{"id":622,"date":"2014-05-27T07:53:28","date_gmt":"2014-05-27T07:53:28","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=622"},"modified":"2014-05-27T07:53:28","modified_gmt":"2014-05-27T07:53:28","slug":"quel-islam-par-jacques-berque","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=622","title":{"rendered":"Quel islam ? par Jacques Berque"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\" style=\"color: #000000;\">\n\t<strong>Ce texte est paru initialement dans<\/strong><br \/>\n\t<em>Le Temps strat&eacute;gique<\/em><strong>&nbsp;No 64, Gen&egrave;ve, juin 1995.<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tIl a &eacute;t&eacute; publi&eacute; aux &eacute;ditions Sindbad-Actes Sud, Paris, 2003, avant-propos et&nbsp;postface de R&eacute;da Benkirane\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t<em><em><a href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=421\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" align=\"left\" alt=\"Jacques Berque, Quel islam? Postface de R\u00e9da Benkirane, Paris, Sindbad-Actes Sud, 2003.\" border=\"0\" height=\"227\" hspace=\"6\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/quel%20islam.jpg\" title=\"Jacques Berque, Quel islam? Postface de R\u00e9da Benkirane, Paris, Sindbad-Actes Sud, 2003.\" width=\"150\" \/><\/a>Jacques Berque<\/em>&nbsp;<\/em>a, dans sa jeunesse, &eacute;tudi&eacute; l&#39;arabe en vivant en tribu dans la r&eacute;gion du Hodna alg&eacute;rien et le droit musulman avec des cheikhs de l&#39;Universit&eacute; de Qarawiyin &agrave; F&egrave;s. Plus tard il a occup&eacute;, un quart de si&egrave;cle durant, la chaire d&#39;histoire sociale de l&#39;Islam contemporain au Coll&egrave;ge de France, et servi comme expert de l&#39;Unesco. Il est l&#39;auteur d&#39;une trentaine d&#39;ouvrages d&#39;histoire sociale et d&#39;islamologie, parmi lesquels&nbsp;:<em>Les Arabes d&#39;hier &agrave; demain&nbsp;<\/em>(Paris, Seuil, 1960),&nbsp;<em>L&#39;Int&eacute;rieur du Maghreb<\/em>&nbsp;(Paris, Gallimard, 1978) et&nbsp;<em>L&#39;Islam au temps du monde<\/em>&nbsp;(Paris, Sindbad, 1984). Retir&eacute; depuis 1981 dans son village familial des Landes, Jacques Berque a publi&eacute; encore une nouvelle&nbsp;<em>Traduction du Coran&nbsp;<\/em>(Paris, Sindbad, 1991), un volume de souvenirs,&nbsp;<em>M&eacute;moires des deux rives&nbsp;<\/em>(Paris, Seuil, 1989) et un essai plus g&eacute;n&eacute;ral,&nbsp;<em>Il reste un avenir<\/em>&nbsp;(Paris, Arl&eacute;a, 1993).\n<\/p>\n<div style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t<strong>Le terme d&#39;Islam couvre &agrave; la fois le d&eacute;ploiement g&eacute;opolitique et les contenus sociaux et spirituels de la plus jeune des trois grandes religions monoth&eacute;istes. Formul&eacute;e en Arabie dans la premi&egrave;re moiti&eacute; du VIIe si&egrave;cle, elle s&#39;est r&eacute;pandue tant par voie de conversion et d&#39;attraction culturelle que de conqu&ecirc;te, au point de constituer aujourd&#39;hui l&#39;un des syst&egrave;mes les plus actifs dans le monde, tout en y restant largement m&eacute;connue d&#39;autrui.<\/strong>\n<\/div>\n<div style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t<strong>I. LA SITUATION.<\/strong>&nbsp;A la mi-d&eacute;cembre 1994 se r&eacute;unissait &agrave; Casablanca en congr&egrave;s l&#39;Organisation de la Conf&eacute;rence islamique. Y participaient une cinquantaine de nations ou de mouvements se r&eacute;clamant de l&#39;Islam. L&#39;impressionnante diversit&eacute; r&eacute;pondant &agrave; cette enseigne confrontait les soci&eacute;t&eacute;s, les images et les phases les plus diff&eacute;rentes du d&eacute;veloppement. L&#39;&eacute;vocation de la savane africaine y voisinait avec celle des steppes de l&#39;Asie centrale, celle des p&ecirc;cheries malaises avec celle des caravanes sahariennes. La vieille monarchie marocaine y coudoyait l&#39;insurrection des Moros philippins. Un Tatar de Kazan s&#39;enqu&eacute;rait de manuscrits aupr&egrave;s d&#39;un lettr&eacute; damasc&egrave;ne. A qui e&ucirc;t report&eacute; cet arc-en-ciel humain sur la mappemonde se f&ucirc;t d&eacute;couverte toute une &eacute;charpe terrestre de part et d&#39;autre du quadrilat&egrave;re arabe, si&egrave;ge de la r&eacute;v&eacute;lation coranique voici quatorze si&egrave;cles. Arabe, en effet, s&#39;&eacute;tait voulu le Coran&nbsp;: lui-m&ecirc;me l&#39;affirme. De l&agrave; une sorte de droit d&#39;a&icirc;nesse pour l&#39;Arabe. Il est, selon la formule de Louis Massignon, axial &agrave; l&#39;Islam autant que l&#39;Islam l&#39;est &agrave; lui.\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\tEt pourtant, dans la r&eacute;union m&ecirc;l&eacute;e de Casablanca se croisaient bien des idiomes, dont certains partagent avec l&#39;arabe le privil&egrave;ge d&#39;un classicisme reconnu de tous&nbsp;: ainsi le persan et le turc, pour ne citer que ces langues charg&eacute;es de chefs-d&#39;oeuvre. Mais seul un p&eacute;dantisme rabougri aurait pu s&#39;en tenir &agrave; ce panth&eacute;on acad&eacute;mique. Dans l&#39;enceinte de la conf&eacute;rence s&#39;activaient aussi des repr&eacute;sentants de riches cultures populaires, de profondes traditions non-&eacute;crites. Et l&#39;Afrique musulmane, &eacute;galement convi&eacute;e &agrave; ces agapes, y portait avec le t&eacute;moignage de ses mis&egrave;res celui de ses tr&eacute;sors saccag&eacute;s.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tC&#39;est d&#39;Afrique nilotique en tout cas, et plus pr&eacute;cis&eacute;ment du Soudan, que le fondamentalisme, ou int&eacute;grisme, ou islamisme, apportait avec les th&egrave;ses du&nbsp;Dr. Hasan al-Turabi&nbsp;l&#39;argumentation la plus provocante. D&eacute;frayant depuis plusieurs ann&eacute;es la chronique, et sourdement pr&eacute;sent &agrave; la conf&eacute;rence, il en avait &eacute;t&eacute; proscrit, d&egrave;s l&#39;allocution d&#39;ouverture, par le roi du Maroc, pr&eacute;sident de session. L&#39;Islam, disait Hassan II, le rejetait, au nom de ses traditions de tol&eacute;rance et de juste milieu. Quel beau d&eacute;bat en perspective&nbsp;!\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tMais le d&eacute;bat n&#39;eut pas lieu. La Conf&eacute;rence s&#39;en tint, &agrave; l&#39;exemple de semblables r&eacute;unions internationales, &agrave; r&eacute;soudre des conflits entre d&eacute;l&eacute;gations et &agrave; discuter de cas ponctuels, sans traiter des probl&egrave;mes de fond, auxquels cet article aura l&#39;audace de s&#39;attaquer.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&#39;imp&eacute;rialisme, o&ugrave; nous verrons, sans la moindre sentimentalit&eacute;, l&#39;expansion de la r&eacute;volution industrielle en rapports in&eacute;gaux sur la plan&egrave;te, y aura perverti durablement l&#39;&eacute;change entre peuples et entre cultures. L&#39;Islam, qui le subit de plein fouet, aura longtemps r&eacute;gn&eacute; sur des secteurs d&eacute;laiss&eacute;s par le progr&egrave;s technologique, et de ce fait livr&eacute;s &agrave; l&#39;intervention de l&#39;&eacute;tranger. Il n&#39;avait pas non plus suivi, depuis deux ou trois si&egrave;cles, les chemins de la rationalit&eacute; occidentale, historiquement li&eacute;e &agrave; cet essor. Tout comme la Gr&egrave;ce antique le Maghreb, le Proche Orient, l&#39;Iran, l&#39;Inde musulmane avaient d&eacute;velopp&eacute; de grandes civilisations d&eacute;nu&eacute;es de performances m&eacute;caniques. Le retard mat&eacute;riel alimenta chez ces peuples un complexe d&#39;inf&eacute;riorit&eacute; &#8211; admiration et r&eacute;volte m&ecirc;l&eacute;es &#8211; qui ne devait se r&eacute;soudre que longtemps apr&egrave;s coup. On ne peut m&ecirc;me pas dire qu&#39;il ait enti&egrave;rement disparu, non plus d&#39;ailleurs que les rapports objectifs qu&#39;il traduisait.\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\tLes cultures tricontinentales (pour user d&#39;un n&eacute;ologisme commode) auront subi une d&eacute;pr&eacute;ciation corr&eacute;lative &agrave; celle de l&#39;ensemble du corps social. &Eacute;cart&eacute;es de l&#39;efficacit&eacute;, celle des machines et celle des concepts, elles s&#39;&eacute;cartel&egrave;rent entre les reliefs de leur classicisme et la charge folklorique que leur conc&eacute;daient les agitateurs de l&#39;histoire. La projection du mod&egrave;le europ&eacute;en rel&eacute;guait ainsi des cultures jadis prosp&egrave;res ou inventives dans une d&eacute;pendance que leurs soubresauts d&eacute;fensifs, pour &eacute;nergiques qu&#39;ils fussent parfois, ne devaient pas soustraire plus tard &agrave; la dure loi du rattrapage et comme &agrave; un vertige de l&#39;imitation. Cela jusqu&#39;au moment o&ugrave; la reprise politique de ces peuples impliqua un renversement du processus. Avec une force croissante depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, de nouvelles nations, beaucoup se r&eacute;clamant de leur caract&egrave;re islamique, s&#39;attel&egrave;rent alors &agrave; une t&acirc;che immense d&#39;&eacute;ducation et de reconstruction, dont on ne peut dire qu&#39;elle soit encore achev&eacute;e.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&#39;Islam en tant que credo et que legs spirituel n&#39;aurait, pas plus que les autres monoth&eacute;ismes, d&ucirc; &ecirc;tre affect&eacute; au n&eacute;gatif par ces vicissitudes. Ses affinit&eacute;s naturalistes lui &eacute;pargnaient m&ecirc;me le dualisme de base qui, dans le christianisme, oppose la&nbsp;gr&acirc;ce&nbsp;&agrave; la nature. N&#39;avait-il pas, durant ses si&egrave;cles d&#39;or, adopt&eacute; et enrichi la tradition hell&eacute;nique de la<em>&nbsp;physis&nbsp;<\/em>[nature]&nbsp;? En th&eacute;orie rien ne le g&ecirc;nait dans la poursuite du progr&egrave;s mat&eacute;riel. Sa faiblesse, en revanche, tenait &agrave; l&#39;envahissante s&eacute;cularit&eacute; des temps modernes. Celle-ci d&eacute;fiait en lui l&#39;indivision ou plut&ocirc;t la convergence que sa Loi &eacute;tablit entre le spirituel et le temporel.\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\tCette difficult&eacute;, nous la retrouvons aussi bien dans sa doctrine que dans ses comportements. Aujourd&#39;hui m&ecirc;me, l&#39;adaptation croissante du cadre de vie et des id&eacute;es peut bien agir sur l&#39;Islam. Les rapports de travail avec l&#39;Autre, ou seulement son voisinage, lui posent des probl&egrave;mes in&eacute;dits, qu&#39;il lui faut r&eacute;soudre. Enfin l&#39;expatriation de ses travailleurs par centaines de mille et d&#39;une partie de sa jeunesse instruite fait jouer chez lui &agrave; diff&eacute;rents niveaux et sur diff&eacute;rents modes des ph&eacute;nom&egrave;nes d&#39;acculturation. Cependant, force est de constater que ce qui en r&eacute;sulte entre syst&egrave;mes, dans la p&eacute;riode pr&eacute;sente, est moins l&#39;inter-compr&eacute;hension des cultures et des peuples que l&#39;acrimonie r&eacute;ciproque, et moins l&#39;harmonie que l&#39;alt&eacute;rit&eacute;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>II<\/strong><strong>. INT&Eacute;RIORIT&Eacute;S.&nbsp;<\/strong>Voil&agrave; donc un syst&egrave;me ardemment unitaire. Il s&#39;autorise de la cr&eacute;ation de l&#39;homme par Dieu et de ce que j&#39;appellerai hardiment les adh&eacute;rences cosmiques de l&#39;humain. Le naturalisme s&#39;y m&ecirc;le &agrave; l&#39;id&eacute;e de la transcendance d&#39;une fa&ccedil;on difficile &agrave; comprendre pour nous, habitu&eacute;s que nous sommes &agrave; confronter diam&eacute;tralement ces notions. Simone Weil n&#39; a-t-elle pas soulign&eacute; le contraste entre le Dieu biblique, qui serait un Dieu &quot;naturel&quot;, et celui des Chr&eacute;tiens, le seul &agrave; s&#39;exalter en Sur-Nature&nbsp;? Cela peut aider &agrave; comprendre, par contraste, l&#39;id&eacute;e de Dieu propre &agrave; l&#39;Islam. Il est pourtant ressenti par les siens comme le m&ecirc;me Dieu qu&#39;adorent les deux autres monoth&eacute;ismes. &quot;Notre Dieu ne fait qu&#39;un avec le v&ocirc;tre&quot; (Coran XXIX, 46).