{"id":2405,"date":"2014-05-27T06:52:33","date_gmt":"2014-05-27T06:52:33","guid":{"rendered":"http:\/\/j2\/?page_id=558"},"modified":"2014-05-27T06:52:33","modified_gmt":"2014-05-27T06:52:33","slug":"les-democrates-algeriens-se-sont-laisse-prendre-dans-un-integrisme-laic-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=2405","title":{"rendered":"Les d\u00e9mocrates alg\u00e9riens se sont laiss\u00e9 prendre dans un &#8220;int\u00e9grisme la\u00efc&#8221;"},"content":{"rendered":"<p style=\"color: #990000;\">\n\t<span style=\"color: #000000;\">par R&eacute;da Benkirane&nbsp;<\/span><span style=\"font-size: 13px;\">[printfriendly]<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\">\n\t<strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" align=\"left\" alt=\"Le Nouveau Quotidien, Lausanne\" border=\"0\" height=\"26\" hspace=\"1\" src=\"j\/images\/stories\/logo\/glnq.gif\" title=\"Le Nouveau Quotidien, Lausanne\" width=\"140\" \/><\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\">\n\t21 janvier 1994\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\tDepuis deux ans, l&#39;Alg&eacute;rie a bascul&eacute; dans le cycle des petites guerres. Assassinats en s&eacute;rie d&#39;un c&ocirc;t&eacute;, ex&eacute;cutions sommaires de l&#39;autre, arrestations massives, torture, condamnations &agrave; mort par centaines ponctuent le calendrier politique dans un crescendo tragique. De tous c&ocirc;t&eacute;s, les victimes tombent : hommes politiques, policiers, journalistes, m&eacute;decins, civils anonymes, r&eacute;sidents &eacute;trangers. Les combats opposent le pouvoir, otage de sa propre r&eacute;pression, et le principal parti d&#39;opposition, le Front Islamique du Salut, dissous et &eacute;clat&eacute; en n&eacute;buleuse. La violence habite le pr&eacute;sent de l&#39;Alg&eacute;rie tout comme elle hante son pass&eacute; fran&ccedil;ais.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tComment l&#39;Alg&eacute;rie en est arriv&eacute;e l&agrave; ? Et surtout pourquoi le pays ne conna&icirc;t-il pas de rel&egrave;ve d&eacute;mocratique qui fasse la synth&egrave;se des aspirations plurielles des Alg&eacute;riens ? R&eacute;pondre &agrave; ces questions revient &agrave; engager le proc&egrave;s d&#39;un r&eacute;gime &agrave; la recherche d&#39;une l&eacute;gitimit&eacute; politique depuis le coup d&#39;Etat militaire de 1965. Sous le r&egrave;gne froid de Boumediene (1965-1978), les chefs historiques du FLN ont &eacute;t&eacute; physiquement &eacute;limin&eacute;s, emprisonn&eacute;s ou exil&eacute;s. A l&#39;int&eacute;rieur du pays musel&eacute; sous la tutelle du parti unique, la mont&eacute;e du fondamentalisme religieux est rendue in&eacute;luctable. C&#39;est le fruit d&#39;un travail id&eacute;ologique obstin&eacute;, programm&eacute; par trois d&eacute;cennies de &quot;socialisme&quot;. Cette p&eacute;riode est, d&#39;une part, charg&eacute;e d&#39;un culte mythologique de la lib&eacute;ration, o&ugrave; l&#39;histoire est r&eacute;&eacute;crite au profit des nouveaux dirigeants et de leurs clans respectifs, alors que les jeunes g&eacute;n&eacute;rations ignorent qui sont en r&eacute;alit&eacute; les v&eacute;ritables p&egrave;res du nationalisme. Le socialisme alg&eacute;rien est, d&#39;autre part, maquill&eacute; d&#39;un &eacute;loge constant de l&#39;arabo-islamisme, propre &agrave; satisfaire les solidarit&eacute;s organiques qui ont fait la R&eacute;volution Alg&eacute;rienne (1954-1962).