{"id":441,"date":"2014-05-26T16:16:25","date_gmt":"2014-05-26T16:16:25","guid":{"rendered":"https:\/\/archipress.org\/reda2\/?page_id=441"},"modified":"2014-05-26T16:16:25","modified_gmt":"2014-05-26T16:16:25","slug":"entretien-nous-vivons-actuellement-lage-dor-de-la-complexite","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/reda.archipress.org\/?page_id=441","title":{"rendered":"\u00a0\u00bbor de la complexit\u00e9\u00bb"},"content":{"rendered":"<div>\n\t<strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" align=\"left\" alt=\"TRAC\u00c9S No. 20 2006, Complexit\u00e9 \" border=\"0\" height=\"212\" hspace=\"6\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/complexite\/tra200620.jpg\" title=\"TRAC\u00c9S No. 20 2006, Complexit\u00e9 \" width=\"150\" \/>TRAC&Eacute;S No. 20 2006, Complexit&eacute;&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;\n\t<\/p>\n<div align=\"justify\">\n\t\tLa construction des savoirs en fonction de la complexit&eacute; du monde est un des grands th&egrave;mes contemporains. Comment des disciplines aussi diff&eacute;rentes que les sciences sociales, l&#39;architecture, l&#39;ing&eacute;nierie appr&eacute;hendent-elles des savoirs complexes?\n\t<\/div>\n<p>\n\t\t<br class=\"Apple-interchange-newline\" \/><br \/>\n\t\t<br \/>\n\t\tR&eacute;da Benkirane: &laquo;Nous vivons actuellement l&#39;&acirc;ge d&#39;or de la complexit&eacute;&raquo;\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tEntretien de Anna Hohler\n\t<\/p>\n<\/div>\n<p align=\"justify\">\n\t<strong>SOMMAIRE<\/strong><br \/>\n\t&Eacute;DITORIAL Entre vertiges et promesses&nbsp;<strong>Anna Hohler<\/strong><br \/>\n\t&laquo;Nous vivons actuellement l&#39;&acirc;ge d&#39;or de la complexit&eacute;&raquo;&nbsp;<strong>R&eacute;da Benkirane<br \/>\n\tPropos recueillis par Anna Hohler<\/strong><br \/>\n\tLes fluidit&eacute;s du territoire&nbsp;<strong>Francesco Della Casa&nbsp;<\/strong><br \/>\n\tSur la route de la complexit&eacute;&nbsp;<strong>Jacques Perret&nbsp;<\/strong><br \/>\n\tStrat&eacute;gies de recherche pour le g&eacute;nie civil&nbsp;<strong>Anna Hohler et Ian F. C. Smith<\/strong><br \/>\n\tt&eacute;l&eacute;charger le&nbsp;<a href=\"https:\/\/archipress.org\/docs\/pdf\/traces2018oct2006.pdf\" style=\"font-weight: bold; color: #4d6aba;\" target=\"_blank\">dossier<\/a>&nbsp;(PDF, 2 M)\n<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tQu&#39;y a-t-il de commun entre la complexit&eacute; d&#39;un r&eacute;seau informatique et celle des insectes sociaux ? Qu&#39;est-ce que le hasard ? Voil&agrave; quelques-unes des questions que soul&egrave;vent les &laquo; 18 histoires de sciences &raquo; r&eacute;unies par R&eacute;da Benkirane dans un ouvrage remarqu&eacute;<sup>1<\/sup>, dans le but de montrer les richesses que la notion de complexit&eacute; a pu sugg&eacute;rer, depuis une vingtaine d&#39;ann&eacute;es, &agrave; certains des esprits scientifiques les plus fins de notre temps. Le socio-logue et sp&eacute;cialiste de l&#39;information revient ici sur quelques questions cl&eacute;s de l&#39;ouvrage et explique pourquoi une r&eacute;flexion approfondie sur la complexit&eacute; est aujourd&#39;hui indispensable.<\/p>\n<p>\t<sup>1 <\/sup>R&Eacute;DA BENKIRANE : &laquo; La complexit&eacute;, vertiges et promesses. 18 histoires de sciences &raquo;,&nbsp;<em>Ed. Le Pommier<\/em>, 2002, 2006<\/p>\n<p>\t<em>TRAC&Eacute;S : Comment est n&eacute; le domaine des sciences de la complexit&eacute;?