{"id":2406,"date":"2014-05-27T06:53:08","date_gmt":"2014-05-27T06:53:08","guid":{"rendered":"http:\/\/j2\/?page_id=560"},"modified":"2014-05-27T06:53:08","modified_gmt":"2014-05-27T06:53:08","slug":"lalgerie-vit-elle-sa-deuxieme-liberation-ou-plonge-t-elle-dans-la-guerre-civile-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=2406","title":{"rendered":"L&#8217;Alg\u00e9rie vit-elle sa deuxi\u00e8me lib\u00e9ration ou plonge-t-elle dans la guerre civile?"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\">par R\u00e9da Benkirane<\/span><\/p>\n<p style=\"color: #000000;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Le Nouveau Quotidien, Lausanne\" src=\"\/images\/stories\/logo\/glnq.gif\" alt=\"Le Nouveau Quotidien, Lausanne\" width=\"140\" height=\"26\" align=\"left\" border=\"0\" hspace=\"1\" \/><\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #000000;\">\n<p>6 juillet 1992<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">5 juillet 1992 : trente ans d&#8217;ind\u00e9pendance. Apr\u00e8s un premier gouvernement civil, puis un long r\u00e9gime militaire, le pays amorce depuis octobre 1988 un processus d\u00e9mocratique porteur de grands espoirs pour l&#8217;Alg\u00e9rie, autant que pour le Maghreb et le monde arabe. Mais il nous faut aujourd&#8217;hui d\u00e9chanter : la d\u00e9mocratisation tant attendue a dramatiquement bifurqu\u00e9. En effet en juin 1991, une junte militaire a pris soin de se d\u00e9barrasser petit \u00e0 petit de tous ceux qui n&#8217;ont pas la m\u00eame &#8220;conception&#8221; de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Or l&#8217;Octobre alg\u00e9rien a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une force, un parti qui a \u00e9merg\u00e9 de la clandestinit\u00e9 pour marquer de plus en plus la vie politique alg\u00e9rienne, le FIS. Au-del\u00e0 du mouvement politique, c&#8217;est la formidable mouvance qui le porte qui doit retenir ici notre attention. En effet, on peut imputer aux dirigeants islamistes des erreurs monumentales, et en premier lieu leur constant marchandage politique avec la pr\u00e9sidence Chadli.<\/p>\n<p>Sont-ils vraiment \u00e0 la hauteur des esp\u00e9rances ? Sur le plan du projet de soci\u00e9t\u00e9 islamique, si l&#8217;esquisse propos\u00e9e pr\u00e9tend r\u00e9pondre aux probl\u00e8mes du plus grand nombre, elle ignore en revanche sa diversit\u00e9 complexe. Effet retour des 132 ann\u00e9es coloniales, certaines \u00e9lites alg\u00e9riennes, qu&#8217;elles se revendiquent de la diff\u00e9rence kabyle ou du pr\u00e9dicat islamiste, paient le prix de l&#8217;amn\u00e9sie de leur propre Histoire : les premiers mettent sur une m\u00eame balance &#8220;pr\u00e9dominance culturelle arabe&#8221; et &#8220;colonisation fran\u00e7aise&#8221;, les seconds r\u00eavent d&#8217;un avenir commu\u00e9 en souvenir de l&#8217;Epoque m\u00e9dinoise&#8230; La constitution d&#8217;un Etat islamique appara\u00eet alors comme un paradigme ferm\u00e9, \u00e0 l&#8217;instar de certaines exp\u00e9riences actuellement en cours dans l&#8217;aire arabo-islamique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&#8217;inculture des leaders islamistes alg\u00e9riens contraste avec le niveau et la qualit\u00e9 de connaissance n\u00e9cessaires pour penser l&#8217;Islam, courant spirituel majoritaire du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Leur imperfection