\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tEn octobre 1988, la soci&eacute;t&eacute; alg&eacute;rienne, jeune, qualifi&eacute;e mais grandement d&eacute;soeuvr&eacute;e, exprime par des &eacute;meutes sa volont&eacute; de rupture. Dans le processus de d&eacute;mocratisation qui va s&#39;enclencher alors, le pouvoir favorisera ostensiblement la base islamiste, afin de mieux exclure l&#39;opposition en exil de la sc&egrave;ne nationale. Car jusqu&#39;en juin 1990, date des premi&egrave;res &eacute;lections libres, l&#39;ennemi politique num&eacute;ro 1 n&#39;est pas le FIS mais la personne d&#39;Ahmed Ben Bella, premier pr&eacute;sident alg&eacute;rien et dernier leader &agrave; rentrer au pays. Le pr&eacute;sident Chadli entretiendra la division de l&#39;opposition jusqu&#39;aux &eacute;lections l&eacute;gislatives de d&eacute;cembre 1991. Ce noyautage s&#39;est notamment traduit par la cr&eacute;ation d&#39;une cinquantaine de partis politiques, et par des lois &eacute;lectorales visant &agrave; enrayer la diversit&eacute; r&eacute;elle du paysage politique. Les r&eacute;sultats de cette triste gestation n&#39;ont pas tard&eacute; &agrave; se faire voir. Tout a &eacute;t&eacute; fait pour que l&#39;&eacute;tau se referme et aboutisse &agrave; un face &agrave; face FLN-FIS&#8230; ce qui, d&#39;une certaine mani&egrave;re, correspond &agrave; une confrontation entre p&egrave;re et fils.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tCar voil&agrave; une explication possible &agrave; la violence des &eacute;v&eacute;nements en Alg&eacute;rie. Et si, &agrave; sa fa&ccedil;on, le FIS, dissous depuis mars 1992, reprenait la voie du FLN d&#39;avant l&#39;ind&eacute;pendance ? M&ecirc;me la d&eacute;nomination utilis&eacute;e par les autorit&eacute;s fran&ccedil;aises d&#39;hier et les autorit&eacute;s alg&eacute;riennes d&#39;aujourd&#39;hui rapproche le FLN de 1954 avec le FIS de 1993. Le &quot;terrorisme&quot; alg&eacute;rien rel&egrave;verait sous cet angle d&#39;une m&ecirc;me parent&eacute; politique. L&#39;ex&eacute;cution des condamn&eacute;s d&#39;aujourd&#39;hui rappelle de sinistre m&eacute;moire les guillotines fran&ccedil;aises de la fin des ann&eacute;es 50. Ainsi les succ&egrave;s m&eacute;diatique et diplomatique des deux fronts, &agrave; quarante ans d&#39;intervalle, sont identiques. De la m&ecirc;me mani&egrave;re que le FLN a su s&#39;organiser &agrave; partir de la conf&eacute;rence de Bandung, le FIS tente de le faire actuellement &agrave; partir de la conf&eacute;rence de Khartoum. Comme son a&icirc;n&eacute;, le Front Islamique s&#39;est d&eacute;ploy&eacute; dans les maquis et les quartiers pauvres des grandes cit&eacute;s. Il choisit la m&ecirc;me tactique du harc&egrave;lement. Ceux qui &eacute;voquent la &quot;barbarie&quot; des islamistes ont d&ucirc; oublier que les nationalistes alg&eacute;riens ont eu recours &agrave; une violence de m&ecirc;me intensit&eacute; pour maintenir leurs troupes resserr&eacute;es autour du but supr&ecirc;me, la lib&eacute;ration du pays. La logique du FIS clandestin n&#39;est donc pas si &eacute;loign&eacute;e de la tradition guerri&egrave;re fondatrice du FLN. De m&ecirc;me, les divergences internes du parti islamiste s&#39;esquissent &agrave; partir des clivages d&#39;hier. Ainsi, les options id&eacute;ologiques des &quot;alg&eacute;rianistes&quot; diff&egrave;rent de celles des &quot;internationalistes&quot;, la d&eacute;l&eacute;gation ext&eacute;rieure s&#39;oppose &agrave; la direction int&eacute;rieure, et la l&eacute;gitimit&eacute; historique des dirigeants emprisonn&eacute;s conna&icirc;t la concurrence des chefs de la lutte arm&eacute;e.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLa seconde explication &agrave; la violence actuelle concerne la dimension identitaire. Ici, il faut prendre en compte les 132 ann&eacute;es d&#39;occupation fran&ccedil;aise. Sur le plan culturel, le pays continuerait de r&eacute;gler ses comptes avec une identit&eacute; elle-m&ecirc;me en devenir. La violence exprimerait la mort et la dissection du Moi alg&eacute;rien, en attendant la revification que tous promettent.