{"id":2409,"date":"2014-05-27T07:11:36","date_gmt":"2014-05-27T07:11:36","guid":{"rendered":"http:\/\/j2\/?page_id=579"},"modified":"2014-05-27T07:11:36","modified_gmt":"2014-05-27T07:11:36","slug":"marcos-linsurge-masque-du-chiapas-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=2409","title":{"rendered":"Marcos, l&#8217;insurg\u00e9 masqu\u00e9 du Chiapas"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\">par R\u00e9da Benkirane<\/span><br style=\"color: #000000;\" \/><br style=\"color: #000000;\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"color: #000000;\" title=\"Image\" src=\"j\/images\/stories\/logo\/pltg.gif\" alt=\"Image\" width=\"119\" height=\"19\" border=\"0\" hspace=\"1\" \/><br style=\"color: #000000;\" \/><br style=\"color: #000000;\" \/><span style=\"color: #000000;\">21 avril 1995<\/span><\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">Premier janvier 1994. Le jour m\u00eame o\u00f9 l&#8217;accord nord-am\u00e9ricain de libre-\u00e9change (ALENA) entrait en vigueur, la gu\u00e9rilla zapatiste faisait son apparition sur la sc\u00e8ne politique mexicaine. Le principal dirigeant de l&#8217;arm\u00e9e zapatiste de lib\u00e9ration nationale (AZLN) est le sous-commandant Marcos. Surnomm\u00e9\u00a0<em>El Sub,<\/em>\u00a0c&#8217;est un personnage \u00e9nigmatique qui cache son visage et son nom v\u00e9ritable. En octobre 1994, il raconte pour la premi\u00e8re fois face \u00e0 une cam\u00e9ra l&#8217;histoire du mouvement arm\u00e9* .<\/p>\n<p>Son aventure d\u00e9bute en 1984 lorsqu&#8217;il quitte sa ville pour l&#8217;Etat du Chiapas. &#8220;Nous, je veux dire le passe-montagne et la personne qui est derri\u00e8re le passe-montagne, cherchions la r\u00e9ponse \u00e0 une situation absurde, anachronique: pourquoi si peu de gens avaient tant et tant de gens avaient si peu ?&#8221;. Engag\u00e9 dans un programme d&#8217;alphab\u00e9tisation, il enseigne \u00e9galement l&#8217;histoire contemporaine du Mexique, et se lie \u00e0 une poign\u00e9e de militants r\u00e9volutionnaires indiens.<\/p>\n<p>Cantonn\u00e9s dans ces montagnes, les premiers maquisards poursuivent leur utopie politique qui finit par s&#8217;enrichir d&#8217;une asc\u00e8se. Leur zone de parcours couvre le territoire craint et v\u00e9n\u00e9r\u00e9 par tout descendant maya qui se respecte. &#8220;Ce secteur inhabit\u00e9 de la for\u00eat \u00e9tait le lieu des morts, des fant\u00f4mes, de toutes les histoires qui peuplent encore la nuit de la for\u00eat Lacandone&#8221;. En quittant l&#8217;espace urbain pour ces massifs verts, le sous-commandant entreprend un exode inverse qui remonte le cours occult\u00e9 de l&#8217;histoire mexicaine. Cette initiation lui fait d\u00e9couvrir entre autres les ressources immenses des l\u00e9gendes indiennes &#8220;si pr\u00e9sentes&#8221;. Parvenu \u00e0 ce seuil de connaissance, il passe alors de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir, et commence &#8220;\u00e0 p\u00e9n\u00e9trer ce monde de fant\u00f4mes, de dieux qui revivent et qui prennent la forme d&#8217;animaux&#8221;. Sa perception du temps se modifie. En ces lieux, les \u00e9v\u00e9nements restent indiff\u00e9rents \u00e0 notre datation, ils peuvent s&#8217;\u00eatre d\u00e9roul\u00e9s la semaine derni\u00e8re, il y a cinq si\u00e8cles ou au matin du monde. L&#8217;essentiel est que ce qui a lieu fasse sens pour les indiens, m\u00eame si cela \u00e9chappe \u00e0 notre conception fragment\u00e9e du temps.<\/p>\n<p>C&#8217;est le premier enseignement du sous-commandant Marcos. Dans le temps capt\u00e9 au fin fond de la jungle, le r\u00e9el rel\u00e8ve simultan\u00e9ment du mythe et de l&#8217;histoire. La l\u00e9gende nourrit l&#8217;action qui se m\u00eale au r\u00eave. C&#8217;est dans l&#8217;exercice d&#8217;une autre dur\u00e9e, endog\u00e8ne, que l&#8217;arm\u00e9e zapatiste a puis\u00e9 et s&#8217;est constitu\u00e9e en force de changement. S&#8217;identifier \u00e0 l&#8217;arch\u00e9type de Zapata n&#8217;est donc pas un enfermement dans le pass\u00e9, bien au contraire, il rend possible une transformation sociale. Voici la grande rupture avec la vision progressiste. Quant \u00e0 la &#8220;gauche d&#8217;aujourd&#8217;hui&#8221;, perdue, &#8220;cynique&#8221;, elle est devenue &#8220;fan du n\u00e9olib\u00e9ralisme&#8221;.