majeure ? Confondre l&#8217;Unit\u00e9 avec l&#8217;uniformit\u00e9, d&#8217;o\u00f9 cette difformit\u00e9 dans la d\u00e9marche intellectuelle. Leur r\u00e9flexe premier ? Proclamer l&#8217;interdit en vrac sur la mystique (tassawuf), la pens\u00e9e cr\u00e9ative (ijtihad), l&#8217;art musical et pictural, la mixit\u00e9 des lieux, et plus prosa\u00efquement, le jeu de dominos au caf\u00e9&#8230; La lecture fondamentaliste du Coran est dangereusement superficielle, parce qu&#8217;elle s&#8217;en tient strictement \u00e0 la Lettre, sans recherche de Ses multiples sens cach\u00e9s, ni de Sa symbolique.<\/p>\n<p>L&#8217;islamisme est \u00e0 la pens\u00e9e ce qu&#8217;une milice est \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e, une esp\u00e8ce de scoutisme \u00e0 credo monotone.<\/p>\n<p>Il faut en outre porter son regard au-del\u00e0 des apparences ; la jeunesse islamiste est une jeunesse imberbe. Son manque de maturit\u00e9 se rep\u00e8re au niveau du discours : des pr\u00eacheurs marginalisent les penseurs. Mais la vigueur de cette m\u00eame jeunesse plonge dans les bas-fonds sociologiques du quotidien. Et c&#8217;est l\u00e0 une id\u00e9e-force. A cet \u00e9gard, la distorsion entre le discours et la pratique est volontairement entretenue. A la limite peu importe la port\u00e9e logique du discours (qu&#8217;en est-il des autres discours socio-politiques ?), l&#8217;essentiel est de garder la coh\u00e9rence dans l&#8217;action du quotidien. Dans cette perspective, force nous est d&#8217;admettre que la strat\u00e9gie de prise de pouvoir par le vote populaire constitue une avanc\u00e9e dans la vie politique d&#8217;un pays du Tiers Monde. En remportant les \u00e9lections municipales en 1990 et le premier tour des l\u00e9gislatives en 1991, le FIS, parti des pauvres, a prouv\u00e9 qu&#8217;il \u00e9tait possible d&#8217;acc\u00e9der au Changement autrement que par la violence.<\/p>\n<p>En optant pour la force imm\u00e9diatement apr\u00e8s le dernier scrutin, c&#8217;est le r\u00e9gime alg\u00e9rien qui se montre r\u00e9trograde. Non seulement il renforce son ill\u00e9gitimit\u00e9 mais en plus il pr\u00e9tend marginaliser les quelques trois millions d&#8217;\u00e9lecteurs partisans du FIS. Ainsi des Alg\u00e9riens, en majorit\u00e9 pauvres, se voient sanctionn\u00e9s et assimil\u00e9s \u00e0 des &#8220;ignorants&#8221; , des &#8220;intol\u00e9rants&#8221;, etc.<\/p>\n<p>Depuis lors, le &#8220;nouveau&#8221; pouvoir n&#8217;a su que r\u00e9primer. Le &#8220;nouveau&#8221; Pr\u00e9sident Boudiaf s&#8217;est montr\u00e9 r\u00e9solu \u00e0 cr\u00e9er un &#8220;nouveau&#8221; parti unique, le Rassemblement Patriotique&#8230;Janvier 1992, celui qui s&#8217;est toujours affirm\u00e9 comme un fervent d\u00e9mocrate n&#8217;accepte de retourner dans sa patrie qu&#8217;une fois install\u00e9 \u00e0 la t\u00eate d&#8217;un r\u00e9gime&#8230; produit par un coup d&#8217;\u00e9tat. En moins de trois mois, le parti de la majorit\u00e9 absolue parlementaire est dissout, ses dirigeants emprisonn\u00e9s et ses militants regroup\u00e9s par milliers dans des camps sahariens&#8230;<\/p>\n<p>Qu&#8217;il plaise ou pas, le Front Islamique du Salut constitue le plus grand parti politique alg\u00e9rien. Il a le plus et le mieux \u00e9cout\u00e9 les probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame s&#8217;il ne peut y r\u00e9pondre \u00e0 