\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tUn dieu d&#39;une puissance infinie et qui &eacute;craserait notre libert&eacute;, s&#39;il n&#39;octroyait &agrave; celle-ci la pl&eacute;nitude de ses responsabilit&eacute;s. Bien entendu, les penseurs de l&#39;Islam auront agit&eacute;, comme ceux du Christianisme, le difficile&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">d&eacute;bat de la pr&eacute;destination<\/span>. Or ils le tranchent, non pas dans le sens du fatalisme, qu&#39;on leur pr&ecirc;te, mais dans celui de la libert&eacute;. Que dire d&#39;aphorismes tels que celui-ci&nbsp;: &quot;Lorsque tu n&#39;&eacute;prouves pas de honte, agis &agrave; ta guise&quot; (had&icirc;th). [Les had&icirc;ths sont de courts r&eacute;cits rapportant le d&eacute;tail du comportement et des propos de Mahomet, l&#39;envoy&eacute; d&#39;Allah&nbsp;; la somme des had&icirc;ths forme la&nbsp;<em>Sunna,&nbsp;<\/em>la Tradition.] C&#39;est l&agrave;, dit un commentateur, &quot;le pivot autour duquel tourne l&#39;Islam tout entier&quot;. L&#39;Islam est une religion du&nbsp;<em>yusr<\/em>, &quot;libre cours&quot;.&nbsp;<em>Immediacy<\/em><em>&nbsp;and wholyness,<\/em>&nbsp;disait le grand&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Iqbal<\/span>&nbsp;pour caract&eacute;riser le syst&egrave;me. Deux termes que le fran&ccedil;ais pourrait rendre par &quot;imm&eacute;diatet&eacute;&quot; et &quot;globalit&eacute;&quot;, si l&#39;on osait risquer ces n&eacute;ologismes.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAlors quoi, cette religion du je&ucirc;ne annuel, de la r&eacute;clusion f&eacute;minine, de la Guerre sainte, du voile, aspects s&eacute;v&egrave;res ou arrogants qu&#39;elle prend pour nous interpeller, cette duret&eacute; offensive qu&#39;elle affecte dans les propos des islamistes, ne proc&eacute;deraient que d&#39;un juste instinct que nous portons en nous&nbsp;? L&#39;Islam, ce serait l&#39;&eacute;lan d&#39;un&nbsp;Vicaire Savoyard&nbsp;gratifi&eacute; des joies de la vie&nbsp;? Le&nbsp;<em>birr<\/em>&nbsp;ou &quot;vertu&quot;, dit Nawawi, juriste et traditionnaire damasc&egrave;ne (1233-1277), se ram&egrave;ne &agrave; la &quot;bont&eacute; de nature&quot;,&nbsp;<em>husn<\/em><em>&nbsp;al-khalq&nbsp;<\/em>&nbsp;: &quot;facilit&eacute; de comportement, am&eacute;nit&eacute; du visage, gentillesse du langage&quot;. Avouons nos perplexit&eacute;s.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tNos&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">scolastiques<\/span>&nbsp;semblent avoir compris cet Islam mieux que nous, eux qui, dans des dialogues sign&eacute;s de noms aussi illustres qu&#39;<span style=\"color: windowtext;\">Ab&eacute;lard<\/span>&nbsp;et&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Ramon Llull<\/span>, faisaient de l&#39;interlocuteur musulman le champion de la philosophie antique. Tels d&#39;ailleurs se qualifiaient un&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Kindi<\/span>, un&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Farabi<\/span>, un&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Avicenne<\/span>, un&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Averro&egrave;s<\/span>&nbsp;enfin, lequel n&#39;en exer&ccedil;ait pas moins les responsabilit&eacute;s d&#39;un magistrat d&#39;Islam.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLe naturalisme, en effet, ou si l&#39;on veut l&#39;objectivit&eacute; du credo islamique se fonde sur une conception de l&#39;univers o&ugrave; prend &eacute;galement sa source une rationalit&eacute; inh&eacute;rente &agrave; l&#39;humain. Cette&nbsp;<em>fitra<\/em>, &quot;prime nature&quot;, o&ugrave; s&#39;entrelacent ainsi la &quot;d&eacute;votion fonci&egrave;re&quot;,&nbsp;<em>ikhl&acirc;&ccedil;<\/em>, la raison initiale et la finalit&eacute; cosmique, l&#39;Islam y voit la matrice &quot;selon laquelle Dieu instaura les humains, sans qu&#39;il y ait de substitution possible &agrave; la cr&eacute;ation de Dieu&quot;. (Coran,XXX, 30).\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tQu&#39;est-ce que le Coran&nbsp;? Il y a une g&eacute;n&eacute;ration encore ou deux, l&#39;&eacute;tude du Coran constituait le bagage essentiel de l&#39;&eacute;ducation. R&eacute;f&eacute;rons-nous l&agrave;-dessus &agrave; l&#39;analyse poignante qu&#39;en donne Taha Husein, grand &eacute;crivain &eacute;gyptien, dans le&nbsp;<em>Livre des Jours<\/em>&nbsp;(1929). Bien que les choses aient chang&eacute; sur ce point, et que la d&eacute;t&eacute;rioration de la m&eacute;moire fasse comme ailleurs son oeuvre dans les soci&eacute;t&eacute;s musulmanes, il s&#39;y produit plut&ocirc;t att&eacute;nuation que changement radical. Nul ne peut parler d&#39;Islam encore aujourd&#39;hui sans &eacute;couter au pr&eacute;alable la parole fondatrice, pr&eacute;sente et agissante en tous lieux de l&#39;Islam, du Maroc &agrave; l&#39;Indon&eacute;sie. On ne doit sans doute plus d&eacute;finir le Coran comme cette sorte d&#39;objectivation de la conscience qu&#39;il avait longtemps constitu&eacute; pour des millions de fid&egrave;les. Mais il leur offre toujours un p&ocirc;le de r&eacute;f&eacute;rence. Il prodigue toujours son conseil &agrave; qui le lui demande et garde son r&ocirc;le de guide dans l&#39;inconscient individuel et collectif.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tOuvrons-le. C&#39;est un ensemble touffu de plus de six mille versets, articul&eacute;s en 114 sourates de longueurs tr&egrave;s in&eacute;gales. L&#39;une s&#39;&eacute;tale sur 286 versets, l&#39;autre n&#39;en comprend que 3. Quel principe peut commander une telle irr&eacute;gularit&eacute;&nbsp;? L&#39;ex&eacute;g&egrave;se balbutie l&agrave;-dessus depuis quatorze si&egrave;cles.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tIl est vrai que l&#39;impression de d&eacute;sordre s&#39;&eacute;vanouit devant la splendeur de la forme. Ce flot de langage (plus de 323 000 lettres group&eacute;es en 6 616 mots) vibre d&#39;un rythme assonanc&eacute; plus subtil et plus prenant que ceux de la vieille po&eacute;sie. L&#39;effet de son multiplie le sens avec tout ensemble une pr&eacute;cision s&eacute;mantique et des connotations &eacute;tag&eacute;es dont s&#39;&eacute;merveille depuis quatorze si&egrave;cles la rh&eacute;torique arabe. Cela &quot;passe&quot; parfois m&ecirc;me en traduction. &Eacute;coutons plut&ocirc;t l&#39;&eacute;tonnante bucolique qui interrompt la Sourate XVI, &quot;Les abeilles&quot;&nbsp;:\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t65. (&#8230;) Ainsi Dieu fait-Il descendre du ciel sur la terre une eau pour l&#39;en faire revivre apr&egrave;s qu&#39;elle sera morte\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tEn quoi r&eacute;side un signe pour qui &eacute;couterait&nbsp;!\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t66. Assur&eacute;ment r&eacute;side une le&ccedil;on pour vous dans les b&ecirc;tes de troupeaux. Nous vous donnons de ce qui dans leur ventre fait transition entre le sang et le chyme&nbsp;: un lait pur, si doux &agrave; passer quand on en boit\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t67. des fruits des vignes et des palmiers vous pr&eacute;levez ce qui enivre et l&#39;attribution profitable\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tEn quoi r&eacute;side un signe pour qui raisonnerait&nbsp;!\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t68. Ainsi ton Seigneur r&eacute;v&egrave;le-t-Il aux abeilles&nbsp;: Accommodez-vous des demeures &agrave; partir des montagnes, des arbres et des rochers\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t69. et encore butinez de tous les fruits. D&egrave;s lors suivez les chemins de votre Seigneur, bien humbles. De leur corsage sourd une boisson de couleur vari&eacute;e, qui rec&egrave;le gu&eacute;rison pour les hommes\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t<strong>Parenth&egrave;se I.<\/strong>&nbsp;&quot;Vois-tu&quot;, interrompit le cheikh, &quot;les nations passent, et les syst&egrave;mes. L&#39;Islam demeure. Je ne parlerai pas de vos grandeurs &eacute;ph&eacute;m&egrave;res par pure courtoisie. Regarde seulement de notre c&ocirc;t&eacute;&nbsp;: que reste-t-il de Saladin, de M&eacute;hemet Al&icirc;, de&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Nasser<\/span>&nbsp;?&quot;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tDes multitudes ferventes, &agrave; l&#39;heure de la pri&egrave;re, affluaient aux porches de la Mosqu&eacute;e de S&acirc;yy&icirc;d-n&acirc;&#39;l-Husayn, au Caire, puis en refluaient rythmiquement. L&#39;appel des nourritures planait &agrave; l&#39;enseigne des r&ocirc;tisseurs, sp&eacute;cialistes de la viande de chevreau. &quot;Mangez des choses bonnes que Nous vous assignons&quot; (Coran II, 57), proclamaient leurs enseignes. Tout miroitait de conscience tranquille. Religion et bombance se h&eacute;rissaient de d&eacute;sir m&acirc;le quand de-ci, de-l&agrave;, dans la foule surchauff&eacute;e, une belle femme &agrave; demi-voil&eacute;e promenait un piment furtif. Cependant un colporteur proposait aux clients du caf&eacute; Fish&acirc;w&icirc; des livres d&#39;ex&eacute;g&egrave;se empil&eacute;s sous son bras.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLe cheikh r&eacute;gnait d&eacute;bonnairement sur ce concordat de la Loi et de la Nature. Je lui rappelai un propos du leader marocain&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">&#39;All&acirc;l al-F&acirc;si<\/span>&nbsp;(1906-1974). Revenant d&#39;un voyage en URSS, il me racontait l&#39;issue d&#39;un banquet auquel on l&#39;avait invit&eacute; en Transcaucasie. L&#39;accompagnateur russe avait roul&eacute; sous la table, et le mufti Uzbek, jusque l&agrave; muet, lui avait alors confi&eacute;, dans un arabe rocailleux, ses rancunes et ses espoirs. Et &#39;All&acirc;l de conclure&nbsp;: &quot;Le communisme sera tomb&eacute;, qu&#39;il y aura toujours l&#39;Islam.&quot;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tJe n&#39;eus pas alors l&#39;audace de lui demander&nbsp;: &quot;Quel Islam&nbsp;?&quot; Mais la m&ecirc;me question me hantait, cheminant en compagnie du cheikh &eacute;gyptien, dans cette rue d&#39;Al-Azhar dont les devantures de libraires &eacute;talaient, plus que de raison me sembla-t-il, les ouvrages de Sayy&icirc;d Qutb, un th&eacute;ologien, et de Mutawall&icirc; Sha&#39;raw&icirc;, un pr&eacute;dicateur connu pour son rigorisme et sa v&eacute;h&eacute;mence.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tMon interlocuteur s&#39;abstenant &agrave; ce constat de tout commentaire, la courtoisie m&#39;imposait de changer de sujet. Nous pr&icirc;mes le parti de d&eacute;plorer les m&eacute;faits de l&#39;urbanisme qui plaque d&eacute;sormais sur la cit&eacute; fatimide, telle l&#39;immense araign&eacute;e des temps modernes, un r&eacute;seau de freeways.\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\tQue dit le Coran&nbsp;? La foi, rest&eacute;e jusqu&#39;&agrave; pr&eacute;sent la vertu cardinale de l&#39;Islam, situe l&#39;homme dans le cosmique en position de responsable. Elle lui est inn&eacute;e (<em>fitra<\/em>), sous forme de &quot;d&eacute;votion fonci&egrave;re&quot;. Tel est sans doute l&#39;axe &agrave; la fois social et m&eacute;taphysique de la R&eacute;v&eacute;lation. Il s&#39;assortit, en amont, d&#39;une &eacute;tiologie qui fait appel, pour leur vertu d&eacute;monstrative, aux catastrophes des peuples qui ont manqu&eacute; aux morales premi&egrave;res, et, en aval, d&#39;une eschatologie contrast&eacute;e&nbsp;: d&#39;un c&ocirc;t&eacute; le ch&acirc;timent des r&eacute;prouv&eacute;s, de l&#39;autre le bonheur sensuel des &eacute;lus, lequel d&#39;ailleurs pourrait bien n&#39;&ecirc;tre qu&#39;all&eacute;gorique.