{"id":2404,"date":"2014-05-27T06:47:57","date_gmt":"2014-05-27T06:47:57","guid":{"rendered":"http:\/\/j2\/?page_id=555"},"modified":"2014-05-27T06:47:57","modified_gmt":"2014-05-27T06:47:57","slug":"lalgerie-dans-lombre-du-1er-novembre-1954-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=2404","title":{"rendered":"L&#8217;Alg\u00e9rie dans l&#8217;ombre du 1er novembre 1954"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<span style=\"color: #000000;\">par R&eacute;da Benkirane<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\">\n\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" align=\"left\" alt=\"Journal de Gen\u00e8ve\" border=\"0\" height=\"32\" hspace=\"1\" src=\"j\/images\/stories\/logo\/jdg.gif\" title=\"Journal de Gen\u00e8ve\" width=\"208\" \/>\n<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\t3 novembre 1994\n<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"color: #000000; text-align: justify;\">\n\tLe 1er novembre 1954, 398 nationalistes alg&eacute;riens d&eacute;clenchaient la plus importante r&eacute;bellion contre l&#39;ordre colonial. Ainsi naissait le Front de Lib&eacute;ration National. Sept ann&eacute;es plus tard, l&#39;Alg&eacute;rie acc&eacute;dait &agrave; l&#39;ind&eacute;pendance, aur&eacute;ol&eacute; d&#39;un immense cr&eacute;dit, c&#39;&eacute;tait l&agrave; l&#39;&eacute;tat de gr&acirc;ce.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tPour les trois quart de la population alg&eacute;rienne, n&eacute;e apr&egrave;s l&#39;ind&eacute;pendance, la geste des hommes de Novembre est en totale &eacute;clipse. L&#39;Alg&eacute;rie comm&eacute;more dans le deuil le quaranti&egrave;me anniversaire du d&eacute;clenchement de sa r&eacute;volution. Car depuis janvier 1992 se joue entre soi une guerre qui ne dit pas son nom : la politique dite du &quot;tout s&eacute;curitaire&quot; a fait pr&egrave;s de trente mille morts&#8230;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tPourquoi alors revisiter la m&eacute;moire de novembre 54 quand le pr&eacute;sent est sous le signe de la terreur ? Pourquoi &eacute;voquer la cr&eacute;ation du sigle -FLN- qui a rompu depuis longtemps son lien charnel avec le peuple? Avec l&#39;acc&eacute;l&eacute;ration de l&#39;histoire depuis octobre 88 (une autre date importante de la soci&eacute;t&eacute; alg&eacute;rienne), le pays vit une p&eacute;riode trouble, violente, impr&eacute;visible, bien que pas vraiment in&eacute;dite. Les strat&egrave;ges des chancelleries occidentales sont d&eacute;rout&eacute;s, et en premier lieu ceux du Quai d&#39;Orsay. Aucune lecture n&#39;est pertinente &agrave; partir des seuls param&egrave;tres actuels. Les informations &eacute;conomiques et politiques rapport&eacute;es par les experts permettent au mieux d&#39;&eacute;valuer l&#39;ampleur des probl&egrave;mes, mais rien ne vient nous informer sur la nature profonde des &eacute;v&eacute;nements. Si ce n&#39;est le recours &agrave; l&#39;histoire.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tSe souvenir permet aussi d&#39;entrevoir l&#39;avenir. Dans le cas alg&eacute;rien, une hypoth&egrave;se, privil&eacute;giant les m&eacute;canismes internes, &eacute;merge et fait de plus en plus sens. Elle a l&#39;avantage de proposer une grille d&#39;analyse en m&ecirc;me temps qu&#39;elle &eacute;claire et ouvre tous les sc&eacute;narios possibles. Elle se base sur trois postulats :\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tPremi&egrave;rement, la constance du mouvement national alg&eacute;rien. Les derniers d&eacute;veloppements de la situation en Alg&eacute;rie sont une nouvelle projection de ce qui s&#39;est pass&eacute; lors de la lutte d&#39;ind&eacute;pendance, d&#39;o&ugrave; la coh&eacute;rence de la crise. Il y a une continuit&eacute; dans les discontinuit&eacute;s, une filiation des &eacute;v&eacute;nements. La persistance des maquis arm&eacute;s et la r&eacute;surgence du particularisme kabyle s&#39;inscrivent dans cette logique. Le r&eacute;flexe de dissidence est un d&eacute;sordre induit par le fait colonial, il signale les carences d&#39;un pouvoir central, son impossibilit&eacute; &agrave; r&eacute;tablir justice sociale et autorit&eacute; de l&#39;Etat.