{"id":1464,"date":"2014-06-05T07:33:40","date_gmt":"2014-06-05T06:33:40","guid":{"rendered":"https:\/\/reda.archipress.org?page_id=1464"},"modified":"2014-06-05T07:33:40","modified_gmt":"2014-06-05T06:33:40","slug":"pour-une-identite-qui-soit-celle-de-lhumanite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?p=1464","title":{"rendered":"&#8216;humanit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>\n\tPar R&eacute;da Benkirane\n<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Image\" border=\"0\" height=\"27\" hspace=\"6\" src=\"https:\/\/archipress.org\/images\/stories\/logo\/temps.gif\" title=\"Image\" width=\"125\" \/><br \/>\n\t\t<span style=\"line-height: 1.6em;\">Le Temps, 21 avril 2009&nbsp;<\/span>\n\t<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<br \/>\n\tA nouveau, ces&nbsp;<em>tristes tropismes<\/em>: dans le cadre des Nations unies (l&rsquo;observatoire supr&ecirc;me de la mondialit&eacute; en devenir), la &laquo;communaut&eacute; internationale&raquo; se dispute sans fin autour du racisme, de sa d&eacute;finition, de ses manifestations, des moyens de s&rsquo;en pr&eacute;munir. De plus en plus revendicatifs, les pays du Sud veulent un &eacute;tat des lieux qui tienne compte de la nuit coloniale (pour au passage les absoudre de leur propre actualit&eacute; en mati&egrave;re de violation des droits humains); ceux du Nord ressortent les grands principes d&rsquo;un universalisme abstrait (en la circonstance bien accommodant sur un lourd passif fait de domination et d&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme). C&rsquo;est que, malgr&eacute; tout ce qui est clam&eacute; &agrave; propos du &laquo;village global&raquo;, l&rsquo;humanit&eacute; du XXIe si&egrave;cle ne parvient toujours pas &agrave; s&rsquo;appr&eacute;hender elle-m&ecirc;me, selon une&nbsp;<em>perspective cosmopolite<\/em>&nbsp;qui englobe la multiplicit&eacute; des perspectives historiques et le diff&eacute;rentiel des &eacute;nonc&eacute;s et m&eacute;moires d&eacute;ploy&eacute;s.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tUn repli &laquo;sur soi&raquo; survenu au sortir des id&eacute;ologies communisantes: apr&egrave;s la lutte des classes, la guerre des identit&eacute;s serait (re)devenue le moteur de l&rsquo;histoire. Chacun &laquo;pour soi&raquo;. Une nouvelle taxonomie qui ferait des civilisations, cultures et religions des essences primordiales supplanterait l&rsquo;ancienne, fond&eacute;e sur l&rsquo;appartenance de classes. Les hommes seraient comptables de leurs origines ethniques et culturelles ainsi que de leurs affiliations confessionnelles; ils s&rsquo;aligneraient selon un d&eacute;terminisme encore plus accablant que celui de la condition paysanne ou ouvri&egrave;re.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tMais &agrave; consid&eacute;rer que l&rsquo;identit&eacute; culturelle ou religieuse constituerait le fondement de nos soci&eacute;t&eacute;s, ne serions-nous pas en train de nous fourvoyer? Un &ecirc;tre humain est-il r&eacute;ductible &agrave; ses appartenances? Quel est l&rsquo;espace de sa libert&eacute; face &agrave; son h&eacute;r&eacute;dit&eacute; sociale et culturelle? Ne serions-nous pas tous en train de nous auto-intoxiquer avec des notions de &laquo;valeurs&raquo; civilisationnelles, religieuses?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tUne conception pathologique de Soi: m&ecirc;me un pays universaliste comme la France consent d&eacute;sormais &agrave; dresser un culte &agrave; l&rsquo;idole en un solennel minist&egrave;re de l&rsquo;identit&eacute;. M&ecirc;me une religion universaliste comme l&rsquo;islam voit son expression la plus martiale (le djihad comme gu&eacute;rilla) devenir la marque iconique des laiss&eacute;s-pour-compte de la mondialisation.