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tCes lignes structurelles se recroisent avec des lignes conjoncturelles o&ugrave; joue la temporalit&eacute;&nbsp;: allusions &agrave; la chronique de l&#39;&eacute;poque&nbsp;: vicissitudes de la communication du message, notations discr&egrave;tes et espac&eacute;es sur les &eacute;preuves du messager lui-m&ecirc;me, en tant qu&#39;agent pleinement humain. Ces coordonn&eacute;es sont partout &agrave; l&#39;uvre dans le Coran. Gageons qu&#39;il n&#39;est pas de passage o&ugrave; elles ne se combinent de quelque fa&ccedil;on. Ce n&#39;est d&#39;ailleurs l&agrave; qu&#39;un constat tautologique, la R&eacute;v&eacute;lation impliquant une liaison entre deux cat&eacute;gories infiniment d&eacute;nivel&eacute;es, celle du divin ou absolu et celle du temps ou relatif. Nos scolastiques parlaient &agrave; ce propos de communication des idiomes&#8230;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&#39;Islam s&#39;&eacute;cartait du&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Mosa&iuml;sme<\/span>&nbsp;par sa grande parcimonie en mati&egrave;re de rites et d&#39;interdits. Sur le&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">christianisme<\/span>&nbsp;il tranchait par son refus du p&eacute;ch&eacute; originel, son option pour la Nature, ses attitudes sans complexe &agrave; l&#39;&eacute;gard de la sexualit&eacute;. &quot;D&eacute;sirez autant que Dieu vous l&#39;assigne&quot; (Coran, II, 187). Pas plus de deux cent cinquante normes dans le Coran, disent certains, d&#39;autres disent cinq cents&nbsp;! Revenons &agrave; Nawaw&icirc;, commentateur autoris&eacute; du had&icirc;th&nbsp;: &quot;Lorsque tu n&#39;&eacute;prouves pas de sentiment de honte agis &agrave; ta guise&quot;. C&#39;est un imp&eacute;ratif permissif, pour autant qu&#39;on puisse se permettre un tel bin&ocirc;me. Toute action qui ne tombe pas sous le coup d&#39;un interdit l&eacute;gal est loisible. La morale, devenue ainsi tributaire du libre arbitre et de la subjectivit&eacute;, ressortit davantage &agrave; une esth&eacute;tique de la vie qu&#39;&agrave; l&#39;application d&#39;un d&eacute;calogue.\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\tIl est vrai que depuis longtemps, et bien qu&#39;insoutenable en th&eacute;orie, le suivisme des jurisprudences aura compromis ce que les oscillations entre grands ex&eacute;g&egrave;tes pouvaient m&eacute;nager de libert&eacute;. Malgr&eacute; toutes les plaidoiries contre le &quot;conformisme&quot; ou &quot;culte du pr&eacute;c&eacute;dent&quot; (<em>taql&icirc;d<\/em>), rares furent en effet, depuis le milieu du Xe si&egrave;cle, les recours v&eacute;ritables des jurisconsultes &agrave; l&#39;&quot;initiative doctrinale&quot; (<em>ijtih&acirc;d<\/em>), et encore moins &agrave; l&#39;&quot;innovation&quot; (<em>tajd&icirc;d<\/em>), plus souvent d&#39;ailleurs qualifi&eacute;e d&#39;&quot;impi&eacute;t&eacute;&quot; (<em>bid&#39;a<\/em>), que de &quot;r&eacute;forme&quot; (<em>islah<\/em>).\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>Parenth&egrave;se II.&nbsp;<\/strong>Le psychanalyste hocha la t&ecirc;te&nbsp;: &quot;En somme&quot;, dit-il, &quot;c&#39;est une&nbsp;inverbation&nbsp;sur quoi se fonde l&#39;Islam, plut&ocirc;t que sur une incarnation, comme disent les Chr&eacute;tiens.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tMais non&nbsp;!, protesta le cheikh. La langue du Coran proc&egrave;de bien de Dieu, elle ne l&#39;est &agrave; aucun titre.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tN&#39;emp&ecirc;che que vous rev&ecirc;tez cette parole d&#39;une autorit&eacute; surnaturelle, bien qu&#39;il s&#39;agisse, selon vos dires, du langage m&ecirc;me de la tribu du Proph&egrave;te, Quraysh.&quot;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tJ&#39;admirais, &agrave; part moi, l&#39;&eacute;rudition du sp&eacute;cialiste. N&eacute; au Maroc, il avait une bonne pratique de l&#39;arabe. Je crus n&eacute;anmoins &agrave; propos de pr&eacute;ciser qu&#39;il s&#39;agissait bien en l&#39;esp&egrave;ce d&#39;un parler humain, mais sublim&eacute; au sens fort, par ce r&ocirc;le &eacute;minent et comme r&eacute;institu&eacute; dans son syst&egrave;me. De parole toute terrestre, encore que charg&eacute;e de valeurs profanes, il est devenu une autre langue, la langue coranique, v&eacute;hicule de la R&eacute;v&eacute;lation. J&#39;opposais intentionnellement ces deux mots, selon la distinction qu&#39;en fait&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">de<\/span><span style=\"color: windowtext;\">&nbsp;Saussure<\/span>. Le psychanalyste me coupa&nbsp;:\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&quot;Et du m&ecirc;me coup, l&#39;Islam escamote la b&eacute;ance qui, dans d&#39;autres syst&egrave;mes, s&eacute;pare initialement la chose brute des signes du langage propre &agrave; l&#39;exprimer. C&#39;est ainsi qu&#39;&eacute;tant venu le troisi&egrave;me (apr&egrave;s Mo&iuml;se et le Christ), il se targue de proximit&eacute; par rapport &agrave; l&#39;originel. La langue maternante lui &eacute;pargne le meurtre du p&egrave;re. C&#39;est-&agrave;-dire la fracture initiale de toute signification.&quot; [Daniel Sibony dans&nbsp;<em>Les trois monoth&eacute;ismes<\/em>].\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\tLe d&eacute;bat s&#39;&eacute;garait. La querelle du &quot;fichu islamique&quot;, au moment m&ecirc;me o&ugrave; nous parlions, occupait la France. Il y allait, aux yeux de beaucoup, de la la&iuml;cit&eacute; de notre pays, condition affich&eacute;e de sa tol&eacute;rance &agrave; l&#39;&eacute;gard d&#39;un pluralisme religieux et culturel. &Eacute;largissons le d&eacute;bat. Ne pourrait-on pas dire que le statut de la femme et ses signes ext&eacute;rieurs constituent un crit&egrave;re majeur d&#39;&eacute;volution pour une soci&eacute;t&eacute;&nbsp;? Et c&#39;est l&agrave;-dessus, justement, qu&#39;achoppe, aux yeux de beaucoup, l&#39;adaptation de l&#39;Islam &agrave; la marche g&eacute;n&eacute;rale du monde.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>III<\/strong><strong>. DISCORDANCES.<\/strong>&nbsp;L&#39;Islam p&acirc;tit en effet dans l&#39;opinion mondiale d&#39;un discr&eacute;dit qu&#39;il ne partage ni avec le Japon, plus redout&eacute; que r&eacute;prouv&eacute;, ni avec la Chine, formidable client &agrave; m&eacute;nager, ni avec l&#39;Inde, g&eacute;ant que son penchant m&eacute;taphysique fait tenir pour inoffensif. Le Musulman, lui, demeure l&#39;&eacute;ternel Sarrasin, rendu plus dangereux encore par une modernit&eacute; &agrave; quoi il n&#39;acc&egrave;derait que pour le pire. Ne cumule-t-il pas, tel l&#39;Iraq de Saddam, le sous-d&eacute;velopement avec l&#39;aptitude &agrave; se doter de la bombe atomique&nbsp;? Soyons francs. Plus encore que par des strat&eacute;gies particuli&egrave;res, il impressionne par cette sorte d&#39;exception qu&#39;il s&#39;arroge et o&ugrave; lui-m&ecirc;me cherche un refuge, qui lui &quot;rende tout le reste par surcro&icirc;t&quot;. Glorifier Dieu, voire pratiquer les cinq pri&egrave;res, dans un monde de plus en plus profane&nbsp;; lier le politique au religieux alors que tout milite pour la s&eacute;cularit&eacute;&nbsp;; &eacute;riger enfin la m&eacute;moire du message initial au cur du pr&eacute;sent dans l&#39;acc&eacute;l&eacute;ration g&eacute;n&eacute;rale des situations et des id&eacute;es, de telles attitudes r&eacute;sistent &agrave; l&#39;intimidation comme aux bonnes mani&egrave;res. C&#39;est donc &agrave; ce grand r&eacute;fractaire que l&#39;opinion internationale attribuera l&#39;irr&eacute;ductibilit&eacute; des Palestiniens, malgr&eacute; le r&ocirc;le majeur jou&eacute; par des Chr&eacute;tiens dans cette r&eacute;sistance, les menaces de terrorisme &agrave; partir de la Syrie, du Soudan ou de la Libye, les assassinats d&#39;intellectuels en Alg&eacute;rie, etc.\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\tEssayons de faire calmement le point sur trois accusations principales&nbsp;: une agressivit&eacute; pouss&eacute;e parfois jusqu&#39;au terrorisme&nbsp;; une propension &agrave; mobiliser le religieux en politique&nbsp;; une certaine r&eacute;pugnance &agrave; se soumettre aux droits de l&#39;homme, dont ceux de la femme sont aujourd&#39;hui le crit&egrave;re le plus s&ucirc;r.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAgressif&nbsp;? Lentement, difficilement, la d&eacute;mocratie s&#39;est fray&eacute;e un chemin en Occident, et de l&agrave; un peu partout. Si telle est bien l&#39;&eacute;volution r&eacute;elle ou pr&eacute;sumable, reconnaissons qu&#39;elle n&#39;&eacute;limine pas encore les effets r&eacute;gressifs que la constance de l&#39;agression subie, le sentiment de l&#39;injustice produisent sur le comportement de beaucoup de Musulmans, sans que la dynamique d&#39;ensemble, voulons-nous croire, en soit compromise pour autant. Mais la marche en avant h&eacute;site encore et s&#39;&eacute;parpille. Certains mouvements ou partis brandissent le refus, agitent le recours &agrave; la violence comme seul propre &agrave; r&eacute;soudre les probl&egrave;mes et &agrave; r&eacute;ussir l&agrave; o&ugrave; &eacute;choue la plaidoirie. Ajoutons l&#39;attrait ou la n&eacute;cessit&eacute; de l&#39;action clandestine, l&#39;&eacute;vidence que seul un certain type de lutte peut &eacute;quilibrer les moyens disproportionn&eacute;s de l&#39;adversaire, et l&#39;on verra surgir le terrorisme, arme trop tentante pour qui ne dispose ni d&#39;h&eacute;licopt&egrave;res ni de blind&eacute;s&#8230;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tFaire allusion &agrave; ces noires p&eacute;rip&eacute;ties, c&#39;est mettre en cause leurs agents tant collectifs qu&#39;individuels et les motivations dont ils se r&eacute;clament, plut&ocirc;t qu&#39;une m&eacute;taphysique. Ils invoquent pourtant l&#39;Islam &agrave; l&#39;appui de leurs actes. On accordera que le Coran ne pr&ecirc;che pas plus de tels ravages que l&#39;Evangile n&#39;anticipait les massacres des barons francs au temps des Croisades. Soulignons donc, au risque de p&eacute;cher par didactisme, que la racine du mot<em>&nbsp;j.h.d.<\/em>&nbsp;ne vise que l&#39;&quot;effort&quot;, la &quot;peine&quot;. Le&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">jih&acirc;d<\/span>&nbsp;majeur, le plus m&eacute;ritoire, est, selon les th&eacute;ologiens, celui que le croyant porte sur lui-m&ecirc;me, contre ses propres passions. Quant au jih&acirc;d mineur, il a, selon le Coran, un contenu avant tout d&eacute;fensif. Il perd toute l&eacute;gitimit&eacute; pourvu que puisse s&#39;exercer la foi. C&#39;est manifestement le cas dans l&#39;Europe d&#39;aujourd&#39;hui.\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\tLa religion dans la politique. Quand, en mars 1924, les Turcs ont aboli le&nbsp;califat, la communaut&eacute; musulmane dans le monde (la umma) perdit un cadre institutionnel qui, pour n&#39;&ecirc;tre depuis longtemps et en bien de contr&eacute;es que nominal, n&#39;en gardait pas moins une valeur symbolique. L&#39;Etat islamique n&#39;avait plus de clef de vo&ucirc;te, de l&eacute;gitimit&eacute; ni m&ecirc;me de l&eacute;galit&eacute;. Sartre e&ucirc;t dit &agrave; l&#39;&eacute;poque, qu&#39;il &eacute;tait priv&eacute; de Sur-Moi collectif.