<\/em>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" align=\"right\" alt=\"La Complexit\u00e9, vertiges et promesses. Dix-huit histoires de sciences. Paris, Le Pommier, 2002, 2006\" border=\"0\" height=\"249\" hspace=\"6\" src=\"https:\/\/reda.archipress.org\/images\/stories\/complexite\/complexus.jpg\" title=\"La Complexit\u00e9, vertiges et promesses. Dix-huit histoires de sciences. Paris, Le Pommier, 2002, 2006\" width=\"140\" \/>R&eacute;da Benkirane :&nbsp;<\/em>L&#39;origine de ce domaine remonte au XIX<sup>e&nbsp;<\/sup>si&egrave;cle o&ugrave;, progressivement, on d&eacute;couvre aux bordures de la science classique, d&eacute;terministe, lin&eacute;aire, des ph&eacute;nom&egrave;nes qui ne rel&egrave;vent pas de la r&eacute;gularit&eacute;, de l&#39;invariance et de la sym&eacute;trie. L&#39;exemple le plus frappant concerne la g&eacute;om&eacute;trie. Pendant quinze si&egrave;cles, on a pens&eacute; qu&#39;il n&#39;y avait de g&eacute;om&eacute;trie que celle d&#39;Euclide, et notamment que son cinqui&egrave;me postulat concernant les droites parall&egrave;les &eacute;tait universellement valide. Or des math&eacute;maticiens d&eacute;couvrent des g&eacute;om&eacute;tries courbes o&ugrave;, par exemple, plus de deux droites ne se croisent jamais (espace elliptique), ou alors toutes les droites finissent par se croiser (espace hyperbolique). Ces g&eacute;om&eacute;tries ne sont &eacute;tranges que parce que l&#39;homme a pendant longtemps pens&eacute; la g&eacute;om&eacute;trie dans des surfaces planes. Einstein utilisera la g&eacute;om&eacute;trie non euclidienne pour aboutir &agrave; la relativit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale. Par ailleurs, d&eacute;j&agrave; &agrave; la fin du XIX<sup>e<\/sup>, des math&eacute;maticiens d&eacute;couvrent les fractales, qui &agrave; l&#39;&eacute;poque &eacute;taient consid&eacute;r&eacute;es comme des monstres math&eacute;matiques. Le math&eacute;maticien Poincar&eacute; d&eacute;couvre &agrave; cette &eacute;poque le chaos d&eacute;terministe, l&#39;&eacute;cole russe des math&eacute;matiques y travaillera durant les ann&eacute;es 1930.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLes origines des sciences de la complexit&eacute; commencent avec les premiers travaux th&eacute;oriques sur l&#39;informatique (le th&eacute;or&egrave;me d&#39;incalculabilit&eacute; d&#39;Alan Turing) et avec les premi&egrave;res conf&eacute;rences Macy aux Etats-Unis, qui seront un creuset inter-disciplinaire d&#39;o&ugrave; &eacute;mergeront les th&eacute;ories de l&#39;information (Shanon), de la cybern&eacute;tique (Wiener) ou de la syst&eacute;mique. Gaston Bachelard, dans les ann&eacute;es 1930 d&eacute;j&agrave;, parlait de &laquo; l&#39;id&eacute;al de la complexit&eacute; &raquo;. Mais l&#39;essor des sciences de la complexit&eacute; ne se fera qu&#39;avec la mont&eacute;e de l&#39;informatique qui permet de simuler et de mod&eacute;liser toute une classe de ph&eacute;nom&egrave;nes de la nature, irr&eacute;ductibles &agrave; l&#39;analyse classique et au calcul avec le crayon et le papier.<\/p>\n<p>\t<em>T. : Comment expliqueriez-vous la notion de complexit&eacute; &agrave; un profane ?