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me phase de la formation de l&#8217;arm\u00e9e zapatiste (1986-1989) est celle du ralliement de la paysannerie. C&#8217;est un probl\u00e8me tr\u00e8s d\u00e9licat pour le groupe fondateur qui manque de soutien et pour qui, jusqu&#8217;alors, &#8221; la population \u00e9tait un fant\u00f4me &#8220;. La m\u00e9fiance des maquisards est justifi\u00e9e par l&#8217;existence d&#8217;un autre fant\u00f4me qui les suit de longues ann\u00e9es, celui du Che en Bolivie, avec pour corollaire le &#8221; manque d&#8217;appui de la paysannerie locale \u00e0 une gu\u00e9rilla artificielle &#8220;. Mais Marcos r\u00e9alise ce qui manquait au Che, une symbiose avec la r\u00e9alit\u00e9 culturelle am\u00e9rindienne.<\/p>\n<p>Administr\u00e9 aux paysans m\u00eame \u00e0 dose l\u00e9g\u00e8re, le pathos d\u00e9non\u00e7ant l&#8217;imp\u00e9rialisme passe mal: &#8220;ta parole est dure&#8221; r\u00e9torquent les principaux int\u00e9ress\u00e9s. D&#8217;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9velopper une qualit\u00e9 d&#8217;\u00e9coute. L&#8217;historien est devenu entre-temps anthropologue, il converge vers l&#8217;approche de la th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration. Et lorsque les gu\u00e9rilleros &#8220;prennent&#8221; leur premier village, les habitants sont frapp\u00e9s par le fait que les rebelles viennent de la montagne, et non de la ville. Un lien mystique \u00e9tablit la concordance des r\u00e9cits imm\u00e9moriaux accr\u00e9ditant cette venue avec la l\u00e9gende de Zapata.<\/p>\n<p>&#8220;Nous sommes le produit d&#8217;une hybridation ou d&#8217;une confrontation dont nous sommes et, c&#8217;est tant mieux, sortis vaincus&#8221;. C&#8217;est le deuxi\u00e8me enseignement du sous-commandant Marcos. Il proc\u00e8de au renoncement de la vision dogmatique marxiste, doubl\u00e9 d&#8217;une immersion dans une culture \u00e0 la mythologie fertile.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me phase (1988 -1989) intervient lorsque l&#8217;arm\u00e9e zapatiste passe en quelques mois de 80 \u00e0 1200 combattants. L&#8217;AZLN vit un tournant d\u00e9cisif, celui de la &#8220;conspiration clandestine de milliers de gens &#8220;. Elle enraye au pr\u00e9alable le fl\u00e9au de l&#8217;alcoolisme qui ravage la r\u00e9gion&#8230;<\/p>\n<p>M\u00eame si les autorit\u00e9s mexicaines affirment avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sa v\u00e9ritable identit\u00e9, le doute subsiste sur Marcos. A force de vouloir \u00e9viter l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un\u00a0<em>caudillo<\/em>, cela a \u00e9chou\u00e9 reconna\u00eet l&#8217;homme en question. Ce dernier ne veut ni de prise de pouvoir ni de martyrs dans ses rangs, car &#8220;pour lutter, il faut \u00eatre en vie&#8221;. L&#8217;unique ambition est que les Mexicains puissent se voir dans &#8220;le miroir&#8221;. Ces &#8220;soldats d&#8217;un type nouveau&#8221;, compos\u00e9s pour un tiers de femmes, forment &#8221; une arm\u00e9e dont le but le plus \u00e9lev\u00e9 est de dispara\u00eetre&#8221;.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 justifi\u00e9 en partie le passe-montagne ou le foulard barrant le visage des insurg\u00e9s. C&#8217;est le troisi\u00e8me enseignement du sous-commandant Marcos. L&#8217;horizon strat\u00e9gique de la gu\u00e9rilla zapatiste est un horizon virtuel: &#8220;pour qu&#8217;on nous voie, nous nous sommes masqu\u00e9s le visage; pour qu&#8217;on nous donne un nom, nous avons pris l&#8217;anonymat; pour avoir un avenir, nous avons mis notre pr\u00e9sent en jeu; et, pour vivre, nous sommes morts &#8220;. La lutte des indiens se veut un combat d\u00e9mocratique, elle exhorte au culte de la puissance plut\u00f4t qu&#8217;\u00e0 l&#8217;exercice du pouvoir.<\/p>\n<p>D&#8217;une certaine mani\u00e8re, elle a d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 atteint ses objectifs. En d\u00e9fiant un r\u00e9gime r\u00e9put\u00e9 intouchable, elle a mis \u00e0 nu l&#8217;envers du d\u00e9cor : mal-d\u00e9veloppement, effondrement \u00e9conomique, mafias politiques et cartel de la drogue.<\/p>\n<p>*\u00a0<em>La v\u00e9ridique l\u00e9gende du sous-commandant Marcos,\u00a0<\/em>de Tessa Brissac et Carmen Castillo, INA (France). S\u00e9lectionn\u00e9 aux rencontres Medias Nord-Sud de Gen\u00e8ve (avril 1995).<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"right\">R\u00e9da Benkirane<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R\u00e9da Benkirane21 avril 1995 Premier janvier 1994. Le jour m\u00eame o\u00f9 l&#8217;accord nord-am\u00e9ricain de libre-\u00e9change (ALENA) entrait en vigueur, la gu\u00e9rilla zapatiste faisait son apparition sur la sc\u00e8ne politique mexicaine. Le principal dirigeant de l&#8217;arm\u00e9e zapatiste de lib\u00e9ration nationale (AZLN) est le sous-commandant Marcos. 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