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLes analystes du temps colonial n&#39;&eacute;valu&egrave;rent pas l&#39;&eacute;v&eacute;nement &agrave; sa juste importance. C&#39;est lui pourtant qui par action ou r&eacute;action d&eacute;clencha la revendication int&eacute;griste indienne du Mouvement de la Khil&acirc;fa et, plus pr&egrave;s de nous, le r&eacute;formisme canonique de&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Rashid<\/span><span style=\"color: windowtext;\">&nbsp;Rida<\/span>&nbsp;en Egypte. Avec le premier, Gandhi cultiva des liens paradoxaux &agrave; nos yeux. Le second anticipait des mouvements de m&ecirc;me inspiration en Tunisie et en Alg&eacute;rie.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&#39;indivision premi&egrave;re et essentielle entre les diverses cat&eacute;gories de l&#39;humain constitue, pour cette &eacute;cole, une donn&eacute;e de base. D&icirc;n wa duny&acirc;, &quot;le bas-monde et l&#39;Au-Del&agrave;&quot;&nbsp;: une formule ma&icirc;tresse qui annexe l&#39;institution civile au th&eacute;ologal, sans prendre garde que la copule qui unit les deux termes les distingue. Car il s&#39;agit bien d&#39;indivision, voire de convergence, nous l&#39;avons d&eacute;j&agrave; dit, mais non de confusion. C&#39;est pourtant de cette interpr&eacute;tation extensive que proc&egrave;de le mouvement par nous qualifi&eacute; d&#39;&quot;islamisme&quot;, de &quot;fondamentalisme&quot;, ou d&#39;&quot;int&eacute;grisme&quot;. Il appartenait au penseur pakistanais Mawd&ucirc;d&icirc; (1903-1980), fondateur du parti islamiste<em>&nbsp;Jam&acirc;at at i-Isl&acirc;mi<\/em>, d&#39;en syst&eacute;matiser une id&eacute;ologie, ax&eacute;e moins sur le spirituel que sur le politique. Ses th&egrave;ses trouv&egrave;rent un relais actif dans l&#39;uvre de Sayy&icirc;d Qutb, commentateur intuitif et activiste tomb&eacute; en martyr de la cause. Son ouvrage&nbsp;<em>Balises sur la route<\/em>&nbsp;aura organis&eacute; le passage de l&#39;opposition doctrinale &agrave; une violence, qu&#39;un de ses disciples &eacute;gyptiens, Abdul-Salam Farag devait porter aujourd&#39;hui jusqu&#39;&agrave; promettre l&#39;ex&eacute;cution aux partisans de la la&iuml;cit&eacute;&nbsp;!\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\tL&#39;Iran avait pris entre temps l&#39;intitiative d&#39;une r&eacute;volution. Le savant&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">ayatollah Khomeiny<\/span>, exil&eacute; d&#39;un pays dont le Shah avait fait un bastion de l&#39;Occident, et plus pr&eacute;cis&eacute;ment de l&#39;Am&eacute;rique, prenait le pouvoir (1979) en s&#39;appuyant sur la propagande multiforme des mollah-s [religieux, clercs] shiites, sorte de mouvement brownien incontr&ocirc;lable par le pouvoir. La R&eacute;publique islamique inaugura son exercice par une p&eacute;nible attentat&nbsp;: le blocus d&#39;une Ambassade &eacute;trang&egrave;re, au m&eacute;pris de l&#39;usage international.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tQue la religion offr&icirc;t d&eacute;sormais, en Iran d&#39;abord, puis au Soudan et ailleurs, son secours non plus seulement comme r&eacute;sistance primaire &agrave; l&#39;oppression, ainsi qu&#39;elle avait fait &agrave; l&#39;&eacute;poque du Mahdi soudanais, fondateur, au XIXe, d&#39;un &eacute;ph&eacute;m&egrave;re Etat islamique, calqu&eacute; sur celui de M&eacute;dine, ou du Caucasien Shamil, chef insurg&eacute; mis en sc&egrave;ne par Tolsto&iuml; dans son&nbsp;<em>Hadji Mourad<\/em>&nbsp;(1903-1904), par exemple&nbsp;; et pas non plus sous les traits de&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">l&#39;&eacute;vasion mystique<\/span>, comme faisaient et font encore&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">les soufis<\/span>&nbsp;; ni m&ecirc;me sous celle d&#39;un parti marginal comme les Fr&egrave;res Musulmans de Hassan al-Banna et de ses successeurs en Egypte&nbsp;; mais de cette fa&ccedil;on &agrave; la fois subversive et doctrinaire, effervescente et organis&eacute;e qui fait reculer les politiques occidentales, il y avait l&agrave; quelque chose de nouveau.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tOn s&#39;appuie toujours, &agrave; vrai dire, sur l&#39;indispensable base des croyants traditionnels, masse &agrave; peine &eacute;br&eacute;ch&eacute;e dans ses attitudes profondes par l&#39;&eacute;volution du dernier si&egrave;cle. Sans doute s&#39;&eacute;tait-elle laiss&eacute;e remuer, dans la g&eacute;n&eacute;ration d&#39;Apr&egrave;s-Guerre, par la vague nass&eacute;rienne, et toucher par quelques propagandes sociales. L&#39;affaissement des r&eacute;gimes, les revers essuy&eacute;s, l&#39;amertume que provoque l&#39;affaire palestinienne, ont men&eacute; les Musulmans &agrave; chercher un autre recours.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLe recours fut l&#39;Islam. L&#39;Islam non pas cette fois en tant que contestataire de la modernit&eacute;, tel que l&#39;avaient compris nagu&egrave;re les mouvements mill&eacute;naristes et les ordres mystiques, mais comme alternative &agrave; la d&eacute;mocratie, en voie sp&eacute;cifique du progr&egrave;s.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLa cause de la femme. Deux grands pays musulmans, le Pakistan et le Bengladesh, pour ne rien dire de la Turquie, ont des femmes &agrave; leur t&ecirc;te. On ne peut dire pour autant que la condition f&eacute;minine se soit g&eacute;n&eacute;ralement am&eacute;lior&eacute;e en Islam par rapport au pass&eacute;&#8230;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>Parenth&egrave;se III.&nbsp;<\/strong>L&#39;ancien militant destourien qui nous &eacute;coutait sursauta. Il nous rappela que, d&egrave;s la lib&eacute;ration de la Tunisie, Bourguiba avait lib&eacute;r&eacute; la femme. D&eacute;daignant les chipotages par quoi d&#39;autres l&eacute;gislateurs, l&#39;&eacute;gyptien par exemple, avaient apport&eacute; quelques retouches &agrave; un sort peu enviable, il s&#39;&eacute;tait attaqu&eacute;, lui, d&#39;embl&eacute;e, au vrai probl&egrave;me&nbsp;: la polygamie et la r&eacute;pudiation unilat&eacute;rale. Cela se passait &agrave; la fin des ann&eacute;es 50, dans l&#39;all&eacute;gresse de l&#39;ind&eacute;pendance.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&quot;Sans doute&quot;, murmura le Tunisien, &quot;faudrait-il maintenant aller plus loin, tant il est vrai que les discriminations qui p&egrave;sent encore sur nos femmes paralysent l&#39;&eacute;volution profonde de nos pays. Je ne compte pas le voile, dont la base coranique est pr&eacute;caire, ni l&#39;enfermement. L&#39;un et l&#39;autre, jamais en usage chez les B&eacute;douins et partout en recul depuis le d&eacute;but du si&egrave;cle, font cependant aujourd&#39;hui, l&#39;int&eacute;grisme aidant, un retour offensif.&quot;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAlors, les vraies discriminations sont ailleurs&nbsp;?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tNon, car le Livre, qui stipule une demi-part pour la femme dans les h&eacute;ritages et la compte pour une moiti&eacute; dans les t&eacute;moignages, glisse aussi, dans 1a m&ecirc;me sourate, la &quot;cause&quot; (au sens juridique du terme) de cette r&eacute;duction et sugg&egrave;re par l&agrave;-m&ecirc;me la fa&ccedil;on d&#39;&eacute;liminer ces in&eacute;galit&eacute;s.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tA savoir&nbsp;?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&quot;Les hommes assument les femmes &agrave; raison de ce dont Dieu les avantage sur elles et de ce dont ils font d&eacute;pense sur leurs propres biens&quot; (Coran IV, 34). R&ecirc;vons du&nbsp;<em>mujtahid<\/em>&nbsp;[\u00ab\u00a0docteur capable d&rsquo;initiative en mati&egrave;re doctrinale\u00a0\u00bb] assez hardi pour consid&eacute;rer que les femmes, &agrave; raison de l&#39;autonomie socio-&eacute;conomique dont les dote de plus en plus la modernit&eacute;, ne sont plus &quot;assum&eacute;es&quot; par les hommes, qui perdent sur elles l&#39;&quot;avantage&quot; en question.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLe cheikh se r&eacute;cria. Je n&#39;osai pas, moi, prendre parti. Le Tunisien se tut et nous conv&icirc;nmes plut&ocirc;t de visiter ensemble la Gam&acirc;liya, vieil et pittoresque quartier du Caire, th&eacute;&acirc;tre poussi&eacute;reux de plusieurs romans et nouvelles de Nag&icirc;b Mahfouz.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tQue dit le Coran&nbsp;? La sourate IV, &quot;Les femmes&quot;, d&egrave;s le premier verset, pose l&#39;&ecirc;tre f&eacute;minin dans sa dignit&eacute; de cr&eacute;ature &eacute;gale &agrave; l&#39;homme. Mais cette &eacute;gale, &quot;essence int&egrave;gre, existence bris&eacute;e&quot;, subit aussit&ocirc;t la condition de l&#39;orphelin. (Coran, IV, 2, 3).\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLa polygamie est tol&eacute;r&eacute;e, malgr&eacute; une option expresse pour la monogamie. Ce qui n&#39;&eacute;tait que concession faite aux murs de l&#39;&eacute;poque fut cependant, par une soci&eacute;t&eacute; encore archa&iuml;que, interpr&eacute;t&eacute; comme un droit. L&#39;ex&eacute;g&egrave;se alla plus loin. N&eacute;gligeant du Coran lui-m&ecirc;me les suggestions, balayant ses invitations r&eacute;p&eacute;t&eacute;es au pardon de l&#39;&eacute;pouse fautive, elle insista sur les aspects coercitifs. S&#39;appuyant sur deux ou trois had&icirc;th-s, elle invoqua m&ecirc;me, pour lapider la femme adult&egrave;re, un verset pr&eacute;tendument oubli&eacute; dans la recension&nbsp;! On ne peut plus saintement guider le bras de Dieu&#8230;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tQuoi qu&#39;il en soit de cet &eacute;pineux probl&egrave;me d&#39;ex&eacute;g&egrave;se (o&ugrave; d&#39;ailleurs une secte, les Khar&icirc;jites, se refuse &agrave; suivre la majorit&eacute; des Croyants), une chose est s&ucirc;re&nbsp;: l&#39;Islam a frapp&eacute; et frappe encore l&#39;observateur du dehors par sa masculinit&eacute;. Que cela soit d&ucirc; &agrave; la sp&eacute;cificit&eacute; des soci&eacute;t&eacute;s porteuses plut&ocirc;t qu&#39;&agrave; la R&eacute;v&eacute;lation, c&#39;est &eacute;vident, cet aspect concourt avec d&#39;autres, &eacute;num&eacute;r&eacute;s au pr&eacute;sent chapitre, pour soulever aux Musulmans une difficult&eacute; d&#39;adaptation de plus. Le statut des femmes en effet, dans le monde moderne, est devenu &agrave; juste titre l&#39;un des crit&egrave;res de l&#39;avancement des soci&eacute;t&eacute;s. Des traits discriminatoires tels que l&#39;inf&eacute;riorit&eacute; des droits de l&#39;&eacute;pouse en mati&egrave;re testamentaire et testimoniale&nbsp;; la dissym&eacute;trie des pouvoirs entre sexes quant a la r&eacute;pudiation&nbsp;; la retomb&eacute;e du voile enfin, qui, apr&egrave;s trois ou quatre g&eacute;n&eacute;rations de recul, se manifeste &agrave; nouveau dans certains milieux comme exigence identitaire, ont bien de quoi pr&eacute;occuper.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>IV<\/strong><strong>. TIRER L&#39;AVENIR DU SOUVENIR&nbsp;?