{"id":509,"date":"2014-05-26T20:45:14","date_gmt":"2014-05-26T20:45:14","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=509"},"modified":"2014-05-26T20:45:14","modified_gmt":"2014-05-26T20:45:14","slug":"de-la-question-coloniale-a-la-crise-identitaire-lettre-au-president-francois-hollande","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=509","title":{"rendered":"De la question coloniale \u00e0 la crise identitaire, lettre au pr\u00e9sident Fran\u00e7ois\n\t\t\t\tHollande"},"content":{"rendered":"<p>\n\tpar R&eacute;da Benkirane\n<\/p>\n<p>\n\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\" \" height=\"23\" hspace=\"5\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/logo\/libe.gif\" style=\"color: #000000;\" width=\"68\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\" \" height=\"21\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/logo\/humanite.gif\" style=\"color: #000000;\" title=\"L'humanit\u00e9\" width=\"122\" \/><span style=\"color: #000000;\">&nbsp;<\/span><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\" \" height=\"20\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/logo\/mediapart.jpg\" style=\"color: #000000;\" title=\"Mediapart\" width=\"95\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\" \" height=\"19\" hspace=\"5\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/logo\/courrier.gif\" style=\"color: #000000;\" title=\"Le Courrier\" width=\"100\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\" \" height=\"19\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/logo\/LeSoirEchos.JPG\" style=\"color: #000000;\" title=\"Le Soir Echos\" width=\"89\" \/><br \/>\n\tLib&eacute;ration, 5 juillet 2012 (<b><a href=\"http:\/\/bit.ly\/NoM8aO\">PDF<\/a><\/b>) L&#39;Humanit&eacute;, 4 juillet 2012 (<b><a href=\"http:\/\/bit.ly\/MWzli6\">PDF<\/a><\/b>)&nbsp; Mediapart, 4 juillet 2012 (<b><a href=\"http:\/\/bit.ly\/Rbavv0\">Web<\/a><\/b>) Le Courrier,5 juillet 2012 (<b><a href=\"http:\/\/bit.ly\/RNiuP6\">PDF<\/a><\/b>)&nbsp; Le Soir Echos, 5 juillet 2012 (<b><a href=\"http:\/\/bit.ly\/N09UuF\">Web<\/a><\/b>)\n<\/p>\n<p>\n\tSur la crise identitaire, la peur de &laquo; l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; culturelle &raquo; et autres impens&eacute;s (post)coloniaux en France.\n<\/p>\n<p>\n\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" align=\"left\" alt=\" \" height=\"49\" hspace=\"2\" src=\"https:\/\/archipress.org\/images\/logo\/franceinter.gif\" style=\"color: #000000;\" title=\"France Inter, 3 D\" vspace=\"1\" width=\"49\" \/>Extrait de la revue de presse d&#39;Yves Decaens, France Inter, 5 juillet 2012&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<span style=\"line-height: 1.6em;\">[audio:https:\/\/archipress.org\/audio\/mp3\/Franceinter_rp5juillet2012.mp3]<\/span>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tMonsieur le Pr&eacute;sident, les cinq prochaines ann&eacute;es de votre mandat seront l&#39;occasion de traiter une pathologie qui n&rsquo;en finit pas de miner les principes universels de la soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise, de freiner son dynamisme interne et de contrarier son rayonnement international. Plus que la crise &eacute;conomique, une crise identitaire affecte le devenir d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; qui, depuis pr&egrave;s d&rsquo;un demi-si&egrave;cle, n&rsquo;est plus de substrat rural, ni &agrave; vocation coloniale. Ce sont d&eacute;sormais des antagonismes exclusifs de type dedans-dehors qui structurent les rapports entre ville et banlieue, entre centre et p&eacute;riph&eacute;rie, entre soi et non-soi.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLe constat clinique de cette psychopathologie identitaire est vite &eacute;tabli. Rappelons tout d&rsquo;abord que l&rsquo;identit&eacute; a m&ecirc;me &eacute;t&eacute; &eacute;rig&eacute;e en Minist&egrave;re. Depuis trop d&rsquo;ann&eacute;es, la politique, l&rsquo;intelligentsia et les grands m&eacute;dias fran&ccedil;ais manifestent ce trouble obsessionnel consistant &agrave; essentialiser l&rsquo;origine et la religion de certains des citoyens de la R&eacute;publique. Au niveau de la citoyennet&eacute; ordinaire, beaucoup ne comprennent pas pourquoi leurs rues sont anim&eacute;es de concitoyens dont la couleur de la peau, la texture et la coiffe des cheveux, le v&ecirc;tement, l&rsquo;accent, l&rsquo;odeur, le bruit d&eacute;rangent et d&eacute;rogent &agrave; leur vision id&eacute;alis&eacute;e de la francit&eacute;. La crainte incessante d&rsquo;une immigration galopante et d&eacute;bordante, la hantise de la religion islamique et de sa visibilit&eacute;, le rejet panique face &agrave; toute demande de reconnaissance des maux caus&eacute;s par le colonialisme et l&rsquo;esclavage, tout cela fonde une v&eacute;ritable pathologie identitaire.