{"id":541,"date":"2014-05-26T21:39:33","date_gmt":"2014-05-26T21:39:33","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=541"},"modified":"2014-05-26T21:39:33","modified_gmt":"2014-05-26T21:39:33","slug":"maroc-les-dix-ans-de-regne-de-mohamed-vi","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=541","title":{"rendered":"Maroc, les dix ans de r\u00e8gne de Mohamed VI"},"content":{"rendered":"<p><strong>Une monarchie \u00ab\u00a0exp\u00e9rimentale\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0possibiliste\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>par R\u00e9da Benkirane<\/strong><\/p>\n<p><em>Le Soir Echos<\/em><em>\u00a0<\/em>(quotidien ind\u00e9pendant)<em>,\u00a0<\/em>Casablanca, 23 et 24 juillet 2009<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Au d\u00e9but du r\u00e8gne de Mohamed VI, le Maroc v\u00e9cut un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0Etat de gr\u00e2ce\u00a0\u00bb. R\u00e9trospectivement, cette phase fut la plus cr\u00e9ative sur le plan politique depuis l\u2019ind\u00e9pendance (1956). A un moment donn\u00e9, cette phase exploratrice et \u00ab\u00a0possibiliste\u00a0\u00bb cessa, et l&rsquo;occasion d&rsquo;une r\u00e9forme profonde de la monarchie fut perdue.Qu\u2019est-ce qui a manqu\u00e9 \u00e0 un d\u00e9but de r\u00e8gne prometteur\u00a0? Qu\u2019est-ce qui n\u2019a pas fonctionn\u00e9\u00a0? Quand donc le monde s\u2019est-il d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience politique marocaine\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><strong>Versions PDF<\/p>\n<p>Article 1 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Article 2<br \/>\n<\/strong><br \/>\n<strong><a style=\"color: #4d6aba;\" href=\"https:\/\/archipress.org\/docs\/pdf\/Le%20Soir%20Echos%201.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/Lesoir1.JPG\" alt=\" \" width=\"200\" height=\"272\" align=\"left\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/a><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><a style=\"color: #4d6aba;\" href=\"https:\/\/archipress.org\/docs\/pdf\/Le%20Soir%20Echos%202.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/Lesoir2.JPG\" alt=\" \" width=\"200\" height=\"268\" \/><\/a><span style=\"color: #000000;\">\u00a0<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>V<\/strong>u d\u2019Europe et du Machreq, l&rsquo;aspect le plus notable des dix ann\u00e9es de r\u00e8gne de Mohamed VI aura \u00e9t\u00e9 celui de ses d\u00e9buts. Incontestablement, la\u00a0<em>premi\u00e8re ann\u00e9e<\/em>\u00a0de r\u00e8gne fut remarquable et audacieuse tant elle semblait marquer une rupture \u2013 r\u00e9demptrice, autocritique \u2013 avec le r\u00e8gne pr\u00e9c\u00e9dent et dans le m\u00eame temps \u00e9pouser le cours de l\u2019histoire sociale du Maroc contemporain. L\u2019exp\u00e9rience de modernisation du pouvoir politique initi\u00e9e par Mohamed VI d\u00e8s son accession au tr\u00f4ne eut le m\u00e9rite de mettre tout de suite l\u2019accent sur les questions les plus essentielles concernant le devenir de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine ; en filigrane la question de la red\u00e9finition de l\u2019institution monarchique \u00e9tait pos\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<strong>En phase avec l\u2019histoire sociale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est que durant la p\u00e9riode 1970-2000, la soci\u00e9t\u00e9 marocaine s\u2019\u00e9tait consid\u00e9rablement modernis\u00e9e. L\u2019\u00e9volution d\u00e9mographique \u2013 dont la traduction la plus visible s\u2019exprimera dans la r\u00e9forme en 2004 du statut de la femme \u2013 avait rendu n\u00e9cessaire la mani\u00e8re de repenser tout le corps politique. Les Marocains sont-ils, en ce d\u00e9but de 21\u00e8me si\u00e8cle, toujours tenus d\u2019\u00e9voluer dans le cadre d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 aussi hi\u00e9rarchis\u00e9e