<\/em>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em>R. B:&nbsp;<\/em>La complexit&eacute; d&eacute;signe les ph&eacute;nom&egrave;nes dont &laquo;le tout est plus que la somme des parties&raquo;. Pour signifier ce que la complexit&eacute; est, je citerais quelques exemples : Internet, march&eacute;s financiers, avalanches, crues, extinctions massives d&#39;esp&egrave;ces vivantes, turbulences atmosph&eacute;riques, fluctuations erratiques de populations animales, progression de maladies &eacute;pid&eacute;miques, &eacute;volution de r&eacute;gimes politiques, fonctionnement du cerveau, des g&egrave;nes, la liste est longue. Pour dire ce que la complexit&eacute; n&#39;est pas, c&#39;est-&agrave;-dire la&nbsp;<em>complication<\/em>, je citerais encore les exemples de la montre et de l&#39;automobile dont les m&eacute;canismes, aussi compliqu&eacute;s soient-ils, ne sont pas complexes. On peut d&eacute;composer l&#39;ensemble en &eacute;l&eacute;ments que l&#39;on peut remonter pour aboutir &agrave; l&#39;objet initial. Il n&#39;en est pas de m&ecirc;me des objets complexes.<\/p>\n<p>\t<em>T.: Qu&#39;est-ce qui caract&eacute;rise un syst&egrave;me complexe?<\/em>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em>R. B.:&nbsp;<\/em>Un syst&egrave;me complexe est caract&eacute;ris&eacute; par la&nbsp;<em>non-lin&eacute;arit&eacute;<\/em>&nbsp;(quand causes et effets ne sont pas proportionnels), par l&#39;<em>&eacute;mergence<\/em>&nbsp;(les propri&eacute;t&eacute;s du tout ne sont pas r&eacute;ductibles &agrave; celles des composants de base) et enfin par l&#39;<em>&eacute;volution<\/em>&nbsp;(le temps est la dimension dans laquelle le mouvement, l&#39;incertitude se d&eacute;ploient).<\/p>\n<p>\t<em>T.: Comment d&eacute;cririez-vous la complexit&eacute; aujourd&#39;hui?<\/em>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em>R. B.:&nbsp;<\/em>Nous vivons actuellement son &acirc;ge d&#39;or. C&#39;est une science participative de ce qu&#39;elle observe, elle d&eacute;crit des ph&eacute;nom&egrave;nes hors de notre contr&ocirc;le et de notre horizon de pr&eacute;dictibilit&eacute;. Les sciences non lin&eacute;aires actuelles mettent fin &agrave; une crise de l&#39;interpr&eacute;tation. Il s&#39;agit de d&eacute;crire des ph&eacute;nom&egrave;nes tr&egrave;s diff&eacute;rents entre eux du point de vue des composants, mais qui ont en commun une dynamique et des propri&eacute;t&eacute;s d&#39;ensemble. En comprenant les propri&eacute;t&eacute;s d&#39;&eacute;mergence, de turbulence, d&#39;&eacute;cart &agrave; l&#39;&eacute;quilibre, de transition de phase, en r&eacute;v&eacute;lant les limites de la calculabilit&eacute; ou de la pr&eacute;dictibilit&eacute;, nous comprenons mieux la nature de la nature et nous apprenons &agrave; interagir avec elle.&nbsp;<em>Cosmos<\/em>,&nbsp;<em>bios<\/em>,&nbsp;<em>homo<\/em>, toutes ces diff&eacute;rentes &eacute;chelles sont des &eacute;chelles de la complexit&eacute;.<\/p>\n<p>\t<em>T. : S&#39;agit-il d&#39;une nouvelle discipline ou plut&ocirc;t d&#39;une nouvelle fa&ccedil;on d&#39;aborder des disciplines existantes?<\/em>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em>R. B.:&nbsp;<\/em>Certains imaginent la complexit&eacute; comme une nouvelle discipline, d&#39;autres pensent que ce th&egrave;me est trans- et interdisciplinaire. Personnellement, je suis enclin &agrave; penser que c&#39;est plut&ocirc;t une mani&egrave;re d&#39;aborder des disciplines existantes, de les faire dialoguer entre elles pour traiter de probl&egrave;mes qui sont plus larges que les diff&eacute;rents domaines de validit&eacute;. Mais attention, ce dialogue entre disciplines ne peut pas advenir sans rigueur et discipline.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em>T. :&nbsp;&nbsp;<\/em><em>Quelles sont les questions sans r&eacute;ponse qui &eacute;mergent des 18 entretiens de votre livre?