<\/strong>&nbsp;La Mustan&ccedil;ir&icirc;ya de Bagdad, o&ugrave; nous d&eacute;ambulions, offrait son cadre somptueux &agrave; notre dialogue. Je l&#39;avais connue, moi, lors de ma premi&egrave;re visite en ce pays (1956), v&eacute;ritable champ de ruines. Ce n&#39;&eacute;tait plus aujourd&#39;hui que surfaces lisses, magnifiques profils, d&eacute;licieuses ciselures. Mon admiration laissa percer la critique. &quot;Nos architectes&quot;, dis-je &agrave; mes compagnons, &quot;quand ils restaurent un temple grec, prennent soin de signaler leurs ajouts par des diff&eacute;rences perceptibles&nbsp;: ainsi par l&#39;absence de cannelures sur les tron&ccedil;ons de f&ucirc;ts rapport&eacute;s. Tandis que cette&nbsp;<em>Madrasa&nbsp;<\/em>[&eacute;cole, hostellerie d&rsquo;&eacute;tudiants] du XIIIe, la voici ramen&eacute;e de plain-pied &agrave; notre &eacute;poque&quot;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&#39;architecte iraquien m&#39;expliqua que &quot;restaurer&quot;, pour eux, c&#39;&eacute;tait r&eacute;tablir une continuit&eacute; existentielle et non pas exhumer un objet d&#39;&eacute;tude. Et moi je me disais in petto que&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Heidegger<\/span>&nbsp;aurait pu viser l&#39;Islam dans sa c&eacute;l&egrave;bre formule&nbsp;: &quot;Pr&eacute;sence, c&#39;est &agrave;-venir, par d&eacute;cret de l&#39;Imm&eacute;morial&quot;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tVitalit&eacute;, temporalit&eacute;. L&#39;Islam se veut affirmation de l&#39;Immuable. Des centaines de milliers d&#39;hommes t&eacute;moignent simultan&eacute;ment, et si l&#39;on veut, paradoxalement, de sa permanence et de sa temporalit&eacute;. Le probl&egrave;me pour lui n&#39;est pas de demeurer, ni de croire en soi, ni m&ecirc;me de participer &agrave; un monde du mouvant et du relatif, c&#39;est de faire la jonction entre ceci et cela. C&#39;est de se construire une probl&eacute;matique &agrave; l&#39;&eacute;chelle de la variation des &eacute;poques et de la vari&eacute;t&eacute; des milieux. Le fait-il&nbsp;? Ou m&ecirc;me en con&ccedil;oit-il la n&eacute;cessit&eacute;&nbsp;? Rien de moins s&ucirc;r. C&#39;est en ce sens que devrait porter l&#39;effort de ses r&eacute;formateurs.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tJ&#39;entends bien que tout aggiornamento, compte tenu du trait de caract&egrave;re qu&#39;on signalait plus haut, doit s&#39;autoriser pour lui du pass&eacute;. De l&agrave; cette notion d&#39;&quot;authenticit&eacute;&quot; (a&ccedil;ala), que m&ecirc;me le th&eacute;oricien d&#39;un parti la&iuml;c comme le&nbsp;<em>Baath<\/em>, Michel Aflaq (1910-1989), inscrivit &agrave; son programme.&nbsp;<em>A&ccedil;&acirc;la<\/em><em>&nbsp;wa Mu&#39;&acirc;&ccedil;ara<\/em>&nbsp;, &quot;modernit&eacute; dans l&#39;authenticit&eacute;&quot;, telle avait &eacute;t&eacute; la formule-choc du discours prononc&eacute; par Nasser pour les c&eacute;l&eacute;brations du mill&eacute;naire du Caire (1969). Le penseur marocain&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">M. Abed al-Jabri&nbsp;<\/span>entend lui aussi pratiquer une jonction de ce genre entre le renouveau et le &quot;patrimoine&quot; (<em>tur&acirc;th<\/em>). On retrouverait ainsi la ligne d&#39;Averro&egrave;s.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tC&#39;est l&agrave; une position philosophique tr&egrave;s f&eacute;conde. Mais les solutions de masse ne s&#39;entrevoient que du c&ocirc;t&eacute; de la &quot;raison pratique&quot;, celle-l&agrave; m&ecirc;me qu&#39;Averro&egrave;s rel&eacute;guait eu deuxi&egrave;me degr&eacute; de sa hi&eacute;rarchie et qu&#39;il appliquait en tant que grand juge. Pourquoi&nbsp;? Parce que de tout temps, l&#39;Islam a vis&eacute; la guidance des murs et que dans cette t&acirc;che, assign&eacute;e aux&nbsp;<em>fuqaha<\/em>&nbsp;[\u00ab\u00a0savants\u00a0\u00bb et particuli&egrave;rement \u00ab\u00a0juristes\u00a0\u00bb], il n&#39;a nullement perdu la confiance des foules. Pertinente, &agrave; cet &eacute;gard, nous para&icirc;t la recherche d&#39;un penseur &eacute;gyptien,&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Hasan Hanafi<\/span>, attentive &agrave; d&eacute;gager, par une critique novatrice de la jurisprudence affleurante au niveau familier des conduites, un renouvellement qui de proche en proche irait jusqu&#39;aux principes.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&#39;inacceptable. On pourrait citer d&#39;autres efforts. Ils n&#39;ont pas pr&eacute;valu, jusqu&#39;&agrave; pr&eacute;sent sur un conservatisme que les moyens modernes d&#39;unanimit&eacute; (presse, t&eacute;l&eacute;vision) rendraient plus opaque que jadis. Plus oppressif &agrave; coup s&ucirc;r que la situation qui, dans les premiers si&egrave;cles de l&#39;Islam, opposait entre eux les champions des rites et des sectes, celles-ci d&eacute;passant en nombre les soixante-dix. Le foisonnement d&#39;alors, s&#39;il ne revendiquait nullement, bien s&ucirc;r, les droits de la libre pens&eacute;e, n&#39;en t&eacute;moignait pas moins d&#39;un bouillonnement des esprits, d&#39;un d&eacute;vouement &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, d&#39;un pluralisme de fait, que l&#39;on chercherait vainement aujourd&#39;hui.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tC&#39;est avec tristesse, en revanche, que l&#39;on observe le renouveau des censures et des inquisitions, la substitution de l&#39;anath&egrave;me &agrave; l&#39;argument, et de l&#39;assassinat pur et simple &agrave; la discussion d&#39;id&eacute;es. Ainsi tomba<a href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?option=com_content&#038;task=view&#038;id=69#farag\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\"><span style=\"color: windowtext;\">Farag<\/span><span style=\"color: windowtext;\">&nbsp;Foda<\/span><\/a>, ainsi&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Nagib<\/span><span style=\"color: windowtext;\">&nbsp;Mahfouz<\/span>, prix Nobel, subit-il l&#39;objection du poignard, ainsi meurent tous les jours des intellectuels alg&eacute;riens. Et l&#39;on peut dire qu&#39;avec Ehsan Tabari (1916-1989), penseur et po&egrave;te iranien de culture internationale, mort emprisonn&eacute;, l&#39;Iran des mollah-s avait inaugur&eacute; sinistrement ce vertige suicidaire.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tD&eacute;crire une pareille situation, c&#39;est en faire &eacute;clater le caract&egrave;re inacceptable, sous l&#39;angle m&ecirc;me de la continuit&eacute; islamique. Il serait peu cr&eacute;dible, pour une proc&eacute;dure qui revendique un ressourcement dans l&#39;origine, de se soustraire &agrave; la connaissance de ses sources. Que cette connaissance se veuille inform&eacute;e des m&eacute;thodologies modernes, on ne voit pas comment elle pourrait escamoter un tel pr&eacute;ambule, et s&#39;&eacute;pargner les libres recherches des intelligentsias.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAutre trait alarmant, le tour x&eacute;nophobe que prend, en fait, chez certains, la d&eacute;fense de la foi. Rien de plus &eacute;tranger &agrave; l&#39;Islam&nbsp;! Parmi les Compagnons du Proph&egrave;te se reconnaissaient un Africain, un Persan et un Grec, cependant que l&#39;&eacute;pisode abyssin ouvrait des horizons encore plus vastes. C&#39;est pourtant en terme d&#39;in&eacute;galit&eacute; politique que furent pos&eacute;s, d&egrave;s les d&eacute;buts de la conqu&ecirc;te, les rapports de l&#39;Etat musulman avec les&nbsp;<em>Gens du Livre.<\/em>&nbsp;Certaines de ces dissym&eacute;tries se pratiquent encore, comme en sens invers&eacute; dirait-on&nbsp;: par centaines de mille, des Maghr&eacute;bins, des Turcs, des Africains musulmans s&#39;&eacute;tablissent maintenant, &agrave; titre temporaire ou d&eacute;finitif, dans la cit&eacute; occidentale. Que faire&nbsp;?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>Parenth&egrave;se IV.&nbsp;<\/strong>Ce cheikh d&#39;origine indienne vit &agrave; Paris depuis la s&eacute;paration de l&#39;Inde et du Pakistan, dont il tient encore Gandhi pour responsable. Sa silhouette fr&ecirc;le hante&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">biblioth&egrave;ques<\/span>&nbsp;et Facult&eacute;s. Grande est son &eacute;rudition, asc&eacute;tique son r&eacute;gime. Il subsiste, dit-on, d&#39;une poign&eacute;e de dattes et d&#39;une bouteille de lait par jour. Quand je lui fais part des r&eacute;flexions ci-dessus, il s&#39;exclame&nbsp;:\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&quot;La solution la plus juste et la plus ais&eacute;e ne serait-elle pas, pour vos gouvernements, de nous traiter comme jadis nos califes faisaient les Gens du Livre&nbsp;: en les &eacute;rigeant en communaut&eacute;s autog&eacute;r&eacute;es selon leur droit interne, au prix d&#39;une all&eacute;geance exacte au souverain&nbsp;? Cela vous &eacute;pargnerait bien des complications et des confusions, &agrave; nous bien des probl&egrave;mes&quot;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tJ&#39;&eacute;prouve un certain mal &agrave; lui soutenir que notre R&eacute;publique se veut unitaire et la&iuml;que, et que c&#39;est l&agrave; la condition m&ecirc;me de sa lib&eacute;ralit&eacute; &agrave; l&#39;&eacute;gard des diff&eacute;rences. Il m&#39;objecte qu&#39;en fait, aujourd&#39;hui, beaucoup de ces diff&eacute;rences se crispent en habitats s&eacute;par&eacute;s. Et qu&#39;aux Etats-Unis, en Angleterre m&ecirc;me, les choses vont bien plus loin, jusqu&#39;&agrave; la s&eacute;gr&eacute;gation.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&quot;Ce n&#39;est l&agrave;&quot;, lui dis-je, &quot;qu&#39;un corollaire du probl&egrave;me. Ce qui en constitue le fond, ce n&#39;est pas la diff&eacute;rence de quartier, ni de figure, mais le d&eacute;faut de r&eacute;f&eacute;rence commune. Alors, vivre en scaphandre, ou souscrire, pour l&#39;essentiel, aux m&ecirc;mes valeurs&nbsp;?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tMais quel est l&#39;essentiel&nbsp;?&quot; me demande-t-il en souriant.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLe dilemme pos&eacute; reste toujours celui du choix d&eacute;chirant &agrave; faire pour les minorit&eacute;s nombreuses que l&#39;Islam projette en Europe et dans les deux Am&eacute;riques&nbsp;: ou d&#39;accepter une &quot;vie en scaphandre&quot;, ou d&#39;inventer des &eacute;volutions compatibles au milieu d&#39;accueil.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tTout comme une th&eacute;ologie de la mise &agrave; jour du patrimoine, ne manquerait-il pas &agrave; l&#39;Islam une th&eacute;ologie de l&#39;Autre et de l&#39;Ailleurs&nbsp;?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&#39;espace et l&#39;histoire dans le droit. Si l&#39;on date de la fin du IXe si&egrave;cle de notre &egrave;re la maturit&eacute; des grandes &eacute;coles juridiques, constitutives de ce qu&#39;on appelle aujourd&#39;hui la shar&icirc;&#39;a, la &quot;Loi&quot;, ou Sunna, le &quot;Syst&egrave;me&quot;, on ne peut &eacute;luder ces constats&nbsp;:\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tIl s&#39;&eacute;tait &eacute;coul&eacute; auparavant plus de deux si&egrave;cles de d&eacute;veloppement pour l&#39;Islam&nbsp;: exercice jurisprudentiel, recherche doctrinale, exp&eacute;rience politique s&#39;&eacute;talant finalement de la&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Transoxiane<\/span>&nbsp;&agrave; l&#39;Andalousie. De telles p&eacute;rip&eacute;ties n&#39;auraient-elles pas influ&eacute; sur le d&eacute;veloppement de fait du k&eacute;rygme initial [du grec&nbsp;<em>k&ecirc;rugma<\/em>, proclamation par h&eacute;raut&nbsp;: annonce de la bonne nouvelle]&nbsp;?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tComment l&#39;histoire ult&eacute;rieure, jusqu&#39;&agrave; nos jours, pourrait-elle &ecirc;tre perdue de vue dans l&#39;interpr&eacute;tation et l&#39;application&nbsp;?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tL&#39;aventure de l&#39;homme islamique prend un tour in&eacute;dit avec les nouvelles vicissitudes de l&#39;histoire des Arabes, Turcs, Persans et autres. L&#39;Islam se recroise &agrave; pr&eacute;sent avec d&#39;autres religions et cultures sur des territoires qui ne peuvent plus ressortir simplement pour lui d&#39;un&nbsp;<em>Dar<\/em><em>&nbsp;al-Harb<\/em>&nbsp;ou &quot;Espace de guerre&quot;, mais de syst&egrave;mes riverains ou d&#39;un concert international o&ugrave; il doit s&#39;int&eacute;grer sous peine de graves m&eacute;comptes. Cela, joint au renouvellement acc&eacute;l&eacute;r&eacute; des situations, du cadre de vie, des probl&egrave;mes, ne peut pas ne pas retentir, jusqu&#39;&agrave; un certain niveau, sur ses positions.