que par le pass\u00e9, dans un rapport transcendantal \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 politique, et o\u00f9 la base est compos\u00e9e de multitudes et le sommet culminant en un corps mystique, r\u00e9unissant le Roi\/Sultan\/Commandeur, son aristocratie \u00e9lective et ses docteurs de la loi\/foi ? Dans une soci\u00e9t\u00e9 jeune et ouverte marqu\u00e9e par l\u2019alphab\u00e9tisation et l\u2019urbanisation de masse, les mouvements migratoires, une baisse drastique du taux de f\u00e9condit\u00e9, le recul de l\u2019\u00e2ge au mariage, mais aussi un persistent et dangereux taux de pauvret\u00e9, un paysage mental cliv\u00e9 entre extraversion culturelle et crispation identitaire, comment soutenir les notions d\u2019all\u00e9geance (<em>bay\u2019a<\/em>), de consultation (<em>shura<\/em>) et de consensus (<em>ijma\u2019<\/em>) sans les reformuler pour tenir compte des nouvelles dynamiques soci\u00e9tales et de la pression du plus grand nombre?<\/p>\n<p>Sur la sc\u00e8ne internationale, le jeune Mohamed VI ne pouvait pas passer inaper\u00e7u dans ses d\u00e9cisions rapides et hautement symboliques, lorsqu\u2019il exprima spontan\u00e9ment sa volont\u00e9 de tourner une page tr\u00e8s regrettable de l\u2019histoire du Maroc ind\u00e9pendant sur le plan de la r\u00e9pression politique et d\u2019ouvrir une autre page, o\u00f9 libert\u00e9 et cr\u00e9ativit\u00e9 seraient des principes d\u2019orientation r\u00e9conciliant les divers courants politiques par une d\u00e9mocratisation tangible, op\u00e9rative \u00e0 tous les niveaux. Pour la premi\u00e8re fois, les m\u00e9dias internationaux, les Nations-Unies, l\u2019univers des ONGs observaient la monarchie marocaine comme un laboratoire de la modernit\u00e9 politique en climat islamique. L\u2019islamisme marocain dans son expression non-violente et\/ou l\u00e9galiste y paraissait m\u00eame \u00eatre l\u2019agent d\u2019une s\u00e9cularisation et d\u2019une diff\u00e9rentiation des pouvoirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<strong>Reterritorialiser la monarchie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le nouveau Roi se r\u00e9v\u00e9la ainsi en politique par une \u00e9l\u00e9gance discr\u00e8te, un humanisme et un d\u00e9tachement vis-\u00e0-vis de la logique de pouvoir. A l\u2019\u00e9gard du \u00ab Cher Peuple \u00bb apostroph\u00e9 dans tous les discours royaux, il y avait quelque chose qui relevait de la\u00a0<em>r\u00e9paration<\/em>\u00a0et de la reconnaissance de la\u00a0<em>dette infinie<\/em>. Qui sinon ce \u00ab Cher Peuple \u00bb reterritorialisa la monarchie alaouite, mise en p\u00e9ril, \u00e9loign\u00e9e par la force coloniale pour \u00eatre insularis\u00e9e, oubli\u00e9e dans des \u00eeles secondaires (Corse-Madagascar, 1953-1955)?<\/p>\n<p>De 1956 \u00e0 1999, c\u2019est par la retraditionnalisation qu\u2019une formidable concentration des pouvoirs religieux, politique et \u00e9conomique fut rendue possible. Le probl\u00e8me de cette concentration si caract\u00e9ristique des r\u00e9gimes politiques arabes est qu\u2019elle n\u2019a pas profit\u00e9 aux peuples ni en prosp\u00e9rit\u00e9, ni en libert\u00e9 ni en ind\u00e9pendance politique v\u00e9ritable. Jusqu\u2019\u00e0 quand sera-t-elle le lieu et le signe de l\u2019impuissance du plus grand nombre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<strong>Pr\u00e9mices d\u2019une d\u00e9mocratie islamique du 21<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Transition de phase.<\/em>\u00a0En ce d\u00e9but de r\u00e8gne de Mohamed VI, le Maroc v\u00e9cut donc son \u00ab Etat de gr\u00e2ce \u00bb. R\u00e9trospectivement, cette phase fut la plus cr\u00e9ative sur le plan politique depuis l\u2019ind\u00e9pendance, tout un catalogue de possibles se d\u00e9ployait, la lib\u00e9ralisation de la parole, la moralisation de la vie \u00e9conomique, la lev\u00e9e de tabous de toutes sortes semblaient devenir effectives.