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLe r&eacute;f&eacute;rent identitaire est cette vraie fausse divinit&eacute; contemporaine source de tant d&rsquo;empoisonnement qui sert de couverture pour la guerre, l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; et l&rsquo;exploitation des hommes. D&eacute;truire l&rsquo;idole identitaire (qui, elle, permet de g&eacute;n&eacute;rer quasi ontologiquement le double standard entre Nous et les Autres), c&rsquo;est acc&eacute;der &agrave; une culture de la lucidit&eacute; et comprendre que ce qui est au plus profond de nous peut &ecirc;tre affect&eacute; par les m&eacute;canismes de la manipulation g&eacute;opolitique.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLa plus haute et discr&egrave;te des singularit&eacute;s: l&rsquo;identit&eacute;, fonctionnelle et agissante, est tel un syst&egrave;me immunitaire qui entretient des liens d&rsquo;une ineffable complexit&eacute; entre Soi et non-Soi. D&egrave;s lors qu&rsquo;elle cesse d&rsquo;&ecirc;tre un processus machinal et inconscient, elle devient une pathologie de l&rsquo;identique qui cherche le diff&eacute;rend. Et nous ne sommes qu&rsquo;au tout d&eacute;but de la d&eacute;couverte de cette immunit&eacute; identitaire concr&egrave;te et transformatrice du monde, qui aboutit &agrave; un d&eacute;sordre anomique chaque fois que l&rsquo;on se met &agrave; la comm&eacute;morer. L&rsquo;identit&eacute; devient dysfonctionnelle quand elle est surestim&eacute;e, sur-nomm&eacute;e, sur-sollicit&eacute;e.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tNous autres en tant que nous-m&ecirc;mes: la pens&eacute;e humaniste et l&rsquo;action humanitaire pourraient permettre d&rsquo;acc&eacute;der au niveau de r&eacute;alit&eacute; o&ugrave; existe un collectif appel&eacute; humanit&eacute;, ensemble de peuples vivant dans un unique espace-monde que l&rsquo;on peut alors pleinement comprendre, accepter, accueillir et dont on peut honorer et m&ecirc;me c&eacute;l&eacute;brer la vari&eacute;t&eacute; et les variations des productions symboliques, des cultures et des religions.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLa seule identit&eacute; qu&rsquo;il nous reste &agrave; nommer, d&eacute;couvrir et &eacute;lucider est celle de l&rsquo;humanit&eacute;, cet &ecirc;tre collectif que les hommes qui le composent ignorent jusqu&rsquo;ici, ce m&eacute;ta-peuple qui ignore, plus pour tr&egrave;s longtemps, sa propre finitude. Et le travail humaniste et humanitaire, dispers&eacute; et solidaire, qui s&rsquo;impose &agrave; nous est de comprendre l&rsquo;identit&eacute; comme fibre ultime de l&rsquo;humanit&eacute;, corde vibrante ou lueur clignotante, oscillant entre unicit&eacute; et multiplicit&eacute;, et dont la fresque est ce tissu fait de tout le spectre possible de civilisations, cultures et spiritualit&eacute;s.\n<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\tUn&nbsp;<em>seul et m&ecirc;me monde<\/em>: plut&ocirc;t que de s&rsquo;&eacute;puiser &agrave; penser en termes d&rsquo;identit&eacute;s factices, n&rsquo;est-il pas venu le temps de concourir &agrave; inventer la prochaine civilisation, post-occidentale, celle d&rsquo;un humanisme plan&eacute;taire? Cet humanisme d&rsquo;avenir regrouperait des hommes et des femmes de toutes conditions et origines, tous peut-&ecirc;tre fort diff&eacute;rents mais tous citoyens d&rsquo;un m&ecirc;me espace o&ugrave; le nord, le sud, l&rsquo;occident et l&rsquo;orient seraient des op&eacute;rateurs fractals, c&rsquo;est-&agrave;-dire des directions autant que des points de bifurcation existant et agissant &agrave; toutes les &eacute;chelles (m&eacute;ta) physiques possibles d&rsquo;un seul m&ecirc;me monde.\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: right;\">\n\tR&eacute;da Benkirane\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par R&eacute;da Benkirane Le Temps, 21 avril 2009&nbsp; A nouveau, ces&nbsp;tristes tropismes: dans le cadre des Nations unies (l&rsquo;observatoire supr&ecirc;me de la mondialit&eacute; en devenir), la &laquo;communaut&eacute; internationale&raquo; se dispute sans fin autour du racisme, de sa d&eacute;finition, de ses manifestations, des moyens de s&rsquo;en pr&eacute;munir. 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