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tComment donc d&eacute;passer des rapports inconciliables entre un &laquo; nous &raquo; mythifi&eacute; et des &laquo; autres &raquo; diff&eacute;r&eacute;s pas plus loin que l&rsquo;autre versant du boulevard p&eacute;riph&eacute;rique ? O&ugrave; pr&eacute;cis&eacute;ment op&eacute;rer la suture mentale des diverses facettes de la francit&eacute; contemporaine ? Comment faire admettre la normalit&eacute;, les potentialit&eacute;s d&rsquo;un &laquo; nous autres Fran&ccedil;ais &raquo; ?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tEntreprendre un processus de gu&eacute;rison du dysfonctionnement identitaire passe d&rsquo;abord par un geste de reconnaissance de la question coloniale pour ses aspects refoul&eacute;s relatifs en premier lieu &agrave; l&rsquo;histoire de l&rsquo;Alg&eacute;rie fran&ccedil;aise. Un d&eacute;ni d&rsquo;histoire persiste et insiste dans la culture fran&ccedil;aise contemporaine. Pour conjurer le mal-&ecirc;tre fran&ccedil;ais face &agrave; l&rsquo;&eacute;trang&eacute;it&eacute; d&rsquo;une partie de sa propre population, le temps est venu de faire remonter en surface un certain nombre d&rsquo;impens&eacute;s sur le pass&eacute; ant&eacute;rieur. Nous &eacute;voquons un temps o&ugrave;, pour paraphraser P&eacute;guy, la surface de la terre o&ugrave; la langue fran&ccedil;aise &eacute;tait parl&eacute;e se mesurait aux canons et aux mitraillettes.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tA l&#39;occasion du cinquantenaire de l&#39;ind&eacute;pendance de l&#39;Alg&eacute;rie, le 5 juillet 1962, il est en votre pouvoir, Monsieur le Pr&eacute;sident, d&rsquo;adresser au peuple alg&eacute;rien un message de fraternit&eacute; pour les malheurs qu&rsquo;il a endur&eacute;s, tout en assumant la responsabilit&eacute; historique de la France. Si la France est rest&eacute;e 132 ans en Alg&eacute;rie, c&rsquo;est qu&rsquo;il y eut identification compl&egrave;te : &laquo; L&rsquo;Alg&eacute;rie, c&rsquo;est la France &raquo;. Ce geste de reconnaissance et d&rsquo;excuse, que la France devra t&ocirc;t ou tard accomplir vis-&agrave;-vis d&rsquo;un peuple colonis&eacute; comme rarement dans l&rsquo;histoire, a &eacute;t&eacute; attendu des d&eacute;cennies durant. Mais il manquait des hommes et des femmes d&#39;&Eacute;tat pour porter cette parole de v&eacute;rit&eacute; au nom du peuple fran&ccedil;ais et de ses id&eacute;aux universels. On ne peut pas rester ind&eacute;finiment otage d&rsquo;un pass&eacute; auquel on n&rsquo;a pas particip&eacute; et dont pour l&rsquo;essentiel plus personne ou presque ne peut endosser le projet imp&eacute;rialiste : vous avez la l&eacute;gitimit&eacute;, l&#39;ind&eacute;pendance et, je crois aussi, le courage pour clamer cette parole de v&eacute;rit&eacute;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tCertes l&#39;administration coloniale de dizaines de peuples n&#39;entra&icirc;na pas que ruines et d&eacute;solation : une loi positive a d&rsquo;ailleurs &eacute;t&eacute; approuv&eacute;e en ce sens au parlement fran&ccedil;ais. Et ceux qui d&#39;ailleurs s&#39;engag&egrave;rent, y compris les armes &agrave; la main, contre le colonialisme sont g&eacute;n&eacute;ralement de culture fran&ccedil;aise et ont fait la diff&eacute;rence entre la France et sa politique coloniale. Aujourd&rsquo;hui, la surface de la terre o&ugrave; l&rsquo;on parle fran&ccedil;ais pourrait repr&eacute;senter un p&ocirc;le g&eacute;oculturel qui se mesure en termes de chantiers &eacute;ducatifs, de r&eacute;seaux universitaires, d&rsquo;outils de savoir et de faisceaux d&rsquo;entre-connaissance.