r&eacute;seau internet, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;est ouvert au grand public, a &eacute;t&eacute; d&rsquo;&eacute;diter d&egrave;s 1996 un espace consacr&eacute; &agrave; la biographie et aux &eacute;crits de l&rsquo;&Eacute;mir<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\" title=\"\">[1]<\/a>. Ainsi ma contribution &agrave; &eacute;t&eacute; de le faire conna&icirc;tre &agrave; un public francophone&nbsp;sur le m&eacute;dia le plus r&eacute;volutionnaire qui soit, celui qui fait que le savoir vient &agrave; soi; ce qui avait commenc&eacute; comme la mise en ligne de mon &laquo;&nbsp;site int&eacute;rieur&nbsp;&raquo; allait devenir par la suite un portail de connaissance ayant &eacute;t&eacute; visit&eacute; par quelque 50&rsquo;000 &agrave; 70&rsquo;000 visiteurs par mois et ce depuis dix-sept ans&hellip; Par la suite, dans mon second livre,&nbsp;<em>Le D&eacute;sarroi identitaire, jeunesse, arabit&eacute; et islamit&eacute;<\/em>&nbsp;<em>contemporaines<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\" title=\"\">[2]<\/a>, j&rsquo;ai consacr&eacute; l&rsquo;essentiel d&rsquo;un chapitre &agrave; l&rsquo;&Eacute;mir. Pourquoi ai-je fait cela alors que je cherche &agrave; comprendre le monde de demain&nbsp;? Parce que j&rsquo;estime que Abdelkader Ben Muhiedine al Hassani n&rsquo;est pas la figure d&rsquo;un pass&eacute;, mais celle du pr&eacute;sent, du devenir, de l&rsquo;avenir, autant de lieux et d&rsquo;instances que nos soci&eacute;t&eacute;s vont devoir&nbsp;<em>habiter&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>remplir&nbsp;<\/em>d&rsquo;une mani&egrave;re viable et civilis&eacute;e sous peine de malheur et de p&eacute;ril majeurs. Dans cette perspective, il me para&icirc;trait utile que la Fondation &Eacute;mir Abdelkader puisse s&rsquo;atteler &agrave; une t&acirc;che de plus en plus n&eacute;cessaire, celle de faire conna&icirc;tre l&rsquo;&oelig;uvre &eacute;crite de l&rsquo;&Eacute;mir, et, en tout premier lieu, &agrave; travailler &agrave; une r&eacute;&eacute;dition arabe de son chef-d&rsquo;&oelig;uvre mystique,&nbsp;<em>Le Livre des Stations<\/em>&nbsp;(<em>Kitab al Mawaqif<\/em>, &nbsp;<em><span dir=\"RTL\">\u0643\u062a\u0627\u0628 \u0627\u0644\u0645\u0648\u0627\u0642\u0641<\/span><\/em><em>)<\/em><a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\" title=\"\">[3]<\/a>&nbsp; qui constitue, de mon point de vue, l&rsquo;&oelig;uvre intellectuelle la plus importante ayant &eacute;t&eacute; &eacute;crite par un Alg&eacute;rien de la p&eacute;riode contemporaine. Cette &oelig;uvre devrait &ecirc;tre rendue disponible dans tout le monde arabe, et la Fondation pourrait contribuer &agrave; son rayonnement international, par exemple en diffusant les r&eacute;centes &eacute;ditions fran&ccedil;aises<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\" title=\"\">[4]<\/a>. Ceci pourrait faire circuler les r&eacute;flexions subtiles et profondes d&rsquo;un homme qui connaissait par c&oelig;ur le Coran d&egrave;s la sortie de l&rsquo;enfance et qui s&rsquo;&eacute;tait abreuv&eacute; d&rsquo;&oelig;uvres universelles comme celles de Platon, d&rsquo;Aristote, de Pythagore&hellip;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><em>&lsquo;Umran<\/em><\/strong><strong>, remplir l&rsquo;espace et le temps<\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tVoici un homme inscrit dans une filiation proph&eacute;tique et une tradition religieuse qui s&rsquo;est trouv&eacute; confront&eacute; &agrave; des d&eacute;fis colossaux et d&rsquo;ampleur mondiale (car la conqu&ecirc;te puis l&rsquo;occupation fran&ccedil;aise de l&rsquo;Alg&eacute;rie fut l&rsquo;annonce de la mondialisation du processus colonial). Voici quelqu&rsquo;un qui a d&ucirc; affronter la g&eacute;opolitique de l&rsquo;espace m&eacute;diterran&eacute;en en recomposition, la puissance militaire d&rsquo;un pays comme la France, l&rsquo;&eacute;mergence inexorable d&rsquo;une civilisation de l&rsquo;industrie et des techniques, autant de d&eacute;ferlantes qui auront marqu&eacute; des dizaines et des dizaines de peuples du sud pour plus d&rsquo;un si&egrave;cle &agrave; venir. Face &agrave; l&rsquo;irruption de la modernit&eacute; qui s&rsquo;est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e &agrave; lui de la pire mani&egrave;re, cet homme issu du terroir de l&rsquo;ouest alg&eacute;rien aura fait montre d&rsquo;un sens absolument novateur dans la mani&egrave;re dont il a habit&eacute; et rempli l&rsquo;espace et le temps, dans le sens le plus khaldounien du mot arabe<em>&lsquo;umran<\/em>&nbsp;(<span dir=\"RTL\">\u0639\u0645\u0631\u0627\u0646<\/span>). Comme chacun le sait, ce concept de sociologie politique fut &eacute;nonc&eacute; au XIV<sup>e<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle par Ibn Khaldoun qui est une sorte de fondateur avant l&rsquo;heure de la sociologie politique et de la philosophie de l&rsquo;histoire.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tCe mot de&nbsp;<em>&lsquo;umran<\/em>&nbsp;que l&rsquo;on traduit usuellement par &laquo;&nbsp;civilisation&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;culture&nbsp;&raquo;, est beaucoup plus pr&eacute;cis que sa signification en traduction, et il dit bien l&rsquo;enjeu qui est le n&ocirc;tre. Ibn Khaldoun conceptualise le&nbsp;<em>&lsquo;umran,<\/em>&nbsp;et qui comprend l&rsquo;arabe saisit que cette notion a autant rapport &agrave; l&rsquo;espace qu&rsquo;au temps.&nbsp;<em>&lsquo;Umran<\/em>, la civilisation, serait selon la langue arabe une<em>&nbsp;mani&egrave;re de<\/em>&nbsp;<em>remplir&nbsp;<\/em>un lieu et une dur&eacute;e d&rsquo;une qualit&eacute; &ndash; humaine et soci&eacute;tale &ndash; particuli&egrave;re. C&rsquo;est la question du&nbsp;<em>remplissage&nbsp;<\/em>qui est la n&ocirc;tre et qui se pose de mani&egrave;re cruciale &agrave; un niveau autant local que global. Il ne suffit plus de nous complaire dans la question de savoir comment&nbsp;<em>&ecirc;tre<\/em>&nbsp;en tant que collectivit&eacute; dans l&rsquo;espace et dans le temps, car on n&rsquo;est jamais en stationnement, immobile. Il s&rsquo;agit de savoir, sous peine d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;cras&eacute; et de dispara&icirc;tre, comment participer pleinement &agrave; l&rsquo;impermanence du monde, comment faire que notre devenir au sein de l&rsquo;espace et du temps soit moins nocif (pour le sol, l&rsquo;air, les v&eacute;g&eacute;taux, les animaux), plus cr&eacute;ateur, participant et symbiotique. En effet la mani&egrave;re pr&eacute;datrice et destructrice qu&rsquo;a l&rsquo;humanit&eacute; &nbsp;de remplir l&rsquo;espace et le temps fait que l&rsquo;homme est devenu une force g&eacute;ophysique capable d&rsquo;influer sur la biosph&egrave;re et le climat, au point qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, nous risquons s&eacute;rieusement de manquer de ces ressources non renouvelables et ces mati&egrave;res premi&egrave;res vitales que sont l&rsquo;espace et le temps. Remplir le temps et l&rsquo;espace dans la civilisation mondiale du XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle ce n&rsquo;est pas s&rsquo;&eacute;tendre et se r&eacute;pandre en faux&nbsp;sur le monde par pollutions physiques et psychiques, par saturation humaine et prolif&eacute;ration et mat&eacute;rielle. C&rsquo;est modifier la qualit&eacute; de notre rapport au vivant et au min&eacute;ral, aux &eacute;cosyst&egrave;mes d&rsquo;artefacts qui font notre urbanit&eacute;, notre humanit&eacute; num&eacute;rique, notre &eacute;conomie postindustrielle. Comment occuperons-nous le temps qui nous est imparti et l&rsquo;espace qui nous est d&eacute;volu sur terre&nbsp;? Cette question pourrait bien fonder la prochaine civilisation, que j&rsquo;appelle&nbsp;<em>post-occidentale,&nbsp;<\/em>et qui sera mondiale ou ne sera pas.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tSi je reprends cette notion de&nbsp;<em>&lsquo;umran<\/em>, de remplissage, pour la ramener &agrave; un individu unique comme l&rsquo;&Eacute;mir, je dirais que cet homme, &agrave; lui tout seul, a su remplir le temps et l&rsquo;espace du monde. Sa pr&eacute;disposition le dirigeait vers une certaine latence, et la pente la plus facile pour lui aurait &eacute;t&eacute; de cheminer le long de la pi&eacute;t&eacute; pour se diriger le plus s&ucirc;rement possible vers la saintet&eacute;. Homme revendiquant son attachement &agrave; la tradition, il entre en modernit&eacute; avec le go&ucirc;t de l&rsquo;agir, une mani&egrave;re propre de s&rsquo;insinuer dans l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement, une acuit&eacute; du regard et de la r&eacute;flexion, une curiosit&eacute; d&rsquo;apprendre et de conna&icirc;tre. Ses sillons, ses traces, ses &eacute;crits, ses signes &eacute;mettent toujours&nbsp;: nous en percevons encore la phosphorescence, celle d&rsquo;un&nbsp;<em>&lsquo;umran<\/em>&nbsp;spirituel, qui combine l&rsquo;&eacute;thique du guerrier, la s&eacute;r&eacute;nit&eacute; de l&rsquo;homme de paix, l&rsquo;engagement de l&rsquo;homme de parole, le voyage dans la parole de Dieu au travers d&rsquo;une saisie directe d&rsquo;un r&eacute;el autrement voil&eacute; aux hommes.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><em>Barzakh,&nbsp;<\/em><\/strong><strong>un homme-isthme<\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tG&eacute;nie de la guerre, du gouvernement, de la diplomatie, de la coop&eacute;ration internationale, de la r&eacute;flexion et de la contemplation, l&rsquo;&Eacute;mir Abdelkader a fait montre d&rsquo;une incroyable capacit&eacute; d&rsquo;adaptation et d&rsquo;&eacute;volution, d&rsquo;une aptitude &agrave; &ecirc;tre le lien entre diverses mani&egrave;res de vivre. L&rsquo;islamologue Bruno Etienne dit de lui qu&rsquo;il fut &agrave; lui seul un isthme, un&nbsp;<em>barzakh<\/em>&nbsp;(<span dir=\"RTL\">\u0628\u0631\u0632\u062e<\/span>). C&rsquo;est une d&eacute;finition clairvoyante de la personnalit&eacute; de l&rsquo;&Eacute;mir, et ce n&rsquo;est pas une m&eacute;taphore si l&rsquo;on en juge par le r&ocirc;le qu&rsquo;il a jou&eacute; ne serait-ce que dans le d&eacute;fi politique autant que technologique qu&rsquo;aura repr&eacute;sent&eacute; la perc&eacute;e de l&rsquo;isthme de Suez entre les continents africain et asiatique. Cette capacit&eacute; &agrave; &ecirc;tre un isthme entre les humanit&eacute;s fait pr&eacute;cis&eacute;ment d&eacute;faut &agrave; tous les grands et les puissants de notre monde dont la publicit&eacute; ne cesse de nous dire qu&rsquo;il est un village global. La notion d&rsquo;isthme, de&nbsp;<em>barzakh&nbsp;<\/em>est d&rsquo;ailleurs &eacute;voqu&eacute;e dans le Coran &agrave; deux reprises et a aussi &eacute;t&eacute; abondamment comment&eacute;e dans les &eacute;crits de l&rsquo;un des plus grands mystiques de l&rsquo;humanit&eacute;, Ibn &lsquo;Arabi l&rsquo;andalou, mais aussi dans le commentaire du Coran r&eacute;dig&eacute; par Abdelkader Ben Muhiedine al Hassani.