\u00a0<em>Modernit\u00e9.<\/em>\u00a0Durant quelques mois, une ann\u00e9e peut-\u00eatre, l\u2019impression r\u00e9elle, palpable, laissait pr\u00e9sager que Mohamed VI se proposait d\u2019entreprendre une profonde r\u00e9forme de la monarchie et de son appareil \u00e9tatique, le\u00a0<em>Makhzen<\/em>. Il restait \u00e9galement \u00e0 inscrire dans la constitution une dignit\u00e9 ontologique du citoyen marocain devenant agent autonome, entrepreneur \u00e9conomique, acteur\/actant politique. Mais un projet de soci\u00e9t\u00e9 aussi vaste peut-il \u00e9maner d\u2019un seul homme, monarque en l\u2019occurrence ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La singularit\u00e9 de Mohamed VI en ses d\u00e9buts? Exp\u00e9rimenter des agencements possibles, coller \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, travailler sur le plan de l\u2019immanence. Sa qualit\u00e9 principale ? Il avait compris combien pour \u00eatre puissant, il fallait se dessaisir du pouvoir, affecter \u00e0 son encontre un \u00e9loignement, un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat salutaire pour d\u00e9l\u00e9guer, l\u00e2cher le jeu et tenter de renouveler le paysage politique. Plus le Roi\/Commandeur des Croyants s\u2019\u00e9l\u00e8ve au-dessus du pouvoir ex\u00e9cutif, plus il symbolise l\u2019autorit\u00e9 supr\u00eame, f\u00e9d\u00e8re les inqui\u00e9tudes et les impatiences, et plus les hommes sont libres ! Les historiens diront qu\u2019au commencement Mohamed VI chercha \u00e0 r\u00e9gner et non \u00e0 gouverner, mais que, face \u00e0 lui, il n\u2019y eut ni consultation ni consensus parmi la classe politique et l\u2019intelligentsia pour n\u00e9gocier au nom du peuple un partage des pouvoirs politique et \u00e9conomique. C\u2019est de guerre lasse \u2013 et faute de partenaires dans cette phase exp\u00e9rimentale \u2013 que Mohamed VI retourna au processus initi\u00e9 par son p\u00e8re, celui de l\u2019ouverture d\u00e9mocratique lente, \u00e0 \u00ab doses hom\u00e9opathiques \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu en 1999 d\u00e9passait les fronti\u00e8res du Maroc. Ce qui se jouait l\u00e0, c\u2019\u00e9tait la possibilit\u00e9 concr\u00e8te d\u2019instaurer une exp\u00e9rience de d\u00e9mocratie islamique. Class\u00e9 par les Nations Unies parmi les pays les plus arri\u00e9r\u00e9s en termes de d\u00e9veloppement humain, le Maroc, pour peu qu\u2019il p\u00fbt mener la modernisation de la monarchie, la d\u00e9mocratisation des pouvoirs politiques et \u00e9conomiques, pouvait se caler quasi instantan\u00e9ment dans la voie pav\u00e9e par trois pays du sud de l\u2019Union Europ\u00e9enne, Portugal, Espagne et Gr\u00e8ce, qui en trente ans sortirent de r\u00e9gimes typiques du Tiers Monde ; ces exp\u00e9riences plaidaient pour un sc\u00e9nario similaire ou \u00e0 tout le moins approchant pour le cas marocain. L\u2019enjeu est ici d\u2019autant plus consid\u00e9rable que la question de l\u2019islam et du pouvoir est au c\u0153ur des d\u00e9bats internationaux sur l\u2019\u00e9mergence d\u2019un syst\u00e8me mondial autant interd\u00e9pendant que multipolaire. On imagine l\u2019assistance de la communaut\u00e9 internationale, les appuis politiques et \u00e9conomiques, les investissements et partenariats d\u2019un co-d\u00e9veloppement, les transferts de savoirs dont aurait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 une telle exp\u00e9rience de transition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<strong>Partis politiques, intelligentsia ; une d\u00e9fection fatale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019est-ce qui a manqu\u00e9 \u00e0 ce d\u00e9but de r\u00e8gne si prometteur ? Qu\u2019est-ce qui n\u2019a pas fonctionn\u00e9 ? Quand la phase exp\u00e9rimentale, exploratrice a-t-elle cess\u00e9 ? Quand donc le monde s\u2019est-il d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience politique marocaine ?