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tDes solutions nouvelles, dans la projection des principes&nbsp;: tel serait l&#39;ijtih&acirc;d de notre temps. On doit au penseur iranien&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">Shariati<\/span>, trop t&ocirc;t disparu, cette remarque d&#39;&eacute;vidence que la shar&icirc;&#39;a dont se r&eacute;clament aujourd&#39;hui tant d&#39;activistes les engage non pas au fixisme, mais au contraire &agrave; la dynamique qu&#39;implique l&#39;&eacute;tymologie du mot. Il &eacute;voque en effet la voie, l&#39;acc&egrave;s, le cheminement\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong>Parenth&egrave;se V (ou Corollaire).<\/strong>&nbsp;Le Mujtahid crut pouvoir conclure&nbsp;: &quot;Une direction f&eacute;conde de recherche constituerait dans une relecture du patrimoine classique, non plus dans un esprit d&#39;autosatisfaction commun &agrave; tous les acad&eacute;mismes, mais plut&ocirc;t, &agrave; l&#39;inverse, pour en d&eacute;celer les failles, les impasses&quot;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tEt moi, je me posais, en l&#39;&eacute;coutant, des questions perverses&nbsp;: &quot;Pourquoi des pens&eacute;es aussi f&eacute;condes que celles d&#39;<span style=\"color: windowtext;\">Averro&egrave;s<\/span>, d&#39;<span style=\"color: windowtext;\">Ibn Khaldoun<\/span>, ou plus r&eacute;cemment de Shah Waly Allah Dehlawi (1703-1762) ou d&#39;Iqbal, n&#39;ont-elles pas trouv&eacute; de continuateurs&nbsp;? Pourquoi en somme n&#39;ont-elles pas abouti&nbsp;?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tVous oubliez le principal, insista le Mujtahid. Pourquoi traditionnaires et commentateurs ont-ils laiss&eacute; sans lendemain les invites &agrave; la rationalit&eacute; que prodigue le Coran&nbsp;? Pourquoi les philosophes, et celui que vous citez en t&ecirc;te, Averro&egrave;s, ont-ils comment&eacute; les Grecs plut&ocirc;t que le Coran&nbsp;? C&#39;est un fait, aucun de ces Fal&acirc;sifa [philosophes arabes hell&eacute;nisants] ne l&#39;a os&eacute;. Jugez de quel prix serait pour nous un&nbsp;<em>Tafs&icirc;r<\/em>&nbsp;[ex&eacute;g&egrave;se coranique] compos&eacute; par l&#39;un d&#39;entre eux&nbsp;!&quot;\n<\/p>\n<div style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t<strong>IV<\/strong><strong>. VUE D&#39;ENSEMBLE.<\/strong>&nbsp;Mais sommes-nous s&ucirc;rs que l&#39;histoire occidentale soit tellement indemne de ravages, de d&eacute;perditions et d&#39;impasses&nbsp;? Gardons-nous, quand nous examinons d&#39;autres civilisations, de l&#39;eurocentrisme qui d&eacute;sole encore tant de travaux.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tEn d&eacute;finitive, comment faut-il voir l&#39;Islam&nbsp;?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tBeaucoup de ses fid&egrave;les s&#39;&eacute;taient ralli&eacute;s aux lumi&egrave;res venues de l&#39;Ouest, les tenant &agrave; tort ou &agrave; raison pour affinitaires &agrave; leur propre legs. D&#39;ailleurs le cadre de vie ne cessait de se transformer. Les peuples musulmans sont entra&icirc;n&eacute;s avec les autres vers l&#39;uniformit&eacute; mondiale. Mais une part profonde de leurs attitudes semble n&#39;avoir dans la transformation que peu vari&eacute;. Fid&eacute;lit&eacute; ou inertie, r&eacute;sistance au mim&eacute;tisme ou acculturation invers&eacute;e, elle aura brav&eacute; aussi bien la sollicitation interne que les pressions de l&#39;ext&eacute;rieur. D&#39;une telle d&eacute;fensive, la vigueur de la revendication identitaire est &agrave; la fois l&#39;arme et le signe.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tDans ce contexte g&eacute;n&eacute;ral, l&#39;Islam, en tant que religion, doit affronter ses propres probl&egrave;mes. Il n&#39;a pas profit&eacute; pour les traiter, voire pour les formuler, de la d&eacute;colonisation qui a suivi la fin des Empires. Leur traitement e&ucirc;t exig&eacute; trop de risques pour les dirigeants politiques et des ex&eacute;g&egrave;ses trop inconfortables de la part des&nbsp;<em>ul&eacute;mas<\/em>[savants de l&rsquo;Islam]. Les uns et les autres ont recul&eacute; devant cette t&acirc;che, comme avait fait avant eux, pour des raisons diff&eacute;rentes, le r&eacute;gime pr&eacute;c&eacute;dent.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAvec le temps et l&#39;accumulation des d&eacute;ceptions politiques, l&#39;Islam appara&icirc;t &agrave; la plupart des siens comme un recours contre la conspiration de l&#39;&eacute;tranger, l&#39;&eacute;chec des r&eacute;gimes et la m&eacute;chancet&eacute; des hommes. Ce r&ocirc;le-l&agrave; en est venu, aux yeux de beaucoup, &agrave; l&#39;emporter sur le r&ocirc;le spirituel, bien que subsiste entre l&#39;un et l&#39;autre la synonymie la plus redoutable. On en est venu &agrave; proscrire toute atteinte, m&ecirc;me l&eacute;g&egrave;re, toute action, toute expression, toute critique susceptible de l&eacute;ser le symbole souverain. De l&agrave; &agrave; condamner la d&eacute;mocratie il n&#39;y a qu&#39;un pas. Certains groupes le franchissent. Ils font rejaillir sur la communaut&eacute; musulmane dans son ensemble les imputations d&#39;intol&eacute;rance et d&#39;obscurantisme qu&#39;ils sontseuls&agrave; encourir.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAucun Musulman &eacute;clair&eacute;, aucun ami de l&#39;Islam ne se r&eacute;jouira de pareils amalgames, injustes envers une Loi, une culture et une histoire des plus respectables. Il sera pourtant permis d&#39;observer qu&#39;en cette fin du XXe si&egrave;cle, cette grande religion ne semble pas avoir trouv&eacute; d&#39;ajustements propres &agrave; servir la confiance des masses, ni le dynamisme dont elle peut l&eacute;gitimement se pr&eacute;valoir. L&#39;&eacute;laboration d&#39;un Islam de progr&egrave;s est sans doute seule capable de lui offrir un plus grand commun diviseur entre sa v&eacute;rit&eacute; propre et la marche du monde autour d&#39;elle.\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\tJacques Berque\n<\/p>\n<div style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<hr style=\"color: #000000;\" \/>\n<div style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong style=\"color: #000000;\">&nbsp;<\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t<strong>De quelques noms cit&eacute;s<\/strong>\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t(dans l&#39;ordre o&ugrave; ils apparaissent dans le&nbsp;<span style=\"color: windowtext;\">texte principal<\/span>)\n<\/p>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t<a name=\"Hasan\" title=\"Hasan\"><\/a><strong>Hasan al-Tur&acirc;bi<\/strong>&nbsp;(1922-)<br \/>\n\tJuriste soudanais form&eacute; en France, Hasan al-Tur&acirc;bi dirigea le Front national islamique au pouvoir au Soudan depuis le coup d&#39;Etat de 1989. Souhaiterant se voir reconna&icirc;tre le r&ocirc;le de mentor international des forces islamistes, il anima la Commission populaire arabo-islamique (CPAI). Tomb&eacute; en disgr&acirc;ce &agrave; la fin des ann&eacute;es 1990, il a &eacute;t&eacute; emprisonn&eacute;, puis plac&eacute; en r&eacute;sidence surveill&eacute;e.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"Iqbal\" title=\"Iqbal\"><\/a><strong>Mohamed Iqbal&nbsp;<\/strong>(1876-1938)<br \/>\n\tPo&egrave;te et philosophe indien, aujourd&#39;hui pakistanais, de qui la pens&eacute;e dynamique chercha une synth&egrave;se entre le legs coranique et l&#39;apport de l&#39;Occident. Ses po&egrave;mes en urdu, persan et anglais, ainsi que ses oeuvres philosophiques, sont &agrave; l&#39;origine de l&#39;id&eacute;e du Pakistan (<em>Secrets du non-moi&nbsp;; Le Glaive de Mo&iuml;se&nbsp;; Message de l&#39;Orient&nbsp;; Livre de l&#39;&eacute;ternit&eacute;<\/em>). Dans un ouvrage magistral,&nbsp;<em>The<\/em><em>&nbsp;reconstruction of religious thought of Islam<\/em>&nbsp;(1934), il fonde en synth&egrave;se originale avec ses propres id&eacute;es les inspirations du r&eacute;novateur indien Ahmad Sirr Hindi (1562-1620), de Nietzsche et de Bergson.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"Farabi\" title=\"Farabi\"><\/a><strong>F&acirc;r&acirc;bi<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong>(870-950)<br \/>\n\tPhilosophe originaire du Turkestan occidental, Ab&ucirc; Nasr Muhammad al F&acirc;r&acirc;bi, v&eacute;cut &agrave; Bagdad et Alep. Grand sp&eacute;cialiste et commentateur d&#39;Aristote, admirateur de Platon avec qui il tenta d&#39;accorder sa philosophie, il est l&#39;auteur de&nbsp;:&nbsp;<em>L&#39;accord entre les vues des deux sages, Platon et Aristote&nbsp;; Livre des principes de la Cit&eacute; vertueuse&nbsp;; Livre de la constitution politique<\/em>. Sa cosmologie met en rapport l&#39;intellect des sages et des proph&egrave;tes avec l&#39;ordre &eacute;tag&eacute; de l&#39;univers, lui-m&ecirc;me &eacute;man&eacute; d&#39;une source divine. La doctrine d&#39;Al F&acirc;r&acirc;bi influencera Avicenne et Averro&egrave;s.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"Avicenne\" title=\"Avicenne\"><\/a><strong>Avicenne<\/strong>&nbsp;(980-1037)<br \/>\n\tM&eacute;decin et philosophe d&#39;origine iranienne, Ab&ucirc; Ali Husayn ibn Abdallah Ibn Sin&acirc; est connu en Occident sous le nom d&#39;Avicenne. Auteur d&#39;un Canon de la m&eacute;decine qui fournit longtemps la base des &eacute;tudes m&eacute;dicales en Europe, il &eacute;crivit en arabe et en persan des oeuvres philosophiques et mystiques, parmi lesquelles&nbsp;<em>Kit&acirc;b<\/em><em>&nbsp;al-Shif&acirc;<\/em>(le Livre de la Gu&eacute;rison), sur la logique, la physique et la m&eacute;taphysique, et&nbsp;<em>Kit&acirc;b<\/em><em>&nbsp;al-Naj&acirc;t<\/em>&nbsp;(le Livre du Salut). Sa &quot;Philosophie orientale&quot; ou illuministe, appelle le moi &agrave; l&#39;intuition de Dieu, &quot;l&#39;Intellect Agent&quot;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"vicaire\" title=\"vicaire\"><\/a>Le Vicaire savoyard<\/strong><a name=\"vicaire\" title=\"vicaire\"><\/a><br \/>\n\tCe texte de Jean-Jacques Rousseau, qui s&#39;intitule in extenso<em>&nbsp;La profession de foi du vicaire savoyard<\/em>, fait partie de L&#39;Emile (1762). Un dialogue entre un pr&ecirc;tre et le futur pr&eacute;cepteur d&#39;Emile permet &agrave; Rousseau d&#39;exposer le principe d&#39;une religion naturelle dont le &quot;culte essentiel est celui du cur&quot;. Le Vicaire s&#39;appuie sur l&#39;&eacute;vidence d&#39;un ordre sensible de l&#39;univers et le sentiment int&eacute;rieur pour d&eacute;duire l&#39;existence d&#39;un dieu cr&eacute;ateur &eacute;ternel, intelligent, bon et juste. Ce texte fervent eut une influence consid&eacute;rable sur son &eacute;poque.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"kindi\" title=\"kindi\"><\/a>Kind&icirc;<\/strong><a name=\"kindi\" title=\"kindi\"><\/a>&nbsp;(796-873)<br \/>\n\tLe philosophe Ab&ucirc; Y&ucirc;suf ibn Ishaq al Kind&icirc;, r&eacute;put&eacute; comme le plus ancien philosophe arabe, connaissait les philosophes grecs par leur traduction. Il ne voyait pas d&#39;opposition entre la philosophie et la r&eacute;v&eacute;lation proph&eacute;tique. Il est l&#39;auteur de plusieurs trait&eacute;s qui furent traduits en latin au Moyen Age (<em>De quinque essentiis&nbsp;; De intellectu&nbsp;; Sur la philosophie premi&egrave;re<\/em>) et de sept ouvrages sur l&#39;art musical.