\n<\/p>\n<p style=\"margin-left:1cm;\">\n\t&laquo;&nbsp;Les deux mers repr&eacute;sentent la Loi r&eacute;v&eacute;l&eacute;e et la r&eacute;alit&eacute;&nbsp;: et l&rsquo;isthme entre les deux repr&eacute;sente le connaisseur de Dieu (&hellip;) l&rsquo;isthme est toujours entre deux contraires&nbsp;et, &agrave; la vue des oppos&eacute;s, il nie et affirme, niant l&rsquo;essence m&ecirc;me de ce qu&rsquo;il vient d&rsquo;affirmer (&hellip;) Il est en mouvement et en repos, &agrave; la fois nomade et s&eacute;dentaire (&hellip;) est donc entre ces deux feux, le feu de la Loi et celui de la r&eacute;alit&eacute;.&nbsp;&raquo;\n<\/p>\n<p align=\"right\" style=\"margin-left:1cm;\">\n\t&Eacute;mir Abdelkader,&nbsp;<em>Le livre des Haltes<\/em>&nbsp;(<em>Kitab Al Mawaqif<\/em>)&nbsp;<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\" title=\"\">[5]<\/a>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tPlus que jamais, nous avons aujourd&rsquo;hui besoin de former des hommes et des femmes, de toutes conditions sociales, &eacute;conomiques et culturelles, de tout horizon religieux qui puissent &ecirc;tre des isthmes et des ponts, des passeurs de cultures, de savoirs et de pouvoirs, capables cr&eacute;er du lien entre les &ecirc;tres, entre eux et le monde. Nous sommes l&agrave; dans un r&eacute;gime de production de la r&eacute;alit&eacute; o&ugrave; les relations sont &agrave; l&rsquo;origine des objets et non plus l&rsquo;inverse. Cette v&eacute;rit&eacute;, les sciences l&rsquo;ont &eacute;tablie au si&egrave;cle dernier, nos technologies de communication nous en font la d&eacute;monstration &agrave; chaque microseconde &ndash; l&rsquo;information circulant d&eacute;sormais &agrave; la vitesse de la lumi&egrave;re, mais l&rsquo;&Eacute;mir en avait une connaissance intime et subtile, par sa capacit&eacute; &agrave; s&rsquo;enfoncer dans le r&eacute;el invisible et m&eacute;taphysique.&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLe premier enseignement majeur de l&rsquo;humanisme de l&rsquo;&Eacute;mir, ce qui fait son actualit&eacute; pour nos soci&eacute;t&eacute;s sophistiqu&eacute;es, c&rsquo;est la mani&egrave;re dont il s&rsquo;est d&eacute;brouill&eacute; avec le destin et l&rsquo;adversit&eacute;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tA la diff&eacute;rence du mod&egrave;le de Mohammed, Messager de l&rsquo;islam, dont toutes sortes de signes proph&eacute;tisaient la Proph&eacute;tie, rien dans la saintet&eacute; d&rsquo;Abdelkader n&rsquo;annon&ccedil;ait un avenir grandiose, un itin&eacute;raire hors du commun, je veux dire hors du sentier balis&eacute; et familier des saints et des marabouts qui pars&egrave;ment l&rsquo;histoire et les territoires du Maghreb. Rien a priori ne pr&eacute;disposait ce fils de marabout &agrave; endosser les responsabilit&eacute;s militaires et politiques qui furent les siennes.\n<\/p>\n<p style=\"margin-left:1cm;\">\n\t&laquo;&nbsp;Je n&rsquo;&eacute;tais pas n&eacute; pour &ecirc;tre un guerrier. Il me semble que je n&rsquo;aurais jamais d&ucirc; l&rsquo;avoir &eacute;t&eacute;, ne f&ucirc;t-ce qu&rsquo;un seul jour. Et pourtant j&rsquo;ai port&eacute; les armes toute ma vie. Que les desseins de la Providence sont myst&eacute;rieux&nbsp;! Ce ne fut que par un concours tout &agrave; fait impr&eacute;vu de circonstances que je me trouvai soudain jet&eacute; hors de la carri&egrave;re &agrave; laquelle tout me destinait, ma naissance, mon &eacute;ducation, mes pr&eacute;f&eacute;rences.&nbsp;&raquo;\n<\/p>\n<p align=\"right\" style=\"margin-left:1cm;\">\n\t&Eacute;mir Abdelkader,&nbsp;<em>Correspondance avec l&rsquo;ancien &eacute;v&ecirc;que d&rsquo;Alger<\/em>&nbsp;<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\" title=\"\">[6]<\/a>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tCe qu&rsquo;enseigne l&rsquo;&Eacute;mir c&rsquo;est que lorsque le destin s&rsquo;abat sur l&rsquo;homme telle la foudre, il faut se montrer digne et consentir &agrave; habiter le destin, &agrave; &ecirc;tre chang&eacute; par lui jusqu&rsquo;&agrave; le changer, pour le ma&icirc;triser. De tout ce qui s&rsquo;est abattu sur lui, alors que dans sa nature profonde (<em>fitra,&nbsp;<\/em><em><span dir=\"RTL\">\u0641\u0637\u0631\u0629<\/span><\/em>), il n&rsquo;en voulait pas, il en a fait une habitation majestueuse, une parure resplendissante.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&rsquo;&Eacute;mir n&rsquo;est jamais passif face &agrave; l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement, son fatalisme est spirituellement actif. Il r&eacute;agit par rapport &agrave; tout ce qui advient, anim&eacute; d&rsquo;une spiritualit&eacute; empirique, &eacute;volutive, ne descendant pas de Dieu mais remontant vers Lui (<em>Huwa<\/em>,&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u0647\u0648<\/span>).\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><em>Al qadr&nbsp;<\/em><\/strong><strong>ou la fatalit&eacute; active<\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAujourd&rsquo;hui, pour nous, l&rsquo;horizon s&rsquo;obscurcit &agrave; maints endroits, car tout dans les statistiques annonce des jours pires que les mauvais jours ; la crise &eacute;conomique, les tensions r&eacute;gionales, les haines d&eacute;sint&eacute;ress&eacute;es entre repr&eacute;sentants de cultures et observants de religions elles-m&ecirc;mes mondialis&eacute;es, les r&eacute;voltes des masses de sans-travail, des jeunes &eacute;duqu&eacute;s et form&eacute;s partout sur la surface de la terre qui n&rsquo;en peuvent plus de payer pour la tyrannie politique ou celle des banques et des march&eacute;s financiers. Mais le monde, nous enseigne Abdelkader, philosophe et th&eacute;osophe, est aussi porteur de promesses. Ce qui blesse, transperce est peut-&ecirc;tre aussi cela m&ecirc;me qui gu&eacute;rit. Ce qui pointe ici et l&agrave; sur ce monde aux allures de malade chronique ou m&ecirc;me parfois de cadavre d&eacute;compos&eacute; est aussi cette th&eacute;rapeutique d&rsquo;acupuncteur qui ram&egrave;ne &agrave; la vie les fonctions d&eacute;r&eacute;gul&eacute;es, les organes n&eacute;cros&eacute;s, les r&eacute;flexes mentaux rigidifi&eacute;s.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLa vie de l&rsquo;&Eacute;mir atteste qu&rsquo;il faut &ecirc;tre &agrave; la hauteur de tout ce qui advient, c&rsquo;est cela le sens profond du destin &eacute;crit (et non pas pr&eacute;-&eacute;crit ou prescrit), du&nbsp;<em>maktoub<\/em>&nbsp;(<span dir=\"RTL\">\u0645\u0643\u062a\u0648\u0628<\/span>) qui n&rsquo;est pas, contrairement &agrave; ce que pense l&rsquo;homme vulgaire, la pr&eacute;d&eacute;termination de l&rsquo;avenir. Comme le dit le philosophe indo-pakistanais Muhammad Iqbal &laquo;&nbsp;La destin&eacute;e c&#39;est le temps consid&eacute;r&eacute; comme ant&eacute;rieur &agrave; la manifestation de ses possibilit&eacute;s&nbsp;&raquo;. Or l&rsquo;&Eacute;mir Abdelkader avait cette capacit&eacute; d&rsquo;entrer en relation avec la dimension possibiliste de l&rsquo;espace-temps d&eacute;volu &agrave; l&rsquo;humain, pr&ecirc;t &agrave; modifier &agrave; tout instant son action, &agrave; d&eacute;senclaver ses cogitations au gr&eacute; des bifurcations du destin, du&nbsp;<em>qadar&nbsp;<\/em>(<span dir=\"RTL\">\u0642\u062f\u0631<\/span>) qui an&eacute;antit une certitude pour existentialiser un possible parmi d&rsquo;autres. Cette capacit&eacute; d&rsquo;Abdelkader de recourir &agrave; une raison agile (&lsquo;aql murin, ) annonce la &nbsp;modernit&eacute; intellectuelle qui finira un jour ou l&rsquo;autre par reconstruire la pens&eacute;e dans l&rsquo;islam &agrave; venir.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tDans l&rsquo;humanisme du XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle, il s&rsquo;agit de s&rsquo;habituer &agrave; habiter la fatalit&eacute;: c&#39;est une sc&egrave;ne o&ugrave; chaque &ecirc;tre, chaque nomade-monade doit activement tenir son r&ocirc;le. Rien de passif, lorsque les &ecirc;tres sont tendus dans l&rsquo;agir, impliqu&eacute;s dans l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement.&nbsp;L&rsquo;inattendu, l&rsquo;inaccompli, le contingent, le&nbsp;<em>muhdath<\/em>&nbsp;(<span dir=\"RTL\">\u0645\u062d\u062f\u062b<\/span>) fondent sur nous tel un &eacute;clair qui fulgure.\n<\/p>\n<p style=\"margin-left:1cm;\">\n\t&laquo;&nbsp;Quand Dieu veut perdre la fourmi, il lui donne des ailes.<br \/>\n\tPleine de joie et d&rsquo;orgueil, elle s&rsquo;envole&nbsp;;<br \/>\n\tun petit oiseau passe, la voit et la croque.&nbsp;&raquo;<br \/>\n\t&Eacute;mir Abdelkader\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&rsquo;&Eacute;mir nous apprend encore qu&rsquo;&ecirc;tre foudroy&eacute; par le destin n&rsquo;est pas une condamnation mais une&nbsp;<em>&eacute;lection<\/em>&nbsp;divine. &laquo;&nbsp;Ma&nbsp;<em>blessure<\/em>&nbsp;existait avant moi,&nbsp;<em>je suis<\/em>&nbsp;n&eacute;&nbsp;<em>pour<\/em>&nbsp;l&#39;incarner&nbsp;&raquo; &eacute;crit le po&egrave;te fran&ccedil;ais Joe Bousquet atteint par une balle durant la premi&egrave;re guerre mondiale qui le rendra paralytique pour le restant de ses jours&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Deviens l&rsquo;homme de tes malheurs, apprends &agrave; en incarner la perfection et l&rsquo;&eacute;clat. &raquo; &nbsp;Abdelkader, mystique et contemplatif, enclin &agrave; se retirer du monde, nous enjoint d&rsquo;aimer le monde, d&rsquo;agir sur lui et d&rsquo;&ecirc;tre agi par lui. D&rsquo;autres philosophes dont Nietzsche ont approfondi cette question de l&rsquo;amour de la destin&eacute;e &ndash;&nbsp;<em>amor fati<\/em>&nbsp;&ndash; qui en d&eacute;finitive est un amour du monde &ndash;&nbsp;<em>amor mundi<\/em>.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAbdelkader, dans tout l&rsquo;&eacute;clat de sa jeunesse intr&eacute;pide, montra la voie &agrave; d&rsquo;autres r&eacute;sistants &agrave; l&rsquo;ordre colonial, tels Cheikh Mokrani et Cheikh El Haddad en 1870 et leurs compagnons qui leur survivront pour &ecirc;tre d&eacute;port&eacute;s dans un bagne de Nouvelle-Cal&eacute;donie. Cet aspect peu connu de l&rsquo;histoire montre l&rsquo;exil de r&eacute;sistants alg&eacute;riens<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\" title=\"\">[7]<\/a>&nbsp;&agrave; l&rsquo;identit&eacute; impeccable, o&ugrave; berb&eacute;rit&eacute;, arabit&eacute; et islamit&eacute; tissent un &ecirc;tre d&rsquo;envergure, toujours porteur d&rsquo;avenir. Ainsi le d&eacute;but de la trajectoire r&eacute;volutionnaire d&rsquo;Abdelkader se poursuit avec Cheikh El Mokrani puis au XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle avec l&rsquo;&Eacute;mir Abdelkrim et sa r&eacute;publique du Rif&nbsp;; l&agrave; aussi, un homme d&eacute;fait trois arm&eacute;es et marque les d&eacute;buts de la lutte de lib&eacute;ration des Tiers Mondes en&nbsp; attaquant frontalement les forces coloniales hispano-fran&ccedil;aises. Tous ces hommes aguerris et de grande pi&eacute;t&eacute; emprunt&egrave;rent la voie de l&rsquo;&Eacute;mir Abdelkader dans sa fa&ccedil;on de r&eacute;pondre &agrave; la destin&eacute;e. Ces hommes-l&agrave; &ndash; le lion du Caucase l&rsquo;Imam Chamyl et l&rsquo;&Eacute;mir Abdelkrim &ndash; connurent finalement la d&eacute;faite apr&egrave;s de nombreuses victoires, endur&egrave;rent l&rsquo;exil et jamais ne purent retourner sur la terre natale.