{"id":595,"date":"2014-05-27T07:22:38","date_gmt":"2014-05-27T07:22:38","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=595"},"modified":"2014-05-27T07:22:38","modified_gmt":"2014-05-27T07:22:38","slug":"megalopoles-un-phenomene-irreversible","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=595","title":{"rendered":"M\u00e9galopoles, un ph\u00e9nom\u00e8ne irr\u00e9versible"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\">par R\u00e9da Benkirane<\/span><br style=\"color: #000000;\" \/><br style=\"color: #000000;\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"color: #000000;\" title=\"Image\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/logo\/pltg.gif\" alt=\"Image\" width=\"119\" height=\"19\" border=\"0\" hspace=\"6\" \/><br style=\"color: #000000;\" \/><br style=\"color: #000000;\" \/><span style=\"color: #000000;\">13 juin 1996<\/span><\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">R\u00e9unies \u00e0 Istanbul \u00e0 l&rsquo;occasion de la conf\u00e9rence Habitat II, les Nations Unies consacrent leur dernier grand sommet du si\u00e8cle \u00e0 un sujet capital, celui de l&rsquo;urbanisation qui concernera plus de la moiti\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9 en 2000, ses deux tiers en 2025. La multiplication et la croissance des villes en m\u00e9galopoles (plus de 10 millions d&rsquo;habitants) est un ph\u00e9nom\u00e8ne irr\u00e9versible dont les implications modifient jusqu&rsquo;aux conditions climatiques de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>L&rsquo;urbanisation est un ph\u00e9nom\u00e8ne brutal et total. La ville a bien 5000 ans d&rsquo;\u00e2ge, mais une rupture radicale s&rsquo;y op\u00e8re depuis deux si\u00e8cles. La r\u00e9volution urbaine, d\u00e9bordant les r\u00e9volutions agricole, industrielle et informatique, a consacr\u00e9 en Europe la fin des paysans. Ce processus se propage maintenant vers le sud. D\u00e9mographie et urbanisation se couplent sur un espace-probl\u00e8me: l&rsquo;\u00e9quation \u00e0 r\u00e9soudre se pose en termes de surnombre et survie. Comment habiter, alimenter, penser la m\u00e9galopole de demain, plus particuli\u00e8rement ces g\u00e9antes d&rsquo;Afrique-Asie profil\u00e9es \u00e0 plus de 20 millions d&rsquo;habitants?<\/p>\n<p>Dans les entrailles de Lagos, Le Caire, Bombay et tant d&rsquo;autres, s&rsquo;\u00e9panche l&rsquo;assaut du nombre, flux ingouvernable. Comment le canaliser, le diff\u00e9rer vers les villes secondaires de l&rsquo;arri\u00e8re-pays? L&rsquo;espace urbain est un espace en fragmentation, sous-int\u00e9gr\u00e9 et in\u00e9galitaire, attestant de l&rsquo;inad\u00e9quation entre urbanisme et urbanisation. o\u00f9 est la coh\u00e9rence de la cit\u00e9 traditionnelle, mod\u00e8le perdu \u00e0 jamais? O\u00f9 commence et finit la ville d&rsquo;aujourd&rsquo;hui? Qu&rsquo;en est-il de l&rsquo;agriculture quand l&rsquo;humanit\u00e9 bascule dans les champs de b\u00e9ton et bitume?<\/p>\n<p>Bidonville, mot n\u00e9 \u00e0 Casablanca dans les ann\u00e9es 20, se d\u00e9cline depuis sous plusieurs langues (karyan, favela, gene\u00e7onduk,&#8230;) et d\u00e9crit la palette vari\u00e9e de l&rsquo;habitat des pauvres (carton, plastique, t\u00f4le, bois, pis\u00e9, etc.). Cette forme d&rsquo;habitat pr\u00e9caire n&rsquo;est qu&rsquo;une des diff\u00e9rentes cat\u00e9gories d&rsquo;un secteur immobilier qualifi\u00e9 successivement de \u00ab\u00a0clandestin\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0spontan\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0non-r\u00e9glementaire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0non-structur\u00e9\u00a0\u00bb&#8230; La difficult\u00e9 de nommer (si ce n&rsquo;est par la n\u00e9gative) dit aussi comment se d\u00e9ploie cette urbanisation \u00e0 \u00ab\u00a0structure dissipative\u00a0\u00bb, en recomposition permanente. Ici, des communaut\u00e9s survivent et produisent malgr\u00e9 tout, s&rsquo;entassant \u00e0 6-8 personnes par