<\/em>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<br \/>\n\t<em>R. B.:&nbsp;&nbsp;<\/em>La question des origines de l&#39;univers et de la vie garde son myst&egrave;re. Celle de<br \/>\n\tla conscience &eacute;mergeant de notre cerveau (l&#39;objet le plus complexe de tout l&#39;univers)<br \/>\n\tmontre que nous en sommes aux balbutiements. La question de la g&eacute;nomique, dont on a cru na&iuml;vement qu&#39;elle nous donnerait les cl&eacute;s pour d&eacute;coder le livre de la vie, est la plus br&ucirc;lante.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tAinsi on a eu l&#39;illusion de croire que la connaissance du g&eacute;nome nous permettrait de d&eacute;terminer quel g&egrave;ne coderait pour quelle fonction, pour quelle maladie. Mais les g&egrave;nes ne s&#39;expriment que dans un r&eacute;seau de g&egrave;nes qui lui-m&ecirc;me interagit avec tout un environnement &#8211; j&#39;allais dire un univers &#8211; biologique. Il faut donc travailler &agrave; comprendre les propri&eacute;t&eacute;s des r&eacute;seaux de g&egrave;nes, et nous n&#39;en sommes qu&#39;au d&eacute;but. Nous avons donn&eacute; un nom &agrave; chaque g&egrave;ne identifi&eacute;, mais il reste &agrave; comprendre la syntaxe et la grammaire du g&eacute;nome. C&#39;est en train de se faire avec par exemple la bio-informatique. Dans les entretiens figurant dans mon livre, nous explorons et la science des limites et les limites de la science. L&#39;image pour d&eacute;crire o&ugrave; nous en sommes est celle de gens qui cher-cheraient des cl&eacute;s (de compr&eacute;hension) au pied d&#39;un lampa-daire, mais ils chercheraient uniquement l&agrave; o&ugrave; il y a un peu de lumi&egrave;re! Nous sommes entour&eacute;s de beaucoup de connais-sance, mais cern&eacute;s par une incommensurable inconnaissabilit&eacute;. Mais ce n&#39;est pas un fait angoissant, c&#39;est au contraire un gain de connaissance!<\/p>\n<p>\t<em>T. : En guise d&#39;entr&eacute;e, vous placez l&#39;entretien avec Edgar Morin, &agrave; la fin celui avec Michel Serres. Pourquoi encadrer les textes traitant les sciences dites dures avec les regards d&#39;un sociologue et d&#39;un philosophe ?<\/em>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em>R. B.:&nbsp;<\/em>Comme le livre s&#39;adresse &agrave; un lecteur g&eacute;n&eacute;raliste, il m&#39;a sembl&eacute; important de ramener la question des sciences de la complexit&eacute; &agrave; l&#39;humain. Les hommes sont tout de m&ecirc;me plus complexes que des particules subatomiques ou des auto-mates cellulaires&#8230;<\/p>\n<p>\t<em>T.: La Suisse a-t-elle son mot &agrave; dire, dans ce domaine?<\/em>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em>R. B.:&nbsp;<\/em>La place scientifique suisse de mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale est &agrave; la pointe de ce qui se fait dans le monde, et l&#39;&eacute;tude des syst&egrave;mes complexes n&#39;est pas en reste. Les exp&eacute;riences en information quantique de Nicolas Gisin &agrave; l&#39;Universit&eacute; de Gen&egrave;ve, les laboratoires d&#39;intelligence et de vie artificielle de l&#39;EPFL ou encore les &eacute;tudes de robotique de l&#39;EPFZ &#8211; et j&#39;en oublie! &#8211; sont &agrave; l&#39;avant-garde de ce qui se fait actuellement dans la complexit&eacute;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tCe qui pose probl&egrave;me, cependant, est &agrave; mon sens la culture de la complexit&eacute; qui, en dehors des laboratoires, a