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>Pr&eacute;curseur de l&rsquo;action humanitaire<\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAnim&eacute; d&rsquo;une conscience humanitaire, l&rsquo;&Eacute;mir ne s&rsquo;est pas distingu&eacute; sur ce plan-l&agrave; seulement &agrave; Damas en 1860&nbsp;; il appliquait la protection des civils avant m&ecirc;me d&rsquo;&ecirc;tre investi de sa mission de chef de la r&eacute;sistance arm&eacute;e contre les Fran&ccedil;ais, quand lui et ses hommes tentaient, tant bien que mal, de prot&eacute;ger les fuyards d&rsquo;Oran des razzias des tribus environnantes aux premiers temps du d&eacute;barquement des Fran&ccedil;ais en Alg&eacute;rie. Par la suite, la d&eacute;cision la plus difficile qu&rsquo;il eut &agrave; prendre, au bout de quinze ans de lutte acharn&eacute;e, alors qu&rsquo;il &eacute;tait &agrave; peine &acirc;g&eacute; de 38 ans, fut de se rendre aux Fran&ccedil;ais. J&rsquo;affirme que sa reddition est l&rsquo;expression m&ecirc;me d&rsquo;un geste humanitaire. &nbsp;Il eut &eacute;t&eacute; plus ais&eacute; et plus glorieux pour lui et ses combattants de mourir vaincu, mais les armes &agrave; la main, car oui, parfois, il est plus difficile de survivre que de mourir. Ayant &eacute;puis&eacute; toutes leurs capacit&eacute;s de r&eacute;sistance militaire, le jeune Abdelkader et ses combattants ne pouvaient entra&icirc;ner les populations civiles dans d&rsquo;atroces souffrances, privations, tortures sous l&rsquo;action syst&eacute;matique du g&eacute;n&eacute;ral fran&ccedil;ais Bugeaud et de ses 100&rsquo;000 hommes. &laquo;&nbsp;Les hommes sont massacr&eacute;s sans merci, les habitations de toute nature br&ucirc;l&eacute;es, les r&eacute;coltes incendi&eacute;es, les fugitifs &eacute;touff&eacute;s vifs et sans piti&eacute;&nbsp;&raquo; &eacute;crivent &agrave; ce sujet Bruno Etienne et Fran&ccedil;ois Pouillon.\n<\/p>\n<p style=\"margin-left:1cm;\">\n\t&laquo;&nbsp;Je peux &ecirc;tre compt&eacute; parmi les morts. Mon seul d&eacute;sir est d&rsquo;&ecirc;tre autoris&eacute; d&rsquo;aller &agrave; La Mecque et &agrave; M&eacute;dine pour y prier et adorer le Dieu Tout-Puissant jusqu&rsquo;&agrave; ce qu&rsquo;Il me rappelle &agrave; lui.&nbsp;&raquo;\n<\/p>\n<p align=\"right\" style=\"margin-left:1cm;\">\n\t&Eacute;mir Abdelkader,&nbsp;<em>Lettre au gouvernement fran&ccedil;ais<\/em>, mars 1948&nbsp;<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\" title=\"\">[8]<\/a>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tM&ecirc;me mort parmi les vivants, car militairement d&eacute;fait et politiquement exil&eacute;, Abdelkader t&eacute;moignera d&rsquo;une foi vitaliste dans le monde d&rsquo;ici-bas, et r&eacute;v&eacute;lera un &ecirc;tre toujours engag&eacute; dans une action qui n&rsquo;est jamais dissoci&eacute;e de la r&eacute;flexion et de la voie contemplative. Il sera ainsi un enseignant de th&eacute;ologie &agrave; Damas, et r&eacute;digera son &oelig;uvre d&rsquo;interpr&eacute;tation du Coran, &laquo;&nbsp;prototype sublime&nbsp;&raquo; de la spiritualit&eacute; islamique. Mais s&rsquo;il a au pr&eacute;alable consenti &agrave; se rendre et &agrave; &ecirc;tre compt&eacute; parmi les morts, c&rsquo;est pour sauvegarder les civils, et en particulier les femmes, enfants et vieillards de ce qu&rsquo;il reste de sa capitale nomade&nbsp;; il n&eacute;gociera un arr&ecirc;t des combats selon les lois de la guerre de l&rsquo;&eacute;poque. &nbsp;Sur le plan spirituel, il d&eacute;cide de passer du&nbsp;<em>jihad<\/em>&nbsp;d&eacute;fensif &agrave; l&rsquo;exil (<em>hijra<\/em>). Son souci de pr&eacute;server dans tout conflit arm&eacute;, dans toute guerre, la vie d&rsquo;innocents et de personnes non combattantes se r&eacute;v&eacute;lera avec magnificence &agrave; Damas en 1860. Cet &eacute;pisode de la vie de l&rsquo;&Eacute;mir est un des plus connus, il sauva du lynchage et prot&eacute;gea de sa personne, sans arme avec quelque 800 de ses compagnons alg&eacute;riens, des milliers de chr&eacute;tiens dont des repr&eacute;sentants europ&eacute;ens d&rsquo;officines diplomatiques.\n<\/p>\n<p style=\"line-height: 20.7999992370605px; margin-left: 80px;\">\n\tC&rsquo;est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d&rsquo;Isra&euml;l que quiconque tuerait une personne non coupable d&rsquo;un meurtre ou d&rsquo;une corruption sur la terre, c&rsquo;est comme s&rsquo;il avait tu&eacute; tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c&rsquo;est comme s&rsquo;il faisait don de la vie &agrave; tous les hommes.\n<\/p>\n<p style=\"line-height: 20.7999992370605px; margin-left: 80px;\">\n\t(C.,&nbsp;<em>La table<\/em>, 32, 5)\n<\/p>\n<p align=\"right\" style=\"line-height: 20.7999992370605px; margin-left: 80px;\">\n\t<span dir=\"RTL\">\u0645\u0650\u0646\u0652 \u0623\u064e\u062c\u0652\u0644\u0650 \u0630\u064e\u0670\u0644\u0650\u0643\u064e \u0643\u064e\u062a\u064e\u0628\u0652\u0646\u064e\u0627 \u0639\u064e\u0644\u064e\u0649\u0670 \u0628\u064e\u0646\u0650\u064a \u0625\u0650\u0633\u0652\u0631\u064e\u0627\u0626\u0650\u064a\u0644\u064e \u0623\u064e\u0646\u0651\u064e\u0647\u064f \u0645\u064e\u0646 \u0642\u064e\u062a\u064e\u0644\u064e \u0646\u064e\u0641\u0652\u0633\u064b\u0627 \u0628\u0650\u063a\u064e\u064a\u0652\u0631\u0650 \u0646\u064e\u0641\u0652\u0633\u064d \u0623\u064e\u0648\u0652 \u0641\u064e\u0633\u064e\u0627\u062f\u064d \u0641\u0650\u064a \u0627\u0644\u0652\u0623\u064e\u0631\u0652\u0636\u0650 \u0641\u064e\u0643\u064e\u0623\u064e\u0646\u0651\u064e\u0645\u064e\u0627 \u0642\u064e\u062a\u064e\u0644\u064e \u0627\u0644\u0646\u0651\u064e\u0627\u0633\u064e \u062c\u064e\u0645\u0650\u064a\u0639\u064b\u0627 \u0648\u064e\u0645\u064e\u0646\u0652 \u0623\u064e\u062d\u0652\u064a\u064e\u0627\u0647\u064e\u0627 \u0641\u064e\u0643\u064e\u0623\u064e\u0646\u0651\u064e\u0645\u064e\u0627 \u0623\u064e\u062d\u0652\u064a\u064e\u0627 \u0627\u0644\u0646\u0651\u064e\u0627\u0633\u064e<\/span>\n<\/p>\n<p align=\"right\" style=\"line-height: 20.7999992370605px; margin-left: 80px;\">\n\t(5, 32,&nbsp;&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u0627\u0644\u0645\u0627\u0626\u062f\u0629<\/span>)\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tVoil&agrave; le second enseignement de ce premier humaniste plan&eacute;taire. Toute vie &ocirc;t&eacute;e &agrave; un civil non combattant &eacute;quivaut &agrave; un crime contre l&rsquo;humanit&eacute;, comme le rappelle ce verset coranique qui lui-m&ecirc;me s&rsquo;appuie sur un pr&eacute;cepte du juda&iuml;sme, comme pour insister, en rappel, sur l&rsquo;universalit&eacute; de l&rsquo;&eacute;thique humanitaire.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&rsquo;&Eacute;mir Abdelkader comme Henry Dunant, un des membres fondateurs du Comit&eacute; International de la Croix-Rouge (CICR) &ndash; qui fut bien avant la bataille de Solferino, ne l&rsquo;oublions pas, un exploitant colonial en Alg&eacute;rie &ndash;, ne sont pas de ces pacifistes na&iuml;fs qui d&eacute;fendent l&rsquo;utopie d&rsquo;une humanit&eacute; sans violence. Ce qui fait la grande force op&eacute;rative et conceptuelle des principes humanitaires spirituellement inspir&eacute;s que l&rsquo;&Eacute;mir a mis en pratique dans ses campagnes militaires, est que la guerre, en tant qu&rsquo;elle est r&eacute;sistance contre un envahisseur, doit malgr&eacute; tout demeurer un&nbsp;<em>fait de civilisation<\/em>. Car la guerre n&rsquo;est pas un &eacute;tat d&rsquo;exception et de suspension des lois, mais bien au contraire, elle proc&egrave;de d&rsquo;un r&eacute;gime particulier de lois et de r&egrave;glements, et, en ce sens, elle rel&egrave;ve aussi du&nbsp;<em>&lsquo;umran<\/em>, c&rsquo;est-&agrave;-dire d&rsquo;une mani&egrave;re sp&eacute;cifique de remplir l&rsquo;espace et le temps. Le g&eacute;n&eacute;ral comme le simple soldat sont comptables de leurs actes d&rsquo;h&eacute;ro&iuml;sme et de bravoure comme des atrocit&eacute;s qu&rsquo;ils seraient susceptibles de commettre contre des personnes non combattantes. Les conventions de Gen&egrave;ve mises en place dans les ann&eacute;es 1860 refl&egrave;tent pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; la fois cette &eacute;thique de la guerre et ce souci d&rsquo;&eacute;pargner les civils dans les conflits violents entre &Eacute;tats.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>D&eacute;shumanisation de la guerre et oubli de l&rsquo;homme<\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tVoici 150 ans qu&rsquo;a &eacute;t&eacute; fond&eacute; le droit humanitaire, sur les ruines du champ de bataille de Solferino, et 130 ans qu&rsquo;est mort l&rsquo;&Eacute;mir. Aujourd&rsquo;hui nous vivons &agrave; l&rsquo;&egrave;re de la &laquo;&nbsp;guerre globale contre le terrorisme&nbsp;&raquo;. Cette nouvelle guerre inaugur&eacute;e sous l&rsquo;&egrave;re de la pr&eacute;sidence Bush &ndash; cette administration politico-militaire qui a fonctionn&eacute; comme une v&eacute;ritable th&eacute;ocratie en croisade contre &laquo;&nbsp;l&rsquo;axe du mal&nbsp;&raquo; &ndash; a radicalement chang&eacute; les r&egrave;gles du jeu des conflits arm&eacute;s. Le nombre de morts civils dans le champ aveugle de l&rsquo;inqui&eacute;tante et d&eacute;shumanisante expression de &laquo;&nbsp;dommage collat&eacute;ral&nbsp;&raquo;, le recours de plus en plus fr&eacute;quent &agrave; des dispositifs t&eacute;l&eacute;guid&eacute;s et robotis&eacute;s de guerre posent &eacute;minemment probl&egrave;me pour les d&eacute;fenseurs et promoteurs du droit humanitaire international. Ainsi le drone, vaisseau a&eacute;rien sans pilote, v&eacute;ritable OVNI &laquo;&nbsp;objet violent non identifi&eacute;&nbsp;&raquo; naviguant &agrave; plus de 6000 m&egrave;tres d&rsquo;altitude et contr&ocirc;l&eacute; &agrave; distance depuis une salle informatique d&rsquo;un &Eacute;tat profond de l&rsquo;Am&eacute;rique, est &agrave; l&rsquo;origine un gadget technologique qui est en train de red&eacute;finir toute la strat&eacute;gie des conflits violents au XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle. Des engins chasseurs-tueurs &ndash; les &Eacute;tats-Unis en disposeraient &agrave; l&rsquo;heure actuelle plus de 6000 &ndash; sont truff&eacute;s de yeux et d&rsquo;oreilles qui espionnent autant qu&rsquo;ils sont une arme l&eacute;tale. Entre le t&eacute;l&eacute;op&eacute;rateur qui d&rsquo;un clic d&eacute;clenche la g&acirc;chette et l&rsquo;arme qui lance le missile, l&rsquo;&eacute;cart se compte en milliers de kilom&egrave;tres. Ces nouvelles armes pr&eacute;servent la vie des t&eacute;l&eacute;op&eacute;rateurs (sont-ils des soldats combattants&nbsp;?) et provoque au sol le plus souvent la mort de victimes non combattantes. La nouvelle conception de la guerre, cette chasse &agrave; l&rsquo;homme t&eacute;l&eacute;guid&eacute;e &ndash; &eacute;clair&eacute;e par des slogans du type &laquo;&nbsp;personne ne meurt sauf l&rsquo;ennemi&nbsp;&raquo; &ndash; est n&eacute;e dans le conflit qui oppose les Isra&eacute;liens aux Palestiniens, les premiers ne supportant plus le fait non pas de mourir mais&nbsp;<em>l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;ils puissent mourir&hellip;<\/em>quand ils font mourir les autres. Certains strat&egrave;ges n&eacute;oconservateurs ont l&rsquo;audace de pr&eacute;senter cet engin d&rsquo;assassinat cibl&eacute; &ndash; qui annonce &agrave; l&rsquo;horizon 2030 des avions de combat sans pilote &ndash; comme une &laquo;&nbsp;arme humanitaire&nbsp;&raquo;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tC&rsquo;est aux sp&eacute;cialistes du droit international, du droit de la guerre et du droit humanitaire de nous expliquer la contradiction intenable&nbsp;: alors que les arm&eacute;es cessent de devenir des arm&eacute;es de conscription, devenant des arm&eacute;es professionnelles, pourquoi les vies des militaires tendent &agrave; &ecirc;tre sanctuaris&eacute;es tandis que celles des civils sont d&eacute;sacralis&eacute;es&nbsp;?