<\/p>\n<p>A un moment donn\u00e9, la phase exploratrice et \u00ab possibiliste \u00bb cessa. En toute logique et bonne foi, ceux qui plaident pour une monarchie \u00e9clair\u00e9e et d\u00e9mocratique ne peuvent imputer l\u2019enti\u00e8re responsabilit\u00e9 de cet \u00e9chec \u00e0 Mohamed VI qui eut, malgr\u00e9 tout, le r\u00e9alisme de ne jamais se pr\u00e9senter en Sauveur de la Nation. L\u2019occasion historique, tant attendue, d\u2019une r\u00e9forme de fond de la monarchie fut manqu\u00e9e par tous ceux qui se pr\u00e9tendaient \u2013 et que nous cr\u00fbmes \u2013 repr\u00e9senter les luttes populaires. A cet \u00e9gard, le r\u00f4le du gouvernement d\u2019\u00ab alternance \u00bb (1998-2002) initi\u00e9e dans les derni\u00e8res ann\u00e9es du r\u00e8gne de Hassan II fut d\u00e9terminant dans la dispersion des forces politiques populaires.<\/p>\n<p>La fin de l\u2019Etat de gr\u00e2ce incombe \u00e0 la d\u00e9fection majeure des h\u00e9ritiers des luttes des forces populaires, aux survivants des ann\u00e9es de plomb, aux h\u00e9rauts du socialisme et de la gauche militante. Beaucoup pleur\u00e8rent sur l\u2019honneur perdu de ces \u00e9loign\u00e9s des ann\u00e9es de plomb et autres condamn\u00e9s \u00e0 mort par contumace, de ces disciples de Mehdi Ben Barka qui, une fois admis au gouvernement de l\u2019alternance pens\u00e9 par Hassan II, tu\u00e8rent l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019alternance. Echec total. Insoutenable d\u00e9fection de l\u2019\u00eatre militant.<\/p>\n<p>Pour atteindre la certification insignifiante de bon commis de l\u2019Etat et de technocrates z\u00e9l\u00e9s, ces hommes et ces femmes renonc\u00e8rent \u00e0 leur ombre, \u00e0 la raison d\u2019\u00eatre de quarante ans d\u2019un \u00e2pre combat politique pour l\u2019av\u00e8nement d\u2019un changement v\u00e9ritable au Maroc dans l\u2019effectuation de la puissance. Au lieu de s\u2019impliquer dans les affaires de l\u2019Etat en vue d\u2019obtenir concession et r\u00e9trocession majeures du pouvoir en faveur des forces populaires, ils se compromirent irr\u00e9m\u00e9diablement. Attendus pour n\u00e9gocier, au moment opportun et pour plusieurs g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir, un accord historique entre la Monarchie et le Peuple, ils concoururent \u00e0 la division et \u00e0 la dispersion d\u00e9finitive d\u2019une Opposition qui cessa depuis lors d\u2019\u00eatre constructive et inventive, quand il fallait dans l\u2019urgence \u00e9tablir une charte d\u00e9mocratique r\u00e9unissant tout ce que le pays comptait comme forces militantes, douces et dures, mod\u00e9r\u00e9es et radicales. Ce travail de mobilisation politique \u2013 qui reste en soi une mise en acte de l\u2019esprit public et patriotique \u2013 a manqu\u00e9 et le renouvellement d\u2019un pacte national scellant l\u2019all\u00e9geance, la consultation et le consensus n\u2019a pu avoir lieu.<\/p>\n<p>De plus, le gouvernement de l\u2019 \u00ab alternance \u00bb joua un r\u00f4le n\u00e9faste en amplifiant la diabolisation de la mouvance islamiste marocaine. D\u00e9j\u00e0 vu. Faire des islamistes radicaux des boucs \u00e9missaires n\u2019est d\u2019ailleurs pas sans rappeler le sort des socialistes purs et durs et autres marxistes des ann\u00e9es 60 et 70 qui entam\u00e8rent la lutte arm\u00e9e et r\u00eav\u00e8rent \u00e0 des lendemains autrement plus r\u00e9volutionnaires\u2026<\/p>\n<p>A de tr\u00e8s rares exceptions pr\u00e8s la d\u00e9fection de l\u2019intelligentsia ne fut pas en reste. En cette phase critique o\u00f9 il s\u2019agissait de dessiner un projet de soci\u00e9t\u00e9, l\u2019absence de production et de cogito des plus \u00e9minents philosophes, historiens, \u00e9conomistes, politistes fut significative d\u2019un vide conceptuel. Il y a bien longtemps que cette \u00e9lite-l\u00e0 n\u2019est plus un contre-pouvoir ! Les cognitaires auront \u00e9t\u00e9 