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"allal\" title=\"allal\"><\/a>&#39;All&acirc;l al-F&acirc;s&icirc;<\/strong>&nbsp;<a name=\"allal\" title=\"allal\"><\/a>(1906- 1974)<br \/>\n\tHomme politique marocain, &#39;All&acirc;l al-F&acirc;s&icirc; fonda le parti Istiql&acirc;l et joua un r&ocirc;le important pour l&#39;ind&eacute;pendance du Maroc. Apr&egrave;s cet &eacute;v&egrave;nement, il se fit d&#39;abord un supporter critique du Royaume avant d&#39;entrer dans l&#39;opposition. Po&egrave;te, essayiste, il s&#39;inscrivait dans la ligne du r&eacute;formisme islamique tout en prenant en compte l&#39;originalit&eacute; culturelle de l&#39;Occident musulman.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"saussure\" title=\"saussure\"><\/a>Ferdinand de Saussure&nbsp;<\/strong><a name=\"saussure\" title=\"saussure\"><\/a>(1857-1913)<br \/>\n\tLinguiste suisse, auteur d&#39;une m&eacute;thodologie nouvelle qui r&eacute;volutionna la pens&eacute;e. La langue, syst&egrave;me abstrait, fait social, se distingue de la parole, r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te, mouvante et individuelle. La signification repose sur un syst&egrave;me structur&eacute; de diff&eacute;rences, et la distinction entre le signifiant et le signifi&eacute; annonce la th&eacute;orie g&eacute;n&eacute;rale du signe que sera la s&eacute;miotique. La publication posthume de Ferdinand de Saussure, son&nbsp;<em>Cours de linguistique g&eacute;n&eacute;rale<\/em>, exer&ccedil;a une influence majeure sur les contemporains (Benveniste, L&eacute;vi-Strauss, Merleau- Ponty, Lacan). Elle annon&ccedil;ait le d&eacute;veloppement pr&eacute;sent de plusieurs branches de la linguistique et des sciences sociales.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"rashid\" title=\"rashid\"><\/a>Rashid<\/strong><a name=\"rashid\" title=\"rashid\"><\/a><strong>&nbsp;Ridha&nbsp;<\/strong>(mort en 1935)<br \/>\n\tD&#39;orignine syro-libanaise, il d&eacute;fendit le retour &agrave; la puret&eacute; originelle de la doctrine islamique. Il fait partie des r&eacute;formistes aux yeux desquels l&#39;Islam est tol&eacute;rant et rationnel, n&#39;est pas hostile au progr&egrave;s, accepte les innovations techniques de l&#39;Occident quand il ne les devance pas. Sa revue &quot;Al-Man&acirc;r&quot; joua un grand r&ocirc;le intellectuel dans l&#39;Entre-deux Guerres.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"heidegger\" title=\"heidegger\"><\/a>Martin Heidegger<\/strong><a name=\"heidegger\" title=\"heidegger\"><\/a>&nbsp;(1889-1976)<br \/>\n\tPhilosophe allemand, recteur de l&#39;universit&eacute; de Fribourg en Brisgau entre 1928 et 1934. Vivement controvers&eacute; pour ses compromissions avec le nazisme, Heidegger est l&#39;auteur d&#39;une oeuvre novatrice, o&ugrave; il s&#39;interroge sur l&#39;&ecirc;tre, sur la temporalit&eacute; et sur le langage (<em>L&#39;Etre et le Temps<\/em>, 1927&nbsp;;&nbsp;<em>Kant et le probl&egrave;me de la m&eacute;taphysique<\/em>, 1929&nbsp;;&nbsp;<em>Qu&#39;est-ce que la m&eacute;taphysique<\/em>, 1929&nbsp;; etc.)\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"jabri\" title=\"jabri\"><\/a>Mohammed Abed al-Jabri&nbsp;<\/strong><a name=\"jabri\" title=\"jabri\"><\/a><br \/>\n\tPhilosophe marocain contemporain, qui cherche &agrave; pratiquer la jonction entre renouveau et &quot;patrimoine&quot;. Abed al-Jabri est professeur &agrave; l&#39;universit&eacute; de Rabat et auteur de&nbsp;<em>Naqd<\/em><em>&nbsp;al-aql al-arab&icirc;&nbsp;<\/em>[Critique de la raison arabe], 1992, et d&#39;une<em>&nbsp;Introduction &agrave; la critique de la raison arabe<\/em>, 1994.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"hanafi\" title=\"hanafi\"><\/a>Hasan Hanafi&nbsp;<\/strong><a name=\"hanafi\" title=\"hanafi\"><\/a><br \/>\n\tPenseur &eacute;gyptien contemporain, auteur de&nbsp;<em>Al-Tur&acirc;th<\/em><em>&nbsp;wu&#39;l-Tajd&icirc;d<\/em>&nbsp;[Patrimoine et R&eacute;novation], il a d&eacute;velopp&eacute; une r&eacute;flexion f&eacute;conde sur la notion de gauche islamique, puis sur celle de th&eacute;ologie de la lib&eacute;ration.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"shariati\" title=\"shariati\"><\/a>Al&icirc;<\/strong><a name=\"shariati\" title=\"shariati\"><\/a><strong>&nbsp;Shariati<\/strong>&nbsp;(1933-1977)<br \/>\n\tTh&eacute;ologien shiite, n&eacute; &agrave; Meshed, en Iran. Il re&ccedil;ut une vive impression d&#39;&eacute;tudes en France, dont il tenta de tirer une dynamisation de la doctrine islamique&nbsp;:&nbsp;<em>Al-&#39;awda<\/em><em>&nbsp;ila&#39;l-dh&acirc;t&nbsp;<\/em>[Retour &agrave; l&rsquo;identit&eacute;], traduit de l&#39;arabe en 1981 et<em>Histoire et destin&eacute;e<\/em>&nbsp;(Morceaux choisis en fran&ccedil;ais), 1982.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"khaldoun\" title=\"khaldoun\"><\/a>Ibn Khaldoun<\/strong><a name=\"khaldoun\" title=\"khaldoun\"><\/a>&nbsp;(1332-1406)<br \/>\n\tHistorien et penseur maghr&eacute;bin, auteur d&#39;une monumentale&nbsp;<em>Histoire des Berb&egrave;res<\/em>&nbsp;dont les&nbsp;<em>Prol&eacute;gom&egrave;nes<\/em>dessinent une premi&egrave;re sociologie de l&#39;histoire. N&#39;ayant pas laiss&eacute; de disciples, il a connu la notori&eacute;t&eacute; bien plus tard, sous l&#39;influence, sans doute, de l&#39;orientalisme.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"shah\" title=\"shah\"><\/a>Shah Waly Allah Dehlawi<\/strong>&nbsp;<a name=\"shah\" title=\"shah\"><\/a>(1703-1762)<br \/>\n\tTh&eacute;ologien indien, Dehlawi traduisit le Coran en persan. R&eacute;novateur canonique par excellence, il a laiss&eacute; une uvre magistrale,&nbsp;<em>Hujjat<\/em><em>&nbsp;Allah al-b&acirc;ligha<\/em>&nbsp;[L&rsquo;efficiente plaidoirie de Dieu] et maints autres trait&eacute;s.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"farag\" title=\"farag\"><\/a>Farag<\/strong><a name=\"farag\" title=\"farag\"><\/a><strong>&nbsp;Foda&nbsp;<\/strong><br \/>\n\tJournaliste &eacute;gyptien, auteur d&#39;articles et de brochures d&#39;un ton tr&egrave;s libre, assassin&eacute; en 1993.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"averroes\" title=\"averroes\"><\/a>Averro&egrave;s<\/strong><a name=\"averroes\" title=\"averroes\"><\/a>&nbsp;(1126-1198)<br \/>\n\tAb&ucirc;&#39;l-Wal&icirc;d Muhammad ibn Rushd, appel&eacute; Averro&egrave;s par les Latins, fut un juriste et philosophe qui fit &eacute;cole en Occident par son Commentaire d&#39;Aristote. Dans son&nbsp;<em>Fa&ccedil;l<\/em><em>&nbsp;al-Maq&acirc;l&nbsp;<\/em>[Trait&eacute; d&eacute;cisif] il distingue des autres voies une voie proprement rationnelle d&#39;acc&eacute;der &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, ce qui constituait &agrave; l&#39;&eacute;poque une audace percutante.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"ayatollah\" title=\"ayatollah\"><\/a>Ayatollah Ruhullah Khomeiny<\/strong><a name=\"ayatollah\" title=\"ayatollah\"><\/a>&nbsp;(1902-1989)<br \/>\n\tTh&eacute;ologien iranien, Khomeiny &eacute;tudia &agrave; Qom o&ugrave;, d&egrave;s 1960, il obtenait le titre d&#39;ayatollah, grade supr&ecirc;me du &quot;clerg&eacute;&quot; chiite. Oppositionnel, emprisonn&eacute;, exil&eacute; d&#39;abord &agrave; Najaf (Irak) puis r&eacute;fugi&eacute; en France, il rentra en Iran apr&egrave;s le d&eacute;part du Shah. Il a publi&eacute; notamment<em>&nbsp;V&eacute;layat-i<\/em><em>&nbsp;Faqih<\/em>&nbsp;[R&eacute;gence pour le savant] o&ugrave; il revendique la pr&eacute;&eacute;minence des ul&eacute;mas (docteurs de l&#39;Islam) dans la conduite du gouvernement.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<strong><a name=\"nagib\" title=\"nagib\"><\/a>Nag&icirc;b<\/strong><a name=\"nagib\" title=\"nagib\"><\/a><strong>&nbsp;Mahfouz<\/strong>&nbsp;(1911-)<br \/>\n\tRomancier &eacute;gyptien dont l&#39;oeuvre consid&eacute;rable, apr&egrave;s avoir commenc&eacute; par des peintures r&eacute;alistes de la vie des vieux quartiers du Caire, a pris un tour de plus en plus novateur, interrogatif et parfois critique &agrave; l&#39;&eacute;gard de la soci&eacute;t&eacute;. Les d&eacute;v&ocirc;ts reprochaient &agrave; Nag&icirc;b Mahfouz d&#39;avoir retrac&eacute;, sous une forme inconvenante, la succession des trois monoth&eacute;ismes dans son roman&nbsp;<em>Awl&acirc;d<\/em><em>&nbsp;H&acirc;rati-n&acirc;<\/em>, 1954 [Les gars de notre quartier], traduit en fran&ccedil;ais sous le titre&nbsp;<em>Les fils de la M&eacute;dina<\/em>, 1991. Aussi fut-il poignard&eacute; par un extr&egrave;miste. La revue cairote Al-Q&acirc;hira consacra &agrave; cette affaire un num&eacute;ro sp&eacute;cial sous le titre &quot;La plume et le couteau&quot;, novembre 1994. Nag&icirc;b Mahfouz a re&ccedil;u le prix Nobel de litt&eacute;rature en 1991.\n<\/p>\n<hr style=\"color: #000000;\" \/>\n<h2 style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t<a name=\"nagib\" title=\"nagib\"><\/a>&nbsp;Sur quelques notions &eacute;voqu&eacute;es dans le texte<br \/>\n<\/h2>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t<a name=\"grace\" title=\"grace\"><\/a><strong>Opposition de la gr&acirc;ce et de la nature dans le christianisme<\/strong><br \/>\n\tLa gr&acirc;ce, aide surnaturelle qui rend l&#39;homme capable d&#39;accomplir la volont&eacute; de Dieu et de parvenir au salut, tranche sur le comportement naturel de l&#39;homme. La th&eacute;ologie cherche &agrave; montrer le rapport entre la gr&acirc;ce, comprise comme une substance spirituelle, une force divine infus&eacute;e &agrave; la nature humaine par les sacrements, d&#39;une part, et la nature de l&#39;homme, sa libert&eacute; et son pouvoir de d&eacute;cision, d&#39;autre part. Apr&egrave;s des si&egrave;cles de divisions sur ce th&egrave;me difficile, l&#39;oecum&eacute;nisme aurait permis de r&eacute;aliser l&agrave;-dessus un certain consensus.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"predestination\" title=\"predestination\"><\/a><strong>D&eacute;bat de la pr&eacute;destination<\/strong><br \/>\n\tLa pr&eacute;destination est la doctrine th&eacute;ologique selon laquelle Dieu choisit lui-m&ecirc;me de sauver l&#39;homme. C&#39;est aussi l&#39;intention qui aurait anim&eacute; Dieu quand il a, de toute &eacute;ternit&eacute;, d&eacute;termin&eacute; le destin de l&#39;humanit&eacute; et l&#39;avenir du monde. Le Coran mentionne &agrave; plusieurs reprises le &quot;d&eacute;cret divin&quot; par lequel toutes choses ont &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;es et d&eacute;cid&eacute;es. Leibniz disait &agrave; ce propos&nbsp;: &quot;Tout est d&eacute;termin&eacute; sans doute, mais comme nous ne savons pas comment il l&#39;est ni ce qui est pr&eacute;vu et r&eacute;solu, nous devons faire notre devoir, suivant la raison que Dieu nous a donn&eacute;e et suivant les r&egrave;gles qu&#39;il nous a prescrites.&quot; En Islam, l&#39;apparente contradiction entre la libert&eacute; de l&#39;homme et la pr&eacute;destination de ses actions a fait l&#39;objet d&#39;abondantes controverses o&ugrave; s&#39;affrontaient qadariyya (partisans du libre arbitre) et jabariyya (partisants du &quot;c&#39;est &eacute;crit&quot; ou maktoub). L&#39;orthodoxie sunnite recherchait entre ces deux tendances oppos&eacute;es un juste milieu.