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLe philosophe Gr&eacute;goire Chamayou, auteur d&rsquo;une des toutes premi&egrave;res r&eacute;flexions sur le &laquo;&nbsp;monstre conceptuel&nbsp;&raquo; que repr&eacute;sente le drone, voit dans la mutation actuelle de la guerre, le passage d&rsquo;une confrontation d&rsquo;un duel, &agrave; une chasse &agrave; l&rsquo;homme, &agrave; un rapport entre un pr&eacute;dateur robotis&eacute; et une proie humaine. Dans sa&nbsp;<em>Th&eacute;orie du drone<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\" title=\"\"><strong>[9]<\/strong><\/a><\/em>, il constate qu&rsquo;une terreur de masse s&rsquo;abat au sol sur des populations enti&egrave;res qui entendent nettement le bourdonnement du drone, et pressentent qu&rsquo;un bombardement va de mani&egrave;re imminente s&rsquo;abattre, mais sans savoir o&ugrave; pr&eacute;cis&eacute;ment ni comment s&rsquo;en pr&eacute;munir. Cette nouvelle mani&egrave;re de tuer, s&eacute;curisant &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me le tueur imp&eacute;rial, terrorisant des populations enti&egrave;res de villages du Waziristan, d&rsquo;Afghanistan ou du Y&eacute;men, se fonde selon le philosophe non plus sur une g&eacute;opolitique mais sur une&nbsp;<em>a&eacute;ropolitique<\/em>&nbsp;o&ugrave; la question de la souverainet&eacute; de l&rsquo;air et des ondes perd tout son sens classique. La question du drone, qui n&rsquo;en est pourtant qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&acirc;ge des premiers balbutiements technologiques, est en train de litt&eacute;ralement&nbsp;<em>miner<\/em>&nbsp;l&rsquo;espace et le temps sans fronti&egrave;re &agrave; la mani&egrave;re des mines terrestres antipersonnel mais &agrave; la puissance cubique, dans un champ tridimensionnel. Chamayou d&eacute;montre encore la contre-productivit&eacute; du drone. Certains strat&egrave;ges d&eacute;fendent le drone pour ce qu&rsquo;il permet de lancer des missiles de &laquo;&nbsp;pr&eacute;cision&nbsp;chirurgicale&nbsp;&raquo;&nbsp;: alors que le rayon l&eacute;tal d&rsquo;une grenade est de 3 m&egrave;tres, la&nbsp;<em>kill zone<\/em>, la zone de tuerie d&rsquo;une bombe ou d&rsquo;un missile lanc&eacute; par un drone est de 15 m&egrave;tres. Mais derri&egrave;re le concept de la&nbsp;<em>kill box<\/em>, on affirme la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;an&eacute;antir l&rsquo;individu terroriste et l&rsquo;ensemble de son r&eacute;seau social.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tCe qu&rsquo;a en outre identifi&eacute; Gr&eacute;goire Chamayou, c&rsquo;est le recours &agrave; la th&eacute;matique du&nbsp;<em>care<\/em>&nbsp;pour tenter de donner un semblant de coh&eacute;rence &agrave; une conception militaire humanitaire&nbsp;: c&rsquo;est ce qu&rsquo;il qualifie de politique &laquo;&nbsp;humilitaire&nbsp;&raquo;. La robotisation de la guerre s&rsquo;approprie la notion d&rsquo;humanitaire tout en la pervertissant, pour l&eacute;gitimer ses dommages collat&eacute;raux dont on fait habituellement silence. Est-ce ainsi, par la multiplication d&rsquo;objets violents non identifi&eacute;s, que nous voulons produire un&nbsp;<em>&lsquo;umran&nbsp;<\/em>tanatocratique, propagateur de mort, comme mani&egrave;re de remplir l&rsquo;espace et le temps&nbsp;? Qui sera responsable devant la loi des crimes de guerre commis par des robots&nbsp;? Que faudrait-il donc faire pour r&eacute;introduire le droit humanitaire international &ndash; en le r&eacute;actualisant &ndash; dans le contexte d&rsquo;une violence arm&eacute;e qui devient invasive, et qui se l&eacute;gitime par un droit de poursuite sans fin par-del&agrave; toute limite territoriale ou temporelle&nbsp;?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tFace &agrave; cette d&eacute;rive de l&rsquo;&eacute;thique de la guerre, et aux d&eacute;tournements du&nbsp;<em>sens de la guerre<\/em>, il appara&icirc;t donc urgent de s&rsquo;atteler &agrave; cette t&acirc;che cognitive qui en d&eacute;finitive devra produire un nouveau droit humanitaire international, en phase avec un nouvel humanisme plan&eacute;taire pour le XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle. Face &agrave; la nouveaut&eacute; des technologies militaires qui tuent toujours plus de civils non combattants, il n&rsquo;y a pas de fatalit&eacute; passive&nbsp;: une mobilisation au niveau de la communaut&eacute; internationale pourrait contribuer &agrave; transformer ces engins de mort en des technologies civiles dot&eacute;es d&rsquo;une grande utilit&eacute; (&agrave; l&rsquo;instar de l&rsquo;internet ou du GPS). Mais pour l&rsquo;heure, face &agrave; la nouvelle &egrave;re conflictuelle, s&eacute;curitaire et de surveillance, nous demeurons d&eacute;ficitaires en concepts, en principe, en strat&eacute;gie, en droit.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&rsquo;&Eacute;mir Abdelkader, qui a affront&eacute; en fin strat&egrave;ge militaire, mais avec des moyens mat&eacute;riels limit&eacute;s et un niveau technologique rudimentaire une puissance imp&eacute;riale comme la France, pouvait-il imaginer que nous arriverions &agrave; ce niveau d&rsquo;automatisation, o&ugrave; la vie &agrave; sauvegarder co&ucirc;te que co&ucirc;te n&rsquo;est plus celle du civil mais celle du soldat qui de fait tend &agrave; &ecirc;tre un non-combattant&nbsp;? Cette violence arm&eacute;e peut-elle &ecirc;tre encore consid&eacute;r&eacute;e comme relevant de la guerre et de sa codification classique ? Comment le droit humanitaire international s&rsquo;accommode-t-il du &laquo;&nbsp;dommage collat&eacute;ral&nbsp;&raquo;, cette excroissance nombreuse mais ombr&eacute;e derri&egrave;re laquelle on cache la mort discr&egrave;te mais massive du civil et du citoyen non combattant&nbsp;? A ces questions, force est de constater que le droit humanitaire international reste jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent muet.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLes militaires am&eacute;ricains d&eacute;signent de l&rsquo;adjectif&nbsp;<em>unmanned&nbsp;<\/em>les derni&egrave;res innovations technologiques du complexe &laquo;&nbsp;militaro-humanitaire&nbsp;&raquo; qui d&eacute;chargent les hommes de leurs responsabilit&eacute;s guerri&egrave;res.&nbsp;<em>Unmanned&nbsp;<\/em>signifie que nous aboutissons &agrave; quelque chose qui n&rsquo;est plus humain. La d&eacute;shumanisation de la guerre n&rsquo;est que le d&eacute;but d&rsquo;une d&eacute;shominisation qui annonce la d&eacute;b&acirc;cle de tout droit de l&rsquo;homme devant la violence d&rsquo;&Eacute;tat. Et il se pourrait bien que, comme le pr&eacute;dit Gr&eacute;goire Chamayou, lorsqu&rsquo;ils seront miniaturis&eacute;s et d&eacute;multipli&eacute;s &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle des nanotechnologies,&nbsp; les robots-insectes et les drones-mutants finiront bient&ocirc;t par partout essaimer en un syst&egrave;me panoptique complet pour espionner &ndash; et parfois aussi pourchasser &ndash; les Citoyens.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tEn langue arabe, on comprend mieux l&rsquo;action de l&rsquo;homme dans la d&eacute;shumanisation que l&rsquo;on voit &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre, par exemple dans l&rsquo;ultra lib&eacute;ralisme (en tant que th&eacute;ologie du march&eacute;), les pratiques nouvelles de la guerre, l&rsquo;instrumentalisation de la religion (par exemple dans ce qui est devenu la petite industrie routini&egrave;re de l&rsquo;attentat-suicide). En effet, l&rsquo;&ecirc;tre humain, en tant qu&rsquo;il diff&egrave;re de l&rsquo;&ecirc;tre technique &ndash; artisanal, industriel, informatique &ndash;, se nomme&nbsp;<em>insan<\/em>&nbsp;(<span dir=\"RTL\">\u0625\u0646\u0633\u0627\u0646<\/span>): ce mot est &eacute;tymologiquement apparent&eacute; au mot&nbsp;<em>nisyan<\/em>&nbsp; (<span dir=\"RTL\">\u0646\u0633\u064a\u0627\u0646<\/span>)&nbsp; qui veut dire&nbsp;<em>oubli<\/em>. C&rsquo;est pourquoi il est dit en langue arabe que &laquo;&nbsp;l&rsquo;&ecirc;tre humain (<em>al insan<\/em>) fut appel&eacute;&nbsp;<em>insan<\/em>, car il oublie (<em>yansa<\/em>)&nbsp;&raquo; (<span dir=\"RTL\">\u0633\u0645\u0649 \u0627\u0644\u0627\u0646\u0633\u0627\u0646 \u0627\u0646\u0633\u0627\u0646 \u0644\u0623\u0646\u0647 \u064a\u0646\u0633\u0649<\/span>). Dans la d&eacute;finition qu&rsquo;en donne la langue arabe claire, l&rsquo;oubli est ce qui caract&eacute;riserait l&rsquo;humain depuis le tout premier &ecirc;tre adamique &ndash; qui oublia de ne point toucher au fruit d&eacute;fendu du Jardin. L&rsquo;oubli de l&rsquo;&ecirc;tre humain,&nbsp;<em>nisyan al insan<\/em>, (<span dir=\"RTL\">\u0646\u0633\u064a\u0627\u0646 \u0627\u0644\u0625\u0646\u0633\u0627\u0646<\/span>) affecte jusqu&rsquo;au mode d&rsquo;existence de l&rsquo;&ecirc;tre machinique &ndash; en l&rsquo;homme comme dans le robot &ndash; et c&rsquo;est justement ce qui cause la d&eacute;shumanisation en cours dans ce si&egrave;cle. Autant du point de vue de l&rsquo;inhumanit&eacute; de l&rsquo;homme que de l&rsquo;humanit&eacute; de l&rsquo;&ecirc;tre technique, il n&rsquo;y a pas de neutralit&eacute; ni d&rsquo;&eacute;chappatoire &agrave; la responsabilit&eacute; de l&rsquo;homme. L&rsquo;homme, dans sa pr&eacute;sence comme dans son absence au monde, dans son oubli qu&rsquo;il oublie, est toujours le principal actant de ce qu&rsquo;il devient, m&ecirc;me lorsqu&rsquo;il s&rsquo;efface et se cache derri&egrave;re ses nouvelles cr&eacute;atures machiniques t&eacute;l&eacute;command&eacute;es &ndash; robot-missile ou homme-suicide. C&rsquo;est toujours l&rsquo;homme qui se projette dans l&rsquo;&ecirc;tre technique, c&rsquo;est toujours lui le responsable de son oubli de la cause qui fonde son fonctionnement ou qui d&eacute;clenche son autodestruction, c&rsquo;est toujours lui qui &oelig;uvre dans la renaissance ou l&rsquo;effacement de son humanit&eacute;.