{"id":2197,"date":"2019-07-28T10:30:38","date_gmt":"2019-07-28T08:30:38","guid":{"rendered":"http:\/\/j\/?page_id=2197"},"modified":"2019-07-28T10:30:38","modified_gmt":"2019-07-28T08:30:38","slug":"le-maroc-antique-une-mondialisation-avant-lheure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=2197","title":{"rendered":"Le Maroc antique, une mondialisation avant l\u2019heure"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Le Temps\" src=\"j\/images\/stories\/logo\/temps.gif\" alt=\" \" width=\"125\" height=\"27\" hspace=\"5\" \/><br \/>\nLe Temps, samedi 17 novembre 2018<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2199 alignleft\" src=\"j\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/histoire_inattendue_du_maroc_couv1.jpg\" alt=\"\" width=\"160\" height=\"210\" \/>A propos de Mouna Hachim, <em>Histoire inattendue du Maroc<\/em>, Erick Bonnier Editions, 2018.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mouna Hachim est une femme de lettres marocaine dont il faut retenir le nom. Son profil est celui de ces \u00e9crivains singuliers de l\u2019autre versant de la M\u00e9diterran\u00e9e, tel Amin Maalouf, l\u2019illustre a\u00een\u00e9, maniant l\u2019essai comme le roman historique. \u00abMaire de c\u0153ur\u00bb de Casablanca pour sa d\u00e9fense du patrimoine culturel urbain, son <em>Histoire inattendue du Maroc<\/em> se pr\u00e9sente sous la forme accessible de \u00abchroniques insolites\u00bb. Bien que ne se pr\u00e9sentant pas comme historienne, l\u2019auteure s\u2019attaque \u00e0 une mati\u00e8re vaste, complexe, qui reste peu ou mal connue, fig\u00e9e dans le marbre des histoires officielles. En sondant les sources \u00e9crites les plus anciennes, elle r\u00e9v\u00e8le d\u2019\u00e9tonnants s\u00e9diments composites. L\u2019objectif est de \u00abd\u00e9broussailler les contes officiels \u00e9labor\u00e9s au fil des si\u00e8cles, soutenus avec force dans les manuels scolaires\u00bb. Pour cela, elle fait remonter \u00e0 la surface les \u00ab\u00e9nigmes, anecdotes, contrev\u00e9rit\u00e9s, \u00e9pisodes insolites, trahisons, guerres intestines, bains de sang\u00bb, autant d\u2019\u00e9pisodes \u00e9cart\u00e9s, \u00e9dulcor\u00e9s ou \u00abarrach\u00e9s des annales\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019h\u00e9ritage berb\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteure met en lumi\u00e8re des formes anciennes de mondialisation ayant eu cours depuis l\u2019Antiquit\u00e9 entre Europe, Afrique du Nord (Maghreb) et Moyen-Orient (Machrek) ainsi que les \u00e9changes entre berb\u00e9rit\u00e9, gr\u00e9cit\u00e9, latinit\u00e9, arabit\u00e9 et islamit\u00e9. L\u2019apport culturel berb\u00e8re (ou amazigh) s\u2019av\u00e8re consid\u00e9rable si l\u2019on retient la circulation de ses mythes et divinit\u00e9s dans le monde hell\u00e8ne, son insertion dans l\u2019Empire romain (les guerres puniques), la pr\u00e9c\u00e9dence et la pr\u00e9dominance de l\u2019Eglise africaine (trois papes amazighs) sur le christianisme latin jusqu\u2019au Ve si\u00e8cle, le syncr\u00e9tisme chiite d\u2019Ibn Toumert, fondateur de l\u2019empire almohade au XIIe si\u00e8cle et sa violence doctrinale (berb\u00e9risation du corpus th\u00e9ologique, destruction m\u00e9thodique des mosqu\u00e9es, massacres). Mouna Hachim sonde les \u00absignaux faibles\u00bb \u00e9mis par les empires et royaumes du Maroc qui se sont succ\u00e9d\u00e9 et parfois \u00e9tendus \u00e0 toute l\u2019Afrique du Nord, du Sahel \u00e0 l\u2019Andalousie. Des pages saisissantes nous replongent dans la d\u00e9faite mortelle du roi portugais don S\u00e9bastien (1578), suivie de l\u2019invasion de l\u2019Empire songha\u00ef (pillage de Tombouctou, mise en esclavage de musulmans sah\u00e9liens). Sont d\u00e9crits aussi les soul\u00e8vements d\u2019apprentis messies (Mahdi) aux courants et h\u00e9r\u00e9sies multiples ainsi que les incessantes luttes fratricides pour le tr\u00f4ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>M\u00e9moire populaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 cette histoire \u00e0 outrance, l\u2019auteure se d\u00e9marque des lectures colonialiste et nationaliste pour fonder un ancrage historique de la m\u00e9moire populaire. L\u2019historiographie coloniale, mue par son prisme premier (\u00abdiviser pour r\u00e9gner\u00bb), a produit des dichotomies r\u00e9ductrices et persistantes: Arabes-Berb\u00e8res, juifs-musulmans, s\u00e9dentaires-nomades, etc. L\u2019historiographie nationale s\u2019av\u00e8re aussi contestable sur certains points pr\u00e9fabriqu\u00e9s: tradition-id\u00e9ologie, sacralit\u00e9 du (th\u00e9ologico-)politique, rappel incantatoire \u00abdes fondements mythiques de l\u2019histoire\u00bb dont le but est d\u2019affirmer la marche pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e des six grandes dynasties du pays. Or Mouna Hachim montre une continuit\u00e9 des discontinuit\u00e9s, piste les faits et gestes inscrits dans la conscience collective: elle parvient ainsi \u00e0 articuler une histoire des mentalit\u00e9s, une science de la g\u00e9n\u00e9alogie, l\u2019\u00e9tude toponymique des lieux et l\u2019\u00e9tymologie compar\u00e9e des mots et des noms (latins, berb\u00e8res, arabes) sans oublier les mythes agraires, contes folkloriques et l\u00e9gendes populaires. Pl\u00e9biscit\u00e9 lors de sa sortie au Maroc, son livre s\u2019attache \u00e0 la nature radioactive de la mati\u00e8re historique, en forte r\u00e9sonance avec les difficult\u00e9s \u00e9conomiques, sociales et politiques actuelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">R\u00e9da Benkirane<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Temps, samedi 17 novembre 2018 A propos de Mouna Hachim, Histoire inattendue du Maroc, Erick Bonnier Editions, 2018. 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