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"scolastique\" title=\"scolastique\"><\/a><strong>Scolastique<\/strong><br \/>\n\tLa scolastique, r&eacute;gime de pens&eacute;e et d&#39;enseignement en honneur au Moyen Age &agrave; partir du XIIIe si&egrave;cle, principalement en th&eacute;ologie, se caract&eacute;risait par la&nbsp;<em>lectio<\/em>, commentaires destin&eacute;s &agrave; faire comprendre des oeuvres de nature religieuse, philosophique ou scientifique, la&nbsp;<em>quaestio<\/em>, questions pos&eacute;es par le ma&icirc;tre afin de r&eacute;soudre des probl&egrave;mes de th&eacute;ologie ou de philosophie selon un sch&eacute;ma rigoureux, et la&nbsp;<em>disputatio<\/em>, d&eacute;bat public entre ma&icirc;tre et &eacute;l&egrave;ves. Cette m&eacute;thode permit le d&eacute;veloppement des arts du langage, en particulier de la grammaire et de la dialectique. Parmi les scolastiques c&eacute;l&egrave;bres on peut citer&nbsp;:\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"pierre\" title=\"pierre\"><\/a><strong>Pierre Ab&eacute;lard&nbsp;<\/strong>(1079-1142) qui enseigna la th&eacute;ologie scolastique et la logique. Chanoine de Notre-Dame de Paris, il fut aim&eacute; d&#39;H&eacute;lo&iuml;se et l&#39;&eacute;pousa en secret. En butte &agrave; de vives oppositions doctrinales, auxquelles s&#39;ajoutent les rancoeurs de l&#39;oncle d&#39;H&eacute;lo&iuml;se, le chanoine Fulbert qui le fait &eacute;masculer, Ab&eacute;lard subit une nouvelle condamnation provoqu&eacute;e par Saint-Bernard. Il fonde le couvent de Paraclet et meurt &agrave; Cluny.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"ramon\" title=\"ramon\"><\/a><strong>Ramon Llull<\/strong>&nbsp;(1235-1315), th&eacute;ologien, po&egrave;te et alchimiste catalan. Sa vie et son oeuvre furent domin&eacute;s par la volont&eacute; de r&eacute;pandre le christianisme&nbsp;: il s&#39;opposa aux doctrines d&#39;Averro&egrave;s, s&#39;attacha &agrave; enseigner l&#39;arabe et l&#39;h&eacute;breu dans les universit&eacute;s, et entreprit de nombreux voyages pour convertir les musulmans d&#39;Afrique du Nord o&ugrave; il passe pour &ecirc;tre mort, probablement lapid&eacute;. Ramon Llull donna au catalan son prestige litt&eacute;raire.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"jihad\" title=\"jihad\"><\/a><strong>Jih&acirc;d<\/strong><br \/>\n\tEtymologiquement, jih&acirc;d signifie effort tendu vers un but d&eacute;termin&eacute;, par exemple effort sur soi-m&ecirc;me en vue d&#39;un perfectionnement. La racine du mot j.h.d. ne vise que &quot;l&#39;effort&quot;, la &quot;peine&quot;. D&#39;apr&egrave;s la doctrine classique g&eacute;n&eacute;rale et dans la tradition historique, le jih&acirc;d consiste en l&#39;action arm&eacute;e en vue de la d&eacute;fense de l&#39;Islam, et, &eacute;ventuellement, de son expression. En principe, le jih&acirc;d est la seule forme de guerre concevable en Islam. A cette racine se rattache aussi, au r&eacute;fl&eacute;chi, le terme canonique d&#39;ijtih&acirc;d, &quot;initiative&quot; en mati&egrave;re doctrinale ou jurisprudentielle. Selon l&#39;adage, &quot;la porte de l&#39;ijtih&acirc;d s&#39;est ferm&eacute;e&quot; depuis le IVe si&egrave;cle de l&#39;H&eacute;gire, c&#39;est &agrave; dire &agrave; peu pr&egrave;s depuis notre Xe si&egrave;cle, faisant place au traditionalisme et au conformisme (taql&icirc;d).\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"califat\" title=\"califat\"><\/a><strong>Califat<\/strong><br \/>\n\tTerme d&eacute;riv&eacute; de celui de calife, souverain musulman et successeur de Muhammad. Par extension, le califat est le territoire soumis au calife, la dur&eacute;e de son r&egrave;gne ou de sa dynastie. L&#39;institution califienne naquit au lendemain de la mort du Proph&egrave;te, quand le nouveau chef de la communaut&eacute;, Ab&ucirc; Bakr, devint khal&icirc;fat ras&ucirc;l All&acirc;h, rempla&ccedil;ant ou &quot;successeur&quot; du Proph&egrave;te. En mars 1924, les Turcs ont aboli le califat et la umma perdit son cadre institutionnel. La d&eacute;ch&eacute;ance du califat provoqua en Egypte la th&egrave;se audacieuse du cheikh Al&icirc; Abd al-R&acirc;z&icirc;q sur&nbsp;<em>L&#39;Islam et les sources du pouvoir<\/em>&nbsp;(1926), tentative de la&iuml;ciser le droit constitutionnel qui souleva un &eacute;norme scandale et resta malheureusement sans lendemain.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"soufis\" title=\"soufis\"><\/a><strong>Soufis<\/strong><br \/>\n\tMystiques de l&#39;Islam. Mot d&#39;origine arabe, le soufisme (terme d&eacute;riv&eacute; de &ccedil;oufi , mot qu&#39;on met en rapport avec &ccedil;ouf, &quot;laine&quot;, allusion au v&ecirc;tement grossier que rev&ecirc;taient les ermites) sert commun&eacute;ment &agrave; d&eacute;signer la mystique islamique. Il recouvre une multitude de courants, souvent divergents dans leur pratique et leur doctrine. Le soufisme est reconnu en Islam comme une d&eacute;marche religieuse &agrave; part enti&egrave;re, m&ecirc;me s&#39;il suscite souvent des r&eacute;actions de rejet de la part de l&#39;orthodoxie sunnite.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"abyssin\" title=\"abyssin\"><\/a><strong>L&#39;&eacute;pisode abyssin de la vie du Proph&egrave;te<\/strong><br \/>\n\tQuelques ann&eacute;es avant l&#39;H&eacute;gire (&eacute;migration massive des premiers Musulmans vers M&eacute;dine), la pers&eacute;cution devint si redoutable que Mahomet envoya un groupe de ses partisans chercher refuge en Abyssinie. Le souverain chr&eacute;tien de ce pays leur fit bon accueil&nbsp;; la tradition rapporte qu&#39;il fut &eacute;mu aux larmes en entendant ces Arabes affirmer la plus profonde v&eacute;n&eacute;ration pour J&eacute;sus et la Sainte-Vierge.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong><a name=\"respect\" title=\"respect\"><\/a>La tradition historique de respect des autres religions<\/strong><a name=\"respect\" title=\"respect\"><\/a><br \/>\n\tLa notion de l&#39;Islam r&eacute;pandu par l&#39;&eacute;p&eacute;e (du moins pour les premiers temps de l&#39;expansion arabe) est abandonn&eacute;e depuis que l&#39;&eacute;tude critique des sources a montr&eacute; que les Arabes vainqueurs ne laiss&egrave;rent jamais aux vaincus l&#39;alternative de se convertir ou d&#39;&ecirc;tre extermin&eacute;s. Ils contraignaient simplement les Gens du Livre (les Juifs et les Chr&eacute;tiens) au paiement d&#39;une capitation et &agrave; l&#39;all&eacute;geance au souverain, moyennant quoi ils garderaient le droit de s&#39;administrer. C&#39;est le statut de dhim&icirc;&nbsp;:\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em>Ne controversez avec les Gens du Livre que de la plus belle sorte, sauf avec ceux qui auraient fait preuve d&#39;iniquit&eacute;.<br \/>\n\tDites, par exemple&nbsp;: &quot;Nous croyons &agrave; la descente sur nous op&eacute;r&eacute;e, &agrave; la descente sur vous op&eacute;r&eacute;e. Notre Dieu ne fait qu&#39;un avec le v&ocirc;tre. A lui nous nous soumettons.&quot;&nbsp;<\/em><br \/>\n\tCoran, XXIX, 46 (Trad. J.Berque).\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLes Arabes victorieux eurent t&ocirc;t fait d&#39;assimiler les Zoroastriens de Perse aux Gens du Livre. Seuls les pa&iuml;ens idol&acirc;tres, auxquels les Musulmans eurent rarement affaire au d&eacute;but, subirent des traitements plus durs. La pr&eacute;occupation majeure des conqu&eacute;rants ne semble nulle part avoir &eacute;t&eacute; la conversion directe des vaincus, mais l&#39;&eacute;tablissement de leur propre h&eacute;g&eacute;monie et l&#39;organisation du paiement du tribut qui en &eacute;tait la cons&eacute;quence imm&eacute;diate. L&#39;histoire raconte que le calife Omar ne voulut entrer &agrave; J&eacute;rusalem qu&#39;avec un petit nombre de ses compagnons. Il demanda au patriarche Sophronius de l&#39;accompagner dans tous les lieux consacr&eacute;s &agrave; la tradition religieuse et d&eacute;clara ensuite aux habitants qu&#39;ils &eacute;taient en s&ucirc;ret&eacute;, que leurs biens et leur &eacute;glises seraient respect&eacute;s, et que les Musulmans ne pourraient faire leurs pri&egrave;res dans les &eacute;glises chr&eacute;tiennes. La conduite d&#39;Amrou en Egypte ne fut pas moins bienveillante. Il proposa aux habitants une libert&eacute; religieuse compl&egrave;te, une justice impartiale pour tous, l&#39;inviolabilit&eacute; des propri&eacute;t&eacute;s et le remplacement des imp&ocirc;ts excessifs des empereurs grecs par un tribut annuel.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"inverbation\" title=\"inverbation\"><\/a><strong>Inverbation<\/strong><br \/>\n\tLe Coran est consid&eacute;r&eacute; par les Musulmans comme le livre saint par excellence. C&#39;est la parole de Dieu devenue livre (inverbation). La th&eacute;ologie musulmane a d&#39;abord d&eacute;battu d&#39;un propos crucial&nbsp;: le Coran est-il cr&eacute;&eacute; ou incr&eacute;&eacute;&nbsp;? La majorit&eacute; des savants consid&egrave;re qu&#39;un livre qui est la parole de Dieu ne peut pas avoir &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; puisque la parole de Dieu a toujours exist&eacute;. Le Coran serait donc incr&eacute;&eacute; et &eacute;ternel&nbsp;: telle est la position de la doctrine classique.\n<\/p>\n<hr style=\"color: #000000;\" \/>\n<h2 style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t<a name=\"inverbation\" title=\"inverbation\"><\/a>Quelques termes<br \/>\n<\/h2>\n<p style=\"color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;\">\n\t<a name=\"etiologie\" title=\"etiologie\"><\/a><strong>Etiologie<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong><br \/>\n\tD&#39;&eacute;tude des causes des maladies, l&#39;&eacute;tiologie devient aussi synonyme de recherche des causes objectives d&#39;un rite ou d&#39;une coutume.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"eschatologie\" title=\"eschatologie\"><\/a><strong>Eschatologie&nbsp;<\/strong><br \/>\n\tCe qui a trait aux th&eacute;ories et r&eacute;cits de la fin du monde et de l&#39;homme, ainsi qu&#39;&agrave; la r&eacute;surrection et au jugement dernier.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"mosaisme\" title=\"mosaisme\"><\/a><strong>Mosa&iuml;sme<\/strong><br \/>\n\tEnsemble des doctrines et institutions religieuses que les Juifs re&ccedil;urent de Mo&iuml;se. Synonyme de Juda&iuml;sme.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"transoxiane\" title=\"transoxiane\"><\/a><strong>Transoxiane<\/strong><br \/>\n\tNom donn&eacute; &agrave; une r&eacute;gion d&#39;Asie s&#39;&eacute;tendant au sud-est de la mer d&#39;Aral vers les contreforts de l&#39;Hindou-Kouch, comprenant les villes de Samarcande et de Boukhara.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tSources&nbsp;: Jacques Berque&nbsp;;&nbsp;<em>D&eacute;couverte de l&#39;Islam<\/em>, par Roger du Pasquier, Paris, Seuil, 1984&nbsp;;&nbsp;<em>Encyclop&eacute;die de l&#39;Islam<\/em>&nbsp;;&nbsp;<em>L&#39;Islam,<\/em>&nbsp;par Anne-Marie Delcambre, Paris, La D&eacute;couverte, 1991&nbsp;;&nbsp;<em>Dictionnaire encyclop&eacute;dique de l&#39;Islam<\/em>, par Cyril Glass&eacute;, Paris, Bordas, 1991.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<a name=\"transoxiane\" style=\"color: #000000;\" title=\"transoxiane\"><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte est paru initialement dans Le Temps strat&eacute;gique&nbsp;No 64, Gen&egrave;ve, juin 1995. Il a &eacute;t&eacute; publi&eacute; aux &eacute;ditions Sindbad-Actes Sud, Paris, 2003, avant-propos et&nbsp;postface de R&eacute;da Benkirane Jacques Berque&nbsp;a, dans sa jeunesse, &eacute;tudi&eacute; l&#39;arabe en vivant en tribu dans la r&eacute;gion du Hodna alg&eacute;rien et le droit musulman avec &#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=622\"> Continue reading<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":421,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-622","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/622","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=622"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/622\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/421"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=622"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}