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>Mettre &agrave; jour le droit humanitaire et les lois de la guerre<\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tSur un plan pratique, et au nom des principes humanitaires qui ont guid&eacute; les actions de l&rsquo;&Eacute;mir et du cofondateur du CICR, il nous semble donc urgent de mettre en place au niveau international qui l&rsquo;exige, &agrave; Gen&egrave;ve et ailleurs, un programme de recherche en vue d&rsquo;une r&eacute;vision du droit de la guerre et du droit humanitaire pour statuer et codifier l&rsquo;usage des nouvelles formes de violence, formes non conventionnelles et actuellement non identifi&eacute;es par le droit international. Si le CICR, qui aujourd&rsquo;hui repr&eacute;sente l&rsquo;ONG probablement la plus cr&eacute;dible et la mieux g&eacute;r&eacute;e au monde, pouvait constituer un groupe de travail international sur la robotisation des conflits et l&rsquo;automatisation des individus candidats &agrave; l&rsquo;attentat suicide, nous pourrions alors r&eacute;pondre &agrave; ce qui rel&egrave;ve aujourd&rsquo;hui toujours de l&rsquo;<em>impens&eacute;<\/em>&nbsp;des conflits arm&eacute;s contemporains. Dans cette initiative internationale que le CICR pourrait lancer avec d&rsquo;autres institutions et ONGs pour tout d&rsquo;abord comprendre la mutation des conflits guerriers entam&eacute;e par la premi&egrave;re du Golfe il y a 22 ans d&eacute;j&agrave;, le droit humanitaire pourrait ainsi &eacute;voluer, &ecirc;tre augment&eacute; de jurisprudences pour &ecirc;tre en phase avec les mutations des conflits dits &laquo;&nbsp;asym&eacute;triques&nbsp;&raquo;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLes guerres pr&eacute;tendument &laquo;&nbsp;chirurgicales&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;intelligentes&nbsp;&raquo; qui se sont abattues sur l&rsquo;Irak d&egrave;s 1991 &ndash; qu&rsquo;un ministre de la d&eacute;fense fran&ccedil;ais de l&rsquo;&eacute;poque (d&eacute;missionnaire) qualifia de &laquo;&nbsp;ratonnades &eacute;lectroniques&nbsp;&raquo; &ndash;, puis celles qui se sont poursuivies &agrave; de multiples reprises sur la Palestine, le Liban, l&rsquo;Afghanistan ont g&eacute;n&eacute;r&eacute; un ressentiment massif de populations enti&egrave;res contre &laquo;&nbsp;l&rsquo;Occident&nbsp;&raquo;. Ceci s&rsquo;est traduit par une vague sans pr&eacute;c&eacute;dent d&rsquo;attaques contre les int&eacute;r&ecirc;ts am&eacute;ricains et leurs alli&eacute;s dans la r&eacute;gion du Moyen Orient. D&rsquo;une certaine mani&egrave;re, les &eacute;v&eacute;nements du 11 septembre 2001 furent la r&eacute;ponse &agrave; la premi&egrave;re guerre sur l&rsquo;Irak, conduite par une vaste coalition internationale (quelque 500&#39;000 soldats am&eacute;ricains pour la plupart) depuis le sol de l&rsquo;Arabie (qui demeure, ne l&rsquo;oublions pas, la terre des lieux saints de l&rsquo;islam). Et aujourd&rsquo;hui, le drone et ses clones se veulent la r&eacute;ponse au ph&eacute;nom&egrave;ne du commando-suicide, lui-m&ecirc;me inspir&eacute; des pilotes kamikazes japonais de la fin de la seconde guerre mondiale. Il faut voir que les conflits dont il est ici question ne sont pas v&eacute;ritablement asym&eacute;triques (dans le sens d&rsquo;une rupture de sym&eacute;trie) car ils sont en r&eacute;alit&eacute; des conflits &agrave;&nbsp;<em>sym&eacute;trie invers&eacute;e<\/em>&nbsp;: d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; le soldat &laquo;&nbsp;occidental&nbsp;&raquo; voit sa vie co&ucirc;te que co&ucirc;te pr&eacute;serv&eacute;e, assur&eacute;e, sanctifi&eacute;e et la machine-missile tue, &agrave; sa place, le plus grand nombre d&rsquo;ennemis combattants mais aussi de civils&nbsp;; de l&rsquo;autre, un nombre croissant de candidats au commando-suicide montre des combattants engageant leur vie pour la moindre op&eacute;ration de combat, qui parvient &agrave; toucher de moins en moins de combattants militaires et de plus en plus de civils dans le camp adverse. Les 3000 morts civils des tours jumelles de New York se sont sold&eacute;s par la mort de plusieurs centaines de milliers d&rsquo;hommes et de femmes en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, au Y&eacute;men. Dans le contexte des conflits inversement sym&eacute;triques, le nombre de morts civils croit de mani&egrave;re exponentielle inversement proportionnelle au nombre r&eacute;duit de morts combattants, le territoire de la confrontation n&rsquo;&eacute;tant plus celui de la g&eacute;ographie mais celui de la d&eacute;mographie. Ce n&rsquo;est plus un territoire que l&rsquo;on se dispute, c&rsquo;est l&rsquo;homme que l&rsquo;on chasse. Et le conflit isra&eacute;lo-palestinien illustre encore plus cette inversion de sym&eacute;trie. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; un &Eacute;tat disposant de centaines d&rsquo;armes nucl&eacute;aires, d&eacute;versant des bombes au phosphore sur la population civile du bidonville g&eacute;ant de Gaza (janvier 2009) et de l&rsquo;autre des commandos arm&eacute;s de roquettes artisanales traumatisant des millions d&rsquo;Isra&eacute;liens du fait de la probabilit&eacute; que cette quincaillerie puisse tuer un seul d&rsquo;entre eux, ou qu&rsquo;un commando-suicide de Hamas puisse franchir malgr&eacute; tout l&rsquo;enceinte de b&eacute;ton dans laquelle tout un peuple s&rsquo;est emmur&eacute;&hellip;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tDeux formes de terreur s&rsquo;opposent d&eacute;sormais &agrave; diff&eacute;rents endroits de la plan&egrave;te et nourrissent l&rsquo;une l&rsquo;autre leur &eacute;volution vers la d&eacute;shumanisation des conflits. Il est &agrave; craindre que nous soyons engag&eacute;s dans une spirale de plus en plus sophistiqu&eacute;e entre la terreur de masse d&rsquo;&Eacute;tats imp&eacute;riaux et la terreur nihiliste de groupuscules arm&eacute;s. Dans les deux cas, c&rsquo;est l&rsquo;humanit&eacute; de l&rsquo;homme qui disparait. Une d&eacute;shumanisation est &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre dans cette robotisation des armes qui r&eacute;pond &agrave; une fanatisation des hommes, et vice versa, les deux ph&eacute;nom&egrave;nes se m&ecirc;lant pour finalement aboutir au fanatisme de robots-tueurs et &agrave; un robotisme de fanatiques-tueurs&#8230;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tCette transformation de la guerre n&rsquo;est peut-&ecirc;tre que le d&eacute;but d&rsquo;une transformation de nos soci&eacute;t&eacute;s atomis&eacute;es, individualistes &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me ainsi que de nos &Eacute;tats dont la rationalit&eacute; s&rsquo;autonomise, s&rsquo;artificialise du point de vue de son intelligence profonde. Beaucoup d&rsquo;observateurs avertis annoncent que le pronostic vital de l&rsquo;humanit&eacute; est d&rsquo;ores et d&eacute;j&agrave; engag&eacute;&hellip; Toute l&rsquo;humanit&eacute; serait d&eacute;sormais embarqu&eacute;e dans la m&ecirc;me gal&egrave;re, une sorte de vaisseau mondial qui pourrait se nommer&nbsp;<em>Titanic<\/em>. Les dangers s&rsquo;accroissent et se pr&eacute;cisent, et il se pourrait bien que cette lourde embarcation navigue tel un avion-drone sans pilote &agrave;&nbsp;son&nbsp;bord&hellip; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>Interpr&eacute;tation martiale et instrumentalisation des notions religieuses<\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tVenons-en pour finir &agrave; l&rsquo;actuelle l&eacute;gitimation religieuse de la violence arm&eacute;e, sur laquelle malheureusement beaucoup, en contexte islamique, pr&eacute;f&egrave;rent se taire &ndash; par manque de courage intellectuel &ndash; ou sous-estimer ses cons&eacute;quences pour externaliser toujours la cause de tous les malheurs et des probl&egrave;mes des &laquo;&nbsp;musulmans&nbsp;&raquo; sur &laquo;&nbsp;l&rsquo;Occident&nbsp;&raquo;, l&rsquo;imp&eacute;rialisme am&eacute;ricain et plus g&eacute;n&eacute;ralement sur le n&eacute;o-colonialisme. Si ces causes externes sont fond&eacute;es (notamment au Moyen-Orient o&ugrave; la souverainet&eacute; politique est pure fiction), elles ne peuvent se d&eacute;ployer sans ce que le penseur alg&eacute;rien Malek Bennabi consid&egrave;re comme la souche premi&egrave;re du mal&nbsp;: la&nbsp;<em>colonisabilit&eacute;<\/em>&nbsp;des mentalit&eacute;s et des&nbsp; individus. L&rsquo;&Eacute;mir Abdelkader a en grande perdu sa guerre de r&eacute;sistance &agrave; cause de l&rsquo;esprit de colonisabilit&eacute;, du fait de la trahison constante qu&rsquo;il a &eacute;prouv&eacute;e lors de ces campagnes militaires, du manque de coh&eacute;sion de tribus enti&egrave;res dont les responsables &eacute;taient incapables de penser l&rsquo;ampleur de la situation qui allait transformer l&rsquo;Alg&eacute;rie pour 132 ans. Un demi-si&egrave;cle apr&egrave;s les ind&eacute;pendances politiques, la victimisation dont on se pare g&eacute;n&eacute;ralement derri&egrave;re les d&eacute;nonciations convenues du n&eacute;o-colonialisme emp&ecirc;che les individus de penser les v&eacute;ritables probl&egrave;mes et d&rsquo;agir en cons&eacute;quence. Se cantonner dans la d&eacute;nonciation des logiques de domination et de soumission, c&rsquo;est d&rsquo;une certaine mani&egrave;re &eacute;viter de s&rsquo;engager dans des logiques de lib&eacute;ration et d&rsquo;&eacute;mancipation telles que celles survenues avec le &laquo;&nbsp;printemps&nbsp;&raquo; arabe.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tOn peut se demander ce que dirait l&rsquo;&Eacute;mir, guerrier mystique, s&rsquo;il &eacute;tait parmi nous, de la mani&egrave;re dont se sont mondialis&eacute;es les notions de&nbsp;<em>jihad&nbsp;<\/em>(<span dir=\"RTL\">\u062c\u0647\u0627\u062f<\/span>) et de&nbsp;<em>chahid<\/em>&nbsp;(<span dir=\"RTL\">\u0634\u0647\u064a\u062f<\/span>). De nos jours, ces notions vulgaris&eacute;es ont des significations rendues comme &laquo;&nbsp;guerre sainte&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;martyr&nbsp;&raquo;. Mais dans l&rsquo;esprit comme dans la litt&eacute;ralit&eacute; du Coran, ces notions renvoient &agrave; des &eacute;tats mystiques ou &agrave; des situations soci&eacute;tales qui n&rsquo;ont pas vraiment &agrave; voir avec la compr&eacute;hension et l&rsquo;usage que l&rsquo;on en fait de nos jours et notamment la justification th&eacute;ologico-politique de la violence entretenue telle une monoculture de l&rsquo;esprit.