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tEn second lieu, la dimension culturelle des &eacute;v&eacute;nements. Cette guerre est aussi un affrontement culturel. Depuis 1830, l&#39;Alg&eacute;rie a vu son identit&eacute; ni&eacute;e puis fracass&eacute;e par la &quot;mission civilisatrice&quot; de la France. Au temps de l&#39;Emir Abdelkader, le pays scolarisait 75% de sa population par le syst&egrave;me d&#39;encadrement des confr&eacute;ries religieuses (zaouias). Pour la m&ecirc;me &eacute;poque (1830-1840), le chiffre &eacute;quivalait au taux d&#39;analphab&egrave;tes dans l&#39;Hexagone. Au sortir de la tutelle fran&ccedil;aise, les chiffres restaient sensiblement les m&ecirc;mes, seulement entre-temps ils s&#39;&eacute;taient compl&egrave;tement invers&eacute;s. Trois d&eacute;cennies d&#39;ind&eacute;pendance n&#39;ont pas suffi &agrave; effacer ce traumatisme.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tD&#39;une certaine fa&ccedil;on, il y a toujours poursuite\/m&eacute;tamorphose du contentieux franco-alg&eacute;rien. L&#39;enjeu n&#39;est pas un sol &agrave; lib&eacute;rer, mais un socle, une personnalit&eacute; culturelle &agrave; recouvrer. L&#39;exacerbation de la crise identitaire aboutit &agrave; ce qu&#39;aujourd&#39;hui la francophonie et l&#39;islamisme sont devenus des projets politiques qui s&#39;excluent l&#39;un l&#39;autre. Le foulard &agrave; l&#39;&eacute;cole fran&ccedil;aise est prohib&eacute;, et l&#39;usage du fran&ccedil;ais &agrave; l&#39;&eacute;cole alg&eacute;rienne risque le m&ecirc;me interdit. Par ailleurs, certains acteurs soul&egrave;vent la question ethnique et seraient tent&eacute;s par la dissociation d&#39;identit&eacute;s &quot;gigognes&quot; imm&eacute;moriales : l&#39;islamit&eacute; et l&#39;arabit&eacute; s&#39;enracinant dans un substrat berb&egrave;re dont le particularisme kabyle n&#39;est qu&#39;une des composantes. A terme, il y aurait l&agrave; le risque d&#39;une balkanisation de tout le Maghreb.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tTroisi&egrave;mement, la nature extr&ecirc;me de la violence. De la conqu&ecirc;te de Bugeaud aux op&eacute;rations de Bigeard, le pays a v&eacute;cu, &agrave; intervalles r&eacute;guliers, des insurrections populaires, des exp&eacute;ditions punitives, des massacres de civils jug&eacute;s n&eacute;cessaires &agrave; la relance de la &quot;pacification&quot;. La terre, le peuple &quot;au million et demi de martyrs&quot; ont pour ainsi dire &quot;capt&eacute;&quot; cette violence absolue exerc&eacute;e &agrave; leur encontre. Condens&eacute;e et solidaire d&#39;un espace symbolique o&ugrave; paradoxalement l&#39;humour et la capacit&eacute; d&#39;autod&eacute;rision ne sont jamais absents, la terreur exprimerait un point de non retour. L&#39;Alg&eacute;rie profonde s&#39;est exprim&eacute;e r&eacute;cemment par deux votes successifs, et l&#39;usage de la violence n&#39;est apparu que lorsque furent &eacute;puis&eacute;s les moyens l&eacute;gaux de la lutte politique. Ces assassinats aveugles qui n&#39;&eacute;pargnent, funestes nouveaut&eacute;s, ni les femmes ni les hommes de religion &#8211; musulmans et Gens du Livre, ces gorges tranch&eacute;es, ces cadavres mutil&eacute;s signifient la transgression d&eacute;lib&eacute;r&eacute;e de tous les codes. Une anthropologie des lieux dirait combien la violence est r&eacute;miniscence du pass&eacute;, l&#39;ultime recours v&eacute;ritablement reconnu par tous.