du mal &agrave; s&#39;imposer au sein de la soci&eacute;t&eacute; qui, elle, proc&egrave;de d&#39;une culture traditionnelle o&ugrave; l&#39;ordre et la stabilit&eacute; sont des valeurs cardinales. La soci&eacute;t&eacute; se trouve tr&egrave;s mal &agrave; l&#39;aise avec le temps chaotique et impr&eacute;visible, qui n&#39;a plus rien &agrave; voir avec le temps chronom&eacute;trique, hyperstable et r&eacute;versible auquel on &eacute;tait habitu&eacute;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tD&egrave;s l&#39;enfance, l&#39;individu en Suisse int&eacute;riorise par le syst&egrave;me &eacute;ducatif le souci de l&#39;ordre &agrave; tout prix, du d&eacute;tail, de la r&eacute;gularit&eacute; comme finalit&eacute; et non comme moyen. On en arrive &agrave; certaines aberrations. Les singularit&eacute;s d&eacute;rangent, alors on coupe les t&ecirc;tes qui d&eacute;passent. La Suisse a produit Einstein, l&#39;esprit qui a &eacute;labor&eacute; l&#39;une des plus ardues et des plus &eacute;l&eacute;gantes des th&eacute;ories scientifiques, celle de la relativit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale, mais il faut reconna&icirc;tre qu&#39;elle a tout ignor&eacute; de son g&eacute;nie en le rel&eacute;guant &agrave; des t&acirc;ches subalternes parce qu&#39;il n&#39;&eacute;tait pas format&eacute; et conforme aux normes &eacute;ducatives du pays.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tUn changement est imp&eacute;ratif, et il doit affecter le syst&egrave;me &eacute;ducatif d&egrave;s le plus jeune &acirc;ge pour lib&eacute;rer l&#39;esprit des carcans d&#39;une culture traditionnelle qui n&#39;est plus en phase avec les d&eacute;fis de notre &eacute;poque. Tout cela est &eacute;troitement li&eacute; &agrave; une vision traditionnelle du temps, qui a merveilleusement fonctionn&eacute; dans le cadre de la science classique du contr&ocirc;le et de la manipulation. A l&#39;&eacute;vidence, il faut maintenant en sortir.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tSi notre monde est de plus en plus complexe, c&#39;est parce que nous avons chang&eacute; de temporalit&eacute; : on parle bien d&#39;acc&eacute;l&eacute;ration de l&#39;histoire. Notre temps est un m&eacute;lange de d&eacute;terminisme et d&#39;incertitude, de lin&eacute;arit&eacute; et discontinuit&eacute;, de cyclique et de chaotique, de chaud et de froid, bref le temps est &agrave; la fois &laquo;&nbsp;<em>time&nbsp;<\/em>&raquo; et &laquo;&nbsp;<em>weather<\/em>&raquo;. Il faut donc int&eacute;grer dans la culture et l&#39;&eacute;ducation cette vision du temps qui refl&egrave;te la complexit&eacute; du monde. C&#39;est un principe de r&eacute;alit&eacute; que l&#39;on doit int&eacute;rioriser pour pouvoir &eacute;voluer dans un monde ouvert, o&ugrave; il s&#39;agit aussi d&#39;improviser dans des situations non int&eacute;grables, de traiter les choses de mani&egrave;re non s&eacute;quentielle et o&ugrave;, du point de vue de l&#39;&eacute;conomie, la survie n&#39;est plus celle du plus fort mais celle du plus rapide.<\/p>\n<p>\t<em>T.: Est complexe ce qui comporte sa part de hasard?<\/em>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em>R. B.:&nbsp;<\/em>La science classique consid&eacute;rait le hasard comme le fruit de l&#39;ignorance: une fois toute la connaissance acquise, on aurait r&eacute;ussi &agrave; l&#39;&eacute;liminer. Cette vision est incarn&eacute;e, au XIX<sup>e&nbsp;<\/sup>si&egrave;cle, par le fameux d&eacute;mon de Laplace, capable de conna&icirc;tre &agrave; un instant donn&eacute; tous les param&egrave;tres de toutes les particules de l&#39;univers. Un esprit dou&eacute; d&#39;intelligence surpuissante pourrait ainsi conna&icirc;tre tout de l&#39;univers, il pourrait tout cal-culer et tout d&eacute;duire de son pass&eacute;.