{"id":583,"date":"2014-05-27T07:12:54","date_gmt":"2014-05-27T07:12:54","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=583"},"modified":"2014-05-27T07:12:54","modified_gmt":"2014-05-27T07:12:54","slug":"le-syndrome-du-golfe","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=583","title":{"rendered":"Le syndrome du Golfe"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\">par R\u00e9da Benkirane<\/span><br style=\"color: #000000;\" \/><br style=\"color: #000000;\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"color: #000000;\" title=\"Tribune de Gen\u00e8ve\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/logo\/pltg.gif\" alt=\"Tribune de Gen\u00e8ve\" width=\"119\" height=\"19\" align=\"left\" border=\"0\" hspace=\"1\" \/><br style=\"color: #000000;\" \/><br style=\"color: #000000;\" \/><span style=\"color: #000000;\">17 janvier 1997<\/span><\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">Le 17 janvier 1991, il y a donc six ans aujourd&rsquo;hui, les troupes coalis\u00e9es d\u00e9clenchaient la guerre du Golfe pour obtenir \u00ab\u00a0la lib\u00e9ration du Kowe\u00eft\u00a0\u00bb. Une quarantaine de jours plus tard, cette guerre prenait fin, ayant atteint tous ses objectifs. Les alli\u00e9s d\u00e9ploraient tout au plus une centaine de morts. Un bilan triomphal. Mais six ann\u00e9es plus tard, l&rsquo;euphorie a laiss\u00e9 place \u00e0 un r\u00e9veil traumatisant.<\/p>\n<p>En d\u00e9clarant au mois d&rsquo;octobre 1996 que 24 000 v\u00e9t\u00e9rans de la guerre du Golfe ont \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9s par des agents neurotoxiques, le Pentagone met fin \u00e0 cinq ann\u00e9es de dissimulation et de d\u00e9n\u00e9gations sur le myst\u00e9rieux syndrome du Golfe. Suite \u00e0 la destruction de l&rsquo;arsenal chimique irakien de Kamisiyah et de ses environs men\u00e9e les 4 et 10 mars 1991 par des troupes am\u00e9ricaines, quelque 5% du contingent am\u00e9ricain envoy\u00e9 sur sol saoudien serait d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 affect\u00e9 par cette maladie \u00e9trange perturbant gravement les syst\u00e8mes nerveux central, respiratoire et cardio-vasculaire. Les officiels am\u00e9ricains n&rsquo;excluent pas de voir les chiffres enfler: 130 000 hommes \u00e9taient sur la ligne de front lorsque fut d\u00e9truit 4,8 tonnes de gaz sarin. Un corps d&rsquo;infanterie britannique se trouvait \u00e9galement dans la zone incrimin\u00e9e et le nuage chimique pourrait, d&rsquo;apr\u00e8s des simulations sur ordinateur men\u00e9es par la CIA, s&rsquo;\u00eatre \u00e9galement propag\u00e9 en territoire saoudien.<\/p>\n<p>Ce ou plut\u00f4t ces syndromes recouvrent toutes sortes de troubles touchant non seulement les v\u00e9t\u00e9rans mais aussi leurs femmes et enfants: naus\u00e9es, fatigue, n\u00e9vralgies, perte de m\u00e9moire, difficult\u00e9s respiratoires, douleurs musculaires et ligamentaires, crampes, urticaire, probl\u00e8mes sexuels, fausses couches, et un taux fort \u00e9lev\u00e9 de naissances avec anomalies physiologiques et autres d\u00e9ficiences sont les principaux sympt\u00f4mes provoqu\u00e9s par la contamination chimique. Pour ce qui est du mode de propagation de ce mal, les recherches s&rsquo;orienteraient sur les risques de contagion par infections virale et bact\u00e9rienne. Aux Etats-Unis, les associations de victimes du syndrome du Golfe estiment \u00e0 plus de 80 000 le nombre de soldats am\u00e9ricains atteints par le fl\u00e9au.<\/p>\n<p>De nombreuses interrogations subsistent quant aux facteurs qui seraient \u00e0 l&rsquo;origine du mal. Car outre la destruction du bunker chimique irakien, avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9galement mis en cause les vaccins administr\u00e9s en pr\u00e9vention contre les armes chimiques, l&rsquo;utilisation massive par les Am\u00e9ricains d&rsquo;uranium appauvri dans les projectiles antichars ainsi que les fum\u00e9es toxiques des puits de p\u00e9trole kowe\u00eftiens en feu.