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tA la diff&eacute;rence, notable, de l&#39;insurrection du 1er novembre 1954, celle qui s&eacute;vit actuellement oppose des Alg&eacute;riens entre eux. Contrairement aux all&eacute;gations du pouvoir en place, il n&#39;y a pas de main &eacute;trang&egrave;re dans le conflit. Mais il y a le regard de la France, l&#39;ancien tuteur. Outre le fait que Paris fournit les pr&ecirc;ts n&eacute;cessaires au maintien du r&eacute;gime alg&eacute;rien, son regard p&egrave;se lourd dans la recherche ou non d&#39;une solution n&eacute;goci&eacute;e.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLes annales du FLN rapportent qu&#39;il &eacute;tait possible de n&eacute;gocier avec les autorit&eacute;s fran&ccedil;aises, au vu des contacts secrets nou&eacute;s d&egrave;s 1956. Mais les dirigeants de l&#39;&eacute;poque s&#39;ent&ecirc;taient malgr&eacute; tout &agrave; ne voir chez les nationalistes alg&eacute;riens qu&#39;une organisation de &quot;terroristes&quot;. Fran&ccedil;ois Mitterrand, alors ministre de l&#39;Int&eacute;rieur, d&eacute;clarait : &quot;l&#39;Alg&eacute;rie, c&#39;est la France&quot; et &quot;la n&eacute;gociation avec les rebelles, c&#39;est la guerre&quot;. Il fallut poursuivre six ann&eacute;es de lutte sans merci avant de se rendre &agrave; l&#39;&eacute;vidence. La France s&#39;&eacute;tait totalement fourvoy&eacute;e avec le FLN, d&eacute;couvrant &agrave; son insu une loi secr&egrave;te de l&#39;histoire contemporaine. Les terrorristes d&#39;hier sont souvent les responsables politiques d&#39;aujourd&#39;hui.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tOr aujourd&#39;hui, &agrave; la diff&eacute;rence des &quot;terroristes&quot; du FLN, ceux du FIS sont d&#39;anciens &eacute;lus qui ont de toute &eacute;vidence une l&eacute;gitimit&eacute; politique inscrite dans la Constitution de leur pays. En s&#39;obstinant &agrave; les percevoir\/repr&eacute;senter comme uniquement des &quot;terroristes-int&eacute;gristes&quot;, ne reproduisons-nous pas la m&ecirc;me erreur de jugement que Mitterrand, &quot;prisonnier de son pass&eacute;&quot; ? Au lieu de favoriser une r&eacute;conciliation nationale, qui passe par la reconnaissance de toutes les sensibilit&eacute;s politiques et le retour au processus d&eacute;mocratique, on laisse gangrener une situation qui est en outre affect&eacute;e du syndrome afghan. Tous les Alg&eacute;riens se retrouvent dans l&#39;id&eacute;al de libert&eacute; port&eacute; par le soul&egrave;vement de novembre 1954. La guerre de 1994 est une douloureuse prolongation, elle se radicalise, la liste des victimes s&#39;allonge, le pays se d&eacute;truit chaque jour un peu plus. L&#39;histoire b&eacute;gaie, &agrave; quarante ans d&#39;intervalle.\n<\/p>\n<p align=\"right\" style=\"color: #000000;\">\n\tR&eacute;da Benkirane<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R&eacute;da Benkirane &nbsp; 3 novembre 1994 Le 1er novembre 1954, 398 nationalistes alg&eacute;riens d&eacute;clenchaient la plus importante r&eacute;bellion contre l&#39;ordre colonial. Ainsi naissait le Front de Lib&eacute;ration National. Sept ann&eacute;es plus tard, l&#39;Alg&eacute;rie acc&eacute;dait &agrave; l&#39;ind&eacute;pendance, aur&eacute;ol&eacute; d&#39;un immense cr&eacute;dit, c&#39;&eacute;tait l&agrave; l&#39;&eacute;tat de gr&acirc;ce. Pour les trois quart&#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=2404\">Lire plus \/ Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-2404","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2404","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2404"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2404\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2404"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2404"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2404"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}