pi\u00e8ce quand l&rsquo;espace vital par habitant n&rsquo;exc\u00e8de pas un m\u00e8tre, payant plus cher que les autres usagers de l&rsquo;espace urbain l&rsquo;eau, l&rsquo;\u00e9clairage, leurs d\u00e9placements. L\u00e0, ils contournent un droit foncier inadapt\u00e9 pour \u00e9difier un quartier, une ville nouvelle conformes cette fois aux normes urbanistiques et pourtant sans permis de construire. Du d\u00e9sordre d\u00e9coule aussi le processus endog\u00e8ne de r\u00e9gulation de la crise urbaine: la construction \u00ab\u00a0informelle\u00a0\u00bb assure entre 25 et 30% des logements produits.<\/p>\n<p>Ph\u00e9nom\u00e8ne complexe, l&rsquo;urbanisation reste difficile \u00e0 appr\u00e9hender, \u00e0 formuler et encore plus \u00e0 contr\u00f4ler. N\u00e9anmoins deux principes g\u00e9n\u00e9raux semblent \u00e9merger;<em>\u00a0densit\u00e9<\/em>\u00a0et\u00a0<em>diversit\u00e9<\/em>. La (haute) densit\u00e9 r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ces masses humaines soumises \u00e0 l&rsquo;attraction du champ urbain qui condense habitat et habitant et capte l&rsquo;essentiel des activit\u00e9s culturelles et \u00e9conomiques du territoire national. Un p\u00f4le urbain comme Istanbul concentre d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;\u00e9quivalent de la population totale de Suisse. Monopolistique, la m\u00e9galopole est une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0Cit\u00e9-nation\u00a0\u00bb au sein de l&rsquo;Etat-nation; volontiers connect\u00e9e \u00e0 d&rsquo;autres \u00ab\u00a0urbanit\u00e9s\u00a0\u00bb de l&rsquo;espace-monde, elle est trop souvent ignorante, oublieuse des terroirs &#8211; qui risquent \u00e0 terme de devenir des\u00a0<em>terrae incognitae<\/em>\u00a0propices \u00e0 la dissidence et \u00e0 la gu\u00e9rilla. La diversit\u00e9 urbaine quant \u00e0 elle renvoie aux origines socioculturelles des habitants, aux strat\u00e9gies de survie, \u00e0 la mobilit\u00e9 r\u00e9sidentielle, aux structures et la diss\u00e9mination familiales. La diversit\u00e9 met en outre l&rsquo;accent sur l&rsquo;individu-citoyen, ses droits, sa contestation, sa cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<p>Car enfin l&rsquo;urbanisation est aussi un ph\u00e9nom\u00e8ne culturel. Qu&rsquo;il se situe dans l&rsquo;immense conurbation Milan-Dublin, au Moyen-Orient ou au Sud-est asiatique, le plus grand nombre cherche son identit\u00e9, ses marques perdues, entre ruralit\u00e9 originaire et citadinit\u00e9 d\u00e9class\u00e9e. L&rsquo;espace urbain est le cadre unique o\u00f9 s&rsquo;esquissent des projets de soci\u00e9t\u00e9. Leurs succ\u00e8s s&rsquo;exprimeront de plus en plus lors de scrutins municipaux (comme \u00e0 Istanbul), refl\u00e9tant non pas la richesse des \u00ab\u00a0philosophies\u00a0\u00bb en jeu, mais l&rsquo;ancrage au quotidien dans les bas-fonds sociologiques, collant \u00e0 l&rsquo;angoisse profonde et aux attentes concr\u00e8tes des habitants. De nouvelles logiques sociales na\u00eetront pour tenter de r\u00e9parer l&rsquo;amn\u00e9sie historique induite par le formidable exode rural de ce si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Les transformations actuelles relatives au logement, \u00e0 la formation et au travail, qui nous surprennent par leurs mondialisme et radicalisme, trouveront quelques rem\u00e8des dans l&rsquo;oeuvre de ces masses urbaines grandissant au milieu de mis\u00e8re, clameurs et lumi\u00e8re.<\/p>\n<div style=\"color: #000000;\" align=\"right\">R\u00e9da Benkirane<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R\u00e9da Benkirane13 juin 1996 R\u00e9unies \u00e0 Istanbul \u00e0 l&rsquo;occasion de la conf\u00e9rence Habitat II, les Nations Unies consacrent leur dernier grand sommet du si\u00e8cle \u00e0 un sujet capital, celui de l&rsquo;urbanisation qui concernera plus de la moiti\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9 en 2000, ses deux tiers en 2025. 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