les grands absents de cette derni\u00e8re d\u00e9cennie ; ils auront manqu\u00e9 de produire une lecture intelligente de la situation, d\u2019imaginer face aux impasses actuelles des adjacents possibles, de revendiquer pour la soci\u00e9t\u00e9 civile des droits politiques, \u00e9conomiques, sociaux et culturels fondamentaux, d\u2019\u00e9lever le d\u00e9bat politique aliment\u00e9 par les m\u00e9dias qui parfois s\u2019est retrouv\u00e9 au niveau du caniveau. Mais, fort paradoxalement, seule la presse (dont la libert\u00e9 reste somme toute relative et que certains voudraient museler au travers d\u2019invraisemblables proc\u00e8s en diffamation) a tenu son r\u00f4le de contre-pouvoir en d\u00e9fendant co\u00fbte que co\u00fbte son ind\u00e9pendance \u00e9ditoriale. Malgr\u00e9 les d\u00e9fauts inh\u00e9rents \u00e0 toute presse ind\u00e9pendante, oscillant entre un \u00e9litisme libertaire et un populisme conservateur, il n\u2019emp\u00eache que si les partis politiques et l\u2019intelligentsia avaient eu l\u2019audace et la pugnacit\u00e9 du journalisme libre, le Maroc serait aujourd\u2019hui bien engag\u00e9 dans la d\u00e9mocratisation du pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<strong>Changer, \u00e9voluer de l\u2019int\u00e9rieur<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sociologue et l\u2019anthropologue ne voient pas de coupure radicale entre dirigeant et soci\u00e9t\u00e9. Il n\u2019y a pas de chef injuste et de peuple l\u00e9gitime ! Toute une \u00ab physique sociale \u00bb montre que le dirigeant est l\u2019expression de son milieu, la pointe \u00e9mergente de son agitation et de sa cogitation soci\u00e9tales. Le changement n\u2019intervient pas d\u2019un plan transcendantal en descente ou en guidance divine. Un verset coranique le dit explicitement, rien ne change en une soci\u00e9t\u00e9 si elle ne change pas radicalement,\u00a0<em>de l\u2019int\u00e9rieur<\/em>.<\/p>\n<p>Pour \u00eatre p\u00e9renne, la monarchie marocaine doit imp\u00e9rativement \u00e9voluer de l\u2019int\u00e9rieur tandis que des forces colossales de reterritorialisation sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans un paysage politique mondialis\u00e9. A une \u00e9chelle plan\u00e9taire, les variations des flux de biens, d\u2019id\u00e9es, de personnes, les mouvements sociaux et culturels (qui sont engag\u00e9s dans un mouvement diff\u00e9rentiel g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9), imposent \u00e0 tout syst\u00e8me politique de s\u2019adapter au milieu \u00e9volutif dans un contexte large et dynamique liant les Etats-Nations dans des logiques de domination, de concurrence et m\u00eame de pr\u00e9dation. La g\u00e9opolitique de nos jours est un paysage \u00e9volutif o\u00f9 chaque Etat participe au contexte d\u2019autres Etats en devenir, le syst\u00e8me mondial allant de la sorte vers une complexit\u00e9 croissante. Un r\u00e9gime politique qui cesse la course \u00e9volutive est condamn\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre selon le principe (bio)logique de la\u00a0<em>Reine Rouge\u00a0<\/em>(!) qui postule qu\u2019il faut courir juste pour se maintenir \u00e0 la m\u00eame place ! La survie du plus apte implique non pas la force mais la vitesse d\u2019adaptation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<strong>L\u2019hypoth\u00e8que majeure : in\u00e9galit\u00e9 sociale et pauvret\u00e9 de masse<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, en dix ans, le Maroc s\u2019est consid\u00e9rablement d\u00e9velopp\u00e9 sur le plan socio\u00e9conomique. Et s\u2019il faut rapporter ces progr\u00e8s \u00e0 d\u2019autres pays du monde arabe, le Maroc s\u2019en tire plut\u00f4t bien avec les moyens et les limites qui sont les siens.