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tIl existe en outre dans ce pays une minorit&eacute; active qui d&eacute;fend le droit de certaines valeurs qui, en elles-m&ecirc;mes, sont de type consensuel. Mais cette minorit&eacute; ne comprend la d&eacute;mocratie qu&#39;exclusivement li&eacute;e au concept de la&iuml;cit&eacute;. C&#39;est ce qui peut &eacute;ventuellement expliquer que des &quot;d&eacute;mocrates&quot; pesant 1 &agrave; 2% de l&#39;&eacute;lectorat aient applaudi &agrave; l&#39;annulation du scrutin libre de d&eacute;cembre 1991 ainsi qu&#39;au coup d&#39;Etat qui s&#39;en suivit. De la m&ecirc;me fa&ccedil;on, la d&eacute;fense de l&#39;identit&eacute; berb&egrave;re n&#39;est pens&eacute;e que contre l&#39;arabit&eacute; (le contraire n&#39;est pas vrai), pour &ecirc;tre en r&eacute;alit&eacute; soud&eacute;e &agrave; la promotion de la francophonie. Tout cela s&#39;&eacute;claire une fois encore en fonction du pass&eacute; colonial sp&eacute;cifique &agrave; l&#39;Alg&eacute;rie. Les couples d&eacute;mocratie\/la&iuml;cit&eacute; et berb&eacute;rit&eacute;\/francophonie sont autant sectaires que celui qui cherche &agrave; encha&icirc;ner l&#39;Islam &agrave; l&#39;Etat-Nation. Il s&#39;agit l&agrave; d&#39;une m&ecirc;me violence symbolique, o&ugrave; l&#39;amn&eacute;sie est d&eacute;nominateur commun.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&#39;&eacute;lite alg&eacute;rienne la&iuml;cisante, francophile, se pr&eacute;tend d&eacute;mocrate mais consid&egrave;re que la d&eacute;mocratie ne s&#39;installe que tr&egrave;s progressivement, surtout lorsqu&#39;il est question d&#39;une population en majorit&eacute; pauvre. Ce sont l&agrave; les m&ecirc;mes arguments que la France coloniale invoquait nagu&egrave;re pour d&eacute;nier aux Alg&eacute;riens le droit &agrave; l&#39;autod&eacute;termination. Dans la face soit-disant avant-gardiste de la soci&eacute;t&eacute; alg&eacute;rienne, r&egrave;gne aussi un &quot;int&eacute;grisme la&iuml;c&quot; qui ne veut en aucune mani&egrave;re dialoguer avec son vis-&agrave;-vis islamiste.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&#39;Alg&eacute;rie est-elle vou&eacute;e &agrave; passer d&#39;un extr&eacute;misme &agrave; l&#39;autre ? Il faut bien admettre que des forces du changement travaillaient, quoiqu&#39;on en dise, au sein de la mouvance FIS. Le processus &eacute;lectoral avait mis en avant le profil universitaire et scientifique des cadres islamistes. Ces derniers se retrouvent par milliers sous les verrous, et certains ont subi la torture. D&eacute;sormais, la violence au quotidien met en avant les &eacute;mirs de la gu&eacute;rilla, ce sont eux les nouveaux acteurs de l&#39;islamisme alg&eacute;rien. Leur pens&eacute;e politique se r&eacute;sume au souvenir de l&#39;Islam des origines, et leur action s&#39;&eacute;chafaude dans des commandos et des ex&eacute;cutions en tous genre. Comme pour la punir du n&eacute;potisme des colonels, et succ&eacute;dant &agrave; la d&eacute;composition de l&#39;Etat de droit, les soldats idol&acirc;tres de Dieu annoncent &agrave; la soci&eacute;t&eacute; civile le grand enfermement, l&eacute;gitim&eacute; par l&#39;&eacute;pith&egrave;te islamique. Pour sacraliser ce qui reviendrait &agrave; st&eacute;riliser la soci&eacute;t&eacute;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLa mort en Alg&eacute;rie est aveugle et diffuse, mais il est troublant de constater combien les grands responsables, connus, de la corruption et de la faillite politique sont &agrave; l&#39;abri de tout jugement. Comme si un accord tacite r&eacute;unissait pour une fois le r&eacute;gime des militaires et le vaste front islamique pour accorder l&#39;immunit&eacute; au clan responsable du d&eacute;clin actuel de l&#39;Alg&eacute;rie. Comme s&#39;il fallait &eacute;viter sa chute dans le volcan.\n<\/p>\n<p align=\"right\" style=\"color: #000000;\">\n\tR&eacute;da Benkirane<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R&eacute;da Benkirane&nbsp;[printfriendly] &nbsp; 21 janvier 1994 Depuis deux ans, l&#39;Alg&eacute;rie a bascul&eacute; dans le cycle des petites guerres. Assassinats en s&eacute;rie d&#39;un c&ocirc;t&eacute;, ex&eacute;cutions sommaires de l&#39;autre, arrestations massives, torture, condamnations &agrave; mort par centaines ponctuent le calendrier politique dans un crescendo tragique. 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