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tEn tant que culture de la domination, le colonialisme fut un viol qui n&rsquo;a laiss&eacute; indemnes ni les colonis&eacute;s ni les colonisateurs. Si l&rsquo;Alg&eacute;rie ind&eacute;pendante a elle aussi op&eacute;r&eacute; un refoulement de certains &eacute;pisodes de sa guerre de lib&eacute;ration, si elle a connu la dictature puis la guerre civile, cela montre que l&rsquo;on ne sort pas facilement de plus d&rsquo;un si&egrave;cle de colonialisme et qu&rsquo;elle aussi, t&ocirc;t ou tard, devra affronter ses propres d&eacute;mons du pass&eacute; et du pr&eacute;sent, et mettre des mots pour traiter sa propre crise identitaire.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tPour ce qui est de l&rsquo;&Eacute;tat fran&ccedil;ais, tant qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas clairement expliqu&eacute; ce qui s&rsquo;est pass&eacute; durant des d&eacute;cennies et des si&egrave;cles, condamn&eacute; ce qui aujourd&rsquo;hui rel&egrave;ve de crimes de guerre et contre l&rsquo;humanit&eacute;, la discorde identitaire, le rejet et la discrimination trouveront un champ fertile dans le refoulement du pass&eacute;. Ce que vous pouvez entreprendre par ce geste et l&rsquo;expression de regrets, Monsieur le Pr&eacute;sident, est une identification qui replace l&rsquo;histoire du colonialisme, de ses manifestations et ses cons&eacute;quences contemporaines dans une destin&eacute;e commune. Ceci permettrait d&rsquo;expliquer justement pourquoi un Corse, un Kabyle, un Martiniquais, un Basque, un Sah&eacute;lien, un Alsacien se retrouvent partager un devenir commun au sein de l&rsquo;espace national.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tReconnaissez, Monsieur le Pr&eacute;sident, au nom de toutes les victimes &ndash; civils alg&eacute;riens, pieds noirs, harkis, soldats fran&ccedil;ais &ndash; l&rsquo;expropriation et la d&eacute;portation, les massacres de S&eacute;tif et Guelma, l&rsquo;usage du napalm et de la torture. Que votre pr&eacute;sidence soit aussi l&rsquo;occasion d&rsquo;ouvrir vos universit&eacute;s et vos laboratoires &agrave; tous ces jeunes qui, issus de cette histoire occult&eacute;e, cherchent &ndash; dans le pass&eacute; ou la religion &ndash; comment produire du savoir et du sens. Ce faisant, vous encouragerez et ins&eacute;minerez l&rsquo;esprit critique fran&ccedil;ais pour repenser des questions aussi majeures que l&rsquo;&eacute;galit&eacute; et la diversit&eacute; des individus, le pluralisme culturel, le r&ocirc;le et le devenir du fait religieux dans une mondialisation qui produit &agrave; la fois standardisation et diff&eacute;renciation.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tEn vous adressant au peuple alg&eacute;rien au nom du peuple fran&ccedil;ais, vous vous adresserez &agrave; tous les autres peuples ayant subi le colonialisme, et avant cela la d&eacute;portation et l&#39;esclavage. Cette d&eacute;marche solennelle, symbolique est une mani&egrave;re de poser un regard lucide et calme sur le pass&eacute; et de prendre soin de l&rsquo;avenir. Pour en finir aussi avec le culte idol&acirc;tre de l&rsquo;identit&eacute;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\tR&eacute;da Benkirane<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R&eacute;da Benkirane &nbsp; Lib&eacute;ration, 5 juillet 2012 (PDF) L&#39;Humanit&eacute;, 4 juillet 2012 (PDF)&nbsp; Mediapart, 4 juillet 2012 (Web) Le Courrier,5 juillet 2012 (PDF)&nbsp; Le Soir Echos, 5 juillet 2012 (Web) Sur la crise identitaire, la peur de &laquo; l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; culturelle &raquo; et autres impens&eacute;s (post)coloniaux en France. Extrait de &#8230; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=509\"> Continue reading<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":23,"menu_order":60,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-509","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/509","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=509"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/509\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/23"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/reda.archipress.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=509"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}