<\/p>\n<p>Mais la\u00a0<em>pauvret\u00e9<\/em>, manifeste et massive au Maroc n&rsquo;a somme toute que peu d&rsquo;\u00e9quivalent dans le monde arabe. Quand, le plus souvent au Maghreb et au Machreq, ce sont les classes moyennes qui forment la souche \u00e0 partir de laquelle la soci\u00e9t\u00e9 se diversifie en termes de modes et niveaux de vie, les diff\u00e9rences de classes au Maroc demeurent criantes et, disons le, scandaleuses, voire obsc\u00e8nes. Etre marocain consiste-il \u00e0 s\u2019immuniser face \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 d\u2019injustice sociale ? Doit-on ent\u00e9riner un fatalisme doubl\u00e9 d\u2019un d\u00e9terminisme \u00e9conomique pour ne plus vouloir modifier cet \u00e9tat de fait ? Si l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 sociale est reine au Maroc, la pauvret\u00e9, ne serait-elle pas la force acculturante et d\u00e9racinante, le fl\u00e9au de tous les p\u00e9rils? En viendra-t-on \u00e0 bout \u00e0 coup de charit\u00e9 d\u00e9monstrative, de bienfaisance cosm\u00e9tique \u2013 l\u00e0 aussi \u00e0 \u00ab doses hom\u00e9opathiques \u00bb \u2013, en continuant d\u2019occulter la question essentielle de la redistribution des ressources et du partage du pouvoir \u00e9conomique ?<\/p>\n<p>Qu\u2019elle soit de droite ou de gauche, conservatrice ou islamiste, l\u2019\u00e9lite dirigeante \u00e0 venir aura l\u2019adh\u00e9sion du plus grand nombre pour peu qu\u2019elle d\u00e9fende une conception visionnaire de l\u2019art de gouverner : promouvoir une hausse significative du niveau de vie pour les cinq prochaines ann\u00e9es, enrayer l\u2019analphab\u00e9tisme d\u2019ici dix ans, sortir de l\u2019\u00e9tat end\u00e9mique de pauvret\u00e9 au cours des trente prochaines ann\u00e9es. Tout le reste n\u2019est que d\u00e9tail, note annexe d\u2019une histoire en puissance et en acte, celle d\u2019un peuple en marche vers la pleine ma\u00eetrise de son destin politique.<\/p>\n<p>Retour d\u2019exil de Mohamed V en 1955, marche verte en 1975, accession au tr\u00f4ne de Mohamed VI en 1999 :<em>chaque fois que la Monarchie croise l\u2019histoire sociale du Maroc, elle se reterritorialise, et en ressort renforc\u00e9e et agrandie<\/em>. Il y a n\u00e9cessit\u00e9 maintenant d\u2019initier une exp\u00e9rience qui affirme le Peuple en principe premier. C\u2019est une dette que la monarchie et le syst\u00e8me Makhzen doivent \u00e0 un peuple admirable et de hautes vues. Il y a besoin de r\u00eaver et penser un Maroc lib\u00e9rateur d\u2019une \u00e9nergie cr\u00e9atrice, o\u00f9 les hommes et les femmes y seraient libres, \u00e9gaux comme les dents d\u2019un peigne. Et ce r\u00eave qui fit le \u00ab printemps de Mohamed VI \u00bb n\u2019est autre que la r\u00e9alit\u00e9 d\u00fbment reconnue, assum\u00e9e, civilis\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 construire par tous et pour tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">R\u00e9da Benkirane<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une monarchie \u00ab\u00a0exp\u00e9rimentale\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0possibiliste\u00a0\u00bb par R\u00e9da Benkirane Le Soir Echos\u00a0(quotidien ind\u00e9pendant),\u00a0Casablanca, 23 et 24 juillet 2009 Au d\u00e9but du r\u00e8gne de Mohamed VI, le Maroc v\u00e9cut un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0Etat de gr\u00e2ce\u00a0\u00bb. R\u00e9trospectivement, cette phase fut la plus cr\u00e9ative sur le plan politique depuis l\u2019ind\u00e9pendance (1956). A un moment donn\u00e9, &#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=541\"> Continue reading<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":23,"menu_order":16,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-541","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/541","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=541"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/541\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/23"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=541"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}