{"id":546,"date":"2014-05-27T06:43:26","date_gmt":"2014-05-27T06:43:26","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=546"},"modified":"2014-05-27T06:43:26","modified_gmt":"2014-05-27T06:43:26","slug":"son-et-lumiere-sur-le-nil","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=546","title":{"rendered":"Son et lumi\u00e8re sur le Nil"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\">par R\u00e9da Benkirane<\/span><\/p>\n<p style=\"color: #000000;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Le Nouveau Quotidien, Lausanne\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/logo\/glnq.gif\" alt=\"Le Nouveau Quotidien, Lausanne\" width=\"140\" height=\"26\" align=\"left\" border=\"0\" hspace=\"1\" \/><\/p>\n<p>29 novembre 1996<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"justify\">L&rsquo;\u00c9gypte a f\u00eat\u00e9 cette ann\u00e9e son centenaire du cin\u00e9ma. Le 7e art est donc une tradition solidement ancr\u00e9e, en m\u00eame temps qu&rsquo;une industrie culturelle, dans un pays qui marque d\u00e9j\u00e0, par ses lettres et sa musique, le monde arabe contemporain.<\/p>\n<p>C&rsquo;est avec l&rsquo;av\u00e8nement du parlant que le cin\u00e9ma \u00e9gyptien prend sa dimension multinationale. Un v\u00e9ritable Hollywood sur le Nil est en marche d\u00e8s les ann\u00e9es 30. Les publics arabes sont avides de cette image \u00e9prise de modernit\u00e9 &#8211; symbole identitaire qui annonce la fin de la nuit coloniale. Aussi lorsque survient en 1952 la r\u00e9volution de Nasser, l&rsquo;Egypte va naturellement se tailler un cin\u00e9ma \u00e0 la mesure de ses ambitions sociopolitiques. Des films de qualit\u00e9 sortent, malgr\u00e9 la censure, de la p\u00e9pini\u00e8re de l&rsquo;Institut \u00e9gyptien du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 50 le cin\u00e9ma \u00e9gyptien a entam\u00e9 sa mue: il peaufine ses m\u00e9lodrames, \u00e9rotise ses personnages en convoquant des \u00e9crivains-sc\u00e9naristes de renom tels Naguib Mahfouz (<em>Je<\/em><em>\u00a0suis\u00a0<\/em><em>libre<\/em>) ou Youssef Idriss et\/ou en adaptant leurs romans. La panoplie d&rsquo;acteurs constitue un immense r\u00e9servoir de talents, qui alimente en continu le star-system et la production d&rsquo;une soixantaine de longs m\u00e9trages par an.<\/p>\n<p>Une d\u00e9cennie plus tard, ce cin\u00e9ma cherche \u00e0 prendre du recul avec le lyrisme de la r\u00e9volution. La d\u00e9sillusion s&rsquo;installe durablement avec la guerre des six jours (1967). Les cin\u00e9astes en appellent d\u00e9sormais au culte de la lucidit\u00e9. Des oeuvres plus individuelles, critiques (<em>Le moineau\u00a0<\/em>par exemple), font battre en br\u00e8che le mythe de la modernisation politique, d\u00e9non\u00e7ant notamment la collusion de l&rsquo;intelligentsia avec le pouvoir.<\/p>\n<p>Voici d&rsquo;abord Youssef Chahine. R\u00e9alisateur au talent largement reconnu dans les capitales europ\u00e9ennes&#8230; Mais peut-\u00eatre cet esth\u00e8te de la tol\u00e9rance camoufle-t-il \u00e0 son corps d\u00e9fendant la diversit\u00e9 du cin\u00e9ma \u00e9gyptien. Chahine est moins produit de la tourbe du Nil, que le natif d&rsquo;Alexandrie, m\u00e9tiss\u00e9, multiconfessionnel, amant affranchi, brouillon, en un mot; m\u00e9diterran\u00e9en, et donc plus proche, visible et lisible.<\/p>\n<p>Salah Abou Seif est l&rsquo;autre ma\u00eetre du cin\u00e9ma. Toute l&rsquo;oeuvre de cet enfant pauvre de Boulaq &#8211; un quartier populaire du Caire &#8211; t\u00e9moigne de son souci de coller au r\u00e9el, de l&rsquo;amour qu&rsquo;il porte aux gens du peuple. Son champ d&rsquo;investigation; la vie de quartier ou de village (<em>La sangsue, La seconde \u00e9pouse<\/em>). La cam\u00e9ra excelle dans un r\u00e9alisme po\u00e9tique qui s&rsquo;apparente \u00e0 celui de Marcel Carn\u00e9; redoutable de v\u00e9racit\u00e9 lorsqu&rsquo;elle d\u00e9cortique l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 sociale (<em>Al bidaya<\/em>), chaleureuse, sensuelle, intimiste quand elle \u00e9voque la vie des humbles.<\/p>\n<p><em>La momie<\/em>, un jet sublime \u00e9mergeant des t\u00e9n\u00e8bres et des s\u00e9pultures; oeuvre unique qui puise ses fondations dans les sous-sols mythologiques. Chadi Abdessalam, l&rsquo;homme d&rsquo;un seul film, pose une question lancinante, atypique au sein d&rsquo;une prolifique et bruyante filmographie. Quels rapports, autres que la profanation et le pillage, nos civilisations mat\u00e9rialistes savent-elles encore tisser avec l&rsquo;antique m\u00e9moire?