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tPourtant, avec Poincar&eacute; mais aussi avec la r&eacute;volution de la physique quantique, on d&eacute;couvre une part de hasard fonda-mental. La profusion du hasard est mise en &eacute;vidence dans l&#39;arithm&eacute;tique. L&agrave; aussi ce dernier tendrait &agrave; manifester un r&ocirc;le cr&eacute;atif, ce que la science classique n&#39;admettait pas : le hasard est g&eacute;n&eacute;rateur de bifurcations et donc de possibles plus ou moins probables. A ce propos, il est bon de rappeler que la racine arabe du mot &laquo;hasard&raquo; (<em>al zahr<\/em>) &eacute;voque non seulement la chance, mais aussi l&#39;abondance, l&#39;efflorescence, l&#39;exub&eacute;rance. C&#39;est un mot qui signale un aspect constructif du fortuit. On trouve le m&ecirc;me &eacute;l&eacute;ment dans le mot &laquo;risque&raquo; qui pourrait, selon certains sp&eacute;cialistes de l&#39;&eacute;tymologie, provenir d&#39;un mot arabe (<em>rizq<\/em>) signifiant richesse et profusion. Toutes les recherches en math&eacute;matiques, physique et thermodynamique mettent en avant le r&ocirc;le cr&eacute;ateur du hasard. L&#39;&eacute;volution ne fait pas de sens si l&#39;on occulte la part de contingence.<\/p>\n<p>\t<em>T. : Quels sont les enjeux, en mati&egrave;re de complexit&eacute;, pour notre avenir ?<\/em>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<em>R. B.:&nbsp;<\/em>La complexit&eacute; se d&eacute;ploie aussi bien dans les sciences que dans les cultures. En tant que science des relations, des r&eacute;seaux, des noeuds et des liens, elle permet de comprendre pourquoi, par exemple, l&#39;incertitude g&eacute;n&egrave;re de l&#39;inqui&eacute;tude qui se traduit par la mont&eacute;e de mouvements populistes ou de fondamentalismes religieux. Toutes les crises actuelles dans les relations internationales traduisent la difficult&eacute; &agrave; admettre d&#39;une part la multipolarit&eacute; du monde, la diversit&eacute; culturelle et, d&#39;autre part, le fait que le monde s&#39;est r&eacute;tr&eacute;ci, que l&#39;humanit&eacute; est unifi&eacute;e et standardis&eacute;e sur le plan de la communication et de l&#39;information.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tLa complexit&eacute; montre aussi que l&#39;humanit&eacute; est engag&eacute;e dans un destin collectif, que ses activit&eacute;s, d&eacute;sormais, mena-cent aussi la biosph&egrave;re. L&#39;homme peut perturber le climat ou d&eacute;clencher des extinctions massives d&#39;esp&egrave;ces vivantes, mais il n&#39;est pas en mesure de r&eacute;guler des ph&eacute;nom&egrave;nes qu&#39;il a contribu&eacute; &agrave; d&eacute;clencher\n<\/p>\n<div align=\"right\">\n\tPropos recueillis par Anna Hohler\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TRAC&Eacute;S No. 20 2006, Complexit&eacute;&nbsp; &nbsp; La construction des savoirs en fonction de la complexit&eacute; du monde est un des grands th&egrave;mes contemporains. Comment des disciplines aussi diff&eacute;rentes que les sciences sociales, l&#39;architecture, l&#39;ing&eacute;nierie appr&eacute;hendent-elles des savoirs complexes? 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