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tQui ne conna&icirc;trait de l&rsquo;islam (la religion qui toucherait aujourd&rsquo;hui entre le cinqui&egrave;me et le quart de l&rsquo;humanit&eacute;) que ce qui ressort caricaturalement de la repr&eacute;sentation m&eacute;diatique ou de ce qu&rsquo;en disent et en font des groupuscules arm&eacute;s en Asie Centrale, au Moyen Orient, et en Afrique sub-saharienne, conclurait que le&nbsp;<em>jihad<\/em>&nbsp;et l&rsquo;aspiration &agrave; mourir en martyr (<em>chahid<\/em>) sont &nbsp;des &eacute;l&eacute;ments consubstantiels du dogme coranique et des pr&eacute;ceptes proph&eacute;tiques&hellip;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLa notion de<em>&nbsp;jihad<\/em>&nbsp;est beaucoup plus vaste que celle de guerre &ndash; fut-elle sainte. Du point de vue linguistique tout d&rsquo;abord, la racine&nbsp;<em>ja-ha-da&nbsp;<\/em>(<span dir=\"RTL\">\u062c\u0647\u062f<\/span>) renvoie &eacute;tymologiquement &agrave; la notion d&rsquo;effort, de force int&eacute;rieure, de pression, de lutte contre certains penchants &eacute;gotistes du Soi pour mieux se rapprocher de Lui (<em>Huwa<\/em>). Ainsi, par exemple, ce verset coranique de la sourate&nbsp;<em>Le P&egrave;lerinage<\/em>&nbsp;(<em>Al Haj<\/em>) r&eacute;f&eacute;rencie deux fois la notion de&nbsp;<em>jihad<\/em>&nbsp;en la reliant directement &agrave; Dieu sans aucune connotation de violence ou de combat autre que m&eacute;taphysique, et toujours dans le m&ecirc;me verset il y a pareillement deux fois mention de la notion de&nbsp;<em>chahid&nbsp;<\/em>sans r&eacute;f&eacute;rence &agrave; une quelconque martyrologie&nbsp;:\n<\/p>\n<p style=\"line-height: 20.7999992370605px; margin-left: 80px;\">\n\tEt&nbsp;<strong>luttez<\/strong>&nbsp;pour Allah avec tout&nbsp;<strong>l&#39;effort<\/strong>&nbsp;qu&#39;Il m&eacute;rite. C&#39;est Lui qui vous a &eacute;lus; et Il ne vous a impos&eacute; aucune g&ecirc;ne dans la religion, celle de votre p&egrave;re Abraham, lequel vous a d&eacute;j&agrave; nomm&eacute;s &quot;Musulmans&quot; avant (ce Livre) et dans ce (Livre), afin que le Messager soit&nbsp;<strong>t&eacute;moin<\/strong>&nbsp;contre vous, et que vous soyez vous-m&ecirc;mes&nbsp;<strong>t&eacute;moins<\/strong>&nbsp;contre les gens. Accomplissez donc la pri&egrave;re, acquittez l&rsquo;aum&ocirc;ne et attachez-vous fortement &agrave; Allah. C&#39;est Lui votre Ma&icirc;tre. Et quel Excellent Ma&icirc;tre ! Et quel Excellent soutien !\n<\/p>\n<p style=\"line-height: 20.7999992370605px; margin-left: 80px;\">\n\t(C.,&nbsp;<em>Le P&egrave;lerinage<\/em>, 22, 78)\n<\/p>\n<p align=\"right\" style=\"line-height: 20.7999992370605px; margin-left: 80px;\">\n\t<span dir=\"RTL\">\u0648\u064e<strong>\u062c\u064e\u0627\u0647\u0650\u062f\u064f\u0648\u0627<\/strong>&nbsp;\u0641\u0650\u064a \u0627\u0644\u0644\u0651\u064e\u0647\u0650 \u062d\u064e\u0642\u0651\u064e&nbsp;<strong>\u062c\u0650\u0647\u064e\u0627\u062f\u0650\u0647\u0650<\/strong>&nbsp;\u06da \u0647\u064f\u0648\u064e \u0627\u062c\u0652\u062a\u064e\u0628\u064e\u0627\u0643\u064f\u0645\u0652 \u0648\u064e\u0645\u064e\u0627 \u062c\u064e\u0639\u064e\u0644\u064e \u0639\u064e\u0644\u064e\u064a\u0652\u0643\u064f\u0645\u0652 \u0641\u0650\u064a \u0627\u0644\u062f\u0651\u0650\u064a\u0646\u0650 \u0645\u0650\u0646\u0652 \u062d\u064e\u0631\u064e\u062c\u064d \u06da \u0645\u0651\u0650\u0644\u0651\u064e\u0629\u064e \u0623\u064e\u0628\u0650\u064a\u0643\u064f\u0645\u0652 \u0625\u0650\u0628\u0652\u0631\u064e\u0627\u0647\u0650\u064a\u0645\u064e \u06da \u0647\u064f\u0648\u064e \u0633\u064e\u0645\u0651\u064e\u0627\u0643\u064f\u0645\u064f \u0627\u0644\u0652\u0645\u064f\u0633\u0652\u0644\u0650\u0645\u0650\u064a\u0646\u064e \u0645\u0650\u0646 \u0642\u064e\u0628\u0652\u0644\u064f \u0648\u064e\u0641\u0650\u064a \u0647\u064e\u0670\u0630\u064e\u0627 \u0644\u0650\u064a\u064e\u0643\u064f\u0648\u0646\u064e \u0627\u0644\u0631\u0651\u064e\u0633\u064f\u0648\u0644\u064f&nbsp;<strong>\u0634\u064e\u0647\u0650\u064a\u062f\u064b\u0627<\/strong>&nbsp;\u0639\u064e\u0644\u064e\u064a\u0652\u0643\u064f\u0645\u0652 \u0648\u064e\u062a\u064e\u0643\u064f\u0648\u0646\u064f\u0648\u0627&nbsp;<strong>\u0634\u064f\u0647\u064e\u062f\u064e\u0627\u0621\u064e<\/strong>&nbsp;\u0639\u064e\u0644\u064e\u0649 \u0627\u0644\u0646\u0651\u064e\u0627\u0633\u0650 \u06da \u0641\u064e\u0623\u064e\u0642\u0650\u064a\u0645\u064f\u0648\u0627 \u0627\u0644\u0635\u0651\u064e\u0644\u064e\u0627\u0629\u064e \u0648\u064e\u0622\u062a\u064f\u0648\u0627 \u0627\u0644\u0632\u0651\u064e\u0643\u064e\u0627\u0629\u064e \u0648\u064e\u0627\u0639\u0652\u062a\u064e\u0635\u0650\u0645\u064f\u0648\u0627 \u0628\u0650\u0627\u0644\u0644\u0651\u064e\u0647\u0650 \u0647\u064f\u0648\u064e \u0645\u064e\u0648\u0652\u0644\u064e\u0627\u0643\u064f\u0645\u0652 \u06d6 \u0641\u064e\u0646\u0650\u0639\u0652\u0645\u064e \u0627\u0644\u0652\u0645\u064e\u0648\u0652\u0644\u064e\u0649\u0670 \u0648\u064e\u0646\u0650\u0639\u0652\u0645\u064e \u0627\u0644\u0646\u0651\u064e\u0635\u0650\u064a\u0631\u064f<\/span>\n<\/p>\n<p align=\"right\" style=\"line-height: 20.7999992370605px; margin-left: 80px;\">\n\t(22, 78,&nbsp; &nbsp;<span dir=\"RTL\">\u0627\u0644\u062d\u062c<\/span>)\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tDans le texte coranique, sur la quarantaine d&rsquo;occurrences des mots relevant de cette racine&nbsp;<em>ja-ha-da<\/em>, une dizaine seulement renvoie &agrave; la notion de guerre ou au combat (non m&eacute;ta)physique. Comment en arrive-t-on &agrave; ce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, nous ne percevons que cette dimension martiale et partielle de la richesse polys&eacute;mique du mot&nbsp;<em>jihad<\/em>&nbsp;? La r&eacute;ponse, sans &eacute;quivoque, pointe sur les techniciens du droit islamique, le&nbsp;<em>fiqh<\/em>, qui ont instrumentalis&eacute; depuis des si&egrave;cles cette notion ainsi que celle du martyr (<em>chahid<\/em>) pour toutes deux les orienter dans le contexte historique de l&eacute;gitimation de pouvoirs en place ou de guerres en cours. Ainsi par des m&eacute;canismes propres &agrave; la technicit&eacute; du droit religieux et de la th&eacute;ologie politique, on a rendu &eacute;quivalente l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;entreprendre &laquo; le&nbsp;<em>jihad<\/em>&nbsp;dans la voie de Dieu&nbsp;&raquo; (<em>fi sabil Allah<\/em>,&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u0641\u064a \u0633\u0628\u064a\u0644 \u0627\u0644\u0644\u0647<\/span>) &agrave; celle de mener &laquo; le combat (<em>qital<\/em>)&nbsp;dans la voie de Dieu&nbsp;&raquo;.&nbsp; Tout un arsenal de termes a &eacute;t&eacute; mis au point par les th&eacute;ologiens (<em>&lsquo;ulama&rsquo;&nbsp;<\/em>et<em>&nbsp;fuqaha<\/em>) pour associer depuis des si&egrave;cles la notion de&nbsp;<em>jihad&nbsp;<\/em>&agrave; la mise &agrave; mort (<em>qatl,&nbsp;<\/em><span dir=\"RTL\">\u0642\u062a\u0644<\/span>) et au combat (<em>qital,&nbsp;<\/em><span dir=\"RTL\">\u0642\u062a\u0627\u0644<\/span>) dans le but de servir des buts qui n&rsquo;ont plus rien &agrave; voir avec l&rsquo;esprit coranique ainsi qu&rsquo;avec la vie du Proph&egrave;te, qui eut &agrave; un moment donn&eacute; et dans des circonstances pr&eacute;cises et exceptionnelles &agrave; mener la guerre et &agrave; conduire un &Eacute;tat.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tUne recherche dans le corpus coranique sur l&rsquo;occurrence du mot<em>&nbsp;chahid<\/em>&nbsp;qui aujourd&rsquo;hui signifie martyr donne une douzaine d&rsquo;occurrences du mot qui pratiquement toutes concernent Dieu, comme &eacute;tant le t&eacute;moin de toute chose, de toute action ou dit dans l&rsquo;univers (&laquo;&nbsp;Dieu est t&eacute;moin de toute chose&nbsp;&raquo;, C. 58, 6,&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u0648\u064e\u0627\u0644\u0644\u0651\u064e\u0647\u064f \u0639\u064e\u0644\u064e\u0649\u0670 \u0643\u064f\u0644\u0651\u0650 \u0634\u064e\u064a\u0652\u0621\u064d \u0634\u064e\u0647\u0650\u064a\u062f\u064c<\/span>, &laquo;&nbsp;Dis&nbsp;: Dieu est t&eacute;moin entre moi et vous&nbsp;&raquo;, C. 6, 19,&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u0642\u064f\u0644\u0650 \u0627\u0644\u0644\u0651\u064e\u0647\u064f \u06d6 \u0634\u064e\u0647\u0650\u064a\u062f\u064c \u0628\u064e\u064a\u0652\u0646\u0650\u064a \u0648\u064e\u0628\u064e\u064a\u0652\u0646\u064e\u0643\u064f\u0645\u0652 \u06da<\/span>, &laquo;&nbsp;Dieu est t&eacute;moin de ce qu&rsquo;ils font&nbsp;&raquo;, C. 10, 46,&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u0627\u0644\u0644\u0651\u064e\u0647\u064f \u0634\u064e\u0647\u0650\u064a\u062f\u064c \u0639\u064e\u0644\u064e\u0649\u0670 \u0645\u064e\u0627 \u064a\u064e\u0641\u0652\u0639\u064e\u0644\u064f\u0648\u0646\u064e<\/span>).\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em>Al<\/em>&nbsp;<em>chahid<\/em>&nbsp;est d&rsquo;ailleurs un des noms de Dieu&nbsp;: il est le T&eacute;moin supr&ecirc;me. Si maintenant on consid&egrave;re toutes les variantes du mot&nbsp;<em>chahid<\/em>&nbsp;li&eacute;es &agrave; la racine&nbsp;<em>cha-ha-da<\/em>&nbsp;(<span dir=\"RTL\">\u0634\u0647\u062f<\/span>) qui exprime essentiellement la notion de t&eacute;moignage, telles que&nbsp;<em>chahid<\/em>,&nbsp;<em>chahed<\/em>,&nbsp;<em>chuhud<\/em>,&nbsp;<em>chuhada<\/em>,&nbsp;<em>istichahada<\/em>, on trouve plusieurs dizaines d&rsquo;occurrences. Alors que par ailleurs, il y a dans le texte coranique des passages qui traitent sans d&eacute;tour ni circonvolutions de la violence, tr&egrave;s peu d&rsquo;occurrences contenant la racine&nbsp;<em>sha-ha-da<\/em>&nbsp;sont &eacute;voqu&eacute;es dans le contexte de la violence, de la guerre et du martyr. Les sens qui abondent dans le Coran mettent en avant l&rsquo;id&eacute;e du t&eacute;moin divin ou du t&eacute;moin humain, de celui qui est dot&eacute; d&rsquo;organes sensoriels et qui peut rendre compte d&rsquo;une perception des r&eacute;alit&eacute;s physiques et m&eacute;taphysiques. Ce qui veut dire que pour &ecirc;tre un&nbsp;<em>chahid<\/em>&nbsp;accompli, il faut &ecirc;tre&nbsp;<em>vivant<\/em>&nbsp;(<em>hay<\/em>), en &eacute;tat d&rsquo;&eacute;veil, c&rsquo;est essentiellement ce que nous dit le Coran en langue arabe claire. Et entre ce que nous dit le Coran et ce que disent en majorit&eacute; les th&eacute;ologiens qui au XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle ne parlent de &laquo;&nbsp;t&eacute;moigner&nbsp;&raquo; que par le martyr et le culte de la mort, que choisir&nbsp;? &nbsp;Combien de temps h&eacute;siterons-nous pour choisir sur laquelle des paroles s&rsquo;appuyer pour extraire (<em>takhrij,<\/em>&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u062a\u062e\u0631\u064a\u062c<\/span>) ou faire d&eacute;river (<em>istinbat,&nbsp;<\/em><span dir=\"RTL\">\u0625\u0633\u062a\u0646\u0628\u0627\u0637<\/span>) la signification (<em>al ma&rsquo;na<\/em>,&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u0627\u0644\u0645\u0639\u0646\u0649<\/span>). Il faut &ecirc;tre en vie pour voir et entendre et pour affirmer encore et toujours le t&eacute;moignage augural et ultime de l&rsquo;islam, la profession de foi, qui