<\/p>\n<p>Sous le r\u00e8gne de Sadate, l&rsquo;heure est au reniement de soi. Voici l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;ouverture (<em>infitah<\/em>), l&rsquo;Egypte consent enfin \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisation du monde: ann\u00e9es de fric, d\u00e9lire consum\u00e9riste, reflux de la gauche, d\u00e9clin des nationaliste arabes, mont\u00e9e silencieuse des n\u00e9o-fondamentalistes. Le cin\u00e9ma \u00e9gyptien oscille entre une production commerciale, trop souvent de pacotille, et quelques \u00e9clairs de lucidit\u00e9 qui fondent le\u00a0<em>nouveau cin\u00e9ma<\/em><em>\u00e9gyptien<\/em>. Celui-ci acc\u00e8de \u00e0 la notori\u00e9t\u00e9 dans la d\u00e9cennie 80 en contant les d\u00e9boires et d\u00e9sirs de l&rsquo;<em>individu arabe<\/em><em>contemporain.<\/em>\u00a0Des r\u00e9alisateurs comme Mohamed Khan, Kha\u00efri Bechara, Daoud Abdel Sayed, Atef Tayeb reprennent la trace f\u00e9conde \u00e9bauch\u00e9 par Abou Seif; ils s&rsquo;attachent \u00e0 reproduire ces ondes contradictoires qui traversent la soci\u00e9t\u00e9 civile. Cin\u00e9ma-v\u00e9rit\u00e9 qui n&rsquo;a de cesse de d\u00e9noncer la d\u00e9cennie in\u00e9gal\u00e9e de l&rsquo;arrivisme et de la corruption. L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e nouvelle se d\u00e9roule dans la rue, dans les bas-fonds du quotidien, elle s&rsquo;adresse au plus grand nombre enfant\u00e9 par l&rsquo;exode rural, qui cherche, d\u00e9senchant\u00e9, de nouvelles valeurs-racines entre ruralit\u00e9 d\u00e9saffect\u00e9e et citadinit\u00e9 d\u00e9class\u00e9e.<\/p>\n<p>Ahmed Zaki, dit \u00ab\u00a0l&rsquo;acteur au teint mat\u00a0\u00bb, est le h\u00e9ros populiste le plus repr\u00e9sentatif de cette nouvelle vague (<em>Les r\u00eaves<\/em>\u00a0<em>de Hind et Camelia, Epouse d&rsquo;un homme important, El bidaya<\/em>). \u00ab\u00a0Ma peau, pr\u00e9cise l&rsquo;acteur, c&rsquo;est l&rsquo;\u00c9gypte actuelle. Autrefois, le cosmopolitisme du Caire imposait ses images, ses figures aux spectateurs arabes. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est l&rsquo;\u00c9gypte profonde, r\u00e9elle, qui est pr\u00e9sente sur le grand \u00e9cran. Avant, elle copiait le cin\u00e9ma d&rsquo;Hollywood, aujourd&rsquo;hui elle n&rsquo;a plus de probl\u00e8me avec elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces derniers temps, le cin\u00e9ma \u00e9gyptien r\u00e9investit le champ politique en abordant le face-\u00e0-face infernal entre l&rsquo;Etat et les groupes islamistes arm\u00e9s. L&rsquo;humour, les fac\u00e9ties d&rsquo;un com\u00e9dien-producteur tel que Adel Imam (<em>Terrorisme et kebab<\/em>) se jouent des sujets les plus graves. Le mode de la d\u00e9rision touche le citoyen d\u00e9sabus\u00e9, d\u00e9joue la censure des uns et des autres et enfin engrange au passage de formidables succ\u00e8s commerciaux. Cet automne, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement cin\u00e9matographique est\u00a0<em>Nasser 56<\/em>, film politique retra\u00e7ant en noir et blanc les semaines o\u00f9 le ra\u00efs \u00e9gyptien, incarn\u00e9 ici par Ahmed Zaki, proclamait \u00e0 la face du monde la nationalisation du canal de Suez. Hommage du 7e art \u00e0 celui qui fut l&rsquo;homme arabe du si\u00e8cle; la nation se presse silencieuse dans les salles obscures pour se souvenir de la grandeur \u00e9chue.<\/p>\n<p>Ainsi donc, au n\u00e9ophyte du monde arabe, de ses joies et ses peines, une anthologie du cin\u00e9ma \u00e9gyptien figure une voie d&rsquo;approche possible.<\/p>\n<p style=\"color: #000000;\" align=\"right\">R\u00e9da Benkirane<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R\u00e9da Benkirane 29 novembre 1996 L&rsquo;\u00c9gypte a f\u00eat\u00e9 cette ann\u00e9e son centenaire du cin\u00e9ma. Le 7e art est donc une tradition solidement ancr\u00e9e, en m\u00eame temps qu&rsquo;une industrie culturelle, dans un pays qui marque d\u00e9j\u00e0, par ses lettres et sa musique, le monde arabe contemporain. C&rsquo;est avec l&rsquo;av\u00e8nement du &#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=546\"> Continue reading<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":23,"menu_order":19,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-546","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/546","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=546"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/546\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/23"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=546"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}