<\/p>\n<p>Une guerre \u00ab\u00a0courte\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0propre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0chirurgicale\u00a0\u00bb, tel \u00e9tait en substance le message quotidiennement martel\u00e9 des mois durant \u00e0 l&rsquo;intention de l&rsquo;opinion publique occidentale. Les experts militaires avaient \u00e9labor\u00e9 un marketing de haute vol\u00e9e collant parfaitement aux attentes du public et qu&rsquo;on peut r\u00e9sumer de la sorte: consentir \u00e0 mener une guerre sous r\u00e9serve de r\u00e9duire \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 z\u00e9ro les pertes en vies humaines (occidentales). Il fallait \u00e9galement que la guerre soit per\u00e7ue comme un affrontement \u00e0 haute technologie, o\u00f9 les films de relations publiques produits par le Pentagone exhibaient des avions sophistiqu\u00e9s larguant des bombes \u00ab\u00a0intelligentes\u00a0\u00bb. A la t\u00e9l\u00e9vision, une telle repr\u00e9sentation, sans \u00e9claboussures de sang et autres salissures humaines, offrait l&rsquo;avantage de conforter les spectateurs am\u00e9ricains dans un patriotisme exacerb\u00e9 doubl\u00e9 d&rsquo;un culte irr\u00e9fl\u00e9chi de la technologie. Strat\u00e8ges, \u00e9conomistes, et autres sp\u00e9cialistes louaient les vertus d&rsquo;un nouvel ordre international et d&rsquo;une police plan\u00e9taire.<\/p>\n<p>Se peut-il que cette guerre ait \u00e9t\u00e9 une des plus grandes op\u00e9rations de manipulation qui soient? On peut l\u00e9gitimement se poser la question lorsqu&rsquo;on voit comment l&rsquo;administration am\u00e9ricaine a cherch\u00e9 \u00e0 couvrir la contamination de ses propres troupes par du gaz innervant. Cela en dit long, par ailleurs, sur ce qu&rsquo;a endur\u00e9 la population irakienne sous l&rsquo;effet conjugu\u00e9 de la guerre et de l&#8217;embargo onusien.<\/p>\n<p>La version b\u00eata de la guerre de l&rsquo;information r\u00e9v\u00e9la une couverture m\u00e9diatique sans pr\u00e9c\u00e9dent mais qui parall\u00e8lement fut \u00ab\u00a0contr\u00f4l\u00e9e\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0censur\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e9tait le mot utilis\u00e9 pour le camp adverse) dans ses moindres d\u00e9tails par les militaires am\u00e9ricains. Info ou intox? Jean Baudrillard, penseur de l&rsquo;hyperr\u00e9alisme a \u00e9crit un essai concluant que\u00a0<em>La guerre du Golfe n&rsquo;a pas eu lieu.<\/em>\u00a0Et d&rsquo;une certaine fa\u00e7on il a raison d&rsquo;ignorer les 100 000 \u00e0 300 000 morts irakiens: ils n&rsquo;apparaissait pas sur l&rsquo;\u00e9cran cathodique, confinaient qu&rsquo;ils \u00e9taient dans le champ aveugle de la guerre. Aujourd&rsquo;hui, la couverture m\u00e9diatique \u00e0 laiss\u00e9 place \u00e0 une amn\u00e9sie des \u00e9v\u00e9nements. C&rsquo;est dans ce contexte d&rsquo;effacement de la m\u00e9moire collective (qui se souvient encore du feuilleton\u00a0<em>Desert Storm\u00a0<\/em>sur CNN?) qu&rsquo;est survenue l&rsquo;annonce du Pentagone.<\/p>\n<p>Le syndrome du Golfe vient rappeler une \u00e9vidence. Il n&rsquo;est pas possible de mener une guerre par satellite, avion furtif et \u00e9cran interpos\u00e9s. Le monde occidental voulait intens\u00e9ment croire \u00e0 l&rsquo;invincibilit\u00e9 de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine, \u00e0 ses capacit\u00e9s d&rsquo;intervention. Refoul\u00e9s dans l&rsquo;inconscient collectif am\u00e9ricain, les victimes du syndrome du Golfe rejoignent \u00e0 pr\u00e9sent les bless\u00e9s, cicatrices peu glorieuses, de la guerre du Vietnam. Ayant vibr\u00e9 aux exploits a\u00e9roport\u00e9s de leurs<em>\u00a0boys<\/em>, les citoyens am\u00e9ricains d\u00e9couvrent avec stupeur l&rsquo;\u00e2pre v\u00e9rit\u00e9: des \u00ab\u00a0dommages collat\u00e9raux\u00a0\u00bb \u00e0 retardement, ultime leurre de la \u00ab\u00a0guerre-\u00e9clair\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"right\">R\u00e9da Benkirane<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R\u00e9da Benkirane17 janvier 1997 Le 17 janvier 1991, il y a donc six ans aujourd&rsquo;hui, les troupes coalis\u00e9es d\u00e9clenchaient la guerre du Golfe pour obtenir \u00ab\u00a0la lib\u00e9ration du Kowe\u00eft\u00a0\u00bb. Une quarantaine de jours plus tard, cette guerre prenait fin, ayant atteint tous ses objectifs. 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