est la&nbsp;<em>shahada<\/em>&nbsp;(<em><span dir=\"RTL\">\u0634\u0647\u0627\u062f\u0629<\/span><\/em>)&nbsp;: seule cette attestation est requise pour marquer la conversion ou l&rsquo;entr&eacute;e en religion. Ce t&eacute;moignage est celui qui est r&eacute;affirm&eacute; dans les cinq pri&egrave;res quotidiennes du croyant. Au moment de mourir, le musulman tiendra absolument, avant le dernier soupir, tant qu&rsquo;il lui reste une &eacute;tincelle de vie, &agrave; t&eacute;moigner&nbsp;:\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; margin-left: 80px;\">\n\t<span style=\"line-height: 20.7999992370605px;\">&laquo;&nbsp;Je<\/span><strong style=\"line-height: 20.7999992370605px;\">&nbsp;t&eacute;moigne<\/strong><span style=\"line-height: 20.7999992370605px;\">&nbsp;qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de Dieu sinon Dieu<br \/>\n\tet je&nbsp;<\/span><strong style=\"line-height: 20.7999992370605px;\">t&eacute;moigne<\/strong><span style=\"line-height: 20.7999992370605px;\">&nbsp;que Mohamed est son envoy&eacute;&nbsp;&raquo;<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; margin-left: 80px;\">\n\t<strong style=\"line-height: 20.7999992370605px; text-align: -webkit-right;\"><span dir=\"RTL\">\u0623\u0634\u0647\u062f<\/span><\/strong><span dir=\"RTL\" style=\"line-height: 20.7999992370605px; text-align: -webkit-right;\">&nbsp;\u0627\u0646 \u0644\u0622 \u0627\u0650\u0644\u064e\u0640\u0647\u064e \u0627\u0650\u0644\u0627 \u0627\u0644\u0644\u0647<\/span><br \/>\n\t<span dir=\"RTL\" style=\"line-height: 20.7999992370605px; text-align: -webkit-right;\">\u0648<strong>\u0623\u0634\u0647\u062f<\/strong>&nbsp;\u0627\u0646 \u0645\u062d\u0645\u062f\u0627 \u0631\u0633\u0648\u0644 \u0627\u0644\u0644\u0647<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&Agrave; en croire les th&eacute;ologiens les plus en vue m&eacute;diatiquement, jihadisme et martyrologie semblent indissociables de la violence arm&eacute;e contemporaine, comme passages oblig&eacute;s de toute r&eacute;sistance &agrave; l&rsquo;occupation, comme portes d&rsquo;acc&egrave;s automatiques au Paradis c&eacute;leste. La robotisation et la d&eacute;shumanisation des conflits arm&eacute;s du XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle &ndash; et il faut d&eacute;sormais consid&eacute;rer dans ce processus les actions violentes et les attentats suicide des groupuscules arm&eacute;s et leurs petites et moyennes entreprises de production de jeunes candidats &agrave; l&rsquo;attentat-suicide &ndash; ont l&rsquo;avantage d&rsquo;&ecirc;tre des&nbsp;<em>petites guerres<\/em>&nbsp;(<span dir=\"RTL\">\u062d\u0631\u0648\u0628 \u0635\u063a\u064a\u0631\u0629<\/span>) qui sont, &agrave; l&rsquo;instar du drone et de ses clones, &agrave; la fois&nbsp;<em>high-tech<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>low-cost<\/em>. En Irak, on commence &agrave; actionner &agrave; distance l&rsquo;aspirant au martyr, par t&eacute;l&eacute;commande du d&eacute;clenchement de la bombe qui va le faire exploser dans une mosqu&eacute;e ou un march&eacute;. C&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;il faut consid&eacute;rer d&eacute;sormais que l&rsquo;attentat-suicide est un acte violent qui relie un t&eacute;l&eacute;op&eacute;rateur distant de la bombe embarqu&eacute;e dans le corps d&rsquo;un automate humain. Tout comme il n&rsquo;y a pas d&rsquo;honneur, ni d&rsquo;&eacute;thique guerri&egrave;re derri&egrave;re un assassinat cibl&eacute; d&rsquo;un missile lanc&eacute; depuis un engin &agrave; plus de 6000 m&egrave;tres d&rsquo;altitude, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;honneur, ni d&rsquo;&eacute;thique guerri&egrave;re &agrave; actionner un commando-suicide dans un m&eacute;tro londonien ou une mosqu&eacute;e d&rsquo;Irak.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAujourd&rsquo;hui, les technologies de l&rsquo;information font que des t&eacute;l&eacute;coranistes peuvent t&eacute;l&eacute;guider des automates spirituels &ndash; r&eacute;duits &agrave; du b&eacute;tail cognitif &ndash; et les convaincre de mener le&nbsp;<em>jihad<\/em>&nbsp;contre d&rsquo;autres coreligionnaires, au Machreq, au Maghreb et au Sahel. Car enfin comment taire, ignorer les luttes fratricides et interconfessionnelles, les attentats quotidiens en Irak notamment et en Syrie d&eacute;sormais, o&ugrave; des musulmans massacrent &ndash; il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autres mots pour d&eacute;crire ces atrocit&eacute;s &ndash; d&rsquo;autres musulmans, y compris dans des temples, des lieux de pri&egrave;re, de p&egrave;lerinage&nbsp;et de recueillement? Sur ces questions, nous entendons bien peu de th&eacute;ologiens ou de repr&eacute;sentants auto-proclam&eacute;s de l&rsquo;islam. Au contraire les th&eacute;ologiens les plus en vue politiquement et m&eacute;diatiquement sont partie prenante dans la confessionnalisation des combats en Syrie, en Irak, au Liban notamment.&nbsp;&nbsp;&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tSi l&rsquo;on veut promouvoir le droit humanitaire international dont l&rsquo;&Eacute;mir Abdelkader avait une conscience aig&uuml;e, il faudra donc d&eacute;construire l&rsquo;expression martiale et belliqueuse de certaines notions comme le&nbsp;<em>jihad<\/em>&nbsp;et le&nbsp;<em>chahid<\/em>&nbsp;qui ont &eacute;t&eacute; d&eacute;racin&eacute;es de tout leur contexte coranique. Ce travail qui implique une collaboration interdisciplinaire de chercheurs devrait s&rsquo;accomplir &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle internationale panislamique et sous la repr&eacute;sentation de soci&eacute;t&eacute;s civiles.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tDans cette perspective, il serait salutaire de r&eacute;fl&eacute;chir et d&rsquo;&oelig;uvrer au niveau international &agrave; la mise en place d&rsquo;un Forum islamique mondial, ouvert &agrave; toutes les associations et ONGs islamiques actives dans l&rsquo;humanitaire, la bienfaisance, l&rsquo;&eacute;ducation et la promotion des droits humains. L&rsquo;objectif serait de red&eacute;finir entre autres l&rsquo;&eacute;thique guerri&egrave;re dans la g&eacute;opolitique des conflits arm&eacute;s contemporains, mais aussi et surtout&nbsp;<em>d&eacute;velopper et approfondir des &eacute;tudes de la paix en milieu islamique<\/em>, de reconstruire une pens&eacute;e du th&eacute;ologico-politique en islam qui dialogue avec les philosophies et les sciences &agrave; l&rsquo;&egrave;re de la soci&eacute;t&eacute; de la connaissance, de r&eacute;inventer une pens&eacute;e en phase avec les d&eacute;fis de notre temps pour favoriser l&rsquo;entre-connaissance (<em>ta&rsquo;arouf<\/em>,&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u062a\u0639\u0631\u064f\u0651\u0641<\/span>) et le vivre-ensemble (<em>ta&rsquo;ayouch,&nbsp;<\/em><span dir=\"RTL\">\u062a\u0639\u0627\u064a\u0634<\/span>). Un tel Forum islamique mondial d&eacute;di&eacute; &agrave; la paix, implant&eacute; au c&oelig;ur d&rsquo;une capitale mondiale de la diplomatie, repr&eacute;sentant un grand nombre d&rsquo;institutions non &eacute;tatiques et d&rsquo;associations civiles, comme par exemple la Fondation &Eacute;mir Abdelkader, pourrait naitre d&rsquo;une charte &eacute;thique qui traiterait des diverses formes de violence qui sont l&eacute;gitim&eacute;es au nom de la religion.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>Premier humaniste plan&eacute;taire<\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLes valeurs repr&eacute;sent&eacute;es par l&rsquo;&Eacute;mir &ndash; courage, r&eacute;sistance, sapience, &eacute;rudition, clairvoyance, cl&eacute;mence et g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; &ndash; peuvent contribuer &agrave; humaniser l&rsquo;humanit&eacute; de notre temps. Sa vie, son action et sa pens&eacute;e annoncent les temps nouveaux et les d&eacute;fis soci&eacute;taux in&eacute;dits &ndash; le r&eacute;tr&eacute;cissement du monde, la rar&eacute;faction des ressources, l&rsquo;entrechoquement des civilisations, des cultures et des religions. La mani&egrave;re dont cette figure historique alg&eacute;rienne a n&eacute;goci&eacute; avec les changements et les contraintes de son temps &nbsp;nous semble instructive pour nous autres, qui sommes interpell&eacute;s par la complexification croissante de nos soci&eacute;t&eacute;s.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLa figure singuli&egrave;re, si exceptionnelle de l&rsquo;&Eacute;mir, notamment du fait de ses pr&eacute;dispositions cognitives et de son ouverture th&eacute;ologico-mystique, appara&icirc;t dans une p&eacute;riode de transition vers la modernit&eacute;, en assurant une permanence de certaines valeurs spirituelles et humanistes. Mais dans le m&ecirc;me temps il est rest&eacute; pleinement conscient des bouleversements qu&rsquo;annon&ccedil;aient la mont&eacute;e de l&rsquo;imp&eacute;rialisme, du mat&eacute;rialisme et de la scientificit&eacute;. &nbsp;Cette figure nord-africaine ne rel&egrave;ve pas d&rsquo;un nationalisme, d&rsquo;un panarabisme ou d&rsquo;un panislamisme mais d&rsquo;un plan universel. Au-del&agrave; de la dimension nationale de l&rsquo;&Eacute;mir &ndash; dimension fondamentale qui a enfant&eacute; la lign&eacute;e des leaders de la R&eacute;volution alg&eacute;rienne et sa modernit&eacute; pour les peuples du Sud &ndash;, nous avan&ccedil;ons l&rsquo;hypoth&egrave;se que sa vie, sa geste mi-guerri&egrave;re mi-pacifique, son &oelig;uvre feront l&rsquo;objet de nombreuses relectures &agrave; venir. C&rsquo;est une figure exemplaire de combat et de r&eacute;sistance mais aussi un mod&egrave;le de r&eacute;conciliation entre les peuples, entre les confessions religieuses qui s&rsquo;offre &agrave; notre propre m&eacute;ditation en cette phase cruciale du devenir du monde.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tIl importe pour nous de montrer qu&rsquo;au XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle, l&rsquo;&Eacute;mir n&rsquo;est absolument pas une ombre mythique ou mystique, mais reste une figure proche de nous; il a assist&eacute; &agrave; la mont&eacute;e de la civilisation de la machine, du nombre et du quantum. Son courage dans la guerre, son sens de l&rsquo;agir et de s&rsquo;impliquer dans l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement, son intelligence et son go&ucirc;t du savoir pourraient inspirer tous les &ecirc;tres libres (<em>Ahrar,<\/em><span dir=\"RTL\">\u0627\u0644\u0623\u062d\u0631\u0627\u0631<\/span>) qui cherchent &agrave; se d&eacute;gager des mar&eacute;cages mentaux dans lesquels &nbsp;nous n&#39;en finissons pas de nous &eacute;battre et&nbsp; de nous enfoncer. L&#39;attitude de l&#39;&Eacute;mir face &agrave; l&rsquo;adversit&eacute; et &agrave; l&rsquo;alt&eacute;rit&eacute;, sa compr&eacute;hension profonde de la r&eacute;alit&eacute; et la mani&egrave;re dont il a dans ses actes et son &eacute;criture liquid&eacute; le dilemme du conflit entre le neuf et l&rsquo;ancien, le mat&eacute;riel et l&rsquo;immat&eacute;riel, le visible et l&rsquo;invisible peuvent &eacute;clairer nos possibilit&eacute;s de devenir et nous sortir du cul-de-sac m&eacute;taphysique dans lequel il se pourrait bien que l&rsquo;humanit&eacute; persiste, f&ucirc;t-ce &agrave; son corps d&eacute;fendant, &agrave; s&rsquo;enferrer.