lui seul. Par ses succ\u00e8s imm\u00e9diats, son assise populaire, et son attrait m\u00e9diatique, le mouvement islamiste ressemble \u00e0 s&#8217;y m\u00e9prendre au mouvement nationaliste d\u00e9clench\u00e9 en 1954. Par ses discours violents, sa rh\u00e9torique simple et par sa soif d&#8217;absolu, le FIS atteste de sa filiation avec le Front vainqueur du colonialisme fran\u00e7ais. Par l&#8217;emprisonnement de sa jeunesse militante, et en d\u00e9pit de son interdiction juridique, le FIS prouve qu&#8217;il est le fils l\u00e9gitime du Front du 1er novembre 1954. Et sur le plan de la sensibilit\u00e9 religieuse, il y a toujours eu continuit\u00e9. De l&#8217;Emir Abdelkader \u00e0 Ben Bella en passant par Messali Hadj, la r\u00e9f\u00e9rence des p\u00e8res du nationalisme<a style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" href=\"http:\/\/reda.hostpress.com..\/bb\/revolu.htm\">\u00a0<\/a>alg\u00e9rien s&#8217;appuie sur une dimension spirituelle.<\/p>\n<p>L&#8217;Alg\u00e9rie vit une profonde crise de croissance: plus de 75% de la population a moins de trente ans, \u00e2ge de son ind\u00e9pendance. Il faut en fait passer par Freud et Jung pour comprendre l&#8217;indice de crise de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne. Entre les p\u00e8res de l&#8217;ind\u00e9pendance et les fils actuels de la jeune Alg\u00e9rie, il y a beaucoup plus qu&#8217;un foss\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ration, il y a pr\u00e9sence de deux syst\u00e8mes r\u00e9f\u00e9rentiels totalement d\u00e9cal\u00e9s. Les uns voulaient lib\u00e9rer politiquement un sol et pr\u00eacher le message universel du socialisme (bien que fortement sous-tendu par la Foi), les autres parlent de lib\u00e9rer culturellement le m\u00eame socle, et de pr\u00eacher le message universel de l&#8217;Islam. Pour les uns l&#8217;essentiel a \u00e9t\u00e9 obtenu, l&#8217;ind\u00e9pendance, pour les autres tout est \u00e0 construire, dans la pers\u00e9v\u00e9rance et la sobri\u00e9t\u00e9. La jeunesse islamiste ne se fait pas d&#8217;illusion, elle n&#8217;attend ni croissance ni emploi, la seule profusion qu&#8217;elle entrevoit est celle de sa propre mis\u00e8re. Le miracle du FIS? C&#8217;est d&#8217;avoir fait de la pauvret\u00e9 d&#8217;une majorit\u00e9 d&#8217;Alg\u00e9riens un ethos de la survie.<\/p>\n<p>Est-ce une seconde r\u00e9volution qui est en marche ou une guerre civile qui menace depuis le 4 mars 1992, jour o\u00f9 le r\u00e9gime a commis l&#8217;erreur d&#8217;interdire le principal front populaire? L&#8217;Alg\u00e9rie se croit-elle condamn\u00e9e, pour survivre, \u00e0 tuer ses p\u00e8res ? C&#8217;est en tous cas l&#8217;un deux, en l&#8217;occurrence le d\u00e9tenteur de la carte num\u00e9ro 1 du FLN, qui est tomb\u00e9 \u00e0 Annaba sous des balles insens\u00e9es. Depuis, le temps s&#8217;est comme pr\u00e9cipit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"right\">R\u00e9da Benkirane<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R\u00e9da Benkirane 6 juillet 1992 5 juillet 1992 : trente ans d&#8217;ind\u00e9pendance. Apr\u00e8s un premier gouvernement civil, puis un long r\u00e9gime militaire, le pays amorce depuis octobre 1988 un processus d\u00e9mocratique porteur de grands espoirs pour l&#8217;Alg\u00e9rie, autant que pour le Maghreb et le monde arabe. 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