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tSous peine de sombrer &agrave; tout jamais, s&rsquo;impose &agrave; nous un humanisme d&rsquo;un&nbsp;<a name=\"_GoBack\"><\/a>nouveau genre: ni ethnocentrique ni m&ecirc;me anthropocentrique&nbsp;! Cet humanisme plan&eacute;taire na&icirc;t des &eacute;ch&eacute;ances que les activit&eacute;s humaines ont impos&eacute;es &agrave; la biosph&egrave;re, il d&eacute;borde les rivages et clivages du Nord et du Sud, de l&rsquo;Occident et de l&rsquo;Orient. Cet humanisme doit &ecirc;tre &agrave; la mesure de la destin&eacute;e du monde, susceptible d&rsquo;advenir, pour le meilleur et pour le pire, comme la foudre qui fulgure. J&rsquo;aimerais conclure sur une citation du mystique andalou Muhiedine Ibn&nbsp;&lsquo;Arabi, le plus grand des cheikhs (<span dir=\"RTL\">\u0627\u0644\u0634\u064a\u062e \u0627\u0644\u0623\u0643\u0628\u0631<\/span>), cet auteur du XII<sup>e<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle, qui a produit une &oelig;uvre spirituelle et po&eacute;tique incommensurable et &eacute;labor&eacute; une philosophie mystique de l&rsquo;unicit&eacute; de l&rsquo;existence (<em>wahdat al wujud,&nbsp;<\/em><span dir=\"RTL\">\u0648\u062d\u062f\u0629 \u0627\u0644\u0648\u062c\u0648\u062f<\/span>), aura &eacute;t&eacute; le plus intime compagnon intellectuel de l&rsquo;&Eacute;mir qui l&rsquo;aura lu, comment&eacute; et m&ecirc;me augment&eacute; de sa propre &oelig;uvre inspir&eacute;e par la r&eacute;sonnance du texte coranique. Abdelkader Ben Muhiedine al Hassani aura &eacute;t&eacute; enterr&eacute; pr&egrave;s d&rsquo;un si&egrave;cle durant pr&egrave;s du ma&icirc;tre andalou &agrave; Damas, avant que sa d&eacute;pouille ne revienne dans la terre natale, elle-m&ecirc;me lib&eacute;r&eacute;e des 132 ann&eacute;es coloniales.\n<\/p>\n<table align=\"left\" border=\"0\" cellpadding=\"0\" cellspacing=\"0\" style=\"line-height:20.7999992370605px;width:536px;\" width=\"536\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width:322px;height:5px;\">\n<p>\n\t\t\t\t\tQui voit l&rsquo;&eacute;clair surgir &agrave; l&rsquo;Orient, aspire apr&egrave;s l&rsquo;Orient&nbsp;;<br \/>\n\t\t\t\t\ts&rsquo;il &eacute;clate pour lui &agrave; l&rsquo;Occident, qu&rsquo;il aspire donc &agrave; l&rsquo;Occident.<br \/>\n\t\t\t\t\tMon d&eacute;sir c&rsquo;est l&rsquo;&eacute;clair dans sa fulgurance&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tet non pas l&rsquo;endroit qu&rsquo;il a touch&eacute;.&nbsp;\n\t\t\t\t<\/p>\n<\/td>\n<td style=\"width:214px;height:5px;\">\n<p align=\"right\">\n\t\t\t\t\t<span dir=\"RTL\">\u0631\u0623\u0649 \u0627\u0644\u0628\u0631\u0642\u064e \u0634\u0631\u0642\u064a\u0627\u064b\u060c \u0641\u062d\u0646\u0651\u064e \u0625\u0644\u0649 \u0627\u0644\u0634\u0631\u0642\u060c<\/span><br \/>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u0648 \u0644\u0648 \u0644\u0627\u062d\u064e \u063a\u0631\u0628\u064a\u0627\u064b \u0644\u062d\u0646\u0651\u064e \u0625\u0644\u0649 \u0627\u0644\u063a\u0631\u0628\u0650<\/span><br \/>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u0641\u0625\u0646\u0651 \u063a\u0631\u0627\u0645\u064a \u0628\u0627\u0644\u0628\u064f\u0631\u064e\u064a\u0652\u0642 \u0648 \u0644\u0645\u062d\u0650\u0647\u0650<\/span><br \/>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<span dir=\"RTL\">\u0648 \u0644\u064a\u0633\u064e \u063a\u0631\u0627\u0645\u064a \u0628\u0627\u0644\u0623\u0645\u0627\u0643\u0650\u0646 \u0648 \u0627\u0644\u062a\u0631\u0652\u0628\u0650<\/span>\n\t\t\t\t<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p align=\"right\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p align=\"right\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p align=\"right\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p align=\"right\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p align=\"right\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<div>\n<div id=\"ftn1\">\n<p>\n\t\t\t&nbsp;\n\t\t<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;\n\t\t<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t\t\tR&eacute;da Benkirane\n\t\t<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t&nbsp;\n\t\t<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;\n\t\t<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"ftn2\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\" title=\"\">[1]<\/a>&nbsp;Voir l&rsquo;espace &eacute;ditorial en ligne consacr&eacute; &agrave; l&rsquo;&Eacute;mir&nbsp;:&nbsp;<a href=\"http:\/\/reda.hostpress.com\/batin\/emir\/index.htm\">http:\/\/reda.hostpress.com\/batin\/emir\/index.htm<\/a>\n\t\t<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"ftn3\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t<a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\" title=\"\">[2]<\/a>&nbsp;R. Benkirane,&nbsp;<em>Le D&eacute;sarroi identitaire, jeunesse, arabit&eacute; et islamit&eacute;<\/em>&nbsp;<em>contemporaines,&nbsp;<\/em>pr&eacute;face de Salah St&eacute;ti&eacute;, Cerf, Paris, 2004, La Crois&eacute;e des Chemins, Casablanca, 2012\n\t\t<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"ftn4\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t<a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\" title=\"\">[3]<\/a>&nbsp;La version arabe la plus r&eacute;cente&nbsp;est&nbsp;: Abd el-Kader,&nbsp;<em>Kit&acirc;b al-Maw&acirc;qif<\/em>, &eacute;dition critique de &lsquo;Abd al-B&acirc;q&icirc;&nbsp;Mift&acirc;h, 2 vol., Alger, 2005. Le professeur Miftah a r&eacute;&eacute;dit&eacute; une version en trois volumes en 2007.\n\t\t<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"ftn5\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t<a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\" title=\"\">[4]<\/a>&nbsp;Le premier travail ayant contribu&eacute; &agrave; faire conna&icirc;tre en milieu francophone la pens&eacute;e religieuse de l&rsquo;&Eacute;mir est celui de Michel Chodkiewicz, qui a traduit et pr&eacute;sent&eacute; une s&eacute;lection des&nbsp;<em>Mawaqifs<\/em>&nbsp;: &Eacute;mir Abd-el-kader,&nbsp;<em>&Eacute;crits spirituels<\/em>,&nbsp;<em>Seuil, 1982. Une seconde&nbsp;<\/em>&eacute;dition fran&ccedil;aise est celle de A. Khurshid qui a traduit et s&eacute;lectionn&eacute; une autre s&eacute;rie de commentaires coraniques de l&rsquo;&Eacute;mir&nbsp;: &lsquo;Abd-al-Kader,&nbsp;<em>Le Livre des Haltes<\/em>, Lyon, Alif &eacute;ditions, 1996. Une traduction compl&egrave;te des&nbsp;<em>Mawaqifs<\/em>&nbsp;a &eacute;t&eacute; faite par le p&egrave;re Michel Lagarde&nbsp;: Abd al-Q\u0101dir al-Djaz\u0101&rsquo;ir\u012b,&nbsp;<em>Le Livre des Haltes<\/em>, 3 tomes, &eacute;ditions Brill, 2000 (extraits disponibles&nbsp;sur l&rsquo;atelier de recherche Iqbal&nbsp;:&nbsp;<a href=\"http:\/\/iqbal.hypotheses.org\/608\">http:\/\/iqbal.hypotheses.org\/608<\/a>).&nbsp;<em>Une&nbsp;<\/em>autre traduction compl&egrave;te a &eacute;t&eacute; publi&eacute;e r&eacute;cemment&nbsp;:&nbsp;<em>Le Livre des Haltes<\/em>, traduction, annotation et introduction de Max Giraud,&nbsp; 2 tomes, Al Bouraq Editions, 2012.\n\t\t<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"ftn6\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t<a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\" title=\"\">[5]<\/a>&nbsp;<em>Halte 75&nbsp;<\/em>extraite de Abd al-Q\u0101dir al-Djaz\u0101&rsquo;ir\u012b,&nbsp;<em>Le Livre des Haltes (Kit&acirc;b al-Maw&acirc;qif)<\/em>. Pr&eacute;sent&eacute;, traduit et annot&eacute; par Michel Lagarde, tome 1, Brill, 2000, p. 196 (accessible en ligne sur l&rsquo;atelier de recherche Iqbal&nbsp;:&nbsp;<a href=\"http:\/\/iqbal.hypotheses.org\/608\">http:\/\/iqbal.hypotheses.org\/608<\/a>).\n\t\t<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"ftn7\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t<a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\" title=\"\">[6]<\/a>&nbsp;Charles-Henry Churchill,&nbsp;<em>La vie d&rsquo;Abd-El-Kader&nbsp;<\/em>(premi&egrave;re &eacute;dition 1867), traduit de l&rsquo;anglais par Michel Habart, seconde &eacute;dition, Alger, SNED, 1974, p. 284.\n\t\t<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"ftn8\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t<a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\" title=\"\">[7]<\/a>&nbsp;Cf. Seddik Taouti,&nbsp;<em>Les D&eacute;port&eacute;s alg&eacute;riens en Nouvelle-Cal&eacute;donie,&nbsp;<\/em>Alger, Dar El-Oumma, 1997.\n\t\t<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"ftn9\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t<a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\" title=\"\">[8]<\/a>&nbsp;Cit&eacute; par Bruno Etienne et Fran&ccedil;ois Pouillon,&nbsp;<em>Abdelkader le magnanime<\/em>, Gallimard, 2003, p. 57.\n\t\t<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t<a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\" title=\"\">[9]<\/a>&nbsp;Gr&eacute;goire Chamayou,&nbsp;<em>Th&eacute;orie du Drone<\/em>, Editions La Fabrique, Paris, 2013. Nous avons fait une revue de ce livre &agrave; para&icirc;tre tr&egrave;s prochainement dans le journal&nbsp;<em>Le Temps<\/em>&nbsp;(Gen&egrave;ve).\n\t\t<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;\n\t\t<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;\n\t\t<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"ftn10\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t&nbsp;\n\t\t<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t&nbsp;\n\t\t<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t\t\t&nbsp;\n\t\t<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;\n\t\t<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;\n\t\t<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Communication pour les Actes du colloque, L&rsquo;&Eacute;mir Abdelkader et le droit humanitaire international, CICR &ndash; Fondation &Eacute;mir Abdelkader, Alger 27-30 mai 2013 &nbsp; Foi en l&rsquo;avenir, foi en l&rsquo;homme Au risque de choquer d&rsquo;embl&eacute;e, je suis de ceux qui pensent que nous ne devons&nbsp;plus&nbsp;entretenir avec le pass&eacute; un rapport d&rsquo;oblig&eacute;s&#8230;. <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=2421\">Lire